Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Catégorie : Perou

On n’est pas encore en retraite…

Ca chauffe en France.
Ici, au Pérou, on est encore très croyant et quand tout va mal, on fait une prière. Je vous propose celle-ci :

Mon Dieu,
Cette année, tu m’as pris mon chanteur préféré, Jean Ferrat.
Tu m’as pris mon acteur préféré, Bruno Cremer.
Mon réalisateur préféré Claude Chabrol.

Je désire simplement te rappeler que mes politiciens préférés sont :
Sarkozy, Hortefeux, Besson, Coppé…

Amen

Et nous continuons notre petit bonhomme de chemin :

14, 15 et 16 octobre 2010 : Celendin 

De notre séjour à Celendin, nous retiendrons les bons petits plats préparés par Rebeca, la maman de Julio qui chaque jour s’efforcera de nous faire découvrir les spécialités locales. Zoé se rappellera de sa journée à l’école où entre deux leçons, elle apprit à jouer au «pis pis».

Nous retiendrons également notre rencontre avec un couple de Suisses qui voyagent à bord de leur 4×4 Toyota et avec qui nous discuterons une soirée. Zoé se souviendra également de la journée passée avec la soeur de Julio à préparer du pain frit, de la confiture de lait et du chocolat chaud pour 4 heures (que nous prendrons à 20h !).

Nous retiendrons enfin la leçon du Pérou : un enseignant péruvien gagne 10 fois moins que son homologue français et donne tout ce qu’il a pour que nous soyons bien dans sa maison.

17 octobre 2010 : Celendin – ?
 
 

Nous partons de Celendin avec quantité de vivres que nous a offert la famille de Julio : fromages, pop-corn, et confiture. Et tant mieux car à la pause repas nous rencontrons Ken que nous invitons à notre table, ou plutôt à notre pierre. Il est japonais et se rend également à Cajamarca. Depuis la frontière avec l’Equateur, il suit le même itinéraire que nous. A chaque étape, il a entendu parler de cette famille française qui voyage avec 2 ninas. Et les Suisses que l’on a rencontrés à Celendin nous ont parlé de ce Japonais qui voyage avec un skateboard sur son vélo.

Nous discutons avec Ken dans la seule langue que nous avons en commun : l’espagnol. Il est surpris que nous ayons autant de nourriture. On se régale. Et comme il voyage dans le même esprit que nous (lentement), nous roulons ensemble jusqu’à l’étape du soir où il nous prépare un riz sucré sauce soja. Rico !

18 octobre 2010 : ? – Banos del Inca
 
 

Nous poursuivons notre route avec Ken. Il nous faut à nouveau passer un col à 3600m. Mais cette fois-ci on finit dans les nuages et le froid. Et de l’autre côté, c’est la pluie qui nous accueille pour ne plus nous quitter jusqu’aux Banos del Inca, ville thermale proche de Cajamarca. Nous montons nos tentes à proximité des bains avec la ferme intention de se prélasser dans des eaux à 70°C toute la soirée. Raté, le lundi c’est fermé ! Rendez-vous demain à l’ouverture à 5h du matin…

19 octobre 2010 : Banos del Inca – Cajamarca

Ces piscines thermales dans lesquelles les Incas venaient soigner leurs blessures n’ont pas le côté populaire de Banos, Ecuador. Il s’agit plutôt d’un complexe touristique aseptisé où chacun se plonge dans son bain privé. On en profite tout de même pendant 1h30 avant de sortir pour boire dans la rue un jus d’ananas frais suivi d’un café completo (café, soja, épices) et d’un bol de riz soufflé. Toute cette préparation de sportif de haut niveau pour faire l’étape la plus … courte du voyage : 6km pour rejoindre Cajamarca où nous devons nous arrêter pour décider de la suite du voyage. Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas été dans une grande ville avec voitures, bus, pollution, bruit et un escadron de gendarmettes qui «organisent» la circulation à l’inverse de l’indication des feux dans une belle cacophonie de sifflets. Un vrai régal à vélo…

Pour la petite histoire, c’est ici qu’en 1533 fût capturé et tué l’Inca Atahualpa par les Espagnols et que bascula le destin du continent. Malheureusement tous les vestiges incas furent détruits.

Allez, encore un beau spécimen rencontré sur la route pour finir :

20 octobre 2010 : Cajamarca

Dénivelé et des hommes

Nous sommes toujours à Celendin dans la famille de Julio. Impossible de partir : Zoé a été invitée à l’école vendredi et aujourd’ hui samedi, nous sommes conviés à déjeuner avec l’institutrice qui va nous emmener visiter la ville de Sucre. On ne se plaint pas, voyager c’est aussi savoir s’ arrêter et prendre le temps de découvrir les gens et un mode de vie tellement plus paisible qu’ en France.

Pour commencer, quelques videos (en retard et de qualité médiocre mais c’est mieux que rien) de notre vie de tous les jours :

Nous avons également mis a jour le blog en espagnol et Mahaut a désormais son journal !

09 octobre 2010 : Leymebamba – Ipana

A chanter sur l’air de l’Auvergnat de Brassens :
«Elle est à toi cette chanson
Toi l’péruvien qui sans façon
Nous a donné des patates chaudes
Quand à 3000 il faisait froid

Toi qui n’a pas crié «gringo»
Alors que nous n’avions plus d’eau
Et qui nous a ouvert son pré
Pour que nous puissions camper

Ce n’était rien que des patates
Mais elles nous ont chauffé le corps
Et dans nos coeurs elles brûlent encore
A la manière d’un feu de joie»




10 octobre 2010 : Ipana – Balsas





Nous avons aimé longer le canal du midi, pédaler sur la plage jusqu’à Barcelone, rouler entre les volcans en Equateur, rejoindre l’Amazonie par la route de Banos, mais la route d’aujourd’hui se place loin devant dans le classement des plus belles routes du voyage. Arrivés à 12h au col à 3600m, nous avons la chance que le ciel soit dégagé. «Une mer de montagnes» suggère Carine. C’est exactement ça et surtout 60km de descente dans ces paysages andins le long d’une route taillée à même la roche faite successivement de pierre, de terre et de sable. Evidemment, avec un revêtement pareil, pas question de battre des records de vitesse. Et puis les pauses photos n’ont jamais été aussi nombreuses.
















Seule ombre au tableau de cette journée idéale, nous finissons dans le nuit et n’arrivons pas jusqu’à Balsas. On dort dans un village dont nous découvrons, au matin, l’extrême pauvreté. Ici on ne survit qu’en vendant quelques vivres aux rares véhicules de passage. Nous faisons nous-mêmes quelques courses en vue des deux journées à venir.

11 octobre 2010 : Balsas – Limon

Cette journée est le négatif de la précédente. 55 km de montée raide sur piste. Une sécheresse déprimante et quelques insectes de belle taille.




Rien de bien accueillant. Nous faisons à peine 20km avant de trouver une petite échoppe devant laquelle nous savourons des boissons fraîches et derrière laquelle nous campons.

12 octobre 2010 : Limon – ?

Ce qui, il y a encore quelques mois, nous paraissait encore impossible, aujourd’hui nous le faisons : monter les cols de la cordillère des Andes à vélo avec nos enfants. Géographiquement, nous passons de la cordillère orientale à la cordillère centrale. C’est éprouvant mais magnifique. On ressent la satisfaction d’un exploit d’apparence inutile mais qui donne un sens à ce voyage. Et ces campements improvisés au milieu des montagnes resteront des souvenirs inoubliables.



13 octobre 2010 :     ? – Celendin

Nous avons dormi dans un pré près d’une ferme. Ce matin, alors que nous plions nos affaires, le fermier vient vers nous avec une assiette à la main. Il nous offre du «Choclo», le maïs blanc d’Amérique latine; ça complète notre petit déjeuner où, faute de vivres, nous avons mélangé riz et sucre de canne (pas terrible). On lui achète un peu de fromage et au moment de partir, nous constatons que la remorque nous joue encore des tours. Cette fois-ci, c’est une lame d’amortisseurs qui s’est cassée. Je rafistole comme je peux et nous partons pour Celendin.

Sans trop y croire, nous allons à une adresse que m’a laissée une enseignante lors de ma visite à l’école de Jaen. Son frère est un féru de vélo mais nous n’avons pas pu l’appeler pour le prévenir de notre arrivée faute de téléphone cette semaine. Peu importe, à peine sommes-nous devant sa porte qu’il nous accueille avec un grand sourire et un «bienvenidos». Deux minutes plus tard, nous sommes assis dans le salon devant une montagne de nourriture. Sa maman nous accueille d’un «merci de venir chez nous». On prend quelques photos de famille.

Je montre à Julio l’amortisseur cassé. En 2 minutes, nous démontons la pièce et partons chez un ami mécanicien. 1h plus tard, on rentre avec une copie conforme neuve et l’ancienne pièce ressoudée au cas où. La réparation me coûte la somme de 20 centimes d’euros.

Et comme si ça ne suffisait pas, sa femme nous a préparé une chambre avec 2 lits pour rester dormir. Le soir, nous regardons les vidéos que Julio fait des oiseaux lors de ses sorties à vélo et nous jouons un peu de guitare; ça peut servir, quelques irréductibles continuent à chanter la sérénade sous les fenêtres des jeunes filles de Celedin…

Comme des momies au Pérou

Nous sommes arrivés, après bien des difficultés, à Celedin, petite ville perdue dans le nord du Pérou.

29,30 septembre 2010 : Jaen

On voudrait partir de Jaen mais Miguel, après avoir réparé la remorque, veut vérifier les vélos. Bonne idée, le moyeu de ma roue arrière est presque bloqué et devant ce n’est guère mieux. 2500 km ont eu raison des roulements. La chaîne est bonne à changer également. Sur le tandem, c’est mieux mais ça manque de graisse. Nous voilà donc avec nos véhicules tous équipés de roulements neufs ou révisés. On trouve un peu de temps pour une interview à la radio et une autre pour le journal de la région.


01 octobre 2010 : Jaen – Bagua Grande

6h du matin : encore un départ émouvant. Miguel refuse qu’on lui paye la main d’oeuvre. Par contre, il nous accompagne sur quelques kilomètres avec sa fille. Son père, fondateur de l’atelier, vient également. Ses amis cyclistes sont là et roulent avec nous. La caravane passe, les chiens aboient, comme d’habitude !
Les vieux routards vous le diront, plus encore que le cadre, les roulements sont vraiment les parties importantes d’un vélo. Après leur passage entre les mains expertes de Miguel, les vélos «glissent» sur la route avec peu d’effort. Pour preuve, nous faisons sans difficulté 70km d’un parcours pas vraiment plat et sous une chaleur écrasante. Pourtant 5 crevaisons des petites roues de la remorque plombent notre avancée. Je finis par mettre un pneu neuf pour terminer l’étape. La bande anticrevaison (?!) de l’ancien pneu s’est transformé en passoire. Moralité, les pneus Schwalbe pour les vélos, c’est bien, pour les remorques c’est nul.


02 octobre 2010 : Bagua Grande – 40km pkus loin

Pour fêter nos 3 mois de voyage, on a eu droit à la série noire du matériel : crevaisons à répétition, une sacoche de mon vélo qui se perce, une fixation de sacoche qui se perd, un arceau de la tente qui se casse. A croire que le matériel de voyage est conçu pour une durée de 3 mois. Evidemment, on ne fait pas les kilomètres prévus. Quand la nuit tombe, il est temps de trouver un endroit tranquille pour camper. Les lucioles nous tournent autour et en face, la montagne brûle. L’objectif de cette déforestation brutale est de dégager des surfaces cultivables. L’inconvénient est que la moitié de la disparition de la forêt amazonienne est due à ces pratiques.
«Le café», demande Ingrid dans ses commentaires : la situation s’améliore. En Equateur, difficile d’échapper au café soluble hors de prix sauf dans le sud où l’on commence à trouver du vrai café moulu. Au Pérou, grand producteur de café, il est fait à partir de grains moulus. Il est préparé avec de l’eau sucrée au sucre de canne. On est donc assez loin du café noir italien. Mais on peut boire du café. Par contre, toujours pas de baguette ni de camembert à l’horizon…











03 octobre 2010 : 40km après Bagua Grande – Pedro Luis

On remonte enfin en altitude. Le chaleur devient plus supportable. Le paysage se modifie également. Mais nous n’avons pas assez mangé la veille et nous manquons d’eau. 2 boîtes de thon oubliées au fond d’une sacoche et une source d’eau froide viennent nous sauver. Le soir, une hospedaje et un poulet rôti-frites font notre bonheur.




04 octobre 2010 : Pedro Luis – 37 km plus loin

Nous continuons à remonter lentement dans la Cordillère. Il fait enfin moins chaud. La route suit une vallée profonde où nous roulons à l’ombre. Les paysages sont superbes. Nous nous régalons de fruits frais et de gâteaux à la coco. Les villages autant que les voitures sont rares. Nous montons le camp pour la nuit au bord du Rio Utcubamba.



05 octobre 2010 : 37 km après Pedro Luis – Tingo

Notre destination d’aujourd’hui est Tingo, le village situé en contrebas de Kuelap, la forteresse précolombienne la plus mystérieuse du Pérou. A proximité de Chachapoyas, un panneau nous indique que nous quittons l’asphalte pour 300km de piste. En fait, rien à voir avec les routes défoncées qui nous ont accueillis au Pérou. Le chemin est carrossable et Mr Brooks prend bien soin de notre postérieur. A Tingo, une vieille bâtisse qui sent bon le bois humide nous sert de camp de base avant d’attaquer demain à l’aube et à pied les 1300m de dénivelé pour atteindre Kuelap.





06 octobre 2010 : Tingo-Kuelap

A la question «Est-il raisonnable d’emmener une enfant de 2 ans et demi marcher 1300m de dénivelé sur un chemin de montagne ?», la réponse est non. Encore un fois, pour nous tirer d’un de ces plans galères dont nous avons le secret, on va pouvoir compter sur la gentillesse des montagnards. C’est sur un cheval que Mahaut finira l’ascension, sourire aux lèvres.

De loin, on aperçoit les murs impressionnants de la forteresse pré-inca.

Une fois face à la porte monumentale, on est saisi par le gigantisme de cette construction. On dit qu’il a fallu 3 fois plus de pierres pour l’édifier que pour la construction de la grande pyramide d’Egypte. Evidemment, le lieu, un sommet qui domine toute la région, vaut déjà le détour. A l’intérieur, des centaines d’habitations circulaires, certaines entièrement dégagées, d’autres encore prises dans la végétation. On se promène dans cette ville mystérieuse avec émotion, d’autant plus que le tourisme y est presque totalement absent (contrairement à un certain Machu Pichu).


La descente se révélera aussi laborieuse que la montée et on finira le chemin dans la nuit. Une soupe chaude et un truite seront notre meilleur réconfort une fois revenus au village. Bravo à Zoé pour ces 9h de marche…











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07 octobre 2010 : Tingo – Leymebamba

On continue à remonter la vallée qui mène à Leymebamba. Nos exploits pédestres de la veille ont laissé des traces. On se traîne. A mi-chemin, nous croisons Sibylle, Audrey, Tanou, Yannouk, Arthuro et Cyrilo, six cyclo-voyageurs français qui remontent d’Argentine vers la Californie. Comme à chaque rencontre, nous échangeons autour du voyage et de nos expériences.

Finalement, c’est encore un peu tard que nous arrivons au village. Nous trouvons un petit hôtel pour garder nos affaires demain quand nous irons rendre visite aux 250 momies !

08 octobre 2010 : Leymebamba

Quand les Espagnols découvrirent que les Incas gardaient leurs ancêtres momifiés dans la maison, ils n’apprécièrent pas vraiment cette coutume et en détruisirent une grande partie. Alors, quand en 1997 on trouva dans la falaise au-dessus de la laguna de los condores un peu plus de 200 momies intactes, le monde scientifique décida de créer un musée où les étudier et les conserver à quelques kilomètres de là. Comme pour le reste du monde Inca, difficile d’expliquer les raisons qui poussèrent à la création de telles sépultures, les Incas n’utilisant pas l’écriture. N’empêche que le musée présente de façon pédagogique cette découverte majeure et que la vision de ces corps recroquevillés reste particulièrement émouvante.




Pour le reste, nous profitons pleinement de cette journée de repos car dans les jours qui suivent, pour rejoindre Cajamarca, c’est un col à 3680m, puis une descente (dangereuse) à 900m au bord du Rio Maranon, puis remontée à 3200m et passage à 3620m. Rien que de l’écrire, je suis déjà fatigué. Quand j’en parle à Carine, elle fait aussi une drôle de tête :

Allez, profitez bien de l’automne français. Ici, c’est la saison des pluies qui commence…

Coup d’état

Suite à vos nombreux courriers, nous vous rappelons que nous n’y sommes pour rien dans les événements actuels en Equateur. Vous verrez bien que quand nous sortirons du Pérou, rien ne se passera, enfin nous espérons…

A part ça, tout va bien : on mange de la poussière, on se fait piquer par toutes sortes d insectes et on a mal aux jambes. Mais nous sommes tellement contents d être là. Vos encouragements nous vont droit au coeur.

Ici, c est internet super bas debit. Plus de nouvelles quand on aura plus de vitesse.

En route pour Jaen

25 septembre 2010 : San Ignacio – 20 km avant Tamborapa
  

Le bon génie qui suit notre voyage a eu la bonne idée, ce matin, de changer une nouvelle fois le décor. De la montagne sèche de San Ignacio, nous descendons dans la vallée du Rio Chinchipe.

Dans les premiers kilomètres, on se croirait à Sapa au Vietnam : des rizières avec les montagnes en toile de fond.

Le bon génie a eu également l’idée de nous faire parcourir la vallée dans le sens descendant et d’aplanir un peu la route, ce qui rend cette étape très agréable.

Toujours peu de voitures, on se croit seuls au bout du monde. Sauf à la pause repas où une famille entière sort d’on ne sait où pour toucher les cheveux de Mahaut. Il fait 40°C à l’ombre.

26 septembre 2010 : 20 km avant Tamborapa – Jaen
 

Réveillés à 4h du matin par un cochon égorgé (ici, pas de frigo, on tue quand on veut de la viande), nous sommes prêts à l’aube. Tant mieux car la journée s’annonce encore très chaude. La chance viendra sous la forme d’un motard, Milton, qui nous donne l’adresse d’un magasin de vélo à Jaen : «El Ciclista». Nous pouvons nous rendre là-bas, nous serons bien reçus. La route continue à sillonner des plaines cultivées en bordure des rivières.

Riz, ananas, mangues, papayes en abondance. Nous retrouvons l’asphalte et avec lui un peu de civilisation à mi-chemin.

En fin de parcours, nous sommes accompagnés par un cycliste puis un motard qui nous questionnent sans relâche.

65km plus tard, nous sommes à Jaen en plein défilé de mototaxis aux couleurs des différents partis politiques qui s’affronterons dimanche prochain. On se faufile parmi les manifestants pour rejoindre la «casa el ciclista». Miguel qui tient le magasin est absent mais toute la famille nous accueille à bras ouverts. Ils nous prêtent une chambre et nous mettent en garde sur la dangerosité de la ville. Récemment, deux personnes se sont faites tuer et les habitants sont en émoi. ça ne nous empêche pas d’aller déguster un bon poisson grillé suivi de flans et de yahourts artisanaux. J’ai l’impression qu’ici comme ailleurs, on parle beaucoup d’insécurité avant les élections.

27 septembre 2010 : Jaen : «El ciclista»
 

Nous passons la journée dans l’atelier de réparation de vélo du senior Miguel. C’est la caverne d’ali baba du cycliste. Toute la famille monte et démonte des vélos du matin au soir. Une seule règle : la débrouille. Et un savoir certain. Tous les amoureux de vélo viennent régulièrement ici. Miguel commence à récupérer des bouts de tube et des vis pour réparer et améliorer le système de roulement de la charriote de Mahaut. Le système très fragile d’axe fusée de Charriot va être remplacé par de la technologie péruvienne adaptée aux routes péruviennes.

Il continue à faire chaud, très chaud, ce qui n’empêche pas les enfants de jouer.

28 septembre 2010 : Jaen : «El colegio»
 

Quand Miguel nous propose de visiter l’école de ses filles, nous sautons sur l’occasion. A Cuenca, nous nous étions heurtés au refus du directeur. Ici, il est content d’accueillir ces deux professeurs venus de France. J’ai droit à la visite complète de l’école pendant que Carine se repose sur un tapis de la maternelle. C’est à son tour d’être malade. Comme partout au Pérou, les enfants m’accompagnent bruyamment en répétant inlassablement les mêmes questions : «De donde viene ?» et «Como te llamas ?».

Un élève s’étonne de ma grande taille. «Il a bu beaucoup de lait» répond sa maitresse. Je ne démens pas.

Cette école publique est la plus ancienne de Jaen et une des plus anciennes du Pérou. Cela explique en partie qu’elle soit si bien équipée par rapport aux autres établissements que nous avons vus. Une bibliothèque, un laboratoire, une salle informatique et des salles avec suffisamment de tables et de chaises. Pour le reste, les manuels sont édités par l’état (religion et patriotisme à chaque page) et les élèves sont très bruyants !

Pendant que je visite, Zoé et Mahaut se font entraînées par un autre groupe d’élèves et je les retrouve assises à une table dans une classe. Je récupère Mahaut et laisse Zoé trop heureuse d’aller à l’école !

Fin des cours à 12h30. Repas délicieux pour 3 (Carine ne mangera pas aujourd’hui, vous dire si ça va mal). A 14h30, Zoé retourne à l’école pour le sport. Mais le mieux est de la laisser raconter tout ça dans sons journal … prochainement.

Un autre Miguel (guide touristique, négociant en riz et en café) rencontré dans l’atelier de vélos (c’est fou le monde qui passe ici) m’emmène faire une balade à vélo à travers les rizières en bordure de la ville. Nous discutons (autant que mon espagnol le permet) de la vie au Pérou et en France. Ici le salaire minimum est de 200 sols (50€). Il permet de manger correctement et de vivre dans une cabane sans eau ni électricité. A partir de 500 sols (120€), on mange bien, on peut vivre dans un appartement et conduire une moto. Je précise que par appartement, il faut voir une ou deux pièces très simples et que la moto n’est pas vraiment du dernier cri. Au delà, on commence à faire partie des riches.

29 septembre 2010 : Jaen – Suite et fin

Le Pérou, comme tous les pays pauvres, paye cher le changement climatique, dû essentiellement au mode de vie énergivore des pays riches. Les glaciers fondent et avec eux les réserves d’eau potable du pays. Les cours d’eau s’assèchent et le rendement des cultures traditionnelles est en baisse. En particulier, la culture du riz, aliment principal, devient difficile. Ajoutons à cela les désastres naturels qui détruisent en partie les habitations des plus démunis.

La notion d’écologie pointe le bout de son nez à l’école où Zoé est retournée aujourd’hui. Des projets concernant la sauvegarde des espèces animales et végétales sont menés dans les différents niveaux. La classe politique en parle un peu également. Par exemple, ce soir nous sommes invités par un des candidats à faire un tour de vélo en ville avec d’autres cyclistes pour promouvoir le déplacement durable. Il faut dire que cette semaine est la semaine «marathon meeting». Chaque jour des mototaxis défilent aux couleurs des différents partes (pas moins de douze rien que pour la ville de Jaen). Chaque soir un podium et une sono sont montés en ville pour accueillir les candidats. Des slogans sont scandés entre deux morceaux de salsa. Un coté fête populaire accompagne la campagne politique. Côté programme, la plupart des candidats sont du côté des pauvres (il vaut mieux par ici), beaucoup parlent de travail (une denrée rare), de la fin de la corruption (preuve que ce fléau ronge encore le pays) et de lutte contre l’insécurité (tient, ça me rappelle quelque chose…).

Et pendant ce temps-là, dans l’Ain…

Grace a notre ami Gilbert GROSCLAUDE, quelques nouvelles de l Ain :

Cher Marcel, à très bientôt.

Bonjour le Pérou, au revoir l’asphalte…

Nous aurions pu choisir de suive la panaméricaine qui redescend sur la côte comme tout le monde nous l’avait conseillé. «Après, le Pérou, c’est tout plat. Facile !». Oui mais ça doit être un peu lassant de pédaler sur l’autoroute avec des camions qui passent à 120km/h. Et puis les moustiques…

Alors, on s’entête, et on poursuit dans la montagne malgré l’absence de route asphaltée. On verra bien…

16, 17 et 18 septembre 2010 : Loja
  

3 jours de repos à Loja avec en vrac : une balade à vélo (!), un parc avec la tour Eiffel, le Kremlin et le Machu Pichu, un mini zoo, des dégustations de produits locaux, une interview avec le journal local, des photos avec notre famille d’accueil.

Un article de journal sympa dans lequel on apprend que ce qui surprend le plus nos hôtes, c’est le fait que nous ne regardons pas la télé le soir ! C’est vrai que dans ce pays, la télé est omniprésente : cuisine, salon, chambres, restaurant, hôtel, bus. Une vraie folie. Impossible d’y échapper.

Ingrid, tu peux nous trouver le lien sur Internet ?

19 septembre 2010 : Loja – Vilcabamba 
 

Vilcabamba est célèbre pour les multiples recherches scientifiques s’étant déroulées ici dans les années 50. Le sujet ? L’extraordinaire longévité de ses habitants. Tout a été étudié : le climat extrêmement stable (20°C toute l’année), la qualité de l’eau bue venant de la montagne, le régime alimentaire, etc…

Aujourd’hui, le village est un repère de routards du monde entier et il y règne une atmosphère délicieusement baba-cool.

Quand nous arrivons en fin d’après-midi, le temps est frais et il pleut. Décidément, tout fout le camp.

20 septembre 2010 : Vilcabamba – Yangana
 
 

Nous nous sommes endormis hier dans un hôtel, nous nous réveillons dans une communauté hippie ! Allemands de 20 à 70 ans et jeunes californiens préparent à tour de rôle leur jus de fruit dans la cuisine commune. Je ne suis pas dans le coup avec mon café.

On s’attarde un peu d’autant que Zoé se sent mal. Nous allons au bout de la route, là où l’asphalte s’arrête et où commence la piste qui mène au Pérou. Zoé s’endort dans mes bras pendant que Carine cherche où dormir. Après accord du directeur, ce sera dans le réfectoire de l’école. De l’eau et la lumière, c’est grand luxe !

21 septembre 2010 : Yangana – Namballe (Pérou)
Impossible d’envisager de grimper des cols avec Zoé dans cet état. On se lève à 5h30 (l’école démarre à 7h) bien décidés à prendre le premier bus pour Zumba. Malheureusement, il est bondé et impossible de trouver une place pour le tandem. Ce sont deux fonctionnaires du ministère de l’industrie qui nous servent de taxi. Et c’est reparti pour 5h de «taxi-vomi». Cette fois-ci, c’est Mahaut la victime. Autant dire que quand nous arrivons à la frontière avec le Pérou, nous deux filles sont exténuées. Heureusement que les formalités de douane nous font sourire : le douanier péruvien écoute Bon Jovi à fond dans son bureau et chez la police, c’est ambiance boîte de nuit.

On remonte sur nos vélos et après quelques kilomètres nous nous offrons un bel hôtel. Une vraie folie : le prix de la paire de chaussettes que je viens de perdre sur la piste (mais que je retrouve un peu plus tard).

Petit bilan de l’Equateur :
Avertissement : ce bilan n’est qu’un point de vue personnel et spontané et je ne prétends pas connaître ce pays en l’ayant uniquement traversé. Je ne donne pas de leçon et je ne juge pas ses habitants. Je ne fais que noter quelques éléments qui me paraissent intéressants.

Nous avions prévu 3 semaines en Equateur. C’était sans compter sur les Equatoriens !Nous sommes finalement restés 5 semaines. De l’Equateur, nous garderons évidemment le souvenir des paysages des Andes, de l’atmosphère si particulière de la jungle et des villes coincées dans les vallées. Mais ce serait bien réducteur de résumer notre séjour à ces images. La vraie richesse de l’Equateur ce sont ses habitants, accueillants, curieux, chaleureux, souriants et disponibles. Ils ont été nombreux à nous encourager d’un signe de la main, à nous aider le long de la route et à nous héberger. Véritable leçon d’hospitalité et de contact humain pour nous européens retranchés trop souvent derrière notre individualisme qui mène plus à avoir qu’à être.

La plupart des Equatoriens possèdent souvent peu de choses : une petite maison, un vélo, parfois une moto voire un vieux camion. Pour eux, le but de notre voyage est un peu incompréhensible. Nourris à travers la télévision d’images paradisiaques des Etats-Unis, notre volonté de visiter leur pays par nos propres moyens leur parait un peu folle. Nous sommes des «gringos locos». Mais leur accueil et leur gentillesse restent incomparables.

Une autre partie de la population vit au contraire dans un luxe très occidental : grande maison, plusieurs grosses voitures, femme de ménage, cuisinière, etc… Habitués à voyager, ils sont souvent attentifs aux détails de notre expédition. Ils veulent souvent nous aider et participer à la bonne réalisation de notre voyage. Ils mettent tout à notre disposition pour faciliter notre séjour chez eux.

Entre ces deux extrêmes, il n’y a rien. Pas de classe moyenne à laquelle nous pourrions être assimilés.

Ne pensez pas pour autant que nous avons un vision angélique de ce début de voyage. L’Equateur présente également quelques problèmes pour les cyclo-voyageurs que nous sommes. Dans l’ordre :

– les chiens : ils sont la plaie de ce pays. Ils sont partout, plus ou moins sauvages, plus ou moins agressifs. Ils partagent avec leurs cousins européens la même passion pour le mollet de cycliste. Faut-il les fuir, les affronter, les insulter en espagnol, en quechua ou en français, leur jeter des pierres ou donner des coups de bâton ? Dans tous les cas, quelques décharges d’adrénaline pour nous et un peu de sport pour eux.

– les pistes : le réseau routier s’améliore en Equateur mais par moment la piste poussiéreuse, pleine de cailloux ou de sable est de retour. Il faut alors pédaler encore plus fort. Le problème est qu’aucune carte n’est à jour et que les réponses donnés par les autochtones sont souvent contradictoires.

– la pluie : cette saison est censée être la saison sèche. Il pleut (presque) tous les jours. En guise de saison, la Sierra c’est au choix : «le printemps perpétuel», «l’été et l’hiver», «4 saisons en un jour».

Et le vélo dans tout ça ? Et bien c’est parfois difficile mais quand on s’arrête quelques jours, nos jambes nous démangent et c’est avec plaisir que nous repartons lentement vers d’autres cieux. Pédaler est devenu une seconde nature. Peu de moyen de transport donne l’impression d’autant de liberté. Nos drôles de machines attirent l’attention et les curieux viennent discuter avec nous. Mais notre véritable passeport, ce sont nos enfants. C’est vers eux que tous les regards se tournent (et toutes les inquiétudes aussi). C’est certainement grâce à nos filles que nous sommes si souvent invités.

22 septembre 2010 : Namballe
 

Nous restons une journée dans ce lieu paradisiaque pour que Zoé finisse de se reposer. Notre bungalow au charme très anglais est tenue par une anglaise non moins charmante qui m’explique en détail la route qui nous attend. Pour elle, c’est l’enfer. Rien que des montées sur une route défoncée et sous une chaleur écrasante. Seul point positif, les gens de la région sont très «friendly». Elle pense comme moi qu’il vaut mieux éviter la côte, très ennuyeuse, ainsi que la route passant en Amazonie où quelques rescapés du sentier lumineux agissent encore, proximité avec la frontière colombienne oblige.

Mais rien n’entame notre bonne humeur, due en partie aux petits déjeuners gargantuesques qu’elle nous prépare.

23 septembre 2010 : Namballe – Nueva Esperanza 

Après une bonne infusion de feuilles de coca, nous voilà repartis. La route est moins difficile que prévue même s’il faut souvent pousser les vélos.

Au total, on fait tout de même 28 km entre les pierres et la poussière.

A Nueva Esperanza, il y a une école. Nous demandons à voir le directeur. Quand nous arrivons enfin devant son domicile, une trentaine d’enfants et quelques adultes ont formé un groupe autour de nous. Ils examinent nos vélos sous tous les angles. Carine demande au directeur pour dormir dans l’école. Evidemment, il n’y a aucun problème. Il nous ouvre une salle où nous rentrons les vélos toujours accompagnés des enfants du village qui me questionnent sans relâche.

Je ne comprends pas la moitié de ce qu’ils me disent mais peu importe, une famille de gringos va dormir au village et par ici, ce n’est pas si courant !

24 septembre 2010 : Nueva Esperanza – San Ignacio

Ce qui frappe au Pérou, pour nous qui arrivons du sud de l’Equateur, c’est l’extrême dénuement des villages. Pour commencer, il n’y a plus de voiture. Ici on marche ou on circule à dos d’âne, voire on emprunte un de ces taxis-motos venus tout droit d’Asie avec tigres et dragons en décoration.

Les magasins sont vides, les restaurants contiennent le minimum et les routes sont quasi-inexistantes. Même les télévisions et les postes de radio ont disparu. Et pour cause, l’électricité est rare.

Et dans ce pays, où 90% des enfants sortent de l’école sans savoir ni lire et ni écrire correctement, d’immenses panneaux expliquent comment prendre soin de sa santé.

Sur la route qui nous mène à San Ignacio, les villages sont faits de maisons assemblées en brique de terre cuite recouvertes de tôle ou de plastique.

Mais partout on nous sourit, on nous encourage ou on nous sert la main. Nous faisons rire les enfants avec nos peaux blanches et nos filles blondes.

Trempés de sueur, malgré notre départ très matinal, on arrive enfin en vue de la «grande» ville quand Zoé me fait remarquer que la roue de la carriole sort de son logement. Impossible. Je m’arrête, je démonte et là, pas de doute, l’axe de la roue est cassé. Impossible de réparer.

On profite d’une famille qui s’est arrêtée pour prendre nos filles en photo pour leur demander s’ils peuvent nous emmener jusqu’au centre ville. Pas de problème. Un fois là-bas, on se met en quête d’un atelier de réparation de vélo (après une bonne douche, précisons-le quand même). Evidemment, il n’a pas la pièce mais nous emmène dans un autre magasin où pour 30 centimes d’euros, nous faisons l’acquisition d’une vis et d’un écrou qui devraient nous permettre de repartir demain…

Pour finir, nous sommes en période d’élection au Pérou. Le 3 octobre prochain, le pays vote pour renouveler ses représentants locaux, régionaux et cantonaux. Beaucoup de propagande sur les murs. Nous allons essayer de suivre cela de près. On vous en reparlera.

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