Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

La vie à 120 km/h

Fin de l’aventure chilienne et retour en Argentine. Ce ne fut pas simple. Ici, à l’inverse de l’Europe, les frontières existent et elles sont faites pour être traversées. Situation Kafkaïenne avec les vélos et les bus. Puis départ pour rejoindre l’extrême sud du continent.

22 mai : Cucao – Castro

Refaire une route en sens inverse est comme toujours un peu démoralisant. Deux bonnes averses lavent les vélos et nous-aussi par la même occasion. Nous nous arrêtons un peu avant Castro dans un camping avec cabana.

23, 24 mai : Castro

A nouveau bloqués par de fortes pluies.

25 mai : Castro

Voyageurs prudents et échaudés par notre expérience désastreuse avec une compagnie de bus argentine, nous étions allés nous renseigner il y a 15 jours sur la faisabilité de rejoindre Bariloche en Argentine depuis l’île de Chiloé. D’après les compagnies interrogées, il n’y avait aucun problème. Confiants, nous arrivons à la fin de notre petit tour de Chiloé pour prendre un bus. Accueillis un peu froidement, le «chef» refuse catégoriquement que nous prenions un bus de sa compagnie étant donné que nous sommes trop chargés. Il faut préciser ici que l’on parle de bus à deux étages où le premier est entièrement réservé aux bagages et dans la soute duquel on peut faire rentrer 4 tandems, 4 vélos et encore une cinquantaine de valises plus quelques passagers clandestins. Mais rien à faire pour le convaincre, les arguments allant du «vous n’êtes pas tout seuls» (on s’en doutait un peu) à «c’est dangereux» (?!!!). Il nous conseille d’aller voir la deuxième compagnie présente sur l’île. Plus sympas ceux-là nous disent qu’ils vont essayer. Même bus énorme, même bus vide (ce n’est pas vraiment la saison touristique) et un chauffeur oscillant entre le «p’t-être ben qu’oui», «p’t-être ben que non» pour finir par un «non» en nous montrant comment 3 valises ont tendance à remplir les dizaines de m3 de la soute. «Attendez le suivant, ça passera sûrement». On s’en va.

Retour à la première entreprise qui possède une annexe permettant d’envoyer des «encomiendas» c’est à dire des «colis encombrants». Il faut payer pour l’expédition, mais nous sommes devenus très disciplinés et allons tranquillement au dépôt pour expédier nos vélos. Arrivés là, nous apprenons qu’ils peuvent être transférés jusqu’à Osorno (au Chili) mais ne peuvent pas passer la frontière. Il faut qu’ils voyagent avec nous dans le bus. Nous expliquons calmement au gentil monsieur que ses collègues avec beaucoup de mauvaise volonté et un brin de mauvaise foi refusent d’embarquer nos vélos dans leurs grands bus vides. Il est bien désolé pour nous et nous conseille d’insister. Ce que nous faisons sans résultat. Nous cherchons alors à voir si une entreprise comme «western union» ne pourrait pas les envoyer. D’abord c’est oui, puis c’est non. Puis c’est possible mais attention les objets non accompagnés à la frontière sont souvent retenus par les douaniers et il faut payer cher en taxes pour les revoir. Pour éviter ça, il faut les faire passer en avion depuis Santiago jusqu’à Buenos Aires. Du délire ! «Le mieux serait de les mettre dans le bus» nous dit la gentille madame. Nous restons (presque) calmes. Je vous passe un certain nombre d’épisodes de cette saga qui nous occupe plus de 12h, je sens que vous décrochez un peu.

Nous n’en pouvons plus de ces réglementations stupides et de la mauvaise volonté des entreprise de service («une entreprise à votre service» est écrit en gros sur les bus) qui n’ont vraiment pas envie de rendre service. Un peu à bout, nous embarquons les vélos dans le camion qui doit acheminer les colis demain à Osorno (mais arriveront-ils ?)  où nous les rejoindrons en bus.

26 mai : Castro – Osorno

Nous nous rendons à Osorno en bus, sans nos vélos. Cerise sur le gâteau : un autre passager embarque dans ce même bus, un vélo en soute … A Osorno, les vélos sont là avec 3 (petites) heures de retard. Nous essayons de trouver un bus pour Bariloche. Non catégorique des deux premières compagnies. Il est tard, nous sommes fatigués, nous verrons demain la troisième.

27 mai : Osorno – Bariloche

Finalement, c’est la troisième compagnie qui se montre la plus compréhensive. Le bus est presque vide et à condition que l’on démonte les vélos, ils veulent bien nous les prendre en soute.

Nous n’avons jamais été aussi contents de passer une frontière ! Ce fut long, avec fouille en règle des sacs, mais nous sommes enfin à Bariloche. Nous y retrouvons Philippe, notre consul-ange gardien, qui va stocker nos vélos pour les deux semaines à venir. Demain, nous partons direction les glaciers !

28 mai 2011 : Bariloche – Esquel

Des lacs, des forêts, des plaines d’altitude entre ciel et terre où seuls survivent des moutons mangeant des buissons jaunes et des renards mangeant des moutons : voici le décors de ces 300 premiers kilomètres vers le sud patagonien. C’est presque 6 jours de vélos que nous faisons en une demi-journée. C’est presque le budget de 6 jours de vélos que nous engloutissons en une journée. Nous avions oublié qu’une voiture coûte cher et que l’essence est plus coûteuse que l’eau. Et encore, dans cette région pétrolifère, le prix du carburant est plus bas que dans le reste du pays. C’est bien l’unique chose qui soit bon marché dans le coin…

29 mai 2011 : Esquel – Sarmiento

Pourquoi les touristes se précipitent-ils en été en Patagonie ? Pourquoi en tel mythe autour de cette région ? Pourquoi les vieux acteurs américains et les mauvais chanteurs français viennent s’y payer une maison ? Je vais vous le dire : parce qu’on peut y contempler le RIEN. Ici, tout est grand et vide.

Aujourd’hui les paysages ont un petit air d’Altiplano bolivien mais sans la vie de l’Atliplano. Pas de village, pas de villageois à vélo qui vous saluent, pas de taureaux qui labourent les champs, pas de champs. RIEN. Nous faisons 300 km entre deux villages en seulement deux ou trois lignes droites. Je ne crois pas que j’aurais pris plaisir à les faire à vélo. Trop long, pas assez de ravitaillement, trop lassant. «Pesado» comme on dit pas ici. A 120km/h ça ressemble à un road movie, à 12km/h ça doit ressembler à l’ennui. Le froid qui se lève vers 11h pour retomber à 14h transforme notre petite voiture en l’endroit le plus luxueux sur terre.

Je cherche une radio sur la bande FM. Nada. Il n’y en a pas. Le RIEN a même réussi à envahir les ondes.

30 mai 2011 : Sarmiento – Puerto San Julian

Au milieu du RIEN, du pétrole. Adieu nid de poule, le revêtement de la route est flambant neuf comme toutes les installations pétrolières alentours et le café est au tarif parisien. Nous regardons le lent mouvement des machines puisant le précieux liquide sous la plaine désertique. Un jour (proche ?), y’aura plus de pétrole, tout ceci s’arrêtera et le RIEN reprendra ses droits.

Un qui ne risque pas de s’arrêter, c’est l’océan atlantique que nous rejoignons en début d’après-midi. Les plages sont à l’image du reste du paysage : immenses. Il nous faut nous ravitailler en essence. Mais des mouvements de grève paralysent l’acheminement du carburant : la première station est vide (c’est faux, les cuves sont pleines de RIEN, j’en suis certain) et dans la deuxième, il faut attendre plusieurs heures. Nous prenons le risque de continuer. A la station suivante, nous pouvons faire le plein. Ca aurait été bête de tomber en panne sèche au milieu des champs de pétrole.

1 juin 2011 : Puerto San Julian – El Calafate

Des autruches, des vigognes, des renards, des putois et quelques rapaces sont les seuls signes de vie dans des paysages de plus en plus tristes.

Ce sont surtout les vigognes qui m’inquiètent. Elles ne regardent pas avant de traverser et la chaussée est parsemée de cadavres. Il y a bien quelques milliers de kilomètres de grillage de part et d’autre de la route mais ce n’est pas ça qui les arrête.

Les Argentins (moins d’un par kilomètre carré en Patagonie) sont assez discrets. Les quelques villages le long du parcours se résument  à une station service et à un hôtel à un croisement de route. Pas vraiment des endroits de rêve. Nous poussons jusqu’à El Calafate où nous arrivons à la nuit.

Arrêt au contrôle de police où l’on nous souhaite un excellent séjour. Et moi qui croyais qu’ils nous arrêtaient pour trafic de linge qui sèche.

1 juin 2011 : El Calafate – Glaciar Perito Moreno

80 km de plus dans des paysages somptueux et nous sommes au pied du glacier le plus célèbre des Andes. Nous avons fait 2000 km pour lui et dès le premier regard, nous ne le regrettons pas.

Il fait partie des lieux qui marquent comme le Machu Picchu ou le Salar d’Uyuni. Mais en plus d’être fantastiquement beau, ce paysage là bouge ! C’est la magie du Perito Moreno. C’est un des rares glaciers, en cette période de réchauffement climatique, qui ne cesse de grandir. Installés sur la péninsule, il vient vers nous d’un à trois mètres par jour flottant sur l’eau et poussé du haut de la montagne par son propre poids.

Il craque et ses craquements résonnent dans la vallée. D’énormes blocs de glace se détachent et tombent régulièrement dans l’eau du lac provoquant de mini-tsunami sur la plage en contrebas.

Nous restons à regarder la beauté de sa glace bleue en attendant la prochaine chute. Nous sommes presque seuls dans le parc et restons 6 heures dans le froid, mais sous un beau soleil bas, à nous régaler du spectacle.

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Mea Culpa

  1. QUEEN OF TART

    Salut les Indignés !
    Alors comme ça on se retrouve en bien mauvaise conpagny au fin fond de la Patagonie … et bien quelle histoire ! remontez vite sur vos montures et changez de pays … en ++++ des grèves du pétrole, le comble ! jusqu’à présent vous n’avez pas fait grève des gambettes…
    Nous en effet on boude le concombre, mais attention il parâit que le cornichon plus petit certes mais aussi vert, serait cancérigène !!! moi je suis pour que les cornichons portent plainte …. Faisons appel à la police New Yorkaise, elle a l’air super efficace pour arrêter en un clin d’oeil les méchants, et mettre les DS dans le KK …..
    Bon j’arrête d’écrire des bêtises, la queen est super tart ce soir.
    Je vous fais des bizzzzzzzzzzzzzz
    et Viva la Libertad de expression !!!!!

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