Une chose est curieuse ici : la bière périme très vite. Je ne sais pas si cela est dû à des capsules de mauvaise qualité ou bien à du verre légèrement poreux mais le constat est là : il faut la boire très vite. Remarque bien que je n’ai pas fait d’études poussées sur le sujet et que je me contente d’une déduction, certes peu scientifique, mais basée sur une observation de multiple fois répétée : quand une glacière est pleine de bières, personne ne bougera tant qu’elle ne sera pas vide.

J’en déduis la capacité de péremption accélérée du produit.

D’ailleurs moi-même j’en achète peu et la bois vite pour éviter toute perte qui serait financièrement préjudiciable vu le prix des boissons alcoolisées sur l’île. Ce faisant, la mollesse qui m’habite (ne cherche pas, cet article est garanti sans contrepèterie) s’en trouve décuplée à chaque fois que je renouvelle l’expérience.

Ma capacité de raisonnement suit la même pente que la boisson houblonnée dans mon gosier et je me retrouve à me demander si la première gorgée de bière était meilleure que la dernière. Incapable de me concentrer sur les qualités gustatives comparées de la bouteille initiale et de la bouteille finale, je cours sans hâte (il fait chaud quand même) acheter un nouveau pack au commerçant du coin.

Considérant qu’il faut élargir l’échantillon pour affiner les résultats, j’appelle quelques amis pour m’aider dans ma dégustation. Conscients de l’importance de la tâche que je leur confie, ils se mettent à leur tour à descendre rapidement mais sans hâte excessive (il fait toujours assez chaud, même le soir) les bouteilles du précieux liquide.

Afin de maintenir une température corporelle constante, tout ce petit monde, se prêtant à l’expérience, se trempe jusqu’au cou, bouteille à la main au-dessus de l’eau, dans le lagon. Cette posture, typiquement locale, permet de prendre son bain tout en s’hydratant. Bref, joindre l’agréable à l’agréable.

Puis, le soleil se couchant, toute velléité de compréhension s’estompe doucement et le lumière rose-orangée que prend la voute céleste nous rappelle l’immensité de l’univers et repousse toutes les questions existentielles et scientifiques vers demain.

Bonne nuit.