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Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

La grande traversée du désert

Le Salar d’Uyuni à vélo restera un souvenir inoubliable de ce voyage. Après tout, faire du vélo sur une autre planète ça n’arrive pas tous les jours. Les conditions difficiles du désert de Los Lipez, nous ne les oublierons pas non plus. La suite du voyage ? Rester plus longtemps que prévu en Bolivie !

23,24,25 décembre 2010 : Oruro ou le Noël à pile ou face

Pile : dans la ville animée d’Oruro, nous préparons Noël en effectuant une visite guidée dans une mine où le guide ne parle pas et en mangeant pizzas et hamburgers. Dans la chambre d’hôtel, nous confectionnons un sapin en carton vert et les filles collent des affichettes sur les fenêtres pour signaler notre présence au père Noël. Et ça marche. Le père Noël nous trouve et gâte les filles. Certainement a-t-il senti que nous étions exigeants avec elles et qu’elles méritaient de beaux jouets.

Face : comme dans beaucoup de villes d’Amérique du sud, pendant la semaine de Noël, les plus démunis viennent au centre-ville pour mendier. Les trottoirs se remplissent de familles assises sur des cartons tendant la main et d’enfants dansant pour quelques pièces. Nul besoin de venir jusqu’ici pour voir la misère mais elle prend sous nos yeux une ampleur inattendue. La croix rouge distribue même un peu de nourriture aux parents et quelques jouets de fortune aux enfants pendant que d’énormes 4×4 manquent de les écraser. C’est l’autre Noël, celui qui nous fait encore une fois réfléchir à notre condition de riches européens.

26 décembre 2010 : Oruro – Poopo

Jouons au désastre écologique : prenez une carte de Bolivie et regarder au sud d’Oruro. Vous y voyez un lac immense. Et bien ce lac a disparu. C’est même à la une des journaux. Et nous confirmons : la route que nous empruntons longe le non-lac. La raison : la quasi-absence de pluie et l’exploitation minière. Nous sommes fin décembre et si aujourd’hui nous essuyons deux averses, c’est trop peu pour remplir un lac.

27 décembre 2010 : Poopo – 15km avant Challapata

Le thème de ce voyage pourrait être «les eaux thermales en Amériques du sud» tant nous profitons de ces eaux chaudes à profusion. Ce matin, c’est à Poopo que nous nous lavons. Le reste de la journée voit défiler les 4 saisons comme d’habitude : chaleur tropicale, averses violentes l’après-midi et froid glacial le soir. Une ancienne carrière de sable abritée de la route sera notre jardin pour la nuit.

28 décembre 2010 : 15km avant Challapata – Condo

Chance : nous trouvons un restaurant où manger et une station essence pour faire le plein de notre réchaud. Nous croisons aussi une hôtelière malhonnête et irascible : rare dans ce pays. Vive le camping libre !

29 décembre 2010 : Condo – ?

Borges avait coutume de dire qu’il n’avait pas de mérite à écrire des histoires fantastiques en Amérique du sud tant ce continent recèle d’éléments surréalistes. Chaque jour apporte son lot de détails cocasses à notre voyage : après les immenses panneaux annonçant des centres éco-touristiques n’existant pas, nous achetons un peu d’eau à un restaurateur faisant sécher des escalopes de viande sur son fil à linge. Je passe les hôtels sans chambres, les magasins ne vendant rien, les habitants ne connaissant pas le nom de leur village et les villages fantômes. Drôle d’endroit que cet Altiplano où la sensation d’être perdu au bout du monde est forte. La piste défoncée sans aucune indication renforce encore ce sentiment.

30 décembre 2010 : ? – Tambo Tambillo

Le cycliste Anglais nous l’avait dit. Le motard Japonais aussi. La route qui part vers le nord du Salar d’Uyuni est très mauvaise. Ils avaient raison. Pas un grain d’asphalte, des bancs de sable et de la boue rouge qui colle aux vélos.

Heureusement, nous retrouvons ici ce qui nous avait tant plu en Equateur : des gens souriants qui arrêtent leur véhicule à notre hauteur en nous demandant s’ils peuvent nous aider. Deux fois nous refusons de nous faire emmener. La route est trop belle pour la faire autrement qu’à vélo et nous n’avons pas envie de vomir à l’arrière d’un camion. Un peu plus tard, c’est nous qui arrêtons les voitures pour demander de l’eau. Le soleil tape et nous sommes dans la partie désertique de Los Lipez. Tout ce que nous trouvons dans les rares échoppes, ce sont quelques bouteilles de soda. J’ajoute le coca-cola à la liste des choses dont je me passerai à mon retour en France (avec le riz et le poulet).

31 décembre 2010 : Tambo Tambillo – 12km avant Salinas

Si tous les soirs, nous pouvons observer le ciel étoilé de Bolivie, aujourd’hui nous restons un long moment devant le résultat d’un météorite venant s’écraser dans le désert : un superbe cratère de près d’un kilomètre de diamètre. L’endroit est paisible et principalement habité par les lamas.

Nous continuons notre route vers le volcan Tunupa. Il faudrait plutôt dire route en travaux, c’est-à-dire un amalgame de sable, de graviers et de pierres : rien ne semble vouloir tenir ensemble. La progression est éprouvante d’autant plus que le soleil brûle en permanence et que le ravitaillement devient difficile. Heureusement que l’on nous autorise à nous servir en eau dans un puits et que notre génie culinaire nous fait inventer le «crackers-sardines».

01 janvier 2010 : 12 km de Salinas – Salinas

On vient de changer d’année. Vu la chaleur et la fatigue, on s’en est à peine aperçu. Notre soirée de réveillon, on l’a passée au bord du Salar au milieu de ruines avec une casserole de riz-quinoa arrosée d’un «maltin power» en guise de festin. A 8h, tout le monde dans son sac de couchage et dodo.

Le matin, on pousse nous vélos dans les graviers en essayant de faire comprendre à Mahaut que dorénavant elle a 3 ans. Pas facile.

A Salinas, une toute nouvelle éco-auberge s’apparente à un mirage. Après 7 jours à bivouaquer et à manger des sardines on trouve une douche (presque) chaude, un bon lit et un vrai repas préparé par notre sympathique hôte : Hugo.

02-03 janvier 2010 : Salinas

Logés dans l’auberge d’Hugo, nous sommes si biens que l’on reste deux jours. Entretien des vélos, allers-retours à la source d’eau minérale, films et lecture remplissent ces 2 journées. Salinas, que les gens d’ici surnomme Sardinas (on y trouve surtout des sardines en boîtes) n’est pas l’étape gastronomique du voyage. Heureusement qu’Hugo nous prépare des steaks de Lama avec la quinoa issue de sa production. Nous sommes ici en plein coeur de la région de production de cette céréale qui est presque entièrement exportée en Europe et aux USA et que les gens d’ici ne mangent presque pas lui préférant le riz et la pomme de terre (et les sardines en boîte je suppose).

04 janvier 2010 : Salinas – Jirira

Journée terrible ! 10km après le départ nous nous embourbons dans des sortes de sables mouvants. Nous tirons et nous poussons le tandem que nous finissons par délester de sa charge pour le porter dans un endroit plus stable. Ensuite, c’est le sable qui nous ralentit. Les vélos surchargés en nourriture et en eau (25l) s’enfoncent. On tombe et on finit par pousser sur plusieurs kilomètres. Un longue montée pour passer sur les flancs du volcan finit par nous décourager. A la tombée de la nuit, on aperçoit enfin le Salar et le village de Jirira. Nous dormons au refuge.

05 janvier 2010 : Jirira – Isla Incahuasi

Aujourd’hui, c’est le grand jour : nous nous lançons sur le désert de sel le plus grand de la planète. Dans ce monde entièrement blanc, nous profitons d’une double exposition solaire : par le haut et par le bas. Et nous perdons totalement nos repères. L’île qui était visible hier du sommet de la montagne est introuvable une fois sur le Salar. On s’oriente à la boussole, on hésite, des mirages d’île apparaissent un peu partout. Lequel suivre ?

On rejoint une trace qui semble plus marquée que les autres et on file plein sud. Nous avons raison car au bout de 40km, nous apercevons l’île.

D’un coté les 4×4 de touristes s’entassent pour prendre des photos. Nous nous dirigeons bien évidemment de l’autre côté de l’île, entièrement sauvage, pour trouver enfin de l’ombre. D’ici, l’immensité du Salar laisse apercevoir la courbure de l’horizon.

06 janvier 2010 : Isla Incahuasi – Colachani

Il nous faut faire 80km pour ressortir du désert de sel. Nous suivons une piste bien tracée qui nous mène vers l’Est. Partis tôt, nous avançons à bon rythme. En fin de matinée, les 4×4 commencent à faire leur appartition. Souvent ils ralentissent et nous sommes pris en photo. Mais aucun ne prend la peine de s’arrêter pour discuter ou nous saluer. Une ou deux fois, je tire la langue pour la photo. Ca n’a pas l’air de plaire.

Nous mangeons à midi abrités du soleil par nos serviettes tendues entre les vélos. Un 4×4 s’arrête. Il s’agit d’une famille italiano-bolivienne qui veut savoir si nous avons besoin de quelque chose. Nous discutons un petit moment et nous sommes invités sur la suite de notre parcours entre Potosi et l’Argentine. Merci Valeria et Valerio !

Enfin arrivés à Colchani, nous traversons les zones d’extraction de sel.

Derrière, quelques hôtels de luxe en sel à 150$ la nuit. Ca fait un peu cher. On pousse jusqu’au village dans l’espoir de trouver une endroit où dormir ou camper. On nous parle d’un hôtel pas cher appartenant à une famille du village. Comme souvent en Amérique du sud, il faut d’abord trouver le gérant de l’hôtel dans le village pour se faire ouvrir une chambre. On insiste un peu dans notre recherche (une bonne heure de jeu de piste dans le village) et nous avons raison. Nous voilà dans un sympathique hôtel de sel pour 5$ !

07 janvier 2010 : Colchani – Uyuni

Uyuni : ville en plein désert typique. Nous entrons par une route ensablée jonchée de poubelles éventrées. Nous finissons dans un petit centre ville touristique. Nous trouvons l’hôtel le moins cher et dévorons une pizza en buvant une bière. 15 jours qu’on avait pas connu un tel bonheur. C’est décidé, nous restons quelques jours ici.

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Nous avons retrouvé Michel Polnareff !

  1. Superbes les photos du salar. Voilà un endroit qui me fait rêver comme beaucoup de cyclovoyageurs. Cela valait la peine de pousser les vélos sur les pistes sableuses de Bolivies. Bravo.

  2. Alfonso Mathey Mercedes et J-Paul

    Nous sommes bien contents d’avoir de vos nouvelles. En lisant votre périple nous comprenons mieux votre silence.
    Vous êtes vraiment très courageux…. car vous ne choisissez pas la facilité. Continuez à vous faire plaisir et à nous faire rêver.
    Bon courage et bises à tous les 4.
    Mercedes

  3. Je vous ai découvert tout à fait par hasard, en cherchant des informations sur les déserts du monde. Je suis soufflée par la première photo, comme vous dites, on a l’impression d’être dans un autre monde !

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