Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Tranquilo

La transition de la Bolivie à l’Argentine s’est faite en douceur, le Nord de l’Argentine étant encore très bolivien et très ancré dans les traditions andines. Mais nous descendons petit à petit de ces hauts plateaux pour rejoindre des vallées plus basses. C’est la fin de notre séjour au-dessus de 3500m. Nous traçons maintenant en direction d’Ushuaia et de la mythique Patagonie pour un séjour en Amérique du sud qui va durer plus longtemps que prévu, vous vous en doutez (nous vous en dirons plus un peu plus tard).

7 février 2011 : Tupiza – ?

C’est sous un beau soleil que nous quittons Tupiza, non sans avoir discuté avec Nicolas, Benoît et Cyril, Grenoblois de passage en Bolivie. La première partie de la route est agréable, plutôt asphaltée, suivant le cours d’une rivière. Ensuite, ça se corse un peu. Il faut monter. Heureusement, de nombreux tronçons sont asphaltés mais encore fermés à la circulation faute de pont. A vélo ça ne pose pas de problème de les emprunter. Pour palier à l’absence de pont, nous passons par le lit des rivières qui par manque de pluie sont totalement asséchées.

En fin d’après-midi, alors qu’on emprunte un de ces tronçons interdits à la circulation, la route s’arrête brutalement. En face de nous, un mur de roche avec, 5 mètres au-dessus, la voie ferrée. Un bon endroit pour camper et réfléchir à comment franchir cet obstacle demain. Nous montons le campement, mangeons la traditionnelle casserole d’avoine et au moment de nous coucher, des phares nous éclairent. Nous qui pensions être tranquilles, c’est raté. Le véhicule repart, un autre arrive et ainsi de suite une bonne partie de la nuit. Nous ne sommes pas vraiment rassurés. Il est de toute façon trop tard pour décamper. Finalement la nuit se passe bien. Il ne s’agit que de voitures qui tentent, comme nous, de rester sur l’asphalte afin d’éviter de prendre les déviations qui ne sont que des chemins de sable à flanc de colline.

8 février 2011 : ? – ?

Le secret de la forme, c’est un peu d’exercice chaque matin. Comme par exemple gravir une voie de chemin de fer haut perchée avec 2 vélos, une remorque et une bonne douzaine de sacoches. Après ça, pédaler paraît si simple. Nous atteignons une zone de pampa plate et désertique à 3400m.

La pluie fine qui nous accompagne depuis ce matin finit par ne plus pouvoir nous suivre. Difficile tout de même d’atteindre la frontière avant la nuit et puis ces villes frontières sont tellement lugubres. Nous préférons camper ici pour la nuit. Un peu de sable au milieu des cactus, c’est l’endroit idéal. Le secteur nous semble désert. Un petit repas sur le pouce, un peu d’école pour Zoé et à la tombée de la nuit nous sommes prêts à monter la tente. C’est à ce moment-là qu’un camion surgit de nulle part passe près de nous. Nous nous cachons mais trop tard. 200 mètres plus loin, il s’arrête et une dizaine de personnes à la mine patibulaire (mais presque) s’approchent rapidement de nous. Décidément, pas moyen d’être tranquille. A 30 m de nous, ils s’arrêtent et nous observent. Nous faisons semblant de partir. Ils viennent jusqu’à nous et nous expliquent qu’ils cherchent le fou du village disparu depuis 10 jours. Ailleurs qu’en Bolivie, je n’aurais pas cru à leur histoire mais ici c’est plus que plausible. Ils sont équipés de lampes et semblent déçus de n’avoir trouvé que nous. Quoiqu’il en soit, ils ne nous conseillent pas de camper là. Plutôt aller jusqu’à la prochaine maison. A contrecoeur, nous remballons nos affaires et partons en pleine nuit pour trouver un autre refuge. Et c’est bien à la première ferme que nous sommes accueillis avec gentillesse pour planter notre tente et être surveillés toute la nuit par deux molosses de la gente canine.

9 février 2011 : ? – La Quiaca

Réveillés tôt (nous sommes dans une ferme), je prépare un café brûlant dans un froid glacial. Je discute un peu avec les hommes de la ferme occupés à couper du bois. Ils me confirment une nouvelle fois qu’il pleut très peu et que cette sécheresse rend difficile l’alimentation des bêtes et la culture. Nous leur achetons un peu de fromage de brebis, ils nous offrent des galettes.Nous laissons le peu que nous ayons avec nous, c’est à dire un sachet de chocolat en poudre. Ce sera notre dernière rencontre avec les Boliviens et elle résume assez bien notre ressenti : un peuple aux conditions de vie difficile et à la gentillesse extraordinaire.

Arrivés à la frontière, nous changeons nos devises boliviennes contre des pesos argentins puis commence la longue attente pour obtenir le précieux coup de tampon. 5 heures au soleil.

Une fois les passeports à jour, les douaniers décident de passer les vélos aux rayons X. Enfin quelques mallettes seulement, le reste ne passe pas. Le scanner est installé dans un camion, ce qui donne lieu à une scène assez cocasse : il faut charger les sacs un par un d’un côté du camion puis courir de l’autre côté pour les récupérer avant qu’ils ne tombent et ainsi de suite.

Enfin, nous pouvons entrer en Argentine. Des chiens en laisse, des éclairages publiques, des gens dans la rue après 21h, des trottoirs propres et des poubelles, des boulangeries, des charcuteries, des voitures de moins de 20 ans, voilà notre première impression du pays. Nous sortons du tiers monde pour arriver en Europe. Nous voyons même du jamais vu en France : des jeux pour enfants handicapés.

10 février 2011 : La Quiaca – Abra Pampa

Nous passons des 20km/jour des pistes boliviennes à 20km/heure ! Le miracle est dû à l’asphalte, au retour de l’altiplano, appelé ici «Puna» et à un sympathique vent dans le dos. L’autre bonne surprise est que la circulation est très légère sur cet axe pourtant principal. Etonnant quand on sait qu’ici c’est l’équivalent du 15 août et que tout le monde est en vacances. L’explication nous l’avons un peu plus tard : dans les deux sens, des kilomètres de véhicules à l’arrêt. Au milieu, une trentaine de manifestants allongés au milieu de la route réclament la réouverture des services sociaux du village. Tout cela sous l’oeil bienveillant des forces de l’ordre qui nous offrent de l’eau et nous autorisent à passer. De temps à autre, le vélo est vraiment le moyen de transport le plus rapide !

75 km plus tard, sous un ciel de plus en plus menaçant, nous arrivons à Abra Pampa. Nous rentrons dans le seul hôtel de la ville. Juste à temps pour éviter un orage-tempête qui produira à quelques kilomètres 30 cm de grêlons. Un journée sous le signe de la chance. Suerte !

11 février 2011 : Abra Pampa – ?

Une journée bien chargée : après les orages de cette nuit, nous préparons les vélos devant l’hôtel filmés par une famille argentine curieuse. Une de mes sacoches en profite pour lâcher. Réorganisation rapide pour mettre à l’abri de la pluie les affaires les plus fragiles. Petit passage par le marché pour faire des provisions de produits frais pour la journée et nous nous élançons. 50 mètre plus loin, nous croisons une famille française avec 5 enfants dans un 4×4. Nous discutons un moment avant de repartir pour quelques kilomètres avant de  croiser un couple de français qui passe un mois en Argentine. De nouveau, plaisir de la discussion en V.O.

Plus loin, un fléau en remplace un autre : finie la course poursuite avec les chiens, la race canine argentine semblant plus tournée vers la sieste, c’est une attaque de lama qu’il nous faut déjouer ! Comme dans Tintin, la méchante bête crache et tente de nous mordre. C’est Zoé qui nous sauve d’un coup de cravache bien placé.

Puis arrive notre dernier col (3780m) avant longtemps. Derrière commence la route toute en couleur qui mène à Salta. Une pente douce à travers des montagnes multicolores. Nos yeux et nos jambes apprécient.

Nous pensons alors arriver à une école pour trouver refuge et éviter les orages. Mais Carine se plaint que son tandem freine en permanence. D’habitude elle me dit ça quand ça monte, hors là, ça descend. Une rapide inspection du tandem nous permet de constater que la jante arrière est en train de se déchirer comme du papier. Nous poussons les vélos jusqu’à une ferme que nous venons de passer où sans surprise, on nous permet de camper.

12 février 2011 : ? – Humahuaca

Je dispose quelques bandes de scotch solide transversalement à la jante en espérant que la chambre à air sous pression, en appuyant dessus, maintiendra les deux bords l’un contre l’autre. A vrai dire, je n’y crois pas trop mais je n’ai pas d’autres solutions à part sauter dans un camion, ce qui, vu la route qui nous attend, est un peu dommage.

Sous un ciel bleu sans rapport avec la saison, nous continuons notre grande descente. A mi-distance, nous faisons une pause au paradis, salués par les chauffeurs de bus et de camion:

La jante recommence à gondoler sérieusement.  Nous n’avons pas d’autre choix que de déclencher le frein arrière. Nous descendons alors prudemment les parties les plus raides et arrivons sans encombre à notre destination : une petite bourgade touristiques où le tarif des hébergements en haute saison est carrément exagéré. Nous optons pour un camping nature un peu excentré mais agréable. Demain c’est dimanche, il faudra attendre lundi pour faire réparer le tandem.

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