S’il y a bien une question par ici qui n’appelle pas de réponse simple c’est « Alors, Tahiti, c’est la France ou pas ? »

Et nous voilà repartis pour des heures de débat. Entre autonomie, indépendance, pays d’outre mer et autres grands mots, pas facile de s’y retrouver. Alors moi je vais vous dire, j’ai une réponse simple : Tahiti, c’est comme la France d’il y a 30 ans.

Évidemment les moins de 30 ans vont avoir du mal à comprendre les références de cet article mais tant pis. Ils se feront aider par plus vieux qu’eux.

30 ans plus tôt.

Fouille dans ta mémoire à une époque où les pompes à essence avaient leur pompiste. Quand tu étais petit, c’est le monsieur à qui ton papa tendait un billet en disant « le plein s’il vous plait ! » en début de mois et « 30 francs, ça suffira » en fin de mois. Il s’occupait de plein de voiture en même temps et ne se trompait jamais sur les montants. Trop fort. Le pompiste tahitien, il est pareil que celui de ton enfance sauf que tu le tutoies et que les montants c’est plutôt « 4000 francs s’il te plait ! ».

Tu te rappelles quand pour avoir internet on utilisait des modems qui faisaient plein de lumière et que même plus ça clignotait dans tous les sens, moins ça allait vite ? Bienvenue sur l’internet polynésien ! C’est cher, pas rapide et quand ça ne fonctionne plus il faut appeler le service client qui ferme à 16h.

Et te souviens-tu du prix d’un abonnement au réseau GSM (c’était comme ça que ça s’appelait avant la 4G) avant qu’une entreprise n’invente le forfait à deux euros ? Et même que t’avais des sms limités et qu’il fallait faire attention à ne pas dépasser et te prendre la tête avec le report des minutes d’un mois sur l’autre mais attention ça ne marchait plus le mois suivant à moins que t’aies collecté assez de points fidélité. Et bien ça marche encore comme ça ici.

Et puis : quand la carte bleue était encore un truc de geek que tes grands-parents refusaient d’utiliser parce que « c’est quoi cette monnaie en plastique et pis j’oublie tout le temps le code ». Tu sortais ton chéquier à tout bout de champ et au moment où t’en avais le plus besoin : Paf! Plus de chèques !

C’est toujours ainsi sur les belles îles de Tahiti.

Et quand il fallait attendre des plombes pour avoir la carte grise , précieux sésame délivré après avoir rempli en 3 exemplaires une feuille sur laquelle tu ne comprenais pas la moitié des items. Bon OK, c’est toujours comme ça en France.

Mais ici on lèche encore le timbre fiscal devant l’hygiaphone (cherche pas, il n’y a pas de contrepèterie).

Et avant les répondeurs automatiques, il fallait absolument joindre ton interlocuteur pour lui délivrer ton message. Rassure-toi, ici aussi les smartphones ont un répondeur (avec ce superbe accent tahitien) mais personne ne semble l’utiliser. On t’appelle et on ne te laisse pas de message. Il reste ce besoin de parler de vive voix. Pas toujours pratique.

Ça fait partie du charme polynésien. Et puis il y a quand même une différence. Ici tu t’en moques de tout ça. Tout le monde te sourit et personne ne râle. Pas très français pour le coup !