Archives pour la catégorie Bolivie

Tranquilo

La transition de la Bolivie à l’Argentine s’est faite en douceur, le Nord de l’Argentine étant encore très bolivien et très ancré dans les traditions andines. Mais nous descendons petit à petit de ces hauts plateaux pour rejoindre des vallées plus basses. C’est la fin de notre séjour au-dessus de 3500m. Nous traçons maintenant en direction d’Ushuaia et de la mythique Patagonie pour un séjour en Amérique du sud qui va durer plus longtemps que prévu, vous vous en doutez (nous vous en dirons plus un peu plus tard).

7 février 2011 : Tupiza – ?

C’est sous un beau soleil que nous quittons Tupiza, non sans avoir discuté avec Nicolas, Benoît et Cyril, Grenoblois de passage en Bolivie. La première partie de la route est agréable, plutôt asphaltée, suivant le cours d’une rivière. Ensuite, ça se corse un peu. Il faut monter. Heureusement, de nombreux tronçons sont asphaltés mais encore fermés à la circulation faute de pont. A vélo ça ne pose pas de problème de les emprunter. Pour palier à l’absence de pont, nous passons par le lit des rivières qui par manque de pluie sont totalement asséchées.

En fin d’après-midi, alors qu’on emprunte un de ces tronçons interdits à la circulation, la route s’arrête brutalement. En face de nous, un mur de roche avec, 5 mètres au-dessus, la voie ferrée. Un bon endroit pour camper et réfléchir à comment franchir cet obstacle demain. Nous montons le campement, mangeons la traditionnelle casserole d’avoine et au moment de nous coucher, des phares nous éclairent. Nous qui pensions être tranquilles, c’est raté. Le véhicule repart, un autre arrive et ainsi de suite une bonne partie de la nuit. Nous ne sommes pas vraiment rassurés. Il est de toute façon trop tard pour décamper. Finalement la nuit se passe bien. Il ne s’agit que de voitures qui tentent, comme nous, de rester sur l’asphalte afin d’éviter de prendre les déviations qui ne sont que des chemins de sable à flanc de colline.

8 février 2011 : ? – ?

Le secret de la forme, c’est un peu d’exercice chaque matin. Comme par exemple gravir une voie de chemin de fer haut perchée avec 2 vélos, une remorque et une bonne douzaine de sacoches. Après ça, pédaler paraît si simple. Nous atteignons une zone de pampa plate et désertique à 3400m.

La pluie fine qui nous accompagne depuis ce matin finit par ne plus pouvoir nous suivre. Difficile tout de même d’atteindre la frontière avant la nuit et puis ces villes frontières sont tellement lugubres. Nous préférons camper ici pour la nuit. Un peu de sable au milieu des cactus, c’est l’endroit idéal. Le secteur nous semble désert. Un petit repas sur le pouce, un peu d’école pour Zoé et à la tombée de la nuit nous sommes prêts à monter la tente. C’est à ce moment-là qu’un camion surgit de nulle part passe près de nous. Nous nous cachons mais trop tard. 200 mètres plus loin, il s’arrête et une dizaine de personnes à la mine patibulaire (mais presque) s’approchent rapidement de nous. Décidément, pas moyen d’être tranquille. A 30 m de nous, ils s’arrêtent et nous observent. Nous faisons semblant de partir. Ils viennent jusqu’à nous et nous expliquent qu’ils cherchent le fou du village disparu depuis 10 jours. Ailleurs qu’en Bolivie, je n’aurais pas cru à leur histoire mais ici c’est plus que plausible. Ils sont équipés de lampes et semblent déçus de n’avoir trouvé que nous. Quoiqu’il en soit, ils ne nous conseillent pas de camper là. Plutôt aller jusqu’à la prochaine maison. A contrecoeur, nous remballons nos affaires et partons en pleine nuit pour trouver un autre refuge. Et c’est bien à la première ferme que nous sommes accueillis avec gentillesse pour planter notre tente et être surveillés toute la nuit par deux molosses de la gente canine.

9 février 2011 : ? – La Quiaca

Réveillés tôt (nous sommes dans une ferme), je prépare un café brûlant dans un froid glacial. Je discute un peu avec les hommes de la ferme occupés à couper du bois. Ils me confirment une nouvelle fois qu’il pleut très peu et que cette sécheresse rend difficile l’alimentation des bêtes et la culture. Nous leur achetons un peu de fromage de brebis, ils nous offrent des galettes.Nous laissons le peu que nous ayons avec nous, c’est à dire un sachet de chocolat en poudre. Ce sera notre dernière rencontre avec les Boliviens et elle résume assez bien notre ressenti : un peuple aux conditions de vie difficile et à la gentillesse extraordinaire.

Arrivés à la frontière, nous changeons nos devises boliviennes contre des pesos argentins puis commence la longue attente pour obtenir le précieux coup de tampon. 5 heures au soleil.

Une fois les passeports à jour, les douaniers décident de passer les vélos aux rayons X. Enfin quelques mallettes seulement, le reste ne passe pas. Le scanner est installé dans un camion, ce qui donne lieu à une scène assez cocasse : il faut charger les sacs un par un d’un côté du camion puis courir de l’autre côté pour les récupérer avant qu’ils ne tombent et ainsi de suite.

Enfin, nous pouvons entrer en Argentine. Des chiens en laisse, des éclairages publiques, des gens dans la rue après 21h, des trottoirs propres et des poubelles, des boulangeries, des charcuteries, des voitures de moins de 20 ans, voilà notre première impression du pays. Nous sortons du tiers monde pour arriver en Europe. Nous voyons même du jamais vu en France : des jeux pour enfants handicapés.

10 février 2011 : La Quiaca – Abra Pampa

Nous passons des 20km/jour des pistes boliviennes à 20km/heure ! Le miracle est dû à l’asphalte, au retour de l’altiplano, appelé ici «Puna» et à un sympathique vent dans le dos. L’autre bonne surprise est que la circulation est très légère sur cet axe pourtant principal. Etonnant quand on sait qu’ici c’est l’équivalent du 15 août et que tout le monde est en vacances. L’explication nous l’avons un peu plus tard : dans les deux sens, des kilomètres de véhicules à l’arrêt. Au milieu, une trentaine de manifestants allongés au milieu de la route réclament la réouverture des services sociaux du village. Tout cela sous l’oeil bienveillant des forces de l’ordre qui nous offrent de l’eau et nous autorisent à passer. De temps à autre, le vélo est vraiment le moyen de transport le plus rapide !

75 km plus tard, sous un ciel de plus en plus menaçant, nous arrivons à Abra Pampa. Nous rentrons dans le seul hôtel de la ville. Juste à temps pour éviter un orage-tempête qui produira à quelques kilomètres 30 cm de grêlons. Un journée sous le signe de la chance. Suerte !

11 février 2011 : Abra Pampa – ?

Une journée bien chargée : après les orages de cette nuit, nous préparons les vélos devant l’hôtel filmés par une famille argentine curieuse. Une de mes sacoches en profite pour lâcher. Réorganisation rapide pour mettre à l’abri de la pluie les affaires les plus fragiles. Petit passage par le marché pour faire des provisions de produits frais pour la journée et nous nous élançons. 50 mètre plus loin, nous croisons une famille française avec 5 enfants dans un 4×4. Nous discutons un moment avant de repartir pour quelques kilomètres avant de  croiser un couple de français qui passe un mois en Argentine. De nouveau, plaisir de la discussion en V.O.

Plus loin, un fléau en remplace un autre : finie la course poursuite avec les chiens, la race canine argentine semblant plus tournée vers la sieste, c’est une attaque de lama qu’il nous faut déjouer ! Comme dans Tintin, la méchante bête crache et tente de nous mordre. C’est Zoé qui nous sauve d’un coup de cravache bien placé.

Puis arrive notre dernier col (3780m) avant longtemps. Derrière commence la route toute en couleur qui mène à Salta. Une pente douce à travers des montagnes multicolores. Nos yeux et nos jambes apprécient.

Nous pensons alors arriver à une école pour trouver refuge et éviter les orages. Mais Carine se plaint que son tandem freine en permanence. D’habitude elle me dit ça quand ça monte, hors là, ça descend. Une rapide inspection du tandem nous permet de constater que la jante arrière est en train de se déchirer comme du papier. Nous poussons les vélos jusqu’à une ferme que nous venons de passer où sans surprise, on nous permet de camper.

12 février 2011 : ? – Humahuaca

Je dispose quelques bandes de scotch solide transversalement à la jante en espérant que la chambre à air sous pression, en appuyant dessus, maintiendra les deux bords l’un contre l’autre. A vrai dire, je n’y crois pas trop mais je n’ai pas d’autres solutions à part sauter dans un camion, ce qui, vu la route qui nous attend, est un peu dommage.

Sous un ciel bleu sans rapport avec la saison, nous continuons notre grande descente. A mi-distance, nous faisons une pause au paradis, salués par les chauffeurs de bus et de camion:

La jante recommence à gondoler sérieusement.  Nous n’avons pas d’autre choix que de déclencher le frein arrière. Nous descendons alors prudemment les parties les plus raides et arrivons sans encombre à notre destination : une petite bourgade touristiques où le tarif des hébergements en haute saison est carrément exagéré. Nous optons pour un camping nature un peu excentré mais agréable. Demain c’est dimanche, il faudra attendre lundi pour faire réparer le tandem.

Florian Cassidy, Sundance Carine et les Kids !!

Certains pensent que l’on est en train de transpirer sur les mauvaises pistes de Bolivie entre poussière et pluie. Mais le destin (qui a toujours bon dos) en a décidé autrement. En réalité, nous sommes en train de profiter de nos derniers jours en Bolivie entre piscine et promenades de santé. Un rythme assez éloigné de nos habitudes. Des vacances dans un far-west de rêve. Ailleurs, dans le far-east de Lyon, on pense à nous et grâce à la magie d’internet on fait un petit tour à la maison : http://www.rignieux-le-franc.fr/. Merci Jean-Marie et bonne année à tous les francs-rigniens !

29 janvier 2011 : Potosi

C’est aujourd’hui que l’on décide de partir de Potosi. Il a plu toute la nuit et c’est bien connu, quand il pleut la nuit, il ne pleut pas le jour et vice-versa (vieux dicton bolivien). Nous avions bien le sentiment d’être dans une cuvette encerclée de montagnes et toutes les indications recueillies pour sortir de la ville le confirme : « il faut monter ! ». Alors nous montons et vu l’inclinaison des rues, nous poussons nos vélos. Et le Cerro Rico qui domine la ville et nous paraissait si haut, nous l’atteignons au bout de 2h. Presque au sommet, au milieu d’installations minières d’un autre âge, nous avons froid et toutes les personnes rencontrées nous découragent de poursuivre la route à vélos. Ca fait 6 mois qu’on nous dit ça, pas la peine de se formaliser pour ces quelques avertissements.  Mais il faut bien reconnaitre que la route paraît trop longue, trop haute, trop vallonée et pas assez asphaltée. Ce dernier argument finit par nous convaincre. Arrivés à la bifurcation qui mène en Argentine, nous nous arrêtons pour attendre un camion ou un pick-up qui voudrait bien nous emmener plus loin et nous tirer de ce mauvais pas. Mais la providence semble nous avoir lâchés et il fait de plus en plus froid. Nous prenons la seule décision qui nous paraît fondée : ne pas s’engager sur plus de 200km de piste bolivienne. Nous redescendons toute la ville en direction du terminal de bus. J’avoue que c’est idiot de monter pour redescendre par  la même route mais le concept de route en Bolivie est si particulier que l’on n’a pas envie de vérifier l’avancement des travaux d’asphaltage. Et puis, même les bus évitent cette route que nous nous apprêtions à prendre. Au final, le bus (qui ne ressemble absolument pas à la photo que l’on nous montre au moment de payer) mettra 7h à faire les 160km qui nous séparent de Tupiza. On ne vous dit rien de plus sur l’état du véhicule et la conduite sportive du chauffeur, vous pourriez prendre peur. Ah si, quand même, à la pause pipi, je suis trop près du bus et notre impatient chauffeur (c’est bien le premier Bolivien impatient que je rencontre) referme la soute à bagages sur ma…hanche. Je lâche quelques jurons à son endroit, mais il est déjà remonté dans la cabine et démarre.

30 janvier 2011 : Tupiza

Pour beaucoup de voyageurs, Tupiza c’est le far-west bolivien. Pour nous, c’est la continuité de ce grand désert qu’est la montagne bolivienne avec ces pistes de sable si peu adaptées au vélo. Malgré tout, ces grandes montagnes rouges et l’atmosphère toute tranquille de cette bourgade expliquent le « pleasant town » de la carte. Pas encore envahie par les touristes qui préfèrent souvent filer jusqu’à la frontière, elle possède un charme tout particulier et une population encore plus accueillante qu’ailleurs.

31 janvier 2011 : Tupiza – La Torre

« Kid, la prochaine fois que je dis ‘allons dans un endroit comme la Bolivie’, allons dans un endroit comme la Bolivie ! » – Paul Newman – Butch Cassidy et le Kid (1969)

C’est à proximité de Tupiza que les deux plus célèbres bandits du farwest auraient trouvé la mort suite à leur dernier forfait. En fait, leurs corps n’ont jamais été retrouvés, ce qui n’empêchent pas les agences de proposer une route « Butch et Sundance » comme elles proposent une route du « Che » un peu plus loin. Nous traînons nonchalamment dans ces lieux hantés par des fantômes célèbres l’appareil photo en bandoulière.

Nous décidons également de redécouvrir que la bicyclette peut aussi être un plaisir. C’est sans nos lourdes sacoches et le long d’une voie de chemin de fer que nous explorons la région à la recherche des formations rocheuses qui l’ont rendue célèbre : canyon, tunnel, ravine, tout y passe. La plus connue est appelée pudiquement « La Torre » :

Une balade paisible où nous ne pouvons pas nous empêcher de porter nos vélos (plus exactement : où je ne peux pas m’empêcher d’entraîner tout le monde) pour franchir un passage bien entendu infranchissable. Comment dit-on trop simple déjà ? Ah oui, trop simple.

1 février 2011 : Tupiza – Quabrada Palala

Suite de l’exploration. Des photos…sous la pluie.

2 février 2011 : Tupiza – El canon

Le soleil revient. Nous partons pour le lieu dit « El Canon ». An fond de cet étonnant passage, nous mangeons des Saltenas (chaussons fourrés à la pomme de terre) et des papas rellenas (pomme de terre fourrées à la viande). Ca fait un peu Patateland comme menu mais si vous saviez comme c’est bon. J’en profite pour raconter à Zoé des histoires de brigands qui se cachaient dans ces canyons pour détrousser les riches marchands. Elle s’inquiète de savoir si l’on peut encore se faire attaquer dans ce genre d’endroits. A part par des chiens, je ne crois pas. Heureusement, les seuls chiens qui nous coursent appartiennent à un gentil monsieur qui nous confirme qu’ils n’attaquent jamais les femmes et les enfants. Sympa, je sais pourquoi j’ai toujours quelques cailloux dans les poches.

3 février 2011 : Tupiza – El Duende

Encore des photos :

Michael Jackson en Bolivie !

Avant que l’on quitte définitivement Potosi, les habitants nous l’ont affirmé :  Michael Jackson s’est bien réfugié ici. Il aurait déclaré : « Par respect pour moi-même et pour mes fans, je suis venu me cacher ici, dans le trou du c… du monde ». Nous ne pouvons confirmer ces propos mais cette photo circule déjà sur internet :

Indéniable non ?

Fin de la « private joke ». Bientôt la suite de nos (mes)aventures (comment une porte de bus a voulu m’arracher une partie de la hanche, pourquoi nous sommes montés au Cerro Rico pour finalement redescendre, etc… ).

Portez-vous bien !

PotoSucre

A peine arrivés à Potosi, nous sommes submergés par un flot de touristes, principalement Etats-Uniens et Argentins, qui sont venus ici pour la principale « attraction touristique » : la visite des mines. Nous n’irons pas les visiter. La principale raison est qu’aller « visiter » des mines en activité où les mineurs endettés à vie (ils payent l’accès à la mine), souvent malades dès l’âge de 40 ans, travaillant dans des conditions plus que difficiles nous semble plus relever du voyeurisme que du tourisme. Ajoutons à cela des agences sans scrupules ne respectant aucune des conditions de sécurité élémentaires et un certain ras le bol de notre part de voir cette misère village après village.

Alors, on se promène tranquillement dans les rues animées de la ville en mangeant des Saltenas. Et pour l’aspect historique de la ville, on visite la « Casa de la Moneda » où étaient fabriquées toutes les pièces en argent du royaume espagnol. Un vrai château fort. On en apprend aussi un peu plus sur l’étrange vie des « soeurs recluses » qui vivent encore dans les couvents de Potosi et dont la seule communication avec l’extérieur se fait par l’intermédiaire d’un tourniquet leur permettant de vendre leur production. Même ici, les vocations se font rares. On le comprend.

On peut également visiter les nombreuses églises de la ville. N’étant pas très porté sur les Jésus crucifiés (spécialement sanguinolents, il fallait terroriser les indigènes), je me régale plutôt de la visite des catacombes et de celle des toits qui offre un beau panorama sur la ville.

Dans un des couvents, un tableau de l’époque coloniale particulièrement éloquent : l’homme blanc plongé en enfer n’a qu’à lever les bras pour qu’on l’en sorte. L’indigène peut prier mais personne ne vient l’aider. Quant à l’homme noir (largement importé d’Afrique dans les mines de Potosi pour compenser les pertes d’indigènes), même pas considéré comme un homme, il peut se gratter et n’a même pas le droit à la prière! Un tableau qui pourrait s’intituler « l’enfer c’est pour les autres » en quelque sorte.

Enfin, nous rencontrons Florencio, boulanger et cycliste, qui accepte de nous garder nos vélos pendant quelques jours. Une fois n’est pas coutume, nous partons pour Sucre en bus. C’est l’anniversaire de Carine qui veut nous faire découvrir la capitale constitutionnelle et historique de la Bolivie. Bonne idée. La ville blanche a un côté très européen. Il y fait nettement plus chaud qu’à Potosi et les restaurants nous font pâlir d’envie. Truite au Roquefort, crevettes et un p’tit Pastis pour les 31 ans de Carine. Il n’en faut pas plus pour que nous décidions de prendre l’avion pour Lyon le lendemain !  La nuit portant conseil, nous choisissons finalement de rester.

Nous en profitons pour visiter les traces laissées par de gros animaux à écailles. En effet, à quelques kilomètres de la ville, à l’époque où celle-ci était une mer intérieure, une dizaine d’espèces différentes de dinosaures venaient se désaltérer laissant leurs empreintes dans le calcaire humide. Il y a 15 ans, la carrière de la cimenterie aujourd’hui installée sur le site, découvrait une immense paroi calcaire marquée de plus de 5000 empreintes. Cette découverte majeure se visite aujourd’hui. A l’aide de jumelles, on aperçoit encore les traces rondes et celles à 3 doigts de ces grosses bestioles dont certaines mangeaient plus d’une tonne de végétaux par jour (et rejetaient autant d’excréments et de gaz).

D’autres aussi ont laissé des traces dans la ville de Sucre et proposent encore aujourd’hui de délicieuses pommes de terre fourrées.

Au final, grande pause de presque deux semaines avant de reprendre la route dans quelques jours pour rejoindre l’Argentine avant l’expiration de notre visa de trois mois ! Passé ce délai, ils risquent de nous garder ici…

Souvenirs du désert

Ca faisait longtemps que nous n’avions pas posté de vidéo. Un exploit : 3 heures dans un internet café à prier pour que ça ne coupe pas (accompagné de quelques litres de café). Mais vous allez voir un film au grain exceptionnel, doté d’une musique hallucinante et des tonnes d’images inédites : Carine qui joue dans la boue avec son vélo, Carine qui s’endort au volant de son bolide, le plus beau camping du monde, des enfants qui marchent, des parents qui poussent, en bref que du bonheur. Attention, vous risquez d’être tentés 😉

Routes de sable

08, 09 et 10 janvier 2011 : Uyuni

Se faire prendre pour des Américains dans des restaurants à touristes, ça nous lasse vite. Nous retournons manger dans la rue de délicieuses Saltenas (pains fourrés à plein de choses) et des galettes de pommes de terre. On fait assez vite le tour des curiosités locales : un musée où sont exposées des momies à crânes allongés et un cimetière de vieilles locomotives.

Le plus impressionnant reste les orages violents précédés de tornades qui balaient les rues. On achète quelques faux DVD et des fausses chaussures à Mahaut. Et nous nettoyons les vélos … comme toujours.

11 janvier 2011 : Uyuni – Tica Tica

On hésite longtemps entre partir vers le Chili en affrontant 300km de désert ou remonter dans la Cordiliière des Andes et affronter quelques cols. On choisit la deuxième solution et on la regrette au bout de quelques kilomètres. La route qui part vers Potosi, il faut arrêter de l’appeler «route». Notre moral plonge. C’est au moment où l’on désespère d’arriver au prochain village qu’un pick-up s’arrête pour nous proposer son aide. Et les gens qui nous aident à charger nos lourds vélos travaillent à la construction de la route qui prend du retard faute de paiement de la part du gouvernement. Génial !

Ils se proposent de nous emmener au prochain village où démarre l’asphalte. C’est finalement 70km plus loin qu’ils nous emmènent. Et tout ça avec le sourire. Six mois après notre arrivée sur le continent, la disponibilité des sud-américains continue à nous surprendre.

12 janvier 2011 : Tica Tica – ?

Un col : nous avions oublié ce que c’était depuis des semaines que nous nous baladons sur l’Altiplano. Pousser les vélos sur des routes de pierres et de sable nous donne envie de tout arrêter. Heureusement que la pluie nous épargne et que de l’autre côté, c’est pas l’Eldorado mais le Colorado.

Des montagnes rouges, vertes, grises et violettes. Nous sommes sur la route de Potosi entre des montagnes riches en minerai. Le soir, nous trouvons une petite montagne de sable rouge pour nous reposer.

13 janvier 2011 : ? – Chaquilla

Demander à 10 Boliviens comment est la route après, ils vous diront tous «totalement asphaltée à partir de maintenant !». En guise d’asphalte nous trouvons des pierres et du sable sur la majorité du trajet. Déprimant. 25km par jour semble être devenu notre horizon indépassable. A ce rythme, Potosi est encore loin. La pluie se rapproche. Heureusement qu’à Chaquilla, la gentillesse et le sourire des habitants nous réchauffent un peu. Sans eux, la Bolivie ne serait pas un pays pour le vélo.

14 janvier 2011 : Chaquilla – Porco

Encore une journée où l’on ne fait pas du vélo mais où l’on pousse les vélos. Epuisant même si les paysages sont incroyables. Tout y passe : désert, oasis, grand canyon et pour finir l’Irlande, ses moutons et sa pluie !

Et du sable partout et surtout sur la route.

Le soir, nous nous arrêtons faire quelques provisions dans un village. On nous indique un «Grand Hôtel» très proche. Une nuit à l’hôtel, pourquoi pas ? La douche chaude, les draps propres, on les voit déjà. Encore 4 km de montée ensablée et nous voici à Porco. Impossible de se faire ouvrir l’hôtel. Le fils du propriétaire nous explique que sa tante est partie à Potosi avec les clés dans sa poche. On le croit ! La moitié de ce village de mineurs semble en état d’ivresse.  Pas le bon plan pour camper et impossible d’aller plus loin. C’est un chauffeur de taxi qui nous indique un «alojamiento» (chambre chez l’habitant) triste et sale mais où nous sommes accueillis avec le sourire. Inutile d’aller payer un «tour opérateur» pour entrevoir les conditions de vie de misère des mineurs. Une nuit à Porco nous suffira. Attaque de chiens, hurlements d’alcooliques et la pauvreté à fleur de peau. Le lendemain, nous partons très tôt pour déjeuner au bord de la route.

15 janvier 2011 : Porco – Potosi

De longues montées et de l’asphalte au programme. Nous faisons le forcing pour arriver à Potosi avant la nuit. Comme hier les chiens sont partout et nous frôlent les mollets pendant que des habitants passablement imbibés frôlent nos sacoches. La fatigue aidant, nous perdons un peu notre sens de l’humour. Je lance des pierres à la tête des chiens et je hurle après les humains (et pas le contraire, rassurez-vous). Devant le terminal de bus ça zone pas mal. On pousse un peu plus loin et on s’engouffre dans le premier hôtel que l’on croise. 12h de sommeil.

16 janvier : Potosi

Ca y est ! Nous avons atteint le centre-ville de Potosi, trouvé une agréable pension et nous profitons enfin de cette ville historique «élevée sur un pandemonium de cupidité au pied de richesses découvertes par hasard».

Repos, Skype et compagnie.

La grande traversée du désert

Le Salar d’Uyuni à vélo restera un souvenir inoubliable de ce voyage. Après tout, faire du vélo sur une autre planète ça n’arrive pas tous les jours. Les conditions difficiles du désert de Los Lipez, nous ne les oublierons pas non plus. La suite du voyage ? Rester plus longtemps que prévu en Bolivie !

23,24,25 décembre 2010 : Oruro ou le Noël à pile ou face

Pile : dans la ville animée d’Oruro, nous préparons Noël en effectuant une visite guidée dans une mine où le guide ne parle pas et en mangeant pizzas et hamburgers. Dans la chambre d’hôtel, nous confectionnons un sapin en carton vert et les filles collent des affichettes sur les fenêtres pour signaler notre présence au père Noël. Et ça marche. Le père Noël nous trouve et gâte les filles. Certainement a-t-il senti que nous étions exigeants avec elles et qu’elles méritaient de beaux jouets.

Face : comme dans beaucoup de villes d’Amérique du sud, pendant la semaine de Noël, les plus démunis viennent au centre-ville pour mendier. Les trottoirs se remplissent de familles assises sur des cartons tendant la main et d’enfants dansant pour quelques pièces. Nul besoin de venir jusqu’ici pour voir la misère mais elle prend sous nos yeux une ampleur inattendue. La croix rouge distribue même un peu de nourriture aux parents et quelques jouets de fortune aux enfants pendant que d’énormes 4×4 manquent de les écraser. C’est l’autre Noël, celui qui nous fait encore une fois réfléchir à notre condition de riches européens.

26 décembre 2010 : Oruro – Poopo

Jouons au désastre écologique : prenez une carte de Bolivie et regarder au sud d’Oruro. Vous y voyez un lac immense. Et bien ce lac a disparu. C’est même à la une des journaux. Et nous confirmons : la route que nous empruntons longe le non-lac. La raison : la quasi-absence de pluie et l’exploitation minière. Nous sommes fin décembre et si aujourd’hui nous essuyons deux averses, c’est trop peu pour remplir un lac.

27 décembre 2010 : Poopo – 15km avant Challapata

Le thème de ce voyage pourrait être «les eaux thermales en Amériques du sud» tant nous profitons de ces eaux chaudes à profusion. Ce matin, c’est à Poopo que nous nous lavons. Le reste de la journée voit défiler les 4 saisons comme d’habitude : chaleur tropicale, averses violentes l’après-midi et froid glacial le soir. Une ancienne carrière de sable abritée de la route sera notre jardin pour la nuit.

28 décembre 2010 : 15km avant Challapata – Condo

Chance : nous trouvons un restaurant où manger et une station essence pour faire le plein de notre réchaud. Nous croisons aussi une hôtelière malhonnête et irascible : rare dans ce pays. Vive le camping libre !

29 décembre 2010 : Condo – ?

Borges avait coutume de dire qu’il n’avait pas de mérite à écrire des histoires fantastiques en Amérique du sud tant ce continent recèle d’éléments surréalistes. Chaque jour apporte son lot de détails cocasses à notre voyage : après les immenses panneaux annonçant des centres éco-touristiques n’existant pas, nous achetons un peu d’eau à un restaurateur faisant sécher des escalopes de viande sur son fil à linge. Je passe les hôtels sans chambres, les magasins ne vendant rien, les habitants ne connaissant pas le nom de leur village et les villages fantômes. Drôle d’endroit que cet Altiplano où la sensation d’être perdu au bout du monde est forte. La piste défoncée sans aucune indication renforce encore ce sentiment.

30 décembre 2010 : ? – Tambo Tambillo

Le cycliste Anglais nous l’avait dit. Le motard Japonais aussi. La route qui part vers le nord du Salar d’Uyuni est très mauvaise. Ils avaient raison. Pas un grain d’asphalte, des bancs de sable et de la boue rouge qui colle aux vélos.

Heureusement, nous retrouvons ici ce qui nous avait tant plu en Equateur : des gens souriants qui arrêtent leur véhicule à notre hauteur en nous demandant s’ils peuvent nous aider. Deux fois nous refusons de nous faire emmener. La route est trop belle pour la faire autrement qu’à vélo et nous n’avons pas envie de vomir à l’arrière d’un camion. Un peu plus tard, c’est nous qui arrêtons les voitures pour demander de l’eau. Le soleil tape et nous sommes dans la partie désertique de Los Lipez. Tout ce que nous trouvons dans les rares échoppes, ce sont quelques bouteilles de soda. J’ajoute le coca-cola à la liste des choses dont je me passerai à mon retour en France (avec le riz et le poulet).

31 décembre 2010 : Tambo Tambillo – 12km avant Salinas

Si tous les soirs, nous pouvons observer le ciel étoilé de Bolivie, aujourd’hui nous restons un long moment devant le résultat d’un météorite venant s’écraser dans le désert : un superbe cratère de près d’un kilomètre de diamètre. L’endroit est paisible et principalement habité par les lamas.

Nous continuons notre route vers le volcan Tunupa. Il faudrait plutôt dire route en travaux, c’est-à-dire un amalgame de sable, de graviers et de pierres : rien ne semble vouloir tenir ensemble. La progression est éprouvante d’autant plus que le soleil brûle en permanence et que le ravitaillement devient difficile. Heureusement que l’on nous autorise à nous servir en eau dans un puits et que notre génie culinaire nous fait inventer le «crackers-sardines».

01 janvier 2010 : 12 km de Salinas – Salinas

On vient de changer d’année. Vu la chaleur et la fatigue, on s’en est à peine aperçu. Notre soirée de réveillon, on l’a passée au bord du Salar au milieu de ruines avec une casserole de riz-quinoa arrosée d’un «maltin power» en guise de festin. A 8h, tout le monde dans son sac de couchage et dodo.

Le matin, on pousse nous vélos dans les graviers en essayant de faire comprendre à Mahaut que dorénavant elle a 3 ans. Pas facile.

A Salinas, une toute nouvelle éco-auberge s’apparente à un mirage. Après 7 jours à bivouaquer et à manger des sardines on trouve une douche (presque) chaude, un bon lit et un vrai repas préparé par notre sympathique hôte : Hugo.

02-03 janvier 2010 : Salinas

Logés dans l’auberge d’Hugo, nous sommes si biens que l’on reste deux jours. Entretien des vélos, allers-retours à la source d’eau minérale, films et lecture remplissent ces 2 journées. Salinas, que les gens d’ici surnomme Sardinas (on y trouve surtout des sardines en boîtes) n’est pas l’étape gastronomique du voyage. Heureusement qu’Hugo nous prépare des steaks de Lama avec la quinoa issue de sa production. Nous sommes ici en plein coeur de la région de production de cette céréale qui est presque entièrement exportée en Europe et aux USA et que les gens d’ici ne mangent presque pas lui préférant le riz et la pomme de terre (et les sardines en boîte je suppose).

04 janvier 2010 : Salinas – Jirira

Journée terrible ! 10km après le départ nous nous embourbons dans des sortes de sables mouvants. Nous tirons et nous poussons le tandem que nous finissons par délester de sa charge pour le porter dans un endroit plus stable. Ensuite, c’est le sable qui nous ralentit. Les vélos surchargés en nourriture et en eau (25l) s’enfoncent. On tombe et on finit par pousser sur plusieurs kilomètres. Un longue montée pour passer sur les flancs du volcan finit par nous décourager. A la tombée de la nuit, on aperçoit enfin le Salar et le village de Jirira. Nous dormons au refuge.

05 janvier 2010 : Jirira – Isla Incahuasi

Aujourd’hui, c’est le grand jour : nous nous lançons sur le désert de sel le plus grand de la planète. Dans ce monde entièrement blanc, nous profitons d’une double exposition solaire : par le haut et par le bas. Et nous perdons totalement nos repères. L’île qui était visible hier du sommet de la montagne est introuvable une fois sur le Salar. On s’oriente à la boussole, on hésite, des mirages d’île apparaissent un peu partout. Lequel suivre ?

On rejoint une trace qui semble plus marquée que les autres et on file plein sud. Nous avons raison car au bout de 40km, nous apercevons l’île.

D’un coté les 4×4 de touristes s’entassent pour prendre des photos. Nous nous dirigeons bien évidemment de l’autre côté de l’île, entièrement sauvage, pour trouver enfin de l’ombre. D’ici, l’immensité du Salar laisse apercevoir la courbure de l’horizon.

06 janvier 2010 : Isla Incahuasi – Colachani

Il nous faut faire 80km pour ressortir du désert de sel. Nous suivons une piste bien tracée qui nous mène vers l’Est. Partis tôt, nous avançons à bon rythme. En fin de matinée, les 4×4 commencent à faire leur appartition. Souvent ils ralentissent et nous sommes pris en photo. Mais aucun ne prend la peine de s’arrêter pour discuter ou nous saluer. Une ou deux fois, je tire la langue pour la photo. Ca n’a pas l’air de plaire.

Nous mangeons à midi abrités du soleil par nos serviettes tendues entre les vélos. Un 4×4 s’arrête. Il s’agit d’une famille italiano-bolivienne qui veut savoir si nous avons besoin de quelque chose. Nous discutons un petit moment et nous sommes invités sur la suite de notre parcours entre Potosi et l’Argentine. Merci Valeria et Valerio !

Enfin arrivés à Colchani, nous traversons les zones d’extraction de sel.

Derrière, quelques hôtels de luxe en sel à 150$ la nuit. Ca fait un peu cher. On pousse jusqu’au village dans l’espoir de trouver une endroit où dormir ou camper. On nous parle d’un hôtel pas cher appartenant à une famille du village. Comme souvent en Amérique du sud, il faut d’abord trouver le gérant de l’hôtel dans le village pour se faire ouvrir une chambre. On insiste un peu dans notre recherche (une bonne heure de jeu de piste dans le village) et nous avons raison. Nous voilà dans un sympathique hôtel de sel pour 5$ !

07 janvier 2010 : Colchani – Uyuni

Uyuni : ville en plein désert typique. Nous entrons par une route ensablée jonchée de poubelles éventrées. Nous finissons dans un petit centre ville touristique. Nous trouvons l’hôtel le moins cher et dévorons une pizza en buvant une bière. 15 jours qu’on avait pas connu un tel bonheur. C’est décidé, nous restons quelques jours ici.

Hello World

Après deux semaines entre déserts de sable et déserts de sel, nous voici enfin à Uyuni. Le temps de retrouver nos esprits, nos forces et nos photos et nous vous ferons un petit résumé en images. Tout le monde va bien, nous avons basculé en douceur en 2011. Bonne année à vous tous.