Parce qu’elle offre une multitude d’approches, de paysages et finalement d’expériences et parce qu’elle est facile à découvrir, la Thaïlande reste une destination idéale pour une famille de routards à la recherche de dépaysement sans grosses galères.

Elle fut notre destination lors de l’été 2014.

Bangkok

La skyline de Bangkok : des gratte-ciels d’acier et de verre dominent  les espaces décatis des taudis et des bidonvilles. Bienvenue dans le tiers monde.

24 juillet

Porte d’entrée de la plupart des farangs (terme péjoratif dérivé du mot “français” qui désigne l’ensemble des occidentaux), Bangkok a une réputation sulfureuse héritée de son gigantisme (douze millions d’habitants) et de ses quartiers chauds.

Nous y arrivons au milieu de la nuit. Le décalage horaire agit pleinement sur nos deux filles dont les yeux reflètent la fatigue de nos 24 heures de voyage.

Je suis content d’avoir demandé à notre taxi de nous attendre à la sortie de l’aéroport. Il nous accueille comme le veut la tradition Thaï : mains jointes au niveau de la tête et légère inclinaison du buste. Et un sourire. Pas de serrage de main. Les présentations sont faites et elles n’iront pas plus loin : mon thaïlandais est aussi inexistant que son anglais.

Dans l’escalator, il nous prend en photo. Passion débordante des Asiatiques pour l’image.

L’avantage de Bangkok aux petites heures du matin, c’est qu’on y évite les embouteillages. En 30 minutes nous sommes au pied de notre immeuble, à peine à 400m de la Chao Praya, l’artère fluviale de la ville qui, avec ses nombreux canaux annexes, lui ont valu jadis le surnom de Venise Asiatique.

En bas du condominium, il faut passer la dernière épreuve avant d’accéder à notre appartement : l’agent de sécurité, après nous avoir abondamment salué et souri, a besoin de nos passeports pour nous remettre un badge magnétique qui limite l’accès de l’ascenseur à notre seul étage. Des mesures de sécurité démesurées dans ce quartier tranquille mais dont nous découvrirons dans les prochains jours qu’elles sont générales. Les Thaïlandais aiment mettre des agents de sécurité à l’entrée de chaque bâtiment dans le seul et unique but de  donner de la valeur au dit bâtiment. Et ces gardiens, souvent recouverts de médailles qu’ils arborent fièrement et même parfois armés, semblent passer plus de temps à remplir des registres qu’à assurer une quelconque sécurité. Ils sont avec les portails immenses et décorés les éléments qui permettent de sauver la face d’un bâtiment. Une notion très thaïlandaise.

Une fois installés, nous contemplons de notre balcon la skyline de Bangkok : des grattes ciels d’acier et de verre dominent les espaces décatis des taudis et des bidonvilles. Bienvenue dans le tiers monde.

25 juillet

Quand retentit l’hymne national tout le monde se lève et reste immobile

L’occident nous entraîne dans un labyrinthe de choix qui ne mène nulle part. Le bouddhisme Thaï ne proposerait qu’un nombre limité d’activités mais dont le strict respect aboutirait au nirvana. C’est ce mystère que l’on pourrait tenter de percer en visitant les principaux temples de la ville mais nous nous levons bien trop tard. Les moines ferment les portes vers 17 heures et nous émergeons vaguement conscients du décalage horaire vers 15 heures. Mauvais pour notre karma.

Le mieux reste de partir errer au hasard en espérant que les surprises seront au rendez-vous.

Mais avant tout, il convient de manger. L’immeuble où nous résidons propose quelques restaurants occidentalisés mais Carine insiste pour que nous prenions un vrai premier repas au goût local. Elle déniche quelques mètres plus loin une gargote ouverte sur la rue. On y cuisine dehors, comme toujours en Thaïlande. Quelques tables et chaises en plastique accueillent les clients dans un intérieur kitch où les couleurs criardes se disputent les faveurs de notre regard avec des effigies de bouddha et du couple royal.

Comme nous ne comprenons rien au menu à l’entrée nous montrons ce que nous voulons et finissons par avoir devant nous quatre soupes de nouilles où trempent des morceaux de viande et des boulettes de poisson. Par chance ce n’est pas trop épicé et parfaitement toléré par nos filles qui semblent se régaler.

Une fois réglée la maigre addition, nous rejoignons la Chao Praya pour prend le bateau bus qui va nous emmener près des grands temples du centre.

Nous descendons un peu au hasard et nos pas nous mènent au cœur d’une grande fête populaire.

L’alphabet thaïlandais étant totalement hermétique pour nous, difficile de dire ce qui se trame ici. De grands enfants jouent au cerf-volant. Un écran géant est déroulé d’un côté de l’esplanade. Un concert se tient de l’autre côté. Des robots tout droit sortis de mangas japonais se laissent prendre en photo avec les enfants. Mais quand retentit l’hymne national tout le monde se lève et reste immobile. D’autant plus que l’immense portrait en pied du roi qui trône derrière la scène semble nous surveiller.

À la nuit tombante nous regagnons l’embarcadère le plus proche pour rentrer chez nous. Tout le long du chemin la passion des Thaïlandais pour la lumière transparaît. Des néons suspendus dans les arbres, les façades des palais illuminés et les multitudes d’ampoules colorées sur les étales sont les lucioles qui guident nos pas dans cette grande ville à la géographie encore mystérieuse.

26 juillet

Il ne faut pas oublier qu’ici, la magie est partout. Elle est antérieure à la logique.

Difficile de prendre une photo de Bangkok sans avoir entre l’objectif et l’objet de la photo deux éléments constitutifs du paysage urbain thaïlandais : l’enchevêtrement de câbles pendant entre les poteaux et les tuyaux de PVC bleu. Les premiers sont pour les Thaïlandais le symbole de l’électrification et donc de la modernité. La Thaïlande a été le premier pays d’Asie à électrifier ses grandes villes, avant le Japon. Les tuyaux bleus acheminent l’eau courante alors que leurs cousins jaunes et gris contiennent le gaz et les fils de communication.

Ce qui étonne les étrangers est qu’à aucun endroit, ces fils et tuyaux n’aient été enterrés afin de dégager le paysage et d’améliorer l’esthétique des rues. Surtout quand les typhons et autres tornades viennent mettre à terre cet ensemble qui défie la logique.

Des tentatives ont pourtant eu lieu mais elles se sont soldées par des échecs dus à l’extrême humidité des sols et plus probablement au manque d’intérêt de la population. Car comme pour les déchets qui par endroits ruinent le paysage, les Thaïlandais semblent éprouver peu de sensibilité quant à la préservation de leur environnement.

L’explication est culturelle. Marcher est considéré comme une activité réservée aux plus pauvres et les classes moyennes préfèrent se déplacer dans leur automobile-bulle de leur logement à leur travail. L’espace publique en vient à être perçu comme un lieu étrange peuplé par des esprits dont personne n’a la responsabilité. Il ne faut pas oublier qu’ici, la magie est partout. Elle est antérieure à la logique. Alors si ces pollutions visuelles et environnementales sont vues par nous comme un laisser-aller, elles sont pour les Thaïlandais la preuve de leurs modernité dont ils ne se sentent pas individuellement responsables. Ou bien pensent-ils comme le proverbe qu’il est inutile de cacher un éléphant derrière une feuille de lotus ?

Nous démarrons notre exploration aujourd’hui dans une jungle urbaine où la température ressentie est montée d’un cran. Le vent bienveillant de la veille a disparu et la pollution se fait sentir dès les premiers pas.

Heureusement que le ferry boat, en empruntant la voie fluviale plutôt que les autoroutes surélevées nous permet un temps de ressentir des bribes de fraîcheur et d’air marin.

Arrivés au premier temple de notre visite, la forte affluence s’ajoute à la chaleur. Pourtant, il est encore possible de trouver à l’intérieur des zones ombragées et calmes où se ressent l’esprit zen voulu par ses concepteurs.

Bouddha est partout, souriant, parfois allongé et proche du nirvana, d’autres fois assis en tailleur. Une vision presque idyllique de cette religion qui a su séduire un nombre important d’occidentaux qui y voyait un dieu accueillant et sympathique. C’est un peu vite oublier que derrière ce décorum se cache, comme dans toutes les religions, un sexisme intransigeant (les femmes ne peuvent  pas devenir moines et restent en dehors des lieux de prière).

Le palais qui jouxte le temple et dont la visite est inclus dans notre billet est d’un style néoclassique tendance pièce-montée. Le style néon-classique disent les spécialistes tant l’éclairage la nuit tombée fait ressortir les moulures des colonnades et les dorures des toits.

Tout ça nous a donné faim et pour rester dans les traditions locales, nous prenons notre repas de midi dans un resto où l’accueil est un peu froid mais la cuisine chaleureuse.

Le retour se fait par le quartier des ferrailleurs et nous finissons la journée en épaves devant quelques pains fourrés cuits à la vapeur.

27 juillet

Traditionnel ferry boat jusqu’au temple du bouddha couché. Ambiance zen et parc magnifique.

Repas dans le quartier indien.

Crocodiles dans le canal!

Déambulation dans un Chinatown vraiment dépaysant.

Une journée en Asie comme je les aime.