Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

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Un été au pays du sourire (2/3)

Ayuttahya

28 juillet

Des quartiers résidentiels rupins cachés derrière d’immenses portails rivalisant de kitch. Et de la boue qui ruisselle partout.

Il pleut ce matin. Une pluie tropicale où les gouttes vous tombent dessus en rangs serrés avec l’objectif évident de vous détremper en un minimum de temps. Peu importe les caprices de la météo, nous prenons un taxi au tarif ridiculement bas pour nous emmener jusqu’à la gare centrale de Bangkok. De là, nous montons dans un train nonchalant qui doit nous emmener jusqu’à Ayuttahya, ancienne capitale du royaume de Siam. Nous avons choisi la troisième classe qui permet pour 1 euro par personne de parcourir les 150 km qui séparent les deux villes. Dans ce wagon rafraîchi par la seule brise générée par l’avancée léthargique du train se croisent une population bigarrée de farangs avec leur encombrant sac à dos, des Thaïlandaises en jupon revenant du marché les bras encombrés de paniers, des familles en promenade pour la journée dans les parcs historiques d’Ayuttahya. C’est pour ces anciens temples dont certains sont encore recouverts de végétation que nous choisissons de faire étape là-bas.

En attendant, c’est le traveling habituel des banlieues sans fin des mégapoles du tiers-monde qui défilent par les fenêtres du train. Bicoques au toit de tôle coincées entre les derniers murs  de propriété et les rails, travaux de modernisation des routes qui avancent au rythme de la mousson, quartiers résidentiels rupins cachés derrière d’immenses portails rivalisant de kitch. Et de la boue qui ruisselle partout.

A l’arrivée, nous prenons un bac pour rejoindre la vieille ville ceinturée d’eau. Nous posons les sacs dans une petite guesthouse sans charme où nous sommes accueillis avec les sourires désarmants que les Thaïlandais vous offrent sans retenue.

Même si la ville est étendue, l’ambiance y est bien différente de celle de Bangkok. La circulation reste infernale et la pollution continue de nous faire tousser. Pour autant, de l’ensemble se dégage un côté champêtre introuvable dans la trépidante Bangkok. Comme cette terrasse ombragée au bord du canal où nous nous régalons de jus de fruits, crevettes aigres-douces et pâtes de thon cuit dans une feuille de banane. L’ensemble est épicé et déborde de saveurs. La cuisine Thaï est réputée comme une des meilleures du monde. Elle est plus légère que la cuisine chinoise et moins complexe que la cuisine française. Les saveurs sont décuplées par l’utilisation d’épices, d’herbes et de sucre. Ce dernier est présent dans chaque plat.  D’ailleurs les Thaïlandais en sont les plus gros consommateurs au monde. Une habitude qui s’explique par l’énorme besoin qu’a le corps de retenir l’eau sous un climat si humide et si chaud.

Le festin terminé, il est trop tard pour partir explorer les environs à vélo. On négocie la location d’un bateau longue queue pour faire le tour de la ville et de ses temples à la tombée de la nuit. C’est à ce moment que les stupas d’influence khmer révèlent leurs charmes.

Notre pilote nous dépose au marché de nuit. Les fumets des échoppes sont un appel à la gourmandise. La cuisine Thaï à travers ses vendeurs de rue a trouvé le compromis idéal entre fraîcheur des produits (pas de frigo dans la rue donc pas de conservation du plusieurs jours des produits) et rapidité du service (pas ou peu de tables pour attendre ses plats). Le meilleur du Slow Flood et du Fast Food réunis. Pour nous, ce sera galettes de riz au miel et fruits très exotiques que nous dégustons sur la terrasse de la guesthouse accompagnés des moustiques et des geckos qui nous observent accrochés au plafond, défiant les lois de la gravité.

Une fois les filles couchées, nous sortons avec Carine dans le quartier des routards où nous attend une multitude de cocktails fabriqués à base de fruit frais. La sono diffuse des tubes interplanétaires. Tout autour de nous, les gens se détendent et discutent dans une atmosphère gentiment babylonienne. Pour peu, on se croirait dans un bar lounge d’une capitale européenne. Mais un hurlement réveille tout ce petit monde. À côté de nous, une jeune Américaine se lève brutalement, suivie par ses amies. Elles regardent le sol avec effroi puis finissent par quitter les lieux. Je comprends qu’elle viennent d’apercevoir un des nombreux rats que j’observe du coin de l’œil depuis quelques minutes et qui vont et viennent entre les tables à la recherche de quelque nourriture tombée au sol. Tout le décorum mis en place pour séduire les jeunes occidentaux n’empêche pas la réalité de refaire surface : le manque de ramassage des ordures entraîne une prolifération des rats qui continue de faire de la peste une réalité dans les villes thaïlandaises.

29 juillet

L’endroit est envahi de moustiques dévorant les pieds des touristes et de chauves-souris dévorant les moustiques. Un bel exemple de la chaîne alimentaire en action.

Le lendemain matin nous changeons de logement pour prendre une chambre plus grande et surtout plus ventilée dans une jolie maison en teck typique de la région. Les fenêtre sont sans vitres et on peut au choix les fermer à l’aide des moustiquaires ou bien avec des volets pour la nuit.

Derrière, deux petite terrasses en bois permettent de prendre le frais au-dessus d’un étang couvert de lotus. À la tombée de la nuit, l’endroit est envahi de moustiques dévorant les pieds des touristes et de chauves-souris dévorant les moustiques. Un bel exemple de la chaîne alimentaire en action.

Nous louons des vélos bien trop petits pour nous et faisons le tour du parc historique. Nous ne tardons pas à croiser des éléphants et à nous offrir une courte balade sur le dos de ces pachydermes extraordinairement maîtrisés par leur mahout. Du moins on l’espère.

Nous finissons par nous perdre dans les méandres de la ville et faisons bien plus de kilomètres que prévu. Mais rien ne semble pouvoir entamer notre moral remonté le soir par la dégustation d’une Chang bien fraîche, la bière locale qui a fait de son créateur une des personnes les plus riches de la planète.

Lop Buri

30 juillet

Nous poursuivons en train notre ascension vers le Nord. La prochaine étape est la petite ville de Lop Buri. Nous logeons dans un bungalow coincé dans l’arrière-cour d’un restaurant.

Le patron nous emmène en 4×4 pour aller visiter un temple envahi par les paons, un bouddha perdu dans la montagne, une plage à l’air abandonnée et pour finir l’envol des chauves-souris à la tombée de la nuit.

Au retour, le chauffeur prie les deux mains jointes à chaque fois que l’on croise une statue de bouddha, lâchant le volant pendant quelques instants. Frisson garanti.

La pluie et la fatigue ont raison de nos filles qui pour la première fois ont froid en Thaïlande.

Nous ressortons à la tombée de la nuit pour dîner. Longue discussion avec George et son pote espagnol Daniel qui traversent la Thaïlande à vélo.

Chang et riz.

Couchés tard.

31 juillet

Je sais où Pierre Boulle a trouvé son inspiration. Troublant.

Achat des billets de train pour Chang Mai. Plus de train de nuit. Ce sera 10h de train de jour demain.

Ça nous laisse la journée pour la visite au temple dédié aux singes. Ils ont rendu la ville célèbre. Cette colonie de macaques fait partie du quotidien des habitants qui s’en protègent à l’aide de pistolets à eau et de jets de pierres mais refusent de les exterminer, la croyance bouddhiste de la réincarnation et de la continuité de la vie les en empêchant. En les voyant s’accrocher aux fils électriques et grimper sur les voitures, je sais où Pierre Boulle a trouvé son inspiration. Troublant.

Plus loin, c’est les rues réservées au marché aux fruits.

Repos bien mérité sur la terrasse de la gesthouse.

Soirée entre singes et country music. Improbable.

Chiang Mai

1 août

Nous embarquons à nouveau dans un train hors d’âge dans lequel commence le curieux balai d’une hôtesse en veste rose loukoum qui nous sert un œuf bouilli dans une sauce sucrée et l’indémodable bol de riz en alternance avec une femme de ménage à l’uniforme bleu qui pousse lentement un large balai tout le long de l’étroit couloir du wagon. Puis, à chaque arrêt, l’intermède du contrôleur qui vient poinçonner les billets des nouveaux arrivants agitant sans relâche sa poinçonneuse d’où sort un cliquetis caractéristique annonçant son passage.

Par les fenêtres, l’enchevêtrement des rizières et des bananeraies dessine le paysage tropical de la Thaïlande.

Au plafond, les ventilateurs sur deux axes prêtent main-forte à l’air conditionné pour rafraîchir l’habitacle. Il doit faire 35 degrés dehors.

En approchant du nord, la voie de chemin de fer s’élève dans des montagnes couvertes de jungle verdoyante.

Tard dans la soirée, nous filons vers notre nouveau logement.

2 août

Longue nuit (mais pourquoi dort-on autant?)

On se renseigne sur les horaires d’avion en mangeant une tartine de beurre de cacahuète maison.

Puis grande balade dans le nouveau et l’ancien Chang Mai. Beaucoup tournée vers le tourisme, la ville paraît plus riche que celles que nous avons visitées précédemment.

Repas dans l’appartement avec les restes du repas distribué dans le train. Pas folichon mais tout le monde s’endort assez tôt.

3 août

Réservation des billets d’avion pour le voyage vers le sud (à peine plus cher que le train).

Fish Spa ou bien se faire nettoyer les pieds par un banc de poisson. Étrange et agréable.

Repas dans un restaurant où les employés sont des prisonniers qui peuvent également faire des massages. Rendez-vous est pris pour le lendemain.

Mais comme dans la matinée, nous avons croisé un chauffeur de tuk tuk qui était d’accord pour nous emmener en dehors de la ville à la rencontre des éléphants, nous commencerons par ça.

Après-midi et soirée dans l’immense marché du dimanche où l’animation est assurée par des militaires en uniforme!

Repas du soir autour d’œufs de caille et d’une salade.

4 août

Résultat improbable du mélange d’une moto et d’une charrette, il combine les inconvénients des deux

Levés très tôt. Nous récupérons notre chauffeur de tuk tuk comme prévu.

Le tuk tuk est le véhicule devenu un symbole de la Thaïlande (juste derrière l’éléphant). Résultat improbable du mélange d’une moto et d’une charrette, il combine les inconvénients des deux : peu ou pas de protection contre la pluie et les gaz d’échappement ou en cas d’accident (très fréquent en Thaïlande où un accident est considéré comme la conséquence d’un mauvais Karma plutôt que comme celle d’une erreur de conduite) et pas moyen de se faufiler dans les embouteillages dont il reste une des principales victimes. Les classes moyennes thaïlandaises lui préfèrent le taxi climatisé, les chauffeurs de tuk tuk ont jeté leur dévolu sur les touristes. Mais là non plus, il n’est  guère convaincant. Son toit recourbé sur les côtés ne permet pas de profiter du paysage. On n’aperçoit que les plaques d’égout et les pare-chocs trop proches des 4×4.

Une heure de tuk tuk et de gaz d’échappement avant d’arriver au camp des éléphants le plus proche de Chiang Mai.

Spectacle d’éléphants (baignade, foot et le plus impressionnant : peinture).

Repas sur place puis 30 min de balade dans la jungle à dos de pachyderme.

Retour au centre ville. Un jus de fruit pour se requinquer avant l’épreuve suivante : une heure de massage Thaï intégral.

Si “massage thai” est devenu une sorte de marque universelle prêtant d’ailleurs à confusion, le massage traditionnel se pratique habillé. Il s’agit à l’origine d’une science indienne vieille de plus de 2500 ans qui fut importée par les moines buddhistes il y a 18 siècles. A l’origine pratiqué exclusivement dans les temples dont le Wat Pho à Bangkok, il est l’art non pas de faire du yoga mais de se faire faire du yoga. Chaque geste travaille des lignes d’énergie parfois sous la forme un peu douloureuse de points de pression ou d’étirements des doigts et des orteils. Tout y passe : jambes, bras et dos. Les masseuses appuient de tout leur corps sur leur client à l’aide de leurs coudes, de leurs genoux ou de leur pieds.

On ressort étrangement  détendu de l’expérience.

Retour à l’hôtel et repas traditionnel Thaï. Salade épicée et boissons glacées aux fruits.

On se couche heureux.

L’art de la guerre

De Tahiti et des Tahitiens, j’aurais tout entendu. Mes quelques mois au contact de ce peuple du bout du monde auront suffi à avoir une première impression qui contredit ce que l’on croyait savoir : soit c’est faux, soit ce n’est pas assez vrai.

Avertissement : Le tutoiement étant de rigueur sur ce joli caillou fleuri, je l’utiliserai dans tous les articles, non pas comme un élément provocateur mais comme une évidence naturelle du langage.

L’art de la la guerre (contre les moustiques)

Que Tahiti soit un eden terrestre ou pas, 2 choses sont à prendre en compte avant de s’expatrier : la pluie et les moustiques. Ne pouvant pas faire grand chose contre la première, nous allons nous attarder au traitement des seconds. Ce petit manuel devrait être utile à tous ceux qui comme nous feront le choix de vivre au plus près de la nature, certes magnifique mais également impitoyable et envahie par ces petits êtres sournois.

Avant de rechercher les moyens à mettre en oeuvre dans ce combat de tous les jours, il faut s’intéresser à l’ennemi. Polymorphe, le moustique tahitien peut être bruyant et pataud, petit et agile, rayé (le moustique tigre) ou encore minuscule (comprenez presque invisible). Sa particularité : il attaque à toute heure. Certains vous expliqueront qu’ils sont présents plutôt au lever du soleil, dans le creux de la matinée, avant le repas, pendant le repas, à l’heure de la digestion, en début d’après-midi, en fin d’après-midi, au coucher du soleil, quand le soleil est couché, exclusivement en début de nuit, avec de nombreuses explications relatives au climat, à l’humidité, au sens du vent, à la végétation, aux fleurs ou d’autres paramètres non maîtrisables, etc… La VERITE est pourtant là, devant nous : ils sont là TOUT LE TEMPS !

Non seulement leur piqûre est désagréable (comme avec tous les moustiques) mais en plus ils sont porteurs d’un panel de maladies bien pénibles (dengue, zika, chikungunya) et toutes sortes de réactions allergènes peu avenantes.

Ceci étant dit, il existe de multiples moyens de se battre contre leur envahissante présence. Les armes à votre disposition sont dans l’ordre d’efficacité constatée :

  • des habits longs avec chaussettes.

Un brin pénible dans un pays où la température avoisine régulièrement les 30°C. C’est assez radical mais les horribles bébêtes vont se concentrer sur les surfaces de peau restées accessibles : oreilles, cou et doigts.

  • les fumigènes (dits aussi serpentins)

Tous ne fonctionnent pas. On préfère ceux dits « naturels ». Ça marche bien à condition d’accepter de vivre dans un nuage de fumée. Plus de piqûre mais il faut supporter l’odeur de ces fumées et ne pas trop se poser de questions sur l’inhalation des substances qu’elles contiennent.

  • la raquette (dite « taser à moustiques »)

Alors là on passe à l’arme de destruction massive. Sous ses dehors de jouet pour enfant, on tient là une véritable arme qui transforme n’importe quelle bestiole volante en éclair bleuté. Avec un peu d’entraînement, on peut se faire ses 100 moustiques dans la soirée. Evidemment, c’est difficile de faire autre chose en même temps. Tu peux essayer de lire ton bouquin d’une main et chasser les moustiques de l’autre mais tu finis toujours soit par perdre le fil de l’histoire, soit par donner un coup de raquette sur la tête qui va te cramer quelques cheveux. Il faut faire attention…

  • le monoï

Produit tahitien naturel par excellence, l’huile, issue de la coco, est aussi utilisée comme répulsif à moustique. Une version parfumée à la citronnelle démultiplie l’effet anti-insecte. Personnellement, je crois plutôt que le produit est tellement gras qu’il transforme ta peau de piste d’atterrissage en patinoire. Plus rien ne peut s’accrocher à toi. En plus, ça résiste relativement bien à la baignade et reste donc efficace après un petit tour dans le lagon. En conséquence, c’est bien évidemment assez difficile de s’en débarrasser sur les mains après application. Effet doigts gras garanti sur les écrans tactiles, les papiers et les touches de claviers.

  • Les insecticides (off et autres poisons)

De l’avis des médecins, c’est le plus efficace : se bombarder la peau de produits censés repousser les insectes piqueurs. Ça fonctionne un peu après application mais dans un pays où tu te baignes 3 fois par jour et où tu transpire comme deux, l’efficacité est vite réduite à pas grand chose. C’est surtout la solution de secours contre le pétage de plombs (quand les moustiques te piquent sur tes boutons de moustiques parce qu’il n’y a plus d’autres endroits à piquer).

  • l’eau de mer

Un endroit où tu ne trouveras pas de moustiques : dans l’eau ! En plus, ça soulage les brûlures des boutons. Mais attention quand tu sors, ils adorent ta peau humide et légèrement salée et ça repart de plus belle. A réserver également aux situations d’urgence.

  • hors catégorie : le ICON

Ce n’est plus un mode de protection individuel mais un traitement global du problème. Ce produit, vendu presque partout, est à appliquer autour des maisons à l’aide d’un pulvérisateur. Réputé très dangereux pour la santé, on prend soin de s’habiller en cosmonaute avant de jouer avec. Le résultat à l’aube du jour suivant, c’est une hécatombe d’insectes : blattes, cent-pieds et autres rampants sont foudroyés dans la nuit. L’effet sur l’ennemi numéro un est à évaluer sur le moyen terme. Normalement, les larves de moustiques sont détruites et la situation doit s’améliorer jusqu’au prochain épisode de pluie qui rincera la produit. Mais cela nous ramène à un autre élément de la vie polynésienne que l’on traitera plus tard : la pluie.

Un été au pays du sourire (1/3)

Parce qu’elle offre une multitude d’approches, de paysages et finalement d’expériences et parce qu’elle est facile à découvrir, la Thaïlande reste une destination idéale pour une famille de routards à la recherche de dépaysement sans grosses galères.

Elle fut notre destination lors de l’été 2014.

Bangkok

La skyline de Bangkok : des gratte-ciels d’acier et de verre dominent  les espaces décatis des taudis et des bidonvilles. Bienvenue dans le tiers monde.

24 juillet

Porte d’entrée de la plupart des farangs (terme péjoratif dérivé du mot “français” qui désigne l’ensemble des occidentaux), Bangkok a une réputation sulfureuse héritée de son gigantisme (douze millions d’habitants) et de ses quartiers chauds.

Nous y arrivons au milieu de la nuit. Le décalage horaire agit pleinement sur nos deux filles dont les yeux reflètent la fatigue de nos 24 heures de voyage.

Je suis content d’avoir demandé à notre taxi de nous attendre à la sortie de l’aéroport. Il nous accueille comme le veut la tradition Thaï : mains jointes au niveau de la tête et légère inclinaison du buste. Et un sourire. Pas de serrage de main. Les présentations sont faites et elles n’iront pas plus loin : mon thaïlandais est aussi inexistant que son anglais.

Dans l’escalator, il nous prend en photo. Passion débordante des Asiatiques pour l’image.

L’avantage de Bangkok aux petites heures du matin, c’est qu’on y évite les embouteillages. En 30 minutes nous sommes au pied de notre immeuble, à peine à 400m de la Chao Praya, l’artère fluviale de la ville qui, avec ses nombreux canaux annexes, lui ont valu jadis le surnom de Venise Asiatique.

En bas du condominium, il faut passer la dernière épreuve avant d’accéder à notre appartement : l’agent de sécurité, après nous avoir abondamment salué et souri, a besoin de nos passeports pour nous remettre un badge magnétique qui limite l’accès de l’ascenseur à notre seul étage. Des mesures de sécurité démesurées dans ce quartier tranquille mais dont nous découvrirons dans les prochains jours qu’elles sont générales. Les Thaïlandais aiment mettre des agents de sécurité à l’entrée de chaque bâtiment dans le seul et unique but de  donner de la valeur au dit bâtiment. Et ces gardiens, souvent recouverts de médailles qu’ils arborent fièrement et même parfois armés, semblent passer plus de temps à remplir des registres qu’à assurer une quelconque sécurité. Ils sont avec les portails immenses et décorés les éléments qui permettent de sauver la face d’un bâtiment. Une notion très thaïlandaise.

Une fois installés, nous contemplons de notre balcon la skyline de Bangkok : des grattes ciels d’acier et de verre dominent les espaces décatis des taudis et des bidonvilles. Bienvenue dans le tiers monde.

25 juillet

Quand retentit l’hymne national tout le monde se lève et reste immobile

L’occident nous entraîne dans un labyrinthe de choix qui ne mène nulle part. Le bouddhisme Thaï ne proposerait qu’un nombre limité d’activités mais dont le strict respect aboutirait au nirvana. C’est ce mystère que l’on pourrait tenter de percer en visitant les principaux temples de la ville mais nous nous levons bien trop tard. Les moines ferment les portes vers 17 heures et nous émergeons vaguement conscients du décalage horaire vers 15 heures. Mauvais pour notre karma.

Le mieux reste de partir errer au hasard en espérant que les surprises seront au rendez-vous.

Mais avant tout, il convient de manger. L’immeuble où nous résidons propose quelques restaurants occidentalisés mais Carine insiste pour que nous prenions un vrai premier repas au goût local. Elle déniche quelques mètres plus loin une gargote ouverte sur la rue. On y cuisine dehors, comme toujours en Thaïlande. Quelques tables et chaises en plastique accueillent les clients dans un intérieur kitch où les couleurs criardes se disputent les faveurs de notre regard avec des effigies de bouddha et du couple royal.

Comme nous ne comprenons rien au menu à l’entrée nous montrons ce que nous voulons et finissons par avoir devant nous quatre soupes de nouilles où trempent des morceaux de viande et des boulettes de poisson. Par chance ce n’est pas trop épicé et parfaitement toléré par nos filles qui semblent se régaler.

Une fois réglée la maigre addition, nous rejoignons la Chao Praya pour prend le bateau bus qui va nous emmener près des grands temples du centre.

Nous descendons un peu au hasard et nos pas nous mènent au cœur d’une grande fête populaire.

L’alphabet thaïlandais étant totalement hermétique pour nous, difficile de dire ce qui se trame ici. De grands enfants jouent au cerf-volant. Un écran géant est déroulé d’un côté de l’esplanade. Un concert se tient de l’autre côté. Des robots tout droit sortis de mangas japonais se laissent prendre en photo avec les enfants. Mais quand retentit l’hymne national tout le monde se lève et reste immobile. D’autant plus que l’immense portrait en pied du roi qui trône derrière la scène semble nous surveiller.

À la nuit tombante nous regagnons l’embarcadère le plus proche pour rentrer chez nous. Tout le long du chemin la passion des Thaïlandais pour la lumière transparaît. Des néons suspendus dans les arbres, les façades des palais illuminés et les multitudes d’ampoules colorées sur les étales sont les lucioles qui guident nos pas dans cette grande ville à la géographie encore mystérieuse.

26 juillet

Il ne faut pas oublier qu’ici, la magie est partout. Elle est antérieure à la logique.

Difficile de prendre une photo de Bangkok sans avoir entre l’objectif et l’objet de la photo deux éléments constitutifs du paysage urbain thaïlandais : l’enchevêtrement de câbles pendant entre les poteaux et les tuyaux de PVC bleu. Les premiers sont pour les Thaïlandais le symbole de l’électrification et donc de la modernité. La Thaïlande a été le premier pays d’Asie à électrifier ses grandes villes, avant le Japon. Les tuyaux bleus acheminent l’eau courante alors que leurs cousins jaunes et gris contiennent le gaz et les fils de communication.

Ce qui étonne les étrangers est qu’à aucun endroit, ces fils et tuyaux n’aient été enterrés afin de dégager le paysage et d’améliorer l’esthétique des rues. Surtout quand les typhons et autres tornades viennent mettre à terre cet ensemble qui défie la logique.

Des tentatives ont pourtant eu lieu mais elles se sont soldées par des échecs dus à l’extrême humidité des sols et plus probablement au manque d’intérêt de la population. Car comme pour les déchets qui par endroits ruinent le paysage, les Thaïlandais semblent éprouver peu de sensibilité quant à la préservation de leur environnement.

L’explication est culturelle. Marcher est considéré comme une activité réservée aux plus pauvres et les classes moyennes préfèrent se déplacer dans leur automobile-bulle de leur logement à leur travail. L’espace publique en vient à être perçu comme un lieu étrange peuplé par des esprits dont personne n’a la responsabilité. Il ne faut pas oublier qu’ici, la magie est partout. Elle est antérieure à la logique. Alors si ces pollutions visuelles et environnementales sont vues par nous comme un laisser-aller, elles sont pour les Thaïlandais la preuve de leurs modernité dont ils ne se sentent pas individuellement responsables. Ou bien pensent-ils comme le proverbe qu’il est inutile de cacher un éléphant derrière une feuille de lotus ?

Nous démarrons notre exploration aujourd’hui dans une jungle urbaine où la température ressentie est montée d’un cran. Le vent bienveillant de la veille a disparu et la pollution se fait sentir dès les premiers pas.

Heureusement que le ferry boat, en empruntant la voie fluviale plutôt que les autoroutes surélevées nous permet un temps de ressentir des bribes de fraîcheur et d’air marin.

Arrivés au premier temple de notre visite, la forte affluence s’ajoute à la chaleur. Pourtant, il est encore possible de trouver à l’intérieur des zones ombragées et calmes où se ressent l’esprit zen voulu par ses concepteurs.

Bouddha est partout, souriant, parfois allongé et proche du nirvana, d’autres fois assis en tailleur. Une vision presque idyllique de cette religion qui a su séduire un nombre important d’occidentaux qui y voyait un dieu accueillant et sympathique. C’est un peu vite oublier que derrière ce décorum se cache, comme dans toutes les religions, un sexisme intransigeant (les femmes ne peuvent  pas devenir moines et restent en dehors des lieux de prière).

Le palais qui jouxte le temple et dont la visite est inclus dans notre billet est d’un style néoclassique tendance pièce-montée. Le style néon-classique disent les spécialistes tant l’éclairage la nuit tombée fait ressortir les moulures des colonnades et les dorures des toits.

Tout ça nous a donné faim et pour rester dans les traditions locales, nous prenons notre repas de midi dans un resto où l’accueil est un peu froid mais la cuisine chaleureuse.

Le retour se fait par le quartier des ferrailleurs et nous finissons la journée en épaves devant quelques pains fourrés cuits à la vapeur.

27 juillet

Traditionnel ferry boat jusqu’au temple du bouddha couché. Ambiance zen et parc magnifique.

Repas dans le quartier indien.

Crocodiles dans le canal!

Déambulation dans un Chinatown vraiment dépaysant.

Une journée en Asie comme je les aime.

Tahiti loin des clichés

Premières impressions

Tout d’abord, il me faut rappeler nos premières impressions. Des cocotiers, partout. L’omniprésence de la mer : des lagons magnifiques, un océan plus sauvage au-delà de la barrière de corail. Des couleurs. Prédominance du bleu. Le bruit aussi, peut-être. Nous louons une maison à quelques mètres de l’océan.

Un côté déglingue également. Loin des clichés du Tahiti touristique. Quelque chose de pas net dans les habitations, même chose à l’hôtel « classe » où nous passons notre première nuit. Mais peut-être est-ce dû seulement à la proximité de la mer, qui vieillit et rouille tous les objets prématurément, maisons et voitures compris. Un côté péruvien en somme. Ceux qui me connaissent (très bien) comprendront parfaitement à quoi je fais allusion.

On accède à la maison par un chemin. Plus de goudron mais une suite d’ornières. De grandes flaques. A la première pluie, on est sous l’eau ! Il nous faudra changer de voiture très rapidement. Moi qui aimais tant marcher, on me refuse le droit de le faire sur ce chemin : les flaques d’eau permanentes seraient le foyer de la leptospirose, la fameuse maladie des rats.

La maison est une vieille maison en bois, de famille. Les meubles sont de (très grande) qualité. Le parquet, massif, est en bois exotique. La propriétaire travaille au Ministère de la Culture. Elle a été plusieurs années directrice du « Musée des Îles », le seul musée publique de Tahiti. C’est la maison de sa mère. Elle l’a laissée telle quelle. La décoration, traditionnelle mais de bon goût, est composée de nombreux tableaux et objets rares (on a failli faire les journées du patrimoine chez nous !) et d’une belle collection de coquillages. Nous jouissons aussi d’une bibliothèque hors du commun, surtout que sur l’île, les livres sont plutôt absents.

C’est une maison traditionnelle. La cuisine est séparée du reste de l’habitation. La ventilation naturelle est assurée par un espace laissé ouvert entre le haut des murs et la toiture. Une façon écologique de lutter contre la chaleur. Pour éviter les rats, une série de petites pointes a été installée. Cela n’empêche pas une famille geckos de vivre derrière le buffet. D’ailleurs, je crois même qu’ils ont eu des petits ce mois de septembre. Nous nous sommes offerts un petit luxe : une fontaine d’eau, comme dans les films (ou les entreprises, dixit mon frère. Moins poétique.) Eau fraîche à volonté, eau chaude sur demande. Sur Tahiti, l’eau du robinet n’est pas toujours potable.

Notre chambre est immense et haute de plafond. Du bois de qualité recouvre en partie les murs. Nous dormons à côté d’une reproduction de Gauguin et sous le portrait d’une jolie jeune femme (la grand-mère jeune). Nous disposons de deux salles de bain. A Tahiti, c’est la norme.

L’endroit de la maison que nous utilisons le plus est la terrasse. Elle est lumineuse et abritée de la pluie. Elle est entourée de verdure et on aperçoit l’océan. Là encore, nous disposons d’un mobilier de qualité, dont un superbe bureau d’extérieur. Le tout en bambou. C’est là que nous mangeons, travaillons, discutons. Que nous vivons en fait.

La maison est située sur un terrain de 3500 m2 entièrement arboré. Nous vivons au coeur d’un jardin botanique. Magnifique. Une journée par semaine, un jardinier vient l’entretenir. Ramasser, brûler… Et toutes ces cocos qui tombent quotidiennement ! Nous avons aussi un manguier. A force de rouler sur des mangues, nous avons levé les yeux et découvert tous ces fruits à disposition. C’est une caractéristique de Tahiti, relevée par ses premiers colons. Ici, il suffit de tendre la main pour se nourrir. Pas besoin de cultiver, la nature est généreuse. C’est originellement ce qui qualifiera Tahiti de paradis.

Nature sauvage

Ici, la nature est différente. Plus sauvage. Elle échappe plus facilement au contrôle de l’homme. Les premières semaines, nous avons profité du jardin de façon essentiellement visuelle. Nous avions peur de nous aventurer plus près : le sol est relativement humide, il paraît qu’il s’y cache des « 100 pieds » (nous n’en avons pas encore vu un seul !). Il y a plein de petites bêtes « inconnues », disons que nous n’avons pas l’habitude de fréquenter. Quand il pleut par exemple, notre traditionnel escargot est remplacé par le bernard-lhermitte. Il y en a plein le jardin ! Il faut faire attention aux noix de coco qui tombent aussi. Réellement dangereux. Et puis, notre jardin est ouvert sur le monde; pas de barrière ni de portail. C’est une particularité (rare à Tahiti !) que nous apprécions à sa juste valeur. Par contre ici, les chiens divaguent. Le Tahitien des années 2000 a très peur des cambriolages. De hauts murs et de grands portails entourent désormais la plupart des maisons (ce n’était pas le cas 30 ans plus tôt, dixit une personne qui a vécu à Tahiti à cette époque). Il se dit que le Tahitien possède en moyenne 4 chiens : un évolue à l’intérieur de la maison, les 3 autres sont dehors. Ils sont propres et éduqués mais en liberté totale plusieurs heures par jour. Nous les rencontrons sur la plage mais aussi dans notre jardin ! Les premiers jours, « P’tit Paul » , un énorme chien qui a l’habitude de surveiller notre maison, nous faisait un peu peur. Aujourd’hui, il fait partie de notre quotidien. S’ajoute également « Billie », ou plutôt « Lily » (« coconet » pour notre propriétaire tahitienne, « minuscule » en français). Cette petite chienne vraiment adorable fait le bonheur de Zoé et Mahaut. Elle, elle vit presque ici. Nous avons aussi en permanence les 2 chats de la propriétaire. Une aubaine pour les filles, qui ont laissé les leurs en France.

Nous avons donc investi depuis peu le jardin : nous passons une grande partie du temps sur la terrasse extérieure, couverte. Nous avons installé depuis peu une table, des chaises confortables et 2 transats dans le jardin (loin des cocotiers) où nous profitons du soleil et de la nature luxuriante. Nous avons pendu notre hamac dans le «fare pote», construction traditionnelle présente dans de nombreux jardins tahitiens du bord de mer. Les maisons sont plus éloignées de la plage, tandis que le «fare pote» en est très proche et permet de profiter un maximum de l’océan : c’est une petite construction ouverte sur les 4 côtés, dotée d’un toit, à laquelle on accède par quelques marches. Un plancher en bois ajouré permet de profiter du jardin sans être à même le sol.

Il y a bien entendu le lagon, à quelques pas de la maison. L’endroit est juste magnifique. C’est un petit paradis. L’eau est chaude et toujours claire. Les poissons sont omniprésents. Bien sûr, et c’est une caractéristique de tout lagon, il y a du corail un peu partout. Mais pas de concombres de mer ! Et ça, c’est chouette. Le sable est noir et se mélange à la poudre de corail blanche. De petits morceaux de corail sont échoués un peu partout sur la plage. Nous passons beaucoup de temps à profiter tout simplement de l’endroit, assis face à l’océan. La douceur du lagon se combine à la force de l’océan sauvage au-delà de la barrière de corail. De notre plage, nous avons vu sur le spot de surf très réputé de la Taharuu. Nous aimons particulièrement boire notre café le matin sur la plage (à l’ombre des arbres, assis sur un des deux troncs d’arbre disponibles ou à même le sable), partager une bière au coucher du soleil, ou tout simplement nous rendre dans cet endroit merveilleux plusieurs fois dans la journée pour le seul plaisir de voir l’océan évoluer (il y a la configuration marée haute, marée basse, mer d’huile, mer agitée…). Par delà la barrière, il est possible, à cette époque de l’année, de voir les baleines et leurs baleineaux. Magique. Enfin, grâce à la gentillesse de notre voisine, nous disposons d’un kayak de mer. Florian en profite beaucoup et emmène Mahaut marcher sur la barrière quand les conditions le permettent.

Je n’ai pas encore parlé des moustiques. Omniprésents. Une véritable nuisance. Parfois, leur présence ne nous permet pas de profiter d’un lieu (par exemple le jardin ou notre chambre). Il y a des heures dans la journée où nous nous faisons dévorer, sans qu’aucune protection (électrique, fumigènes, monoï à la citronnelle, répulsif type « Off »…) ne fonctionne réellement. A d’autres moments, ils sont tout simplement (presque) absents. C’est pour cela que la nature est certes omniprésente à Tahiti, mais qu’on s’y sent parfois rejeté. (Autre exemple : la présence (sporadique) de nuées de fourmis ailées, qui nous oblige alors à un repli à l’intérieur de la maison).

Quotidien

Je parlerai maintenant de notre vie quotidienne. Elle est rythmée par l’école pour les filles. Mahaut se rend à l’école primaire tous les jours. Il y a école les lundis, mardis et vendredis de 7h20 à 15h, les mercredis de 7h20 à 11h30 et les vendredis de 7h20 à 11h. Avant de rentrer en classe, tous les élèves sont réunis sous le préau pour commencer la journée en chantant. Il y a 2 récréations pendant lesquelles les élèves ont la possibilité d’acheter de véritables sandwichs pour se restaurer. Zoé va au lycée tous les matins pour 7h. Elle finit la plupart du temps à 15h, le mercredi à 11h.

Nous habitons à Papara, un village situé à 40 km de la capitale, Papeete. C’est assez rural et plutôt modeste. Mais depuis peu, Papara dispose d’un centre culturel dynamique que nous fréquentons 4 jours par semaine : danse tahitienne, initiation au ukulélé… L’activité « danse tahitienne » comprend forcément une découverte de la culture dont elle est issue : étude de la langue vernaculaire, découverte des contes et légendes polynésiens, pratique de l’artisanat local et/ou traditionnel (tapa, tressage, couronnes de fleurs…).

Je parlerai encore de l’école de voile de la Baie Phaeton, où Florian et Zoé s’initient chaque fin de semaine à la voile : catamaran, planche à voile et bientôt laser ? Mahaut profite de stages pendant les vacances (toutes les 5 semaines…) puisque le samedi, nous nous rendons toutes les 2 au ranch du Plateau de Taravao pour garder le contact avec cet animal qui nous fascine tant, le cheval.

La Baie Phaeton se situe à l’extrémité de l’île principale (Tahiti Nui), juste avant la petite ville de Taravao qui fait la jonction avec la presqu’île, Tahiti Iti (sur laquelle se trouvent le plateau de Taravao, quelques vaches mais aussi la mythique vague de Teahopoo pour les surfeurs).

L’île de Tahiti ne souffre aucunement du tourisme, pour ne pas dire qu’elle ne profite guère (voire pas) de la manne touristique drainée par les autres îles. La ville de Papeete ne présente pas ou peu d’intérêt, si ce n’est sa maison de la culture, unique bibliothèque publique de l’île (au parfum de nos bibliothèques d’enfance, bancs en bois et collections surannées). La ville est grise et dans l’ensemble peu animée. Il est possible de longer la mer en empruntant les jardins du parc Paofai, joliment aménagés avec vue sur le port industriel et ses cargos pleins de promesses de voyages (qui ne manquent pas de nous rappeler notre traversée de l’océan Atlantique en 2011 pour rejoindre l’Europe). On longe également une belle marina (bateaux de plaisance). Des Va’a évoluent sur l’océan et au bout du parc, c’est le départ des ferries pour l’île toute proche de Moorea. Papeete est ouverte sur le monde. C’est aussi le centre culturel de l’île. Tahiti offre de nombreuses possibilités de sorties, concerts en tout genre, mais aussi théâtre. La maison de la culture dispose de 2 salles de spectacle. Une compagnie de théâtre a investi les lieux: un programme dynamique et engagé (une des pièces proposées par exemple traite des essais nucléaires en Polynésie). De belles représentations de danse contemporaine également (un clin d’oeil au travail de la compagnie Tschan), avec accueil de chorégraphes du monde entier (Nouvelle-Zélande, France…). Le patrimoine culturel polynésien se mêle à la création contemporaine : le festival de ukulele, le Heiva (danse tahitienne) sont autant d’occasions de sorties que d’espaces d’innovation artistique. La culture polynésienne est ancrée dans le quotidien de ses habitants et ne se cantonne pas à être l’objet d’une exposition dans un musée. La Polynésie est un pays vivant.

Par contre, il y a assez peu de possibilités de randonnée sur Tahiti même. On profite chaque semaine de l’itinéraire proposé par les Jardins d’Eau de Vaipahi (2 boucles pédestres, en plus d’un endroit magnifique). Les autres randonnées sont plus difficiles à trouver, et à suivre. Souvent, il faut faire appel à un guide local et traverser des terrains privés. Dommage. Mais la situation ne peut qu’évoluer positivement, comme c’est le cas sur l’île voisine de Moorea.

Je n’ai pas encore parlé de la nourriture. Saine, délicieuse. Traditionnellement à base de poissons et de fruits (et légumes) variés. Le poisson, sous toutes ses formes: cuit, cru, mariné… Dans tous les cas fondant et goûtu. On alterne entre thon rouge, thon blanc, saumon des dieux, mahi-mahi, meka… Il est possible de l’acheter en bord de route, directement au pêcheur. Les fruits sont délicieux. Colorés. Et pour la plupart, nouveaux. Mangues du jardin, coco, papaye, goyave, corossol, ananas, citrons verts et bien sûr bananes, dont la variété «fe’i» se cuisine comme un légume.

Les légumes sont plutôt traditionnellement des fruits ou des racines : il y a le «uru», le fruit de l’arbre à pain, le taro, mais aussi les mape ou encore l’avocat. En dessert, nous mangeons du «poe» ou encore du « retia » et divers gâteaux à la banane ou à la farine de uru. Ou encore du «ipo» et des «firi firi». Hélas, depuis quelques années, Tahiti subit la déferlante de la malbouffe, qui provoque des cas d’obésité préoccupants (selon des chiffres avancés par la Direction de la santé, 70% de la population adulte serait en surpoids dont 40% obèses et pour les enfants, plus de 35% seraient en surpoids, dont plus de 16% seraient obèses). Le sandwich ici (appelé «casse-croûte») ne coûte que 2 ou 3 euros. Avec Florian, nous avons eu du mal à finir sa version combo (avec 3 ou 4 éléments protéinés différents, associés à des frites et leur sauce) que nous nous sommes partagé une fois, format de sandwich avalé par d’autres comme simple en-cas à 10h. L’équilibre alimentaire n’est guère au rendez-vous. La cantine scolaire ne fait pas exception à cette règle. Quel dommage !

A Tahiti, on peut manger partout, tout le temps (enfin, pas après 20h quand même !). Une particularité : les «roulottes», ces restos qui ne s’installent que le soir venu et qui servent une nourriture roborative bien que tout à fait correcte, à des prix très abordables au vu des quantités servies (un seul plat suffit amplement pour 2 adultes européens, pas encore trop tropicalisés !).

Mais le plus important, c’est peut-être la douceur de vivre qui se dégage de cette île et de son peuple, l’absence de tout stress et/ou prises de tête inutiles. Les températures sont clémentes toute l’année (26° environ) et malgré une saison humide qui peut être pénible, le climat est dans l ‘ensemble plutôt très agréable. La gentillesse du peuple tahitien est désarmante, son sens de l’accueil légendaire. Entourés d’eau, si loin du rythme de l’Europe, une véritable impression de bout du monde ici. Voire de paradis. Même si, même si…

En conclusion, je me permettrais juste de rappeler que l’ailleurs pour les uns est l’ici pour les autres. Qu’en aucun cas, on ne peut comparer 2 vies. Vivre à Tahiti n’est pas mieux ou moins bien que vivre en France métropolitaine. C’est juste très différent et c’est pour tenter de rendre compte de ces différences que j’ai rédigé ce texte. Nous avons la chance de ne pas aborder Tahiti en tant que touristes. C’est désormais notre lieu de vie, de résidence et ce pour 4 ans. Nous profitons chaque minute de la chance qui nous est offerte de partager le quotidien de cette île, de vivre toute l’année au bord de l’océan. On sait déjà qu’une partie de notre coeur restera ici, comme on sait aussi que nos proches, nos amis, les membres de notre famille, mais aussi nos animaux de métropole nous manquent quelquefois cruellement. (Mais Mahaut veut rester toute la vie à Tahiti «quand même», tout comme son père. Et peut-être aussi Zoé ? Bref, le retour sera dur. On le sait déjà.)

Salut à tous, fidèles lecteurs de ce blog  !

Pas grand chose à se mettre sous la dent ces dernières années. Peu de nouvelles entrées car rien en rapport direct avec le voyage à vélo et l’aventure quotidienne qu’il représente. Pourtant, l’Amérique du sud est restée en filigrane avec l’écriture d’un livre, des conférences et du conseil aux familles tentées par l’expérience. Et les voyages n’ont pas manqué : Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Japon et même les bords de la Loire.

Alors, si je dépoussière aujourd’hui ce bon vieux blog, c’est pour en faire à nouveau le dépositaire d’une aventure bien différente qui se prépare depuis quelques mois. Une aventure qui s’opposera à notre traversée de la Cordillère des Andes sur presque tous les points : un territoire infiniment petit au lieu de l’immensité du continent sud-américain, une chaleur tropicale à la place du froid mordant de l’altiplano, une contemplation immobile remplaçant l’appétit de kilomètres.

Je ne peux que vous promettre autant de sueur, de découvertes et de belles photos dans ce nouvel univers.

Au plaisir de vous retrouver.

A suivre…

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Dans la presse

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Conférence d’urgence !

La solidarité entre cyclo-voyageurs ne se limite pas à un hébergement ou une douche chaude dans les coins les plus improbables de la planète. Elle impose de se serrer les coudes quand l’un d’entre nous n’est pas en forme pour assurer un diaporama très attendu.

C’est l’ami Marcel Blanc souffrant qu’il faut remplacer au pied levé vendredi soir à Champagne en Valromey.

Impossible de refuser un tel service au parrain de notre voyage, à Gilbert Grosclaude qui a toujours été partie prenante de notre aventure et à l’association Bugey Sans Frontière.

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C’est finalement 111 personnes qui viendront écouter le résumé en images de nos pérégrinations en Amérique du sud. Un public extrêmement attentif et dont les questions reflètent l’intérêt qu’il porte aux aventures humaines qui tendent vers l’ouverture sur les peuples et sur le monde.

Un grand merci à André Bailly et à toute l’équipe pour votre accueil, votre sympathie et votre écoute. Vous pouvez nous compter parmi les fidèles de BSF !

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La fête du livre

Ce voyage alimente depuis 4 ans de multiples discussions et provoque de nombreuses rencontres. Que ce soit par l’intermédiaire de notre site, de conférence ou bien au sujet du livre, c’est toujours avec le même plaisir que nous échangeons nos expériences, nos photos ou bien juste quelques mots.

au Gray des mots

Habitué à répondre aux solicitations par e-mails, je le suis moins dans le cadre d’un salon du livre. Mais les organisateurs de cette première édition à Gray ont eu la gentillesse de m’accueillir (et quel accueil !) et m’ont permis de venir poser mes cartons dans ce qui a été ma ville de jeunesse.

Loin de l’ambiance austère de certains salons, il y avait à Gray tous les ingrédients pour un week-end réussi : une préparation soignée, une diversité de sujets bienvenue, une vente de livre d’occasion qui remporte un vrai succès populaire et de multiples activités qui donnaient à cette manifestation un côté presque festif comme en a bien besoin le livre.

Au coté de Bob Morane et pas loin de James Bond, nous avons parlé Amérique latine, humanité, enfants, découvertes et livres. Qu’espérer de mieux ? Une nouvelle édition dès l’année prochaine !

Salon du livre à Gray

Nous serons présents au salon du livre « Au Gray des Mots » le week-end du 28-29 novembre 2015.

Nous dédicacerons la deuxième édition de notre livre de voyage « une famille un monde ».

Peut-être aurons-nous le plaisir de vous y rencontrer.

affiche

 

une année à vélo et en famille

Partis le 3 juillet 2010 de leur maison dans l’Ain, Florian, Carine, Zoé (8ans) et Mahaut (2ans ½) ont parcouru plus de 10 000km, traversant la Cordillère des Andes de l’Equateur à la Patagonie. Une vie nomade à affronter le froid, la pluie, la sécheresse, le vent et le soleil pour finalement toujours trouver le réconfort auprès des peuples sud-américains rencontrés.

Au départ, un projet de rapide tour du monde en tête, le voyage se transforme petit à petit en découverte approfondie de la Cordillère des Andes à travers l’Equateur, le Pérou, la Bolivie, l’Argentine et le Chili. Choisi pour être simple, économique et passe partout, le vélo devient rapidement un passeport pour les rencontres. Entre immersion dans les paysages de montagnes et accueil par les habitants, la richesse des découvertes fait oublier la dureté du voyage.

Les parents découvrent toute la générosité des peuples andins tandis que Zoé parcourt les écoles péruviennes et que Mahaut s’éveille au monde dans la tradition nomade. Des milliers de photos, des heures de vidéos et des carnets de voyage tenus par toute la famille témoignent de l’effervescence du voyage qui vous fait plus que vous le faites.

Une traversée de l’atlantique en cargo avec des escales au Brésil, au Sénégal, et en Europe du Nord a permis de compléter cette découverte en prolongeant encore d’un mois le retour à la vie sédentaire le 28 août 2011.

Ce blog, rédigé  jour après jour pendant notre périple, est riche en souvenirs, photos, vidéos et détails pratiques pour ceux que l’aventure tente. Bon voyage…

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