Un des symboles de Tahiti, loin derrière les palmiers s’inclinant sur le lagon, les surfeurs dévalant des montagnes d’eau ou les couronnes de fleurs fraîches des vahinés, est un petit instrument de musique dont les particularités en disent plus sur le mode de vie tahitien que bien des ouvrages universitaires. Le ukulele est largement connu dans le monde sous sa forme Hawaïenne de guitare miniature à 4 cordes dont les images et le son sont fortement attachés à la saveur des îles de rêve dans leur écrin de sable blanc. Largement moins connu est le ukulele polynésien, voire tahitien dont la forme intrigue dès le premier regard.

En apprenant à le connaitre, c’est à dire en apprenant à en jouer, on réalise rapidement qu’il est pourtant à l’image des gens qui peuplent ce caillou fleuri au milieu du pacifique sud.

Comme eux, il a une construction robuste. Fait d’un seul morceau de bois, sans fioriture et sans accessoire tapageur, il s’autorise tout au plus quelques tatouages de motifs géométriques pour appuyer ses lignes épurées.

Quel autre instrument possède 4 cordes parfaitement identiques qui ne nécessitent pas un périlleux et long voyage jusqu’à la ville pour être achetées ?

Simple, il l’est dans son utilisation et dans son entretien : quel autre instrument possède 4 cordes parfaitement identiques qui ne nécessitent pas un périlleux et long voyage jusqu’à la ville pour être achetées ? Si une corde du ukulele casse, rendez-vous à la quincaillerie la plus proche où tout le monde sait quel fil de pêche permettra de corder son ukulele pour 3 fois rien et sans prise de tête.

Modeste et discret, il a cet impossible design avec l’ouverture de la caisse vers l’arrière quand tous les autres instruments à cordes projettent le son vers l’avant et un son sec et sans profondeur, croisement improbable d’un ukulele hawaïen et d’un banjo américain qui en fait autant un instrument à cordes qu’une percussion.

Entendre le son du ukulele tahitien, c’est savoir que l’on est au fenua

Joueur et très franc il se laisse transporter partout et aime se faire entendre dès que la fête pointe son nez ou pour meubler le bruit incessant des vagues heurtant la barrière corallienne.

Entendre le son du ukulele tahitien, c’est savoir que l’on est au fenua entouré de gens dont il est l’étrange et réjouissante incarnation en instrument de musique.