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Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Chiloé : il pleut, c’est merveilleux, je t’aime

«L’île de Chiloé est célèbre pour la noirceur de ses orages et de son sol, pour ses forêts de fushias et de bambous, ses églises jésuites et les doigts d’or de ses sculpteurs sur bois. Un des ses coquillages, une énorme barnache, le pico de mar, se dresse sur votre assiette comme un Fuji Yama en miniature. La population est un mélange d’Indiens chonos, d’Espagnols et de marins de toutes les couleurs. De leur imagination bouillonnante sont nées des mythologies tourmentées.»

C’est Bruce Chatwin, l’écrivain voyageur britannique qui faisait cette description de Chiloé. Je ne ferais pas mieux. Je ferais même bien plus mal ;

Chiloé est un pays à part entière : on y mange différemment du reste du Chili, le climat est singulier, les croyances sont particulières et même l’architecture des maisons est propre à l’île. C’est certainement pour cela que cette île fascine les Chiliens et les passants du bout du monde que nous sommes.

4 mai 2011 : Chacao

Nous dégustons le curanto que nous prépare Ana Maria : coquillages, moules gigantesques, pommes de terre. Très bon et (très) nourrissant.

5 mai 2011 : Chacao – Ancud

Il est difficile de quitter la petite maison en bois sur la plage. Mais l’île, même si elle est petite (à peine 250km de long) recèle bon nombre de coins paumés et sauvages qu’il nous faut explorer.

La route 5 qui est en fait le dernier tronçon de la panaméricaine n’est pas vraiment surchargée. A mi-chemin, nous visitons le parc de la mythologie Chilote (en fait un particulier qui a aménagé son jardin avec une multitude de statues en bois à l’effigie de toutes les croyances locales). A Ancud, il n’y a plus de pirates pour rapporter des livres de magies blanches du vieux continent, seulement des pêcheurs et l’océan.

6 mai 2011 : Ancud – Chepu


Encore un plan galère ! Mais qu’est ce qui nous a pris de vouloir nous enterrer (au sens premier du terme) à Chepu ? Nous étions tranquillement en train de pédaler sur la route 5 quand nous avons pris ce petit chemin de terre pour «voir l’océan». Il nous faudra 3h pour parcourir les 15 kilomètres de chemin boueux, les roues bloquées par la terre et nous en train de pousser.

Et puis Chepu n’est même pas au bord de l’océan. Il faut encore monter 13km. Oui, monter !

Heureusement, nous ne sommes pas déçus par l’agroturismo (chambre à la ferme) que nous visions. Sonia («vous n’êtes quand même pas venus jusqu’ici à vélos ?») nous reçoit avec café et galletas. Nous rangeons vite le difficile chemin au rayon des souvenirs.

7 mai 2011 : Chepu

Tempête le matin, puis découverte des environs avec Armando sous le soleil.

8 mai 2011 : Chepu – Quemchi


Il a plu et le chemin est encore plus impraticable. Armando affrète sa camioneta et nous emmène jusqu’à la route. De là rejoindre Quemchi est un jeu d’enfants : des montagnes russes plus précisément.

Sur la route, nous sommes interpellés par deux jeunes femmes qui nous disent venir de Santiago et nous invitent à rejoindre le royaume de Dieu. Nous déclinons gentiment mais je les plains : entre les témoins de truc, les adventistes du 7ème machin, les évangélistes néo-bidule qui ont pignon sur rue dans tous les villages, la concurrence est rude. Nous, nous nous contentons de croire en basilisco, cuchiovillu et La Pincoya, superstitions médiévales Chilotes autrement plus croustillantes…

Quemchi est un village de pécheur comme il y en a tant d’autres sur l’île. C’est d’ici que partent les bateaux chargés d’alerce, le bois

imputrescible originaire de la zone. Il n’y a rien à faire ici et c’est parfait pour nous.

9 mai 2011 : Quemchi

Une île minuscule reliée au continent par un pont en bois. Il n’en faut pas plus pour nous faire sauter sur nos petites bicyclettes. Evidemment, il pleut, évidemment le chemin n’est pas praticable pour des vélos et pour finir, le pont est fermé. Bah, ce n’est pas une interdiction formulée dans une langue qu’on peut très bien ne pas comprendre qui va nous arrêter.

A mi-chemin, le vent, la pluie, les planches pourries qui craquent et l’eau glaciale 5 mètres en dessous ont raison de notre héroïsme.  On se contente de la vue et des cygnes à col noir qui vivent ici.

10 mai 2011 : Quemchi

Cette île du bout du monde, soeur jumelle de l’Irlande, est un des rares endroits d’Amérique du sud où nous aurions vraiment envie de nous installer. Est-ce son aspect sauvage, son climat incompréhensible, ses baraques en bois de guingois ou ses habitants qui la rende si attachante ? Logés à deux pas de l’école, Carine nous prend rendez-vous avec le directeur pour une visite de l’établissement. Toujours disponibles, les enseignants nous montrent le fonctionnement de l’école, ses classes spécialisées et ses équipements ultra-modernes. Il n’en faut pas plus pour scolariser Mahaut et Zoé tout l’après-midi avec les petits de quatre ans. Une expérience qui prolonge et complète celles que nous avions déjà eues au Pérou.

11 mai 2011 : Quemchi – Dalcahue

Entre la fin d’une averse et le début de la suivante, nous faisons les 50 km qui nous séparent de Dalcahue. Comme d’habitude, appels de phare, coups de klaxon et gestes d’encouragement des «motorisés» sont notre lot quotidien.Ce côté de l’île semble un peu moins escarpé et le moral est bon.

12 mai 2011 : Dalcahue

Beaucoup de pluie. Autant en profiter pour visiter le village, ses maisons en bois, son église en bois et son pont en bois…imputrescible, ça va sans dire !

13 mai 2011 : Dalcahue – Achao – Dalcahue

Nous posons nos sacs et partons visiter l’île de Quinchao. Pédaler libérés de nos encombrantes charges est si facile que nous en oublions l’heure et rentrons dans une épais brouillard.

14 mai 2011 : Dalcahue – Castro

Malgré l’épaisse brume matinale, il fait finalement beau temps. Comme sur beaucoup d’îles, les pentes sont impressionnantes et nous poussons les vélos sur de longues portions. Arrivés à Castro, nous découvrons les «palafitos», petites maisons colorées sur pilotis typiques de la ville et qui font le régal des photographes. Il s’agit pourtant des quartiers pauvres de la ville où le temps s’est arrêté il y a un peu plus de cinquante ans.

Plus loin, le long de la route côtière, nous louons une vielle baraque en bois au plafond si bas que je tiens à peine debout.

15 mai 2011 : Castro

Castro est la capitale de Chiloé. Hormis une grande place centrale, rien ne la distingue vraiment des villages avoisinants. Même nonchalance, même sensation de temps arrêté. Seule l’église est pleine à craquer ce dimanche matin. Nous avons les rues pour nous.

16 mai 2011 : Castro – Chonchi

Chonchi est surnommé «le village aux trois étages». Plus en pente tu meurs. Nous passons en mode «poussage de vélos» pour nous rendre dans une petite pension. Nous sommes seuls dans la maison, les touristes, comme les moustiques, ayant fui le froid et la pluie, ce qui est une double bonne nouvelle.

Dans la rue, un passant s’accroche à un panneau de signalisation, me regarde béatement et s’écroule sur le trottoir en souriant. Je ne me formalise pas (pas plus que les autres témoins de la scène). C’est que ça titube sacrément dans les ports de Chiloé. Tous les jours nous rencontrons des âmes esseulées dont la démarche trahit l’abus de nectar local. Plus ou moins éméchés, plus ou moins sympas, ils font partie du paysage comme les monticules malodorants de coquilles de moule (utilisées comme remblais) ou les arbres morts droits comme des i (victimes des tremblements de terre et autres tsunamis).

17 mai 2011 : Chonchi – Cucao

C’est certainement la plus belle route de l’île. Entre deux lacs en enfilade et une végétation tropicale, la route file vers l’océan pacifique où un bras de lac s’y jette. C’est beau, c’est désolé et nous arrivons sous un ciel menaçant et dans un vent glacial. La route s’arrête. Je suis un peu triste car ce dernier village est notre bout du monde à nous, notre Ushuaïa Chilote. C’est l’endroit le plus austral de notre périple à vélo. A quelques kilomètres d’ici s’arrête la panaméricaine. Il faut prendre le bateau pour rejoindre la route australe et continuer vers le sud. Mais les jours de plus en plus courts, le froid, la pluie et le vent nous disent de ne pas nous lancer dans cet ultime tronçon à vélo et avec des enfants.

18 mai 2011 : Cucao

Cette nuit, j’ai bien cru que nous allions nous envoler dans notre cabane-triangle au bord du pacifique. Mais le matin, le temps est clément : le ciel est gris, l’humidité à 100% et pas trop de pluie. C’est ce climat unique qui a amené  la création du parc national que nous découvrons aujourd’hui. Nous traversons d’abord une zone curieuse sur Chiloé où une végétation endémique s’est habituée à vivre les pieds dans l’eau. Et le sol sur lequel nous croyons marcher n’est qu’un amoncellement de troncs d’arbres pourrissants sur une nappe d’eau. Le véritable sol est bien plus bas !

Une demi-heure de marche plus loin, place à la désolation. Une lande désertique qui mène à une plage où les vagues de l’océan montent et descendent à la vitesse d’un homme qui court. C’est vrai, nous avons essayé ! Deux paysages, deux écosystèmes totalement différents qui donnent un aperçu de la diversité incroyable présente sur ce bout de terre au bout de la terre.

19 mai 2011 : Cucao

Alors qu’après une journée bien remplie à regarder l’écume de l’océan s’envoler sous les vents violents de Patagonie, nous faisons nos courses pour la soirée au mercado du coin, la petite dame (Tante Emma d’après le panneau) nous fait remarquer que nous sommes dans le journal. Même ici, où l’on a l’impression que rien ne se passe, il se passe des choses. Ainsi l’éditorialiste du journal fait remarquer que bien que ce soit la mauvaise saison, il y a des «touristes» sur l’île. Ca me rassure, à la couverture du journal j’ai cru qu’il n’y avait que des crimes ignobles.

20, 21 mai 2011 : Cucao

Nous repartirions bien mais il faut attendre la fin de la tempête. Entre deux averses, nous risquons une fois de plus notre vie de petits reporters pour vous rapporter ces quelques clichés.

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  1. veronica Larzat

    Bonne courage!
    Gracias pour visitar mi pais, belles photos aussi ! animo por lo que les queda por delante

    Merci pour raconter avec votre coeur ce que vous voyez chez moi !!

    Bonne continuation!

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