Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Catégorie : Thaïlande

Un été au pays du sourire (3/3)

Ko Tao

La vérité est que dans la vie, la plupart du temps, il n’y a rien à faire. L’homme sage est celui qui cultive l’art de ne rien faire.

6 août

Avez-vous déjà mis un pied au paradis ? Je veux dire avec la possibilité d’en revenir. C’est à peu près ce qui nous est arrivé en découvrant une petite baie au sud de l’île de Koh Tao.

Ici, tout semble s’être figé comme sur une carte postale. Enfin, pas tout à fait. Sur la colline d’en face, dans la végétation luxuriante qui caractérise les îles tropicales, se construit un nouveau resort. Encore en béton brut non recouvert de bois, il fait râler la famille française qui a eu la mauvaise idée de s’installer à quelques mètres de mon hamac. Évidemment, on peut verser dans un discours passéiste dans lequel cette île encore récemment dépeuplée était pour certains une sorte de paradis vierge version La Plage ou quelques Leonardo Di Caprio trentenaires vivaient en occidentaux repus persuadés d’être seuls au monde. On peut imaginer naïvement que les Thaïlandais auraient pu choisir un autre mode de développement économique basé sur le respect de la nature et la conservation de l’environnement. Qu’ils choisissent de ne pas exploiter la manne touristique que représentent ces plages de sable blanc et continuent de vivre de pêche et de jus de coco en s’abritant de la mousson sous des tôles. Bref, qu’ils soient notre Jekyll quand nous faisons nos Hide depuis des siècles. Je ne me fais pas d’illusions sur ce que deviendra cette île de la tortue. Il suffit de voir les clichés pris en 1995 du débarcadère. Un chemin de terre bordé de cocotiers. Aujourd’hui, quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé une station balnéaire du tiers-monde. Dans une atmosphère saturée de gaz d’échappement, des pickups transformés en taxi charrient des vivres, des matériaux de construction et des backpackers en mal d’exotisme.

Dans 20 ans, les petites huttes en bois auront toute disparu, la jungle sera balafrée par des cordons d’asphalte et la côte sera recouverte d’hôtels gigantesques avec piscine à débordement et cocktails alcoolisés. La Thaïlande sera passée du stade de tigre asiatique à celui de pays développé. Les riches Chinois auront envahi la place et les routards seront partis explorer d’autres lieux vierges et perdus.

En attendant, le petit coin de paradis que nous trouvons à la pointe que de cette minuscule île (21 km2) est le havre de paix que nous souhaitons trouver après 15 jours dans la jungle urbaine.

Elle est surtout peuplée de plongeurs dont la principale qualité est de passer leurs journées dans l’eau, nous laissant parfaitement tranquilles sur la plage.

Jeudi 7 août

Mon goût prononcé pour la position allongé dans un hamac et la forte présence de l’arbre à noix de coco me désigne comme une victime potentielle de la théorie de Newton

Alors que nous passions du temps parmi les éléphants, des panneaux rappelaient d’éviter de tenir l’appareil photo dans la même main que la canne à sucre. Conseil judicieux. La trompe de l’éléphant est précise et puissante.

Ici, l’autre conseil prodigué par la petite brochure de bienvenue sur l’île est d’éviter de faire la sieste à l’ombre des cocotiers. Ca paraît être plein de bon sens mais c’est assez difficile à respecter. Mon goût prononcé pour la position allongé dans un hamac et la forte présence de l’arbre à noix de coco me désigne comme une victime potentielle de la théorie de Newton. Il faut bien mourir un jour. Face à la bien nommée Sharks island, bercé par le bruit des vagues et la brise tropicale, ça a plus de classe qu’au fond d’un lit d’hôpital abattu lentement par un cancer.

L’enseignement de Bouddha a laissé quelques beaux principes. Par exemple, il nous apprend que la vérité n’est que dans la vie, la plupart du temps il n’y a rien à faire. L’homme sage est celui qui cultive l’art de ne rien faire.

Bouddha aurait-il séjourné sur Koh Tao ?

Je tente le coup d’appliquer au moins ce conseil pendant les jours qui vont suivre.

8 août

Le resort où nous logeons a évidemment occidentalisé ses pratiques : jardin impeccablement entretenu , plage nettoyée matin et soir et menu traduit en anglais. Mais contrairement aux autres pays d’Asie du sud-est, cette occidentalisation est à l’œuvre en Thaïlande depuis longtemps. C’est le roi Chulalongkorn qui avait exigé du peuple de copier les habitudes et les manières des occidentaux, prétextant qu’un pays occidentalisé et donc moderne aux yeux des étrangers protègerait de la colonisation, la justification de tous les colonisateurs étant de civiliser les pays qu’ils envahissaient. Et cela fonctionna à merveille puisque la Thaïlande, à l’opposé de ses voisins, ne connut jamais la colonisation. L’adjectif Thaï signifie par ailleurs homme libre.

9 août

Le guide du routard le disait. Koh Tao est l’île de la plongée, alors pourquoi ne pas essayer pour la première fois de respirer sous l’eau? Le fait d’observer de beaux fonds marins avec masque et tuba, de voir partir le matin le bateau chargé de plongeurs et peut-être tout simplement l’envie de comprendre ce qui pousse toutes ces drôles de tortues chargées de bouteilles à passer une bonne partie de la journée sous l’eau, ont suffi à nous décider. Il faut ajouter que le club de plongée est attenant à notre logement et que l’instructeur parle français, ce qui permet à Zoé de profiter pleinement de sa formation.

Après avoir rempli les papiers officiels où je reconnais pour moi et ma fille que la plongée est une activité comportant un certain nombre de dangers, je certifie que nous sommes tous les deux en bonne santé, que nous ne souffrons d’aucune allergie (hem), que nous ne souffrons ni du mal des transports ni de claustrophobie ni de vertige (un petit mensonge), nous descendons sur la plage pour apprendre les rudiments de la survie sous l’eau. Nous sommes 4 ce matin à tenter l’expérience. Évidemment, nous en restons aux exercices de base : enlever le détendeur sous l’eau et le remettre, vider son masque de l’eau qu’il contient et enfin respirer normalement. Puis, en suivant la pente de la plage, nous nous enfonçons doucement sous l’eau en restant à proximité de notre instructeur au cas où quelque chose se passerait mal. De mon côté, à part l’eau qui rentre continuellement dans mon masque, tout se passe bien. Après l’étrangeté de la situation – après tout nous ne sommes pas des poissons – vient le plaisir de flotter dans un monde tellement différent de celui d’au-dessus. Commence alors le jeu de l’observation de la faune et de la flore qui vit à 5 mètres sous l’eau. Et celui de la respiration qui permet d’assurer sa flottaison. Même si pendant ces 45 minutes, il n’est pas toujours possible de se détendre totalement (après tout cet appareillage qui fait de nous des hommes-poissons n’est pas là pour nous faciliter les choses), nous sommes tous d’accord pour tenter une deuxième plongée.

Du 10 août au 14 août

J’ai dit que j’appliquais les concepts du bouddhisme. Donc je prends quelques vacances bien méritées.

15 août

Après une ultime matinée à la plage, nous quittons Koh Tao à bord d’un Catamaran dont la vitesse impressionnante nous permet de rejoindre le continent en moins d’une heure et demi.

Suit une nuit dans le train où, dormant en haut c’est à dire à côté du plafonnier, je ne ferme pas l’oeil.

Retour à Bangkok.

16 août

Sky Train jusqu’au National Stadium.

Visite de la maison de Jim Thompson.

Balade au MBK, grand centre commercial pour touristes.

Retour à la maison puis massage des pieds et repas au bord de la Chao Praya.

La routine en quelques sorte.

17 août

Parc de la ville : balade en pédalo et jeu pour les enfants.

Centre commercial et quartier des grattes-ciel.

18 août

Vue panoramique de Bangkok du 32ème étage de notre immeuble. Vu d’ici, il mérite son nom marin de light house. Nous sommes dans un océan urbain dont on ne voit pas les limites et je commence à avoir le mal de mer.

Puis retour à Chinatown, ses ruelles serrées, ses odeurs étranges.

Et pour finir cette journée à chiner très asiatique, direction l’Asiatique River Front, le dernier-né des Mall de Bangkok.

Le soir, les filles retournent faire un massage intégral Thaï. Je m’abstiens.

19 août

Cette vision Thaï du volant transformé en roue de la fortune où seuls ceux qui méritent de mourir vont se tuer.

Dernière journée à Bangkok. On traverse à nouveau le quartier des méga Mall pour aller cette fois-ci dans un jardin où sont regroupées d’anciennes maisons Thaï. Encerclé par les buildings, surplombé par le métro aérien, l’endroit conserve tout de même une atmosphère paisible avec ses multiples terrasses donnant sur les bassins. Évidemment il pleut. Il pleut de plus en plus. Nous entrons dans la période de la mousson sous une chaleur étouffante apparemment conséquence d’El Nino.

Curieux anachronisme que ce mini village thaï au milieu des grattes-ciel qui résume bien le pays. Une Thaïlande pleine de traditions déjà entrée de plain-pied dans la modernité.

Un autre bel exemple de cet assemblage étonnant de croyances anciennes et d’adaptation contemporaine est donné par les moines et leur système de donation. Les moines ne devant rien posséder vivent grâce aux dons en nature effectués par leurs fidèles. Habituellement, ces offrandes sont données dans de grands seaux que les hommes à la tunique safran rapportent aux temples (on n’ouvre jamais un cadeau devant celui qui l’offre). Dans chaque seau, les moines trouvent nourriture, bougies, savons et d’autres articles de première nécessité. Mais au pays des centres commerciaux géants, de vénérables commerçants ont commencé à ouvrir des échoppes devant les temples pour faciliter la transaction. Et à l’heure d’Internet, les Thaïs les plus pressés et les plus aisés peuvent même commander en ligne des packs pré-assemblés qui seront livrés au temple de leur choix.

Ce soir, il faut reprendre une dernière fois le taxi pour rejoindre l’aéroport. Encore une fois, il va falloir se battre contre la vision occidentale de la façon de conduire des chauffeurs de taxi, irresponsabilité et négligence envers la vie humaine, et tenter pendant la durée du trajet d’adopter cette vision Thaï du volant transformé en roue de la fortune où seuls ceux qui méritent de mourir vont se tuer !

Un été au pays du sourire (2/3)

Ayuttahya

28 juillet

Des quartiers résidentiels rupins cachés derrière d’immenses portails rivalisant de kitch. Et de la boue qui ruisselle partout.

Il pleut ce matin. Une pluie tropicale où les gouttes vous tombent dessus en rangs serrés avec l’objectif évident de vous détremper en un minimum de temps. Peu importe les caprices de la météo, nous prenons un taxi au tarif ridiculement bas pour nous emmener jusqu’à la gare centrale de Bangkok. De là, nous montons dans un train nonchalant qui doit nous emmener jusqu’à Ayuttahya, ancienne capitale du royaume de Siam. Nous avons choisi la troisième classe qui permet pour 1 euro par personne de parcourir les 150 km qui séparent les deux villes. Dans ce wagon rafraîchi par la seule brise générée par l’avancée léthargique du train se croisent une population bigarrée de farangs avec leur encombrant sac à dos, des Thaïlandaises en jupon revenant du marché les bras encombrés de paniers, des familles en promenade pour la journée dans les parcs historiques d’Ayuttahya. C’est pour ces anciens temples dont certains sont encore recouverts de végétation que nous choisissons de faire étape là-bas.

En attendant, c’est le traveling habituel des banlieues sans fin des mégapoles du tiers-monde qui défilent par les fenêtres du train. Bicoques au toit de tôle coincées entre les derniers murs  de propriété et les rails, travaux de modernisation des routes qui avancent au rythme de la mousson, quartiers résidentiels rupins cachés derrière d’immenses portails rivalisant de kitch. Et de la boue qui ruisselle partout.

A l’arrivée, nous prenons un bac pour rejoindre la vieille ville ceinturée d’eau. Nous posons les sacs dans une petite guesthouse sans charme où nous sommes accueillis avec les sourires désarmants que les Thaïlandais vous offrent sans retenue.

Même si la ville est étendue, l’ambiance y est bien différente de celle de Bangkok. La circulation reste infernale et la pollution continue de nous faire tousser. Pour autant, de l’ensemble se dégage un côté champêtre introuvable dans la trépidante Bangkok. Comme cette terrasse ombragée au bord du canal où nous nous régalons de jus de fruits, crevettes aigres-douces et pâtes de thon cuit dans une feuille de banane. L’ensemble est épicé et déborde de saveurs. La cuisine Thaï est réputée comme une des meilleures du monde. Elle est plus légère que la cuisine chinoise et moins complexe que la cuisine française. Les saveurs sont décuplées par l’utilisation d’épices, d’herbes et de sucre. Ce dernier est présent dans chaque plat.  D’ailleurs les Thaïlandais en sont les plus gros consommateurs au monde. Une habitude qui s’explique par l’énorme besoin qu’a le corps de retenir l’eau sous un climat si humide et si chaud.

Le festin terminé, il est trop tard pour partir explorer les environs à vélo. On négocie la location d’un bateau longue queue pour faire le tour de la ville et de ses temples à la tombée de la nuit. C’est à ce moment que les stupas d’influence khmer révèlent leurs charmes.

Notre pilote nous dépose au marché de nuit. Les fumets des échoppes sont un appel à la gourmandise. La cuisine Thaï à travers ses vendeurs de rue a trouvé le compromis idéal entre fraîcheur des produits (pas de frigo dans la rue donc pas de conservation du plusieurs jours des produits) et rapidité du service (pas ou peu de tables pour attendre ses plats). Le meilleur du Slow Flood et du Fast Food réunis. Pour nous, ce sera galettes de riz au miel et fruits très exotiques que nous dégustons sur la terrasse de la guesthouse accompagnés des moustiques et des geckos qui nous observent accrochés au plafond, défiant les lois de la gravité.

Une fois les filles couchées, nous sortons avec Carine dans le quartier des routards où nous attend une multitude de cocktails fabriqués à base de fruit frais. La sono diffuse des tubes interplanétaires. Tout autour de nous, les gens se détendent et discutent dans une atmosphère gentiment babylonienne. Pour peu, on se croirait dans un bar lounge d’une capitale européenne. Mais un hurlement réveille tout ce petit monde. À côté de nous, une jeune Américaine se lève brutalement, suivie par ses amies. Elles regardent le sol avec effroi puis finissent par quitter les lieux. Je comprends qu’elle viennent d’apercevoir un des nombreux rats que j’observe du coin de l’œil depuis quelques minutes et qui vont et viennent entre les tables à la recherche de quelque nourriture tombée au sol. Tout le décorum mis en place pour séduire les jeunes occidentaux n’empêche pas la réalité de refaire surface : le manque de ramassage des ordures entraîne une prolifération des rats qui continue de faire de la peste une réalité dans les villes thaïlandaises.

29 juillet

L’endroit est envahi de moustiques dévorant les pieds des touristes et de chauves-souris dévorant les moustiques. Un bel exemple de la chaîne alimentaire en action.

Le lendemain matin nous changeons de logement pour prendre une chambre plus grande et surtout plus ventilée dans une jolie maison en teck typique de la région. Les fenêtre sont sans vitres et on peut au choix les fermer à l’aide des moustiquaires ou bien avec des volets pour la nuit.

Derrière, deux petite terrasses en bois permettent de prendre le frais au-dessus d’un étang couvert de lotus. À la tombée de la nuit, l’endroit est envahi de moustiques dévorant les pieds des touristes et de chauves-souris dévorant les moustiques. Un bel exemple de la chaîne alimentaire en action.

Nous louons des vélos bien trop petits pour nous et faisons le tour du parc historique. Nous ne tardons pas à croiser des éléphants et à nous offrir une courte balade sur le dos de ces pachydermes extraordinairement maîtrisés par leur mahout. Du moins on l’espère.

Nous finissons par nous perdre dans les méandres de la ville et faisons bien plus de kilomètres que prévu. Mais rien ne semble pouvoir entamer notre moral remonté le soir par la dégustation d’une Chang bien fraîche, la bière locale qui a fait de son créateur une des personnes les plus riches de la planète.

Lop Buri

30 juillet

Nous poursuivons en train notre ascension vers le Nord. La prochaine étape est la petite ville de Lop Buri. Nous logeons dans un bungalow coincé dans l’arrière-cour d’un restaurant.

Le patron nous emmène en 4×4 pour aller visiter un temple envahi par les paons, un bouddha perdu dans la montagne, une plage à l’air abandonnée et pour finir l’envol des chauves-souris à la tombée de la nuit.

Au retour, le chauffeur prie les deux mains jointes à chaque fois que l’on croise une statue de bouddha, lâchant le volant pendant quelques instants. Frisson garanti.

La pluie et la fatigue ont raison de nos filles qui pour la première fois ont froid en Thaïlande.

Nous ressortons à la tombée de la nuit pour dîner. Longue discussion avec George et son pote espagnol Daniel qui traversent la Thaïlande à vélo.

Chang et riz.

Couchés tard.

31 juillet

Je sais où Pierre Boulle a trouvé son inspiration. Troublant.

Achat des billets de train pour Chang Mai. Plus de train de nuit. Ce sera 10h de train de jour demain.

Ça nous laisse la journée pour la visite au temple dédié aux singes. Ils ont rendu la ville célèbre. Cette colonie de macaques fait partie du quotidien des habitants qui s’en protègent à l’aide de pistolets à eau et de jets de pierres mais refusent de les exterminer, la croyance bouddhiste de la réincarnation et de la continuité de la vie les en empêchant. En les voyant s’accrocher aux fils électriques et grimper sur les voitures, je sais où Pierre Boulle a trouvé son inspiration. Troublant.

Plus loin, c’est les rues réservées au marché aux fruits.

Repos bien mérité sur la terrasse de la gesthouse.

Soirée entre singes et country music. Improbable.

Chiang Mai

1 août

Nous embarquons à nouveau dans un train hors d’âge dans lequel commence le curieux balai d’une hôtesse en veste rose loukoum qui nous sert un œuf bouilli dans une sauce sucrée et l’indémodable bol de riz en alternance avec une femme de ménage à l’uniforme bleu qui pousse lentement un large balai tout le long de l’étroit couloir du wagon. Puis, à chaque arrêt, l’intermède du contrôleur qui vient poinçonner les billets des nouveaux arrivants agitant sans relâche sa poinçonneuse d’où sort un cliquetis caractéristique annonçant son passage.

Par les fenêtres, l’enchevêtrement des rizières et des bananeraies dessine le paysage tropical de la Thaïlande.

Au plafond, les ventilateurs sur deux axes prêtent main-forte à l’air conditionné pour rafraîchir l’habitacle. Il doit faire 35 degrés dehors.

En approchant du nord, la voie de chemin de fer s’élève dans des montagnes couvertes de jungle verdoyante.

Tard dans la soirée, nous filons vers notre nouveau logement.

2 août

Longue nuit (mais pourquoi dort-on autant?)

On se renseigne sur les horaires d’avion en mangeant une tartine de beurre de cacahuète maison.

Puis grande balade dans le nouveau et l’ancien Chang Mai. Beaucoup tournée vers le tourisme, la ville paraît plus riche que celles que nous avons visitées précédemment.

Repas dans l’appartement avec les restes du repas distribué dans le train. Pas folichon mais tout le monde s’endort assez tôt.

3 août

Réservation des billets d’avion pour le voyage vers le sud (à peine plus cher que le train).

Fish Spa ou bien se faire nettoyer les pieds par un banc de poisson. Étrange et agréable.

Repas dans un restaurant où les employés sont des prisonniers qui peuvent également faire des massages. Rendez-vous est pris pour le lendemain.

Mais comme dans la matinée, nous avons croisé un chauffeur de tuk tuk qui était d’accord pour nous emmener en dehors de la ville à la rencontre des éléphants, nous commencerons par ça.

Après-midi et soirée dans l’immense marché du dimanche où l’animation est assurée par des militaires en uniforme!

Repas du soir autour d’œufs de caille et d’une salade.

4 août

Résultat improbable du mélange d’une moto et d’une charrette, il combine les inconvénients des deux

Levés très tôt. Nous récupérons notre chauffeur de tuk tuk comme prévu.

Le tuk tuk est le véhicule devenu un symbole de la Thaïlande (juste derrière l’éléphant). Résultat improbable du mélange d’une moto et d’une charrette, il combine les inconvénients des deux : peu ou pas de protection contre la pluie et les gaz d’échappement ou en cas d’accident (très fréquent en Thaïlande où un accident est considéré comme la conséquence d’un mauvais Karma plutôt que comme celle d’une erreur de conduite) et pas moyen de se faufiler dans les embouteillages dont il reste une des principales victimes. Les classes moyennes thaïlandaises lui préfèrent le taxi climatisé, les chauffeurs de tuk tuk ont jeté leur dévolu sur les touristes. Mais là non plus, il n’est  guère convaincant. Son toit recourbé sur les côtés ne permet pas de profiter du paysage. On n’aperçoit que les plaques d’égout et les pare-chocs trop proches des 4×4.

Une heure de tuk tuk et de gaz d’échappement avant d’arriver au camp des éléphants le plus proche de Chiang Mai.

Spectacle d’éléphants (baignade, foot et le plus impressionnant : peinture).

Repas sur place puis 30 min de balade dans la jungle à dos de pachyderme.

Retour au centre ville. Un jus de fruit pour se requinquer avant l’épreuve suivante : une heure de massage Thaï intégral.

Si “massage thai” est devenu une sorte de marque universelle prêtant d’ailleurs à confusion, le massage traditionnel se pratique habillé. Il s’agit à l’origine d’une science indienne vieille de plus de 2500 ans qui fut importée par les moines buddhistes il y a 18 siècles. A l’origine pratiqué exclusivement dans les temples dont le Wat Pho à Bangkok, il est l’art non pas de faire du yoga mais de se faire faire du yoga. Chaque geste travaille des lignes d’énergie parfois sous la forme un peu douloureuse de points de pression ou d’étirements des doigts et des orteils. Tout y passe : jambes, bras et dos. Les masseuses appuient de tout leur corps sur leur client à l’aide de leurs coudes, de leurs genoux ou de leur pieds.

On ressort étrangement  détendu de l’expérience.

Retour à l’hôtel et repas traditionnel Thaï. Salade épicée et boissons glacées aux fruits.

On se couche heureux.

Un été au pays du sourire (1/3)

Parce qu’elle offre une multitude d’approches, de paysages et finalement d’expériences et parce qu’elle est facile à découvrir, la Thaïlande reste une destination idéale pour une famille de routards à la recherche de dépaysement sans grosses galères.

Elle fut notre destination lors de l’été 2014.

Bangkok

La skyline de Bangkok : des gratte-ciels d’acier et de verre dominent  les espaces décatis des taudis et des bidonvilles. Bienvenue dans le tiers monde.

24 juillet

Porte d’entrée de la plupart des farangs (terme péjoratif dérivé du mot “français” qui désigne l’ensemble des occidentaux), Bangkok a une réputation sulfureuse héritée de son gigantisme (douze millions d’habitants) et de ses quartiers chauds.

Nous y arrivons au milieu de la nuit. Le décalage horaire agit pleinement sur nos deux filles dont les yeux reflètent la fatigue de nos 24 heures de voyage.

Je suis content d’avoir demandé à notre taxi de nous attendre à la sortie de l’aéroport. Il nous accueille comme le veut la tradition Thaï : mains jointes au niveau de la tête et légère inclinaison du buste. Et un sourire. Pas de serrage de main. Les présentations sont faites et elles n’iront pas plus loin : mon thaïlandais est aussi inexistant que son anglais.

Dans l’escalator, il nous prend en photo. Passion débordante des Asiatiques pour l’image.

L’avantage de Bangkok aux petites heures du matin, c’est qu’on y évite les embouteillages. En 30 minutes nous sommes au pied de notre immeuble, à peine à 400m de la Chao Praya, l’artère fluviale de la ville qui, avec ses nombreux canaux annexes, lui ont valu jadis le surnom de Venise Asiatique.

En bas du condominium, il faut passer la dernière épreuve avant d’accéder à notre appartement : l’agent de sécurité, après nous avoir abondamment salué et souri, a besoin de nos passeports pour nous remettre un badge magnétique qui limite l’accès de l’ascenseur à notre seul étage. Des mesures de sécurité démesurées dans ce quartier tranquille mais dont nous découvrirons dans les prochains jours qu’elles sont générales. Les Thaïlandais aiment mettre des agents de sécurité à l’entrée de chaque bâtiment dans le seul et unique but de  donner de la valeur au dit bâtiment. Et ces gardiens, souvent recouverts de médailles qu’ils arborent fièrement et même parfois armés, semblent passer plus de temps à remplir des registres qu’à assurer une quelconque sécurité. Ils sont avec les portails immenses et décorés les éléments qui permettent de sauver la face d’un bâtiment. Une notion très thaïlandaise.

Une fois installés, nous contemplons de notre balcon la skyline de Bangkok : des grattes ciels d’acier et de verre dominent les espaces décatis des taudis et des bidonvilles. Bienvenue dans le tiers monde.

25 juillet

Quand retentit l’hymne national tout le monde se lève et reste immobile

L’occident nous entraîne dans un labyrinthe de choix qui ne mène nulle part. Le bouddhisme Thaï ne proposerait qu’un nombre limité d’activités mais dont le strict respect aboutirait au nirvana. C’est ce mystère que l’on pourrait tenter de percer en visitant les principaux temples de la ville mais nous nous levons bien trop tard. Les moines ferment les portes vers 17 heures et nous émergeons vaguement conscients du décalage horaire vers 15 heures. Mauvais pour notre karma.

Le mieux reste de partir errer au hasard en espérant que les surprises seront au rendez-vous.

Mais avant tout, il convient de manger. L’immeuble où nous résidons propose quelques restaurants occidentalisés mais Carine insiste pour que nous prenions un vrai premier repas au goût local. Elle déniche quelques mètres plus loin une gargote ouverte sur la rue. On y cuisine dehors, comme toujours en Thaïlande. Quelques tables et chaises en plastique accueillent les clients dans un intérieur kitch où les couleurs criardes se disputent les faveurs de notre regard avec des effigies de bouddha et du couple royal.

Comme nous ne comprenons rien au menu à l’entrée nous montrons ce que nous voulons et finissons par avoir devant nous quatre soupes de nouilles où trempent des morceaux de viande et des boulettes de poisson. Par chance ce n’est pas trop épicé et parfaitement toléré par nos filles qui semblent se régaler.

Une fois réglée la maigre addition, nous rejoignons la Chao Praya pour prend le bateau bus qui va nous emmener près des grands temples du centre.

Nous descendons un peu au hasard et nos pas nous mènent au cœur d’une grande fête populaire.

L’alphabet thaïlandais étant totalement hermétique pour nous, difficile de dire ce qui se trame ici. De grands enfants jouent au cerf-volant. Un écran géant est déroulé d’un côté de l’esplanade. Un concert se tient de l’autre côté. Des robots tout droit sortis de mangas japonais se laissent prendre en photo avec les enfants. Mais quand retentit l’hymne national tout le monde se lève et reste immobile. D’autant plus que l’immense portrait en pied du roi qui trône derrière la scène semble nous surveiller.

À la nuit tombante nous regagnons l’embarcadère le plus proche pour rentrer chez nous. Tout le long du chemin la passion des Thaïlandais pour la lumière transparaît. Des néons suspendus dans les arbres, les façades des palais illuminés et les multitudes d’ampoules colorées sur les étales sont les lucioles qui guident nos pas dans cette grande ville à la géographie encore mystérieuse.

26 juillet

Il ne faut pas oublier qu’ici, la magie est partout. Elle est antérieure à la logique.

Difficile de prendre une photo de Bangkok sans avoir entre l’objectif et l’objet de la photo deux éléments constitutifs du paysage urbain thaïlandais : l’enchevêtrement de câbles pendant entre les poteaux et les tuyaux de PVC bleu. Les premiers sont pour les Thaïlandais le symbole de l’électrification et donc de la modernité. La Thaïlande a été le premier pays d’Asie à électrifier ses grandes villes, avant le Japon. Les tuyaux bleus acheminent l’eau courante alors que leurs cousins jaunes et gris contiennent le gaz et les fils de communication.

Ce qui étonne les étrangers est qu’à aucun endroit, ces fils et tuyaux n’aient été enterrés afin de dégager le paysage et d’améliorer l’esthétique des rues. Surtout quand les typhons et autres tornades viennent mettre à terre cet ensemble qui défie la logique.

Des tentatives ont pourtant eu lieu mais elles se sont soldées par des échecs dus à l’extrême humidité des sols et plus probablement au manque d’intérêt de la population. Car comme pour les déchets qui par endroits ruinent le paysage, les Thaïlandais semblent éprouver peu de sensibilité quant à la préservation de leur environnement.

L’explication est culturelle. Marcher est considéré comme une activité réservée aux plus pauvres et les classes moyennes préfèrent se déplacer dans leur automobile-bulle de leur logement à leur travail. L’espace publique en vient à être perçu comme un lieu étrange peuplé par des esprits dont personne n’a la responsabilité. Il ne faut pas oublier qu’ici, la magie est partout. Elle est antérieure à la logique. Alors si ces pollutions visuelles et environnementales sont vues par nous comme un laisser-aller, elles sont pour les Thaïlandais la preuve de leurs modernité dont ils ne se sentent pas individuellement responsables. Ou bien pensent-ils comme le proverbe qu’il est inutile de cacher un éléphant derrière une feuille de lotus ?

Nous démarrons notre exploration aujourd’hui dans une jungle urbaine où la température ressentie est montée d’un cran. Le vent bienveillant de la veille a disparu et la pollution se fait sentir dès les premiers pas.

Heureusement que le ferry boat, en empruntant la voie fluviale plutôt que les autoroutes surélevées nous permet un temps de ressentir des bribes de fraîcheur et d’air marin.

Arrivés au premier temple de notre visite, la forte affluence s’ajoute à la chaleur. Pourtant, il est encore possible de trouver à l’intérieur des zones ombragées et calmes où se ressent l’esprit zen voulu par ses concepteurs.

Bouddha est partout, souriant, parfois allongé et proche du nirvana, d’autres fois assis en tailleur. Une vision presque idyllique de cette religion qui a su séduire un nombre important d’occidentaux qui y voyait un dieu accueillant et sympathique. C’est un peu vite oublier que derrière ce décorum se cache, comme dans toutes les religions, un sexisme intransigeant (les femmes ne peuvent  pas devenir moines et restent en dehors des lieux de prière).

Le palais qui jouxte le temple et dont la visite est inclus dans notre billet est d’un style néoclassique tendance pièce-montée. Le style néon-classique disent les spécialistes tant l’éclairage la nuit tombée fait ressortir les moulures des colonnades et les dorures des toits.

Tout ça nous a donné faim et pour rester dans les traditions locales, nous prenons notre repas de midi dans un resto où l’accueil est un peu froid mais la cuisine chaleureuse.

Le retour se fait par le quartier des ferrailleurs et nous finissons la journée en épaves devant quelques pains fourrés cuits à la vapeur.

27 juillet

Traditionnel ferry boat jusqu’au temple du bouddha couché. Ambiance zen et parc magnifique.

Repas dans le quartier indien.

Crocodiles dans le canal!

Déambulation dans un Chinatown vraiment dépaysant.

Une journée en Asie comme je les aime.

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