Ayuttahya

28 juillet

Des quartiers résidentiels rupins cachés derrière d’immenses portails rivalisant de kitch. Et de la boue qui ruisselle partout.

Il pleut ce matin. Une pluie tropicale où les gouttes vous tombent dessus en rangs serrés avec l’objectif évident de vous détremper en un minimum de temps. Peu importe les caprices de la météo, nous prenons un taxi au tarif ridiculement bas pour nous emmener jusqu’à la gare centrale de Bangkok. De là, nous montons dans un train nonchalant qui doit nous emmener jusqu’à Ayuttahya, ancienne capitale du royaume de Siam. Nous avons choisi la troisième classe qui permet pour 1 euro par personne de parcourir les 150 km qui séparent les deux villes. Dans ce wagon rafraîchi par la seule brise générée par l’avancée léthargique du train se croisent une population bigarrée de farangs avec leur encombrant sac à dos, des Thaïlandaises en jupon revenant du marché les bras encombrés de paniers, des familles en promenade pour la journée dans les parcs historiques d’Ayuttahya. C’est pour ces anciens temples dont certains sont encore recouverts de végétation que nous choisissons de faire étape là-bas.

En attendant, c’est le traveling habituel des banlieues sans fin des mégapoles du tiers-monde qui défilent par les fenêtres du train. Bicoques au toit de tôle coincées entre les derniers murs  de propriété et les rails, travaux de modernisation des routes qui avancent au rythme de la mousson, quartiers résidentiels rupins cachés derrière d’immenses portails rivalisant de kitch. Et de la boue qui ruisselle partout.

A l’arrivée, nous prenons un bac pour rejoindre la vieille ville ceinturée d’eau. Nous posons les sacs dans une petite guesthouse sans charme où nous sommes accueillis avec les sourires désarmants que les Thaïlandais vous offrent sans retenue.

Même si la ville est étendue, l’ambiance y est bien différente de celle de Bangkok. La circulation reste infernale et la pollution continue de nous faire tousser. Pour autant, de l’ensemble se dégage un côté champêtre introuvable dans la trépidante Bangkok. Comme cette terrasse ombragée au bord du canal où nous nous régalons de jus de fruits, crevettes aigres-douces et pâtes de thon cuit dans une feuille de banane. L’ensemble est épicé et déborde de saveurs. La cuisine Thaï est réputée comme une des meilleures du monde. Elle est plus légère que la cuisine chinoise et moins complexe que la cuisine française. Les saveurs sont décuplées par l’utilisation d’épices, d’herbes et de sucre. Ce dernier est présent dans chaque plat.  D’ailleurs les Thaïlandais en sont les plus gros consommateurs au monde. Une habitude qui s’explique par l’énorme besoin qu’a le corps de retenir l’eau sous un climat si humide et si chaud.

Le festin terminé, il est trop tard pour partir explorer les environs à vélo. On négocie la location d’un bateau longue queue pour faire le tour de la ville et de ses temples à la tombée de la nuit. C’est à ce moment que les stupas d’influence khmer révèlent leurs charmes.

Notre pilote nous dépose au marché de nuit. Les fumets des échoppes sont un appel à la gourmandise. La cuisine Thaï à travers ses vendeurs de rue a trouvé le compromis idéal entre fraîcheur des produits (pas de frigo dans la rue donc pas de conservation du plusieurs jours des produits) et rapidité du service (pas ou peu de tables pour attendre ses plats). Le meilleur du Slow Flood et du Fast Food réunis. Pour nous, ce sera galettes de riz au miel et fruits très exotiques que nous dégustons sur la terrasse de la guesthouse accompagnés des moustiques et des geckos qui nous observent accrochés au plafond, défiant les lois de la gravité.

Une fois les filles couchées, nous sortons avec Carine dans le quartier des routards où nous attend une multitude de cocktails fabriqués à base de fruit frais. La sono diffuse des tubes interplanétaires. Tout autour de nous, les gens se détendent et discutent dans une atmosphère gentiment babylonienne. Pour peu, on se croirait dans un bar lounge d’une capitale européenne. Mais un hurlement réveille tout ce petit monde. À côté de nous, une jeune Américaine se lève brutalement, suivie par ses amies. Elles regardent le sol avec effroi puis finissent par quitter les lieux. Je comprends qu’elle viennent d’apercevoir un des nombreux rats que j’observe du coin de l’œil depuis quelques minutes et qui vont et viennent entre les tables à la recherche de quelque nourriture tombée au sol. Tout le décorum mis en place pour séduire les jeunes occidentaux n’empêche pas la réalité de refaire surface : le manque de ramassage des ordures entraîne une prolifération des rats qui continue de faire de la peste une réalité dans les villes thaïlandaises.

29 juillet

L’endroit est envahi de moustiques dévorant les pieds des touristes et de chauves-souris dévorant les moustiques. Un bel exemple de la chaîne alimentaire en action.

Le lendemain matin nous changeons de logement pour prendre une chambre plus grande et surtout plus ventilée dans une jolie maison en teck typique de la région. Les fenêtre sont sans vitres et on peut au choix les fermer à l’aide des moustiquaires ou bien avec des volets pour la nuit.

Derrière, deux petite terrasses en bois permettent de prendre le frais au-dessus d’un étang couvert de lotus. À la tombée de la nuit, l’endroit est envahi de moustiques dévorant les pieds des touristes et de chauves-souris dévorant les moustiques. Un bel exemple de la chaîne alimentaire en action.

Nous louons des vélos bien trop petits pour nous et faisons le tour du parc historique. Nous ne tardons pas à croiser des éléphants et à nous offrir une courte balade sur le dos de ces pachydermes extraordinairement maîtrisés par leur mahout. Du moins on l’espère.

Nous finissons par nous perdre dans les méandres de la ville et faisons bien plus de kilomètres que prévu. Mais rien ne semble pouvoir entamer notre moral remonté le soir par la dégustation d’une Chang bien fraîche, la bière locale qui a fait de son créateur une des personnes les plus riches de la planète.

Lop Buri

30 juillet

Nous poursuivons en train notre ascension vers le Nord. La prochaine étape est la petite ville de Lop Buri. Nous logeons dans un bungalow coincé dans l’arrière-cour d’un restaurant.

Le patron nous emmène en 4×4 pour aller visiter un temple envahi par les paons, un bouddha perdu dans la montagne, une plage à l’air abandonnée et pour finir l’envol des chauves-souris à la tombée de la nuit.

Au retour, le chauffeur prie les deux mains jointes à chaque fois que l’on croise une statue de bouddha, lâchant le volant pendant quelques instants. Frisson garanti.

La pluie et la fatigue ont raison de nos filles qui pour la première fois ont froid en Thaïlande.

Nous ressortons à la tombée de la nuit pour dîner. Longue discussion avec George et son pote espagnol Daniel qui traversent la Thaïlande à vélo.

Chang et riz.

Couchés tard.

31 juillet

Je sais où Pierre Boulle a trouvé son inspiration. Troublant.

Achat des billets de train pour Chang Mai. Plus de train de nuit. Ce sera 10h de train de jour demain.

Ça nous laisse la journée pour la visite au temple dédié aux singes. Ils ont rendu la ville célèbre. Cette colonie de macaques fait partie du quotidien des habitants qui s’en protègent à l’aide de pistolets à eau et de jets de pierres mais refusent de les exterminer, la croyance bouddhiste de la réincarnation et de la continuité de la vie les en empêchant. En les voyant s’accrocher aux fils électriques et grimper sur les voitures, je sais où Pierre Boulle a trouvé son inspiration. Troublant.

Plus loin, c’est les rues réservées au marché aux fruits.

Repos bien mérité sur la terrasse de la gesthouse.

Soirée entre singes et country music. Improbable.

Chiang Mai

1 août

Nous embarquons à nouveau dans un train hors d’âge dans lequel commence le curieux balai d’une hôtesse en veste rose loukoum qui nous sert un œuf bouilli dans une sauce sucrée et l’indémodable bol de riz en alternance avec une femme de ménage à l’uniforme bleu qui pousse lentement un large balai tout le long de l’étroit couloir du wagon. Puis, à chaque arrêt, l’intermède du contrôleur qui vient poinçonner les billets des nouveaux arrivants agitant sans relâche sa poinçonneuse d’où sort un cliquetis caractéristique annonçant son passage.

Par les fenêtres, l’enchevêtrement des rizières et des bananeraies dessine le paysage tropical de la Thaïlande.

Au plafond, les ventilateurs sur deux axes prêtent main-forte à l’air conditionné pour rafraîchir l’habitacle. Il doit faire 35 degrés dehors.

En approchant du nord, la voie de chemin de fer s’élève dans des montagnes couvertes de jungle verdoyante.

Tard dans la soirée, nous filons vers notre nouveau logement.

2 août

Longue nuit (mais pourquoi dort-on autant?)

On se renseigne sur les horaires d’avion en mangeant une tartine de beurre de cacahuète maison.

Puis grande balade dans le nouveau et l’ancien Chang Mai. Beaucoup tournée vers le tourisme, la ville paraît plus riche que celles que nous avons visitées précédemment.

Repas dans l’appartement avec les restes du repas distribué dans le train. Pas folichon mais tout le monde s’endort assez tôt.

3 août

Réservation des billets d’avion pour le voyage vers le sud (à peine plus cher que le train).

Fish Spa ou bien se faire nettoyer les pieds par un banc de poisson. Étrange et agréable.

Repas dans un restaurant où les employés sont des prisonniers qui peuvent également faire des massages. Rendez-vous est pris pour le lendemain.

Mais comme dans la matinée, nous avons croisé un chauffeur de tuk tuk qui était d’accord pour nous emmener en dehors de la ville à la rencontre des éléphants, nous commencerons par ça.

Après-midi et soirée dans l’immense marché du dimanche où l’animation est assurée par des militaires en uniforme!

Repas du soir autour d’œufs de caille et d’une salade.

4 août

Résultat improbable du mélange d’une moto et d’une charrette, il combine les inconvénients des deux

Levés très tôt. Nous récupérons notre chauffeur de tuk tuk comme prévu.

Le tuk tuk est le véhicule devenu un symbole de la Thaïlande (juste derrière l’éléphant). Résultat improbable du mélange d’une moto et d’une charrette, il combine les inconvénients des deux : peu ou pas de protection contre la pluie et les gaz d’échappement ou en cas d’accident (très fréquent en Thaïlande où un accident est considéré comme la conséquence d’un mauvais Karma plutôt que comme celle d’une erreur de conduite) et pas moyen de se faufiler dans les embouteillages dont il reste une des principales victimes. Les classes moyennes thaïlandaises lui préfèrent le taxi climatisé, les chauffeurs de tuk tuk ont jeté leur dévolu sur les touristes. Mais là non plus, il n’est  guère convaincant. Son toit recourbé sur les côtés ne permet pas de profiter du paysage. On n’aperçoit que les plaques d’égout et les pare-chocs trop proches des 4×4.

Une heure de tuk tuk et de gaz d’échappement avant d’arriver au camp des éléphants le plus proche de Chiang Mai.

Spectacle d’éléphants (baignade, foot et le plus impressionnant : peinture).

Repas sur place puis 30 min de balade dans la jungle à dos de pachyderme.

Retour au centre ville. Un jus de fruit pour se requinquer avant l’épreuve suivante : une heure de massage Thaï intégral.

Si “massage thai” est devenu une sorte de marque universelle prêtant d’ailleurs à confusion, le massage traditionnel se pratique habillé. Il s’agit à l’origine d’une science indienne vieille de plus de 2500 ans qui fut importée par les moines buddhistes il y a 18 siècles. A l’origine pratiqué exclusivement dans les temples dont le Wat Pho à Bangkok, il est l’art non pas de faire du yoga mais de se faire faire du yoga. Chaque geste travaille des lignes d’énergie parfois sous la forme un peu douloureuse de points de pression ou d’étirements des doigts et des orteils. Tout y passe : jambes, bras et dos. Les masseuses appuient de tout leur corps sur leur client à l’aide de leurs coudes, de leurs genoux ou de leur pieds.

On ressort étrangement  détendu de l’expérience.

Retour à l’hôtel et repas traditionnel Thaï. Salade épicée et boissons glacées aux fruits.

On se couche heureux.