Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

L’Oriente

Toujours confortablement installés dans les locaux de l’alliance française de Cuenca (que nous remercions au passage), voici la suite du récit :

28 août 2010 : Banos – Rio Verde

Levés à 5h du matin (c’est une idée de Carine, vous vous en doutez). C’est pour la bonne cause. On va se baigner au lever du soleil dans les sources d’eau chaude de Banos. A un autre horaire, la piscine est prise d’assaut et il fuit attendre des heures avant de pouvoir entrer. Le fait est que c’est agréable de se glisser dans de l’eau à 50°C venant du volcan. Régulièrement, il faut sortir et se passer sous l’eau glacée de la cascade avant de retourner au chaud. C’est agréable et d’après les Indiens, ça soigne presque tout les maux.

Pour le reste de la journée, nous avions prévu de descendre tranquillement jusqu’à Puyo, porte d’entrée de l’Amazonie, soit 1500m de dénivelé négatif.

C’était sans compter avec Federico. Alors que Carine et Zoé sont suspendues au dessus du vide dans une tarabita (moyen de transport inventé par les Incas pour passer d’une montagne à l’autre sans redescendre dans la vallée, pas comme nous !), Federico vient observer de près la carriole.

Il veut la même pour sa moto. Nous discutons vers son étal. Federico est peintre et avec sa femme, ils fabriquent des bijoux et peignent des t-shirt et des chaussures dans leur atelier puis les vendent sur les marchés. Il insiste pour que l’on visite la huitième merveille du monde El Pailon Del Diablo située dans son village à Rio Verde. Et bien évidemment, nous sommes les bienvenus chez lui. Ce n’est qu’à 18km. Nous prenons notre temps, le paysage se transformant petit à petit du paysage andin des hauteurs en celui plus dense et plus vert de l’Amazonie. Des cascades surgissent de partout et des plantes géantes prennent le relais des arbres.

La cascade de Rio Verde tient ses promesses. Nous l’ajoutons à la liste des huitièmes merveilles du monde déjà visitées.

Nous nous baladons à pied dans les environs de Rio Verde, Zoé et Mahaut se voient offrir des cadeaux par les commerçants du coin. A la nuit, nous mangeons avec Federico & Jenny et un ami. Nous discutons en buvant de la bière (ça nous change des jus de fruits et du coca). Assommés de fatigue, nous partons nous coucher au milieu de la soirée. Se lever si tôt, ça ne nous réussit pas.

La route descend, la température monte.

Nous goûtons à la spécialité locale ; la truite. On boit du jus de canne pour recharger nos batteries et arrivons à Puyo où l’hospitalité nous est offerte ce soir par les pompiers.

Au petit matin, ils nous invitent à partager leur petit déjeuner. Les cheveux d’or de Zoé et Mahaut font une nouvelle fois fureur.

Moustiques partout, justice nulle part.

30 août 2010 : Puyo – Reserva Hola Vida

J’écris tranquillement installé dans un hamac. Le rythme équatorien gagne du terrain…

Ce matin nous rendons visite à un couple de suisses francophones qui ont monté, il y a quelques années, un refuge pour les singes victimes du trafic d’animaux (le troisième trafic illégal d’équateur). Ces singes, habitués à l’homme, sont attachants et fouillent dans nos poches tout en nous grimpant dessus. Ils apprécient particulièrement la chevelure de Carine.

Au moment de partir, l’un d’eux tentera même la grande évasion en grimpant sur la carriole.

Pour le reste, la route continue à descendre, disons globalement, avec quelques côtes comme seul l’Equateur sait en produire.

Une fois de plus, nous décidons de ne pas suivre la route principale qui coupe à travers la forêt équatorienne, pour rejoindre à l’aide d’une route partiellement asphaltée une réserve écologique. L’endroit est sublime, au bout du monde. Rusés, nous montons la tente sous une cabana, pour ne pas avoir à payer et être à l’abri de la pluie. Les chutes d’eau nocturnes sont impressionnantes. Heureusement, les hamacs sont au sec.

31 août 2010 : Repos (ou presque)

Nous sommes à une dizaine de kilomètres de Nuevo Mundo. Déjà une semaine que nous pédalons. Nous décidons de rester une journée pour «descansar», verbe sublime qui signifie «défatiguer». L’Equateur comme nous l’imaginions est ici. Les bruits de la forêt, les oiseaux colorés, les fleurs gigantesques, les piscines naturelles nous donnent envie de profiter un peu plus de l’endroit. Bien évidemment, on ne tient pas en place et on se fait une petite balade dans la forêt suivie d’une virée en pirogue.

Pas d’eau courante, pas de douche, pas de cuisine, nous nous adaptons à cette vie nature.

Ce pays est magnifique et nous allons nous y attarder.

Suite du petit lexique d’espagnol :

«Cuanto cuesta tu bicicleta ?» : Combien coûte ta bicyclette ? Question essentielle quand on sait qu’ici, un vélo neuf (VTT) coûte entre 2000$ et 5000$, soit trois fois plus qu’en Europe.

«Te gusta Ecuador ?» : Ca te plait l’Equateur ? Les Equatoriens sont fiers de leur pays et encore plus des «gringos» qui essaient de le découvrir à vélo.

«La comida es muy buena en Ecuador» : La nourriture est très bonne en Equateur. Beaucoup de riz, un peu de viande et de légumes et beaucoup de jus de fruits frais. Avec un tel régime, pas étonnant que dans certains villages, on trouve beaucoup de centenaires.

01 septembre 2010 : Nuevo Mundo – Chuitaya

Les soirs se suivent mais ne se ressemblent pas. Pour cette nuit, c’est dans une sorte d’hôtel au bord de l’eau normalement fermé que nous trouvons à dormir. On se lave dans le Rio Pastaza tout proche et comme tous les soirs, nous nous faisons dévorer par ces moustiques noirs minuscules dont les piqures sont très douloureuses.

Dans la journée, nous avons poursuivi notre route à travers l’Amazonie.

Nous avons traversé de nombreuses communautés shuar, descendants directs des indiens Jivaro, célèbres pour leurs réductions de tête. Ils ne s’amusent plus à ça depuis longtemps et vivent dans de petites maisons sur pilotis.

Ils ne nous ont même pas attaqués pour nous dépouiller sur cette route déserte réputée dangereuse. Il semble que beaucoup d’Equatoriens aient peur des indigènes. Des réflexes de méfiance envers les plus pauvres que l’on connait malheureusement bien en Europe également.

02 septembre 2010 : Chuitayo – Macas

Plus de 60 km de montagnes russes entre Chuitayo et Macas dont une partie sous la pluie et tout ça pour arriver dans une ville peu accueillante : ça vous donne une idée de notre moral en fin de journée.

En plus, les petites sont un peu malades (eau? nourriture ? chaleur ?) et moi aussi d’ailleurs. Bref, nous ne sommes pas mécontents de quitter ce petit bout d’Amazonie pour rejoindre à nouveau les Andes.

03 septembre 2010 : Macas – Tayuza

Encore 60km à monter et à descendre. En fin de journée nous demandons dans les villages où camper. «Allez à l’hôtel» nous dit-on. Pourquoi des gringos comme nous veulent-ils camper? Parce que les hôtels sont loin.

A la nuit tombante, je repose la question à deux curieux qui viennent me voir. «Tu peux dormir là» me disent-ils en me montrant du doigt un petit parc au centre du village. Même réponse donnée à Carine par la marchande du coin. Bon, et bien dormons là. Je ne dors que d’un oeil entre les aboiements des chiens et le chant des coqs.

04 septembre 2010 : Tayuza – Mendez

Allez, on s’offre le luxe d’une petite étape et d’une arrivée avant 11h. Il fait une chaleur à tuer un cyclo-touriste et toute sa famille avec. Une terrasse ombragée nous tend les bras. On s’installe quand deux cyclos suisses germanophones arrivent. Ils viennent d’Argentine et remontent sur Quito avant de rejoindre Zurich. Ils vont manger mais passent à leur hôtel avant pour prendre une douche. Regard envieux de Carine. OK, j’ai compris, on s’offre l’hôtel. De toute façon, nous avons vraiment besoin de nous laver.

05 septembre : Mendez – Cuenca

Comment faire pour parcourir les 180km qui nous séparent de Cuenca sachant que l’on a devant nous 2000m de dénivelé (positif cette fois) et que nous sommes attendus demain pour quelques projets dont je vous reparlerai plus tard ?

Prendre le bus est impossible, il ne prenne qu’un vélo à la fois et le tandem pose problème. Reste le pouce. Toujours optimistes, et malgré les avertissements des autochtones, nous nous lançons dans le combat du cycliste au vélo chargé contre la pesanteur. Assez vite, nous comprenons qu’à ce rythme, il nous faudra au moins 4 jours. Mais comme toujours dans ce pays, il faut compter sur l’extrême disponibilité des gens. La première voiture ne va que cinq kilomètres plus loin. La deuxième va à Cuenca mais est déjà bien chargée. Pas de de problème, ils ont l’art et la manière de charger 2 vélos, 12 sacoches et 4 personnes.

Cinq heures de trajet à l’arrière d’un pick-up serrés entre les vélos et les sacs de citron sur des pistes défoncées est une expérience à tenter pour vérifier si l’on a l’estomac bien accroché. Le mien n’a pas tenu le coup. Le paysage devait être très beau mais moi je n’ai rien vu.

Nous arrivons à Cuenca dans la famille de Heriberto. Non content de nous avoir véhiculé depuis l’Amazonie, il nous propose de rester chez lui avec ses enfants quelques jours alors qu’il repart à Guayaquil. Une fois de plus, la gentillesse de nos hôtes nous sidère. Heribert est Colombien et pour lui c’est naturel d’accueillir des inconnus chez lui. Et quand nous proposons d’aider ou de faire quelques courses, une seule réponse : «nada !». OK, ça on a bien compris.

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  1. Famille Apharel

    Je n’ai pas mis le son des vidéos,car il est tard (00:54)
    Mais je ne peux m’empêcher de vous écrire…
    Les photos sont sublimes, vous avez des petites mines,j’imagine que ça doit crever tous ces KM !!
    Je pense que les gens sont accueillants parce que vous êtes simples, interressants, attachants, et que vous vous adaptez aux divers environnements !
    Bravo pour tout ce qui a déjà été accompli !!
    Gros bisous des Apharel <3

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