Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Fin de voyage, fin du monde ?

Pour la troisième fois ces derniers mois, nous sommes revenus à Bariloche après la deuxième partie de notre périple sud-patagonien. Et c’est pour retrouver la ville sous une couche de cendres et dans un nuage de poussière. Nous avions suivi les nouvelles de l’éruption du volcan chilien tout proche au pied duquel nous étions il y a tout juste deux mois, mais nous n’avions pas imaginé un tel spectacle. Enveloppée dans son manteau gris, la ville semble en plein hiver post-apocalyptique. Les rues sont désertes, beaucoup d’habitants préférant rester calfeutrés pour éviter de respirer la poussière. Chaque rafale de vent soulève des nuages de cendres et le ciel est obscurci par la densité de poussière encore présente une semaine après le réveil du volcan. Nous comprenons mieux l’inquiétude des habitants, dont beaucoup vivent du tourisme, à quelques semaines du début de la saison de ski.

Comme quoi, nous avons bien fait de descendre un peu plus bas ces derniers temps.

2 juin 2011 : El Calafate – El Chalten

Le plein de patates pour nous et le plein d’essence pour la voiture étant faits, nous voilà sur la route qui mène au «plus bel endroit» de Patagonie dixit le guide.

Ce qui n’était, il y a encore 10 ans, qu’un petit village de colons est aujourd’hui un gros bourg touristique et va se transformer demain en une grande cité hôtelière. La raison de ce succès ? Des paysages andins de bout du monde et deux des sommets les plus célèbres de Patagonie qui attirent les alpinistes du monde entier. Pour nous, c’est l’occasion de s’offrir une petite semaine de trekking.

3 juin 2011 : El Chalten – Le «Fitz Roy»

J’insiste un peu pour emmener Zoé avec moi sur le sentier qui mène au «Fitz Roy», le grand classique de la région. Je suis persuadé qu’avec son entraînement à vélo, tout devrait bien se passer. Je ne me suis pas trompé, nous sommes largement en dessous des temps indiqués sur la carte. La diversité des paysages est étonnante : forêts d’arbres morts, pampas, rivières et lacs gelés et pour finir le clou du spectacle : la silhouette découpée du «Fitz Roy».

Nous sommes accompagnés pendant presque toute la montée des pic verts locaux qui sont par ailleurs rouges.

Ils sont sans pitié avec les écorces de ces pauvres arbres. Quand je vois les dégâts qu’ils font, je suis content qu’ils restent à bonne distance 😉

4 juin 2011 : El Chalten – Lago Torre

Aujourd’hui les filles iront avec Carine visiter des cascades. J’en profite pour partir seul au lever du soleil (9h, n’est-ce pas merveilleux ?) rejoindre « l’autre sommet ».

A peine 2h30 de marche dans un paysage de glace et de givre et me voilà face au lac «Torre» surplombé à droite par 3 pics acérés, un glacier dévalant la montagne à gauche et des cascades gelées tout autour. Pour profiter d’une tel spectacle en Europe, il faudrait monter à 3000 ou 4000m. Ici, nous sommes à peine à 800m !

Je monte encore pendant une heure afin de profiter d’une vue plongeante sur le glacier. Je crois entendre l’orage mais réalise qu’il s’agit en fait d’éboulements permanents dont le bruit résonne dans toute la montagne. Je ne vais pas trop m’attarder sur mon rocher.

5 juin 2011 : El Chalten

Au nom de l’égalité des sexes, c’est Carine qui part en expédition toute seule et moi qui reste avec les filles. L’après-midi, elles vont jouer avec Antony dans la maison de Rose et Roy, couple franco-argentin rencontré la veille. Le soir, nous avons droit aux délicieuses pizzas de Rose et au son du saxophone de Roy. Merci pour cette bonne soirée les futurs mariés !

6 juin 2011 : El Chalten – El Calafate

Un épais brouillard a recouvert toute la région. Nous partons tous les quatre en randonnée mais à part nos pieds, nous ne voyons pas grand chose. Autant partir pour El Calafate où nous attend une autre rencontre. Vous vous souvenez de Ken, notre ami cycliste japonais rencontré dans le Nord du Pérou ? Il vient d’avoir un assez grave accident de skate et a encore son bras immobilisé. Mais il a gardé son sourire et sa gentillesse habituelle. Comme il ne parle ni anglais, ni français et que notre japonais laisse encore à désirer, nous passons une bonne partie de la nuit à discuter dans un espagnol franco-japonnais stupéfiant.

7 juin 2011 : El Calafate

Journée glaciale. La seule activité possible est de faire le tour d’un parc municipal auto-proclamé réserve naturelle de flamands roses. Alors que je rentre au chaud avec Zoé et Mahaut bleues de froid, Carine part explorer l’endroit dans lequel il n’y a ni flamand rose, ni même un véritable parc mais pour lequel il faut tout de même payer une entrée. C’est l’aspect le plus pénible du tourisme patagonien où il faut payer pour tout même quand il n’y a rien à voir.

8 juin 2011 : El Calafate – Puerto San Juan

Nous repartons pour le Nord en évitant de descendre jusqu’à Ushuaïa où de l’avis de tous ceux qui s’y sont fait plumer, il n’y a rien à voir, rien à faire et où tout est encore plus cher. Le verglas et la neige ont recouvert en partie la route. C’est beaucoup moins amusant de rouler qu’il y a une semaine.

9, 10 et 11 juin 2011 : Puerto San Juan – Bariloche

Même route, autre sens. Mêmes hébergements sauf à proximité de Bariloche où nous optons pour le «refugio» de Sophie, une Française venue s’installer ici il y a 30 ans. Ici, vues magnifiques sur les lacs et la Patagonie à peine recouverte de neige.

150 km plus loin, c’est l’arrivée sur Bariloche, recouverte de cendres. Ambiance fin du monde dans la ville. Ambiance fin de voyage dans la voiture. Quinze jours que nous parcourons l’immensité du sud argentin sans même transpirer une goutte. Mais vous savez quoi ? Je suis content d’arriver et de rendre la voiture. A plusieurs reprises cette année, nous avons rencontré des couples ou des familles avec enfants voyageant en 4×4 ou en camping-car. Tous nous ont dit combien ils admiraient notre courage à vélo, semblant préférer leur situation à la nôtre. Et bien c’est à notre tour de les féliciter. Après quinze jours de voiture, nous pouvons affirmer que nous ne partirons jamais pour un voyage au long cours dans un de ces véhicules. Bien évidemment, la voiture va plus vite, transporte plus d’affaires et sur plus de kilomètres. Mais dans notre cas, il faut ajouter que les enfants s’ennuient, que de temps à autre ils vomissent, que je chope mal au dos à être toujours assis, que je n’ai plus envie de m’arrêter pour faire des photos, qu’on se fait prendre pour des (nord-)américains à chaque arrêt, qu’il faut toujours sortir des billets pour payer l’essence, qu’on a plus l’impression de regarder la télé que d’admirer des paysages, que les odeurs de pot d’échappement et le bruit du moteur sont moins agréables que les odeurs et les bruits de la nature. Si nous ne regrettons pas ces deux semaines, j’ai un peu l’impression d’être dans un système de «pay per view». Nous voulions voir, nous avons payé pour voir. Mais à l’inverse du vélo, il manque la fierté d’être arrivés à la force de ses mollets et il manque les rencontres quasi-quotidiennes qui transforment le tourisme en voyage.

12 juin 2011 : Bariloche – Llao-Llao

Après avoir épousseté la voiture, nous partons faire le «circuito chico» qui fait le tour de la péninsule proche de Bariloche.

Comme dans la ville, la nature est recouverte de cendres mais le vent qui a soufflé toute la nuit a dégagé le ciel. Le golf qui accueille les stars locales s’est transformé en cendrier géant.

Ca ne décourage pas les plus téméraires qui, à mon avis, doivent profiter d’un tarif réduit exceptionnel.

Les lacs qui parsèment le secteur sont de toute beauté…

…même si par endroit les cendres se sont accumulées dans les coins.

Pour finir, on se perd un peu dans les sous-bois pour découvrir la preuve que les Romains ont découvert l’Amérique bien avant les Espagnols !

Allez, assez rêvassé, il faut préparer le grand départ vers la plus européenne des villes sud-américaines : Buenos Aires.

Des nouvelles quand nous serons là-bas.

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Le sud de la Patagonie vu par les enfants

  1. papy et mamy d'Ancier

    Au pied du volcan

    Un spectacle apocalyptique s’offre aux yeux de notre ancien correspondant marnaysien.
    Témoin privilégié de l’irruption du Puyehue, Stéphane Déliot livre ses impressions.
    A notre très grand regret, Stéphane Déliot, qui fut un remarquable correspondant, a choisi de quitter sa terre marnaysienne pour gagner le Chili de son épouse, Marcella. Mais chassez le naturel, il reviendra forcément au galop ! C’est fort sympathiquement que, de l’autre bout du monde, il nous livre son témoignage d’un événement qui concentre aujourd’hui les regards du monde.
    Stéphane Déliot vit en effet à quelques dizaines de kilomètres du Volcan chilien Puyehue entré en éruption samedi dernier.
    De son pied à terre, il nous rapporte ses impressions. Témoignage…
    ‘S’il était possible de communiquer par des messages de fumée, comme le faisaient il y a quelques siècles encore certains peuples autochtones d’Amérique du Nord, il est certain que le nuage de cendres haut de plus de 10 kilomètres et large de 5 qui s’échappe du volcan Puyehue dans le sud du Chili, serait suffisant pour envoyer des informations jusqu’à ma Franche-Comté natale. Il faut dire qu’avec ses 15 kilomètres de long et ses 18 volcans placés en permanence sous vigilance par le Service national de Géologie et des Mines du pays, le complexe volcanique Puyehue-Cordon Caulle est, après celle d’Indonésie, la deuxième chaîne de volcans la plus active au monde.
    Heureusement, depuis avril 2010, le gouvernement chilien, après observation d’une activité sismique inhabituelle dans le secteur, avait placé en alerte jaune la population de la région de Los Rios.
    Samedi dernier, le volcan s’est donc réveillé d’un sommeil de près de 51 ans. Des tremblements de terre supérieurs à 6 sur l’échelle de Richter ont tout d’abord été ressentis. Avant qu’une immense fumerolle de cendres et d’éléments volcaniques ne soit rejeté au-dessus de la cordière des Andes.
    Très rapidement le gouvernement à pris différentes mesures pour évacuer la population la plus proche.
    Près de 4.000 chiliens ont donc dû trouver refuge dans des hébergements provisoires.
    Des gymnases et des internats ont été apprêtés pour recevoir les familles les plus fragiles.
    Jusqu’ici, aucune victime n’est à déplorer, mais les retombées économiques risquent par contre, d’être lourdes. Entre les vols aériens annulés, les carrefours stratégiques fermés avec l’Argentine voisine, et le manque à gagner certain dans le domaine touristique, cette catastrophe naturelle risque très rapidement de faire grincer de nombreuses dents aux niveaux national et international.
    A ce titre, il est bon de souligner que des vols ont été perturbés jusqu’en Australie et en Nouvelle Zélande.
    L’Argentine, où le vent d’ouest pousse la grande majorité des cendres volcaniques, est jusqu’ici le pays le plus touché. D’après Rodrigo Hinzpeter, le ministre de l’Intérieur chilien : ‘le nuage de cendres s’étend sur près de 600 kilomètres en direction de l’Atlantique”.
    Autant dire qu’une bonne partie de l’Argentine est recouverte d’un lourd manteau anthracite.
    Dans la région de Los Rios d’où est originaire le volcan et où je réside actuellement, la rivière charrie des tonnes de résidus volcaniques qui recouvrent d’une pellicule grise les eaux et les berges.
    Les pêcheurs ont retrouvés des kilos de poissons morts asphyxiés par une eau qui a subitement montée à plus de 40 degrés.
    Contrairement aux touristes ou aux résidents étrangers qui sont fascinés ou apeurés par l’ampleur de l’éruption, les gens du cru prennent la chose avec philosophie et bonne humeur, habitués qu’ils sont aux soubresauts réguliers de la croûte terrestre.
    Les dernières prévisions du gouvernement estiment que l’éruption du volcan Puyehue devrait s’interrompre d’ici à une semaine.
    Il ne me reste plus qu’à espérer que cette prédiction se révélera fiable, et plus encore que l’un de ses petits frères magmatique n’aura pas la bonne idée de se réveiller à son tour…”
    Et c’est si joliment écrit ! Merci Stéphane, et reviens quand tu veux !

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