Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Catégorie : Argentine Page 2 of 3

Pas ta gonie, pas tes vélos !

Par quoi commencer ? La bonne ou la mauvaise nouvelle ? Allez, voici la bonne :

nous sommes enfin arrivés en Patagonie. Afin d’éviter encore 1000km de ligne droite dans le désert, nous avons opté pour le bus. L’arrivée dans la région des lacs nous a fait l’impression de changer de pays. En voici un petit aperçu :

Les Suisses disent que ça ressemble à la Suisse. Les Argentins disent que c’est la Suisse qui ressemble à la région des lacs. Peu importe, à Bariloche, on mange de la fondue, du chocolat et on élève des saint-bernards.

On en oublierait presque la mauvaise nouvelle : nous n’avons plus nos vélos ! La compagnie de bus qui nous a transportés les a tout simplement laissés au départ à Mendoza. A peine arrivée, Carine manque de s’étrangler quand le bureau de la compagnie lui répond que ce n’est pas son problème (!?). Heureusement, l’office du tourisme nous aiguille sur la police de la répression des fraudes qui prend en charge l’affaire. Efficace, elle obtient de la compagnie que les vélos soient expédiés en camion mais pas avant 5 jours ! Nous contactons également le consul honoraire de France qui se propose de nous aider lundi à les récupérer à la gare routière en transportant toutes nos affaires.

C’est la deuxième fois qu’une compagnie de transport nous perd nos vélos (la première fois, c’était à Quito) et se comporte de façon complètement malhonnête. Etonnant quand même qu’en Amérique du Sud, nous soyons toujours si chaleureusement reçus par les individus et si mal traités par les entreprises qui malgré leur relation clientèle estampillée « ISO machin-chose » sont les véritables délinquants de ce continent.

2 et 3 avril 2011 : San Juan

Promenade dans la petite ville de San Juan qui fut entièrement détruite en 1943 par un tremblement de terre et reconstruite totalement en bâtiments anti-sismiques avec de larges avenues bordées d’arbres. D’ailleurs, 34 ans plus tard, en 1977, elle résistera bien à un nouveau tremblement de terre .

Petite devinette : 1977 + 34 = ?

4 avril 2011 : San Juan – Mendoza

Trajet en bus que nous ne regrettons pas : c’est plus plat, plus rectiligne et plus désertique que jamais.

5 et 6 avril 2011 : Mendoza


Comme convenu, nous sommes reçu pas Luis qui a déjà parcouru les deux Amériques, l’Afrique et l’Europe à vélo. Il en a tiré une véritable philosophie de la vie dont il nous parle dans un français presque parfait. Au chapitre des anecdotes, il nous raconte la réaction de son père découvrant à son retour qu’il ne mangeait presque plus de viande : « Tu es végétarien mon fils ? Je préfèrerais que tu m’annonces que tu es gay ! ».

7 au 9 avril 2011 : Bariloche


Après 20h de bus, nous sommes juste 1200km plus bas à Bariloche, porte d’entrée de la Patagonie. Sans vélo mais toujours avec le soleil. Un peu coincés au centre ville (pas moyen de transporter facilement toutes nos sacoches sans nos vélos), nous essayons de profiter de notre séjour forcé.

Informations importantes !

Plus rien de nous empêche de nous installer en Argentine depuis que l’on a découvert ça :

Rien à voir avec le camembert en boîte de conserve, mais nous sommes au rayon sandales du catalogue 2011 du Vieux Campeur. Avec le nouveau look de Carine, je nous aurais plutôt imaginés au rayon lunettes 😉

Notez le judicieux commentaire au dessus de la photo : « fabrication dans de beaux matériaux pour gagner en confort ». Je n’aurais pas dit mieux de nous 😉

Plus que 4000km !

Petit résumé en images de la semaine :

Bonne nouvelle, nous sommes sur la bonne route :

Le principal problème ici, c’est le vent. Les Argentins ont même un panneau pour ça :

L’autre problème, c’est Carine qui a cassé ses lunettes. Il a fallu en racheter mais franchement, le choix n’est pas terrible par ici :

Plus en détails et plus sérieusement :

22 mars 2011 : Chilecito – Sanogasta

Ce matin, nous abandonnons Seb et Mona à leur épopée auto-stoppique pour rejoindre la Cuesta Miranda qui, comme son nom l’indique, est une côte. Nous nous arrêtons en début d’après-midi au village précédent afin d’éviter de finir desséchés par le soleil et se reposer un peu avant la piste grimpante de demain.

Ici, on a une vision assez rock’n roll du petit Jésus;-)

23 mars 2011 : Sanogasta – Los Tambillos

Ca grimpe et nous avons le vent de face (il faut que je retrouve celui qui m’a dit que le vent souffle TOUJOURS du Nord au Sud en Argentine) mais la montée est plus courte que prévue et nous y faisons quelques rencontres (salut Cavanna !) qui sont toujours un bon prétexte pour souffler un peu.

Et puis, regardez, c’est beau :

Nous faisons encore une pause devant un monument dédié à la Difunta Correa. Ici, elle fait l’objet d’un véritable culte. Il y a 200 ans, cette jeune femme partait, avec son bébé dans les bras, retrouver son amoureux parti à la guerre. Mais la route est longue à travers ces montagnes et la pampa – nous en savons quelque chose – et les vivres vinrent à manquer et la pauvre mourut de soif. Quant on la retrouva, elle tenait encore sur son sein son bébé vivant. Aujourd’hui, elle fait l’objet d’une adoration incroyable dans tout le pays bien que l’église ne l’ait jamais sanctifiée. Le plus symbolique  est ces bouteilles d’eau que ses admirateurs continuent à déposer devant chaque chapelle comme pour essayer d’étancher la soif éternelle de la difunta.

Cette belle histoire nous fait doublement sourire : d’abord, elle nous rappelle que dans un pays où les distances entre villages sont énormes, il faut gérer notre stock d’eau. Ensuite, si un jour nous manquons du précieux liquide, nous pourrons toujours prendre discrètement une bouteille devant une des chapelles, il y en a le long de toutes les routes…

24 mars 2011 : Los Tambillos – Valle Union

Après avoir serré la main de l’hôtelier qui nous a donné une chambre quadruple pour le prix d’une place de camping (combien de fois sert-on la main d’un hôtelier en France ?) et grâce à qui nous évitâmes la pluie (un peu de passé simple, c’est si castillano), nous descendons de la montagne pour rejoindre une vallée immense (combien de jours nous faudra-t-il pour ressortir d’ici ?). Nous aurions pu éviter le gros bourg de Valle Union et filer directement vers la valle de la luna ou suivre la ruta 40 mais nous avions besoin d’internet pour gérer notre «carrière professionnelle». Ca ne manque pas de piquant.

25 mars 2011 : Valle Union


Chaude journée. Je consulte internet sur la place centrale du village. Le soir, nous récoltons un peu de bois pour faire le traditionnel asado (barbecue). Nous nous gardons un peu de bonnes choses grillées pour le sandwich du lendemain. Un chien (un renard ?) s’en régalera pendant la nuit nous laissant fort démunis quand le matin fût venu.

26 mars 2011 : Valle Union – Guandacol


Un fort vent du sud (mais ça devrait se calmer demain me dit-on) continue à souffler. L’étape est belle, le passage d’une vallée à l’autre se faisant au travers de montagnes multicolores.

Et au travers de grandes flaques d’eau :

Arrivés à Guandacol, nous demandons à camper derrière la station service, pratique courante des routiers. Le bar-restaurant qui jouxte la station vient tout juste d’ouvrir. Nous y sommes reçus mieux qu’à l’hôtel : café, eau chauffée à la hâte dans la cuisine pour se baigner, dessins animés pour les filles et tout ça avec le sourire et gracieusement.

L’Argentine devient, au fur et à mesure de notre descente, le pays idéal : un accueil extraordinaire comme seuls les Sud-Américains en ont le secret et un niveau de développement plus proche de nos habitudes occidentales. De quoi vous coller le sourire aux lèvres pour toute la soirée.

27 mars 2011 : Guandacol – ?

Des fourmis de toutes les couleurs, des moustiques de toutes les tailles, des machins volants et vrombissants, des serpents, des araignées : la pampa ou le paradis des insectes. Nous sommes dévorés jour et nuit par ces petites bêtes. Carine en fait même une allergie avec des pustules qui lui poussent sur les bras et dans le dos (non, pas de photo !). Pour paraphraser Renaud, je dirais « la nature c’est dégueulasse, les insectes vivent dedans ». Malgré tout cela, après notre ration journalière de lignes droites, dormir sur le sable, entourés de cactus et les yeux rivés sur les sommets à plus de 6000 mètres reste un moment unique. Nous y faisons l’école nomade, les jeux nomades et la cuisine nomade loin de la Libye et du Japon. Et pendant que vous allez vers des jours meilleurs, nous sentons ici que le fond de l’air devient frais. Si seulement ça pouvait éliminer quelques insectes.

28 mars 2011 : ? – Huaco


Levés comme nous nous sommes couchés, seuls au monde, nous buvons notre café amélioré ce matin d’une brioche perdue au fond du sac à provisions. La route nous offre peu de surprises et nous arrivons au premier village pour se ravitailler en début d’après-midi. Il fait chaud, les environs sont magnifiques et comme il faut attendre la fin de la sieste pour fouiner dans les échoppes, nous nous posons. Et comme nous nous posons, nous restons pour la nuit.

29 mars 0211 ; Huaco – Niquivil


Des trois obligations du cyclovoyageur (trouver de l’eau, trouver à manger et trouver où dormir), la troisième est de loin celle qui offre le plus de variété. Si nous avions déjà eu recours aux services publics sud-américains pour trouver un toit en forme d’école ou de caserne des pompiers, c’est la première fois que nous nous adressons directement à la police pour nous loger. Certainement qu’une « peur du gendarme » légèrement atavique nous tenait éloignés de ceux qui portent une arme à la ceinture. C’est dommage car l’hospitalité derrière la petite cabane en bois de la police de Niquivil est la même que dans le reste du pays : un coin d’herbe pour dormir, une douche et un banc pour s’asseoir . Quand on a les trois en même temps, c’est le luxe. En prime un peu d’eau chaude pour le mate et le droit pour Zoé d’utiliser la machine à écrire du chef !

A part ça, Carine continue à faire des siennes : après avoir sérieusement déjanté il y a quelques mois, aujourd’hui, elle perd carrément les pédales. La faute au piètre mécanicien qu’elle a emmené avec elle et qui n’a pas du suffisamment serré la vis…

30 mars 2011 : Niquivil – … Sanchez


Cette journée aura été celle de la VN, la Vialidad National, les bonshommes chargés de l’entretien des routes. Déjà hier, ils avaient rompu la monotonie de la route avec leurs travaux. L’occasion de nous donner de l’eau et de nous indiquer le kilométrage restant. Aujourd’hui, c’est nous qui allons demander de l’eau à l’un de leurs campements. Car, des trois villages indiqués sur la carte et que nous venons de traverser, ils ne restent rien. Peut-être sont-ils tous morts d’ennui en regardant la route.

Le soir, c’est dans un campement plus grand que nous allons à nouveau demander de l’eau et un endroit où planter notre tente. Là, au milieu du désert, le son du groupe électrogène est presque rassurant.

31 mars 2011 : …. Sanchez – ?

De nouveau, le fort vent de face réduit à néant notre espoir de rejoindre la civilisation ce soir. Quant au seul endroit habité de la route, c’est un restaurant – kiosko qui n’a plus rien à manger. Il faut se contenter de chips bien grasses arrosées de coca bien frais. Le soir, niché dans un recoin de la route, nous finissons cette journée « gastronomiquement » lamentable par une bonne casserole « d’aliment à base de céréales ». A la première bouchée, je vérifie sur le paquet qu’il s’agit bien d’alimentation à destination des êtres humains. Ouf, c’est bien fait pour être mangé et c’est en plus renforcé en vitamines et sels minéraux. De quoi se plaint-on ? Après un tel festin, nous partons nous coucher dans le lit de la rivière, un lit de cailloux en somme…

01 avril 2011 : ? – San Juan


Le vent a redoublé de violence. Nous hésitons même à prendre la route. Mais rester ici sans rien à manger n’est pas vraiment une solution. Et évidemment, en roulant parmi les cactus pour rejoindre la route, les roues de la carriole se retrouvent à plat. Je répare sur le bord de la route et au moment de raccrocher le timon, j’oublie de raccorder la sécurité. A peine avons-nous fait 500 mètres que la carriole se décroche et, emportée par les rafales de vent, dévale toute la côte que je viens de gravir. Mahaut se met à hurler. Je jette le vélo sur le bord de la route et cours pour rattraper ma fille enfermée dans la carriole. Mais c’est peine perdue, chargée comme elle est, elle prend rapidement de la vitesse. Carine réagit mieux que moi. Elle a fait demi-tour et sur son tandem-paquebot, elle me dépasse. S’engage alors une course poursuite entre la fille et la mère. De part et d’autre de la route, les véhicules s’arrêtent et leurs passagers sortent précipitamment pour applaudir. Je m’arrête à bout de souffle. Un Argentin me tend son mate. « Bois amigo, je paris 5 pesos que c’est la carriole qui va gagner ». C’est alors qu’un poisson sorti d’on ne sait où (tout semble sortir d’on ne sait où sur ce continent) bondit sur la route et stoppe nette la course folle de la carriole. Je peux enfin boire mon mate tranquillement.

Mafalda, Omar et Luis ou l’hospitalité version argentine

Suite à un problème de «propagation des DNS», l’accès au site a été bloqué plusieurs jours. C’est décevant mais pas très grave. Vous avez été nombreux à nous écrire mais les mails aussi étaient bloqués. Voici donc l’article de la semaine dernière, resté en rade dans les tuyaux insondables du grand World Wide Web.

Depuis que nous sommes en Argentine, nous sommes sous le charme de la gentillesse des Argentins. Mais nous n’avions pas encore retrouvé cette hospitalité désarmante que nous avions connue au début de notre voyage en Equateur ou au travers de quelques rencontres au Pérou et en Bolivie. Et bien c’est ici, au coeur de cette région au climat très chaud, que nous sommes à nouveau invités à partager un peu du quotidien des autochtones.

17 mars 2011 : San Blas – ?

Une toute petite étape pour aller profiter de la fraîcheur d’un torrent. Comme on nous l’a dit, le site est beau. Mais son entretien laisse à désirer : des poubelles un peu partout et pas mal de dégradations. Un petit air de site à l’abandon alors que ces installations sont récentes. C’est malheureusement souvent le cas ici : les mairies mettent beaucoup d’argent pour aménager de superbes structures municipales mais semblent oublier le budget alloué à l’entretien. Le bon côté des choses, c’est que c’est gratuit et que nous avons tout le confort souhaité : une table, des bancs, de l’eau et un endroit pour faire le feu.

Sur la route, un super couple d’Allemands qui donne aux enfants des bonbons et de quoi acheter des «ice-creams»…

Comme je me demande si toutes ces sucreries sont bonnes pour les nouvelles dents de Zoé, j’en mange une partie.

18 mars 2011 :  ? – Pituil

Autant il était difficile d’observer des condors au Pérou alors que pourtant «el condor pasa», autant nous en voyons chaque jour en Argentine le long de la route 40. Aujourd’hui, ils sont quatre à tourner au-dessus de nos têtes. Ils doivent lorgner sur notre sac de nourriture à l’arrière de la carriole. J’essaie de faire quelques photos mais ils sont timides.

A part ces beaux oiseaux, la route devient vraiment ennuyeuse. Comprenez : les lignes deviennent droites et le relief plat. Nous arrivons à Pituil complètement démotivés. Evidemment, c’est oublier un peu vite qu’en Amérique du sud, il se passe rarement une journée sans événements marquants. Ici, c’est Mafalda qui crée la surprise. Alors que nous cherchons où dormir, elle nous invite dans sa grande maison. Nous nous retrouvons attablés à siroter un mate pendant qu’elle nous parle de son voyage en Allemagne pour aller voir son fils. Le plus difficile pour nous sera de s’adapter au rythme argentin : repas à 11h pour aller au lit vers minuit. Entre deux bonnes étapes de vélo, nous passons pour des couche-tôt !

19 mars 2011 : Pituil – Chilecito

Partis tôt pour effectuer une longue étape, rassasiés par le petit déjeuner de Mafalda, nous roulons vite, le sourire aux lèvres quand patatra ! Carine a son pneu arrière à plat et lamentablement déchiré au niveau du flanc. Heureusement que l’on transporte au fond d’une sacoche un pneu de rechange pliable. L’étape est sauvée mais la réparation nous fait perdre l’avance que nous avions.

Encore 75 km en quelques lignes droites. Ca devient pesant et contrairement aux Andes que l’on a connues où le paysage change à chaque col, à chaque vallée, rien ne distingue vraiment sur la route une étape de la précédente. Si ça continue, nous allons prendre la machine à remonter le temps (comprenez : le bus) pour allez voir plus bas si la route est plus intéressante.

Par contre, si le chemin ne nous donne pas vraiment notre lot quotidien de surprises, les rencontres s’enchaînent de façon presque ininterrompue. Après Mafalda et sa bonne humeur communicative, nous sommes abordés aujourd’hui par Luis qui vient d’effectuer un voyage à vélo en Afrique et nous invite à venir dormir chez lui à Mendoza. Puis arrivés à Chilecito, c’est Omar qui nous guide à travers la ville jusqu’à sa maison où il nous offre à boire et à manger. Nous n’y dormirons pas car la place manque un peu – ils sont déjà six à vivre là – mais nous repartons les bras chargés de vivres. Zoé offre une partie de ses quelques jouets et livres aux enfants d’Omar. Elle aussi, le voyage la transforme petit à petit, sa générosité prenant modèle sur la générosité sud-américaine. Omar parle des Argentins qui sont trop «pacifiques» pour se battre. Se battre pour travailler et se battre contre des hommes politiques corrompus. Un mot qui finalement les définit mieux que «nonchalant». Omar se contente de sa petite maison et ne veut pas trop travailler. Un discours aux antipodes du discours européen et de la sacro-sainte consommation à outrance qui semble être notre seul salut.

20 et 21 mars 2011 : Chilecito

Chilecito est indiqué comme un petit pueblo sur notre carte. Erreur ! (une de plus), Chilecito est une ville. Et tant mieux, nous avons besoin de faire quelques petits achats. Alors, bien installés dans un vieil hôtel où l’on peut camper (une fois n’est pas coutume, nous prendrons une chambre, la différence de prix étant minime), nous passons ce dimanche à l’ombre du patio, la chaleur étant écrasante, à écrire quelques articles sur le blog. Zoé et Mahaut aussi mettent leur journal à jour. And just for you, my English speaking friends, I’ve updated the english part. Merci qui ?

Les pieds dans l’eau

Hé, ce n’est pas parce que nous n’écrivons pas sur le blog que nous n’avançons pas ! Au contraire, nous roulons à un bon rythme mais n’oubliez pas, l’Argentine c’est 40 millions d’habitants dans un pays  5 fois grand comme la France. Ca vous donne une idée des espaces dépeuplés que nous traversons (avis à ceux qui voudraient s’échapper : l’Argentine a besoin d’immigrés !). Donc entre deux villages peu équipés, il n’y a que de la pampa. Alors Internet, n’y pensez même pas. Pas d’inquiétude à avoir cependant, tout est au beau fixe (même le temps).

Le titre du précédent article n’ayant pas déclenché l’hilarité, voici une explication en vidéo du titre du présent article :

En détails :

03 et 04 mars 2011 : Cafayate

Repos, lessive, barbecues, mécanique, blog, jeux, musique, observation des oiseaux.

05 mars 2011 : Cafayate – Colalao del Valle

Partis de Cafayate en fin de matinée, nous comptions aller jusqu’aux ruines de Quilmes. Mais Zoé ne se sent pas bien. Nous écourtons l’étape et demandons à planter notre tente à côté d’un comedor (petit resto). C’est Pauline, une cyclovoyageuse écossaise qui nous a indiqué l’endroit. Nous avons discuté avec elle de l’état des routes : celle qu’elle va prendre pour rejoindre la Bolivie et celles qui nous attendent pour rejoindre Mendoza. Elle nous encourage également dans un projet un peu f(l)ou que nous souhaitons réaliser dans quelques mois. Mais de cela, nous vous parlerons si ça aboutit.

06 mars 2011 : Colalalao del Valle – Santa Maria

L’Argentine serait un pays bien agréable si l’on pouvait y dormir un peu. Le petit comedor d’hier soir semblait un endroit bien paisible sauf que, suite à une coupure d’électricité, la petite dame refuse de nous faire à manger. Puis à 20h, c’est une demi-douzaine de voitures qui débarquent pour passer la nuit musique à fond. Et quand ces braves gens partent dormir au milieu de la nuit, ils sont relayés par une bande de joyeux lurons armés de guitares et d’une grosse caisse nous empêchant définitivement de dormir. Aux premières lueurs du jour (6h30), nous déguerpissons pour aller prendre un café plus loin (les concertistes, eux, vont seulement se coucher). Mais c’est sans compter sur les pluies diluviennes qui ont créé partout des badenes, torrents de boue traversant la route à intervalles réguliers.

Certains endroits sont infranchissables et c’est grâce à un engin de chantier venu pour dégager la boue que nous passons la carriole.

Un baden plus loin, nous perfectionnons le système :

Pour compléter le tableau, à cette heure matinale et avec le temps orageux, nous nous faisons dévorer par les moustiques. Par contre, nous, nous n’avons rien à dévorer. A hauteur de Quilmes, nous décidons d’emprunter une piste qui mène aux ruines pré-incas. Les ruines en elles-mêmes sont assez décevantes.

Le plus intéressant est l’imbrigolio juridique qui les concerne. Le site, acheté une misère par un homme d’affaires argentin, qui y a fait construire un hôtel avec piscine, est aujourd’hui réclamé par les Indiens qui considèrent qu’il s’agit là de leur héritage. Le tribunal propose un arrangement où l’exploitation du site est confié à la communauté indienne et la propriété remise pour 5 ans au businessman. Une séparation des biens que les Indiens contestent invoquant la création d’un monde unique par la Pachamama (la déesse mère) et dont les différents éléments ne peuvent pas être séparés. Pour calmer la colère des indiens, le propriétaire des lieux a fait construire un peu plus loin, dans le village d’Aimacha, un musée dédié à la Pachamama. C’est d’ailleurs dans ce village que nous comptons faire des provisions et passer la nuit. Sauf que nous sommes dimanche et que c’est la fête de la Pachamama ! Un grand carnaval est organisé depuis samedi et le gouvernement argentin a ajouté lundi et mardi comme jours fériés. C’est quatre jours de fiesta prévus et le paisible village s’est transformé en mégapole. Tout est complet, les campings, les jardins des particuliers, les places du village.

Il ne nous reste donc plus qu’à pousser jusqu’ à Santa Maria, 20 km plus loin. A 19h, nous plantons notre tente. Fin d’une longue journée.

07 et 08 mars 2011 : Santa Maria

Bloqués à Santa Maria pour cause de problèmes mécaniques (cette fois-ci, c’est la jante de la carriole qui est méchamment voilée), nous continuons notre lente transformation en vrais Argentins.

D’abord, boire du Yerba Mate toute le journée en respectant le protocole : 50g de feuilles grossièrement hachées dans une tasse (mate) sur lesquelles on verse de l’eau bouillante à plusieurs reprises et que l’on boit à l’aide d’une paille métallique (bombilla). La première fois, on se brûle. La deuxième fois on est surpris par l’amertume. La troisième fois on est accroc. Il faut dire que cette plante médicinale possède de nombreuses propriétés intéressantes : chargée en antioxydants et en caféine, elle supprime la sensation de fatigue, tonifie les muscles et le cerveau, réduit la faim, limite les migraines et, cerise sur le gâteau, mange le mauvais cholestérol pour en produire du bon. Une aubaine dans un pays où l’aliment principal est la viande rouge. C’est la boisson nationale, détrônant Coca-Cola majoritaire sur le continent (main dans la main avec le Fanta orange …). Tous les Argentins se promènent avec leur mate, leur bombilla et une thermos d’eau chaude.

Ensuite, il faut changer de régime alimentaire. Finis les fruits et les légumes. Ici on dévore de la viande. On l’achète dans des boucheries où elle est découpée à la demande et à la scie à ruban. Demandez un peu de viande à griller pour deux et on vous sert 1kg de viande. L’unité de mesure, c’est le baby-steak, une pièce de 500g. La viande est juteuse et même oubliée sur le grill, elle reste tendre. Le secret : des animaux vivants dans l’immensité de la pampa, sans complément alimentaire ni antibiotique et grandissant à un rythme normal.

Que font les Argentins quand ils ont une demi-journée devant eux ? Ils trouvent un asadore, barbecue gigantesque. Il y en a partout : place de village, camping municipal, le long des routes,… Là, ils sortent le charbon, la viande et mettent la musique à tue-tête. C’est véritablement la troisième occupation du pays après la sieste et le football.

Et enfin, il boivent du Soda :

Dernier détail amusant : sur les devantures des magasin, on trouve un panneau disant «Abrimos cuando venimos y cerramos cuando nos vemos» : on ouvre quand on arrive et on ferme quand on part. Inutile de demander les horaires.

09 mars 2011 : Santa Maria – Punto de Balasto

La route 40 en Argentine est un peu l’équivalent de la route 66 aux Etats-Unis : une route mythique qui traverse le pays de part en part dans des paysages superbes. Peu fréquentée, la qualité du revêtement laisse à désirer et les possibilités de ravitaillement sont rares. Aujourd’hui s’ajoute une difficulté supplémentaire. Les rivières en crue traversent toujours la route et des ponts ont été arrachés par le courant. On nous prédit que nous ne passerons pas. Finalement nous franchissons deux cours d’eau en poussant les vélos. Pour la carriole et les enfants, nous préférons sagement demander à un véhicule d’assurer la traversée. Nous nous arrêtons au dernier village avant un long tronçon «sin nada», sans rien. A la première personne que nous croisons, je pose la question traditionnelle «où pouvons nous camper ?». «Dans mon jardin» me répond sans hésiter Manuel. Il est en train d’y construire sa maison (seul). L’endroit est juste parfaitement paradisiaque. Nous pouvons même prendre une douche chaude et boire une boisson fraîche.

Nous discutons encore des différences culturelles entre nos deux continents. En guise d’exemple, je lui explique qu’en France, si je demande à camper, je risque pas mal de refus (nous le savons, nous avons essayé). Nous visitons également le petit musée du village présentant les objets traditionnels de la communauté indienne. Il faudrait un article complet pour aborder le traitement des Indiens dans ce pays. Plus tard peut-être.

Une journée bien remplie sachant que le matin, à Santa Maria, une équipe de télévision assurant un reportage sur les élections de dimanche, nous est tombée dessus pour une petite interview. Si je trouve la vidéo sur le web, je la posterai mais il ne faudra pas se moquer, d’accord ?

10 mars 2011 : Punto de Balasto – ?

La route se poursuit, encadrée de sommets enneigés culminant à plus de 6000m. Mais ça monte et le vent joue les trouble-fête. Et puis ces grandes lignes droites ne sont pas vraiment motivantes. Comme prévu, nous trouvons de l’eau. Et ce sera ainsi tout le long des 90km qui séparent les deux villages. Nous campons à proximité d’une mystérieuse base militaire. Que se trame-t-il ici ? Un comité d’accueil pour martiens, des expérimentations sur des animaux disparus ? Je m’endors avant d’avoir trouvé le moindre indice…

11 mars 2011 : ? – Hualfin

Un franchissement de rivière sortie de son lit, un repas froid riche en féculent, de la piste qui casse, des montées, des galères pour trouver où dormir : une journée standard en somme.

12 mars 2011 : Hualfin – Puerta de San José

Cette fois-ci, c’est un camion de la municipalité qui nous aide à passer la rivière en crue. Tant mieux, c’était pas gagné de passer à pied. En descendant le vélo du camion, les dents des plateaux ont la mauvaise idée de se planter dans ma jambe. C’est pas très beau, nous verrons s’il faut faire des points à Belen. Le vent continue à jouer contre nous. 10km avant la «ville», nous trouvons un endroit bien paisible pour passer la nuit : sous un petit toit de paille, le ciel se faisant menaçant.

13 mars 2011 : Puerta de San Jose – Belén

Il nous faut nous arrêter à Belén essentiellement pour aller chercher un peu d’argent à la banque. Comme ce n’est pas très loin de là où nous avons dormi, nous restons la matinée  au camping. Il faut réparer ces maudits matelas gonflables, retendre la chaîne du tandem et réaliser quelques menus travaux. Comme nous sommes encore là à midi, les gens du village, venus dans ce petit coin de nature pour manger ensemble, nous offrent de partager leur repas : choclo et empanadas. Le choclo est préparé à l’argentine, bien différemment de la Bolivie. Un peu façon cassoulet à vrai dire.

C’est dimanche, jour des élections des intendentes, les maires de villages. La ville est animée, mais comme tous les dimanches, plus un sou à la banque. Il faudra attendre demain et faire la queue avec la moitié des habitants.

«Trop de gens et pas assez d’argent» résume un habitant que nous croisons et qui nous laisse une brochure de son commerce. Son métier est de faire repousser les cheveux !

14 mars 2011 : Belén

Day off. Enfin pas pour Zoé qui doit aller à l’école avec deux enseignants exigeants.

15 mars 2011 : Belén – ?

Cette fois-ci, c’est 100km de pampa qu’il faut parcourir entre nos deux villages étapes. Nous achetons notre ravitaillement à Belén et mangeons à midi chez Irène. Elle vient d’Allemagne et tient un petit resto-glacier. Nous nous régalons tout en résolvant quelques casse-têtes «made in Germany». Puis vient le désert Argentin où la ligne droite est reine et où la petite reine s’ennuie. Pour dormir, nous avons l’embarras du choix : des centaines de km2 de sable et d’arbustes juste pour nous. Là où la végétation pique le moins, nous montons la tente puis observons le ciel étoilé avec ce sentiment étrange de n’être pas grand chose.

16 mars 2011 : ? – San Blas

Il pleut. Pour la première fois depuis des semaines, la pluie nous accompagne toute la journée. Avec le vent et les longues lignes droites, l’étape est un peu lassante. Le soir, une hosteria nous servira de tente et un restaurant remplacera le réchaud à essence.

Barjes de vélo

Cafayate : nom de ville se déclinant habituellement en Cabernet-Sauvignon ou Merlot. Loin des hauts plateaux des Andes, nous atteignons les régions viticoles d’Argentine. Les routes  pour aller jusqu’ici ont été superbes. Changement de paysage permanent et pas encore cette pampa qui est, paraît-il, si ennuyeuse. Et la chance nous sourit encore : après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la région la semaine dernière, nous débarquons sous un soleil de plomb.

25 février 2011 : Salta

Quelle déception ! Cette ville présentée par les guides comme une des plus belles d’Argentine nous a laissés de marbre. Si elle possède quelques beaux bâtiments, ceux-ci sont noyés dans une architecture urbaine assez laide. Inondée de voitures, sans un mètre de rue piétonne, elle ne nous donne guère envie de s’y attarder. Demain nous repartons non sans avoir fait le plein de protéines et d’ouvrages en français.

26 février 2011 : Salta – El caril

Nous ressortons comme nous étions rentrés, par une belle piste cyclable. Tant mieux car le trafic est dense. C’est le dernier samedi avant la rentrée scolaire. Sur la route, nous croisons un couple d’Allemands venu pour 4 semaines et qui remonte de Mendoza à Jujuy.

Une fois à El Carril, nous nous dirigeons vers la piscine municipale où nous savons qu’il est possible de camper. La campagne pour la prochaine élection municipale nous offre l’animation musicale une partie de la nuit. Sympa.

Nous faisons aussi la connaissance de Kerouac-Atahualpa, un gentil chiot qui aurait pu devenir le 5ème passager de notre expédition. Mais finalement, il pèse déjà trop lourd.

27 février 2011 : El Carril – Guachipas

Chaque gros village d’Argentine (ou du moins de la région que nous traversons) possède un «complexe touristique» municipal. On y trouve un terrain de foot, des barbecues, un terrain de camping et une piscine (généralement sans eau). Et dans ces endroits, on peut camper gratuitement et prendre une douche (froide, faut pas rêver!). Ce service, que les municipalités offrent à tous les voyageurs, semble assez méconnu. Pour nous, c’est une aubaine. En arrivant ce soir à Guachipas, nous nous payons même pour quelques euros, une chambre avec 6 lits au sec. C’est qu’il a beaucoup plu ici cette année et tout est humide.

D’ailleurs ma béquille en a marre de toute cette eau et nous annonce que pour elle, le voyage s’arrête ici. Dommage, elle nous aidait bien.

28 février 2011 : Guachipas – Alemania

Ici, contrairement à la Bolivie, c’est une année de très forte pluie. Beaucoup de voyageurs venant du sud ont vu leur itinéraire perturbé. Des cyclistes allemands obligés de prendre un pick-up pour passer les routes inondées. Un motard anglais qui espère pouvoir retourner sans trop de difficultés à Santiago de Chile. De nombreuses coulées de boue sur la route témoignent de la violence des précipitations. Et le rio que nous suivons et qui a creusé le canyon qui mène à Cafayate est anormalement chargé. C’est le long de ce rio, dans le micro-village d’Alemania que nous décidons de camper. Nous y rencontrons deux cyclistes argentins qui s’arrêtent également là pour la nuit. Des accidents ont eu lieu ces derniers jours et la police va interdire la circulation dans la soirée, l’eau et la route sinueuse faisant mauvais ménage. Nous nous réservons les fabuleux paysages de cette traversée pour demain.

01 mars 2011 : Alemania – El Paso

Encore une belle route. La Quebrada de Las Conchas est infiniment plus sauvage et plus belle que celle de Humahuaca. Quelques belles formations rocheuses parsèment la route : la gorge du diable, l’amphithéâtre, le crapaud, l’obélisque, etc…

L’autre attraction touristique, c’est nous. Il doit y avoir un concours photos du genre «envoyez-nous vos plus belles photos de cyclovoyageurs transpirants et gagnez votre poids en Saltenas». Nous sommes mitraillés du matin au soir malgré nos t-shirts sales et nos 5 jours sans douche. Au pire, c’est d’une voiture ou d’un bus de touristes à la sauvette, au mieux la conversation s’engage et c’est quand même plus sympa.

Côté accueil de la population, c’est variable. Soit, nous nous voyons offrir une pause à l’ombre des arbres et quelques fruits frais par une charmante vendeuse de raisins, soit nous nous faisons virer par des commerçants peu enclins à nous aider qui lâchent leurs chiens parce que nous stationnons devant chez eux pour obtenir un peu d’eau. Un comportement que nous n’avions pas vu depuis que nous avons posé nos pieds en Amérique du sud. L’Argentine, c’est un peu comme l’Europe, pour le meilleur et pour le pire. Nous finissons par camper dans un endroit où il y a trop d’épines pour nos roues.

02 mars 2011 : El Paso – Cafayate

Nous les avons rencontrés ! Les «comme nous». Ils s’appellent Eric et Gaëlle, ils ont deux enfants, deux vélos et ils remontent actuellement l’Argentine du Sud au Nord pour rejoindre la Bolivie. Nous étions en contact via internet, un outil formidable pour les rencontres mais pas aussi performant qu’un barbecue et une bouteille de vin de Cafayate.

Une soirée sympathique où nous échangeons autour du voyage, des itinéraires des uns et des autres, des enfants, du matériel et de ce qui nous préoccupe en ce moment : la croissance extrêmement rapide des pieds de Mahaut. Il faut encore acheter de nouvelles chaussures.

Cafayate est aussi l’occasion pour nous de prendre un ou deux jours de repos dans un haut lieu de la viticulture argentine.

Prisamata

Prisamata : «qui est pressé sera tué». Voilà une expression typiquement argentine qui résume bien l’ambiance qui règne ici. Côté route, les Andes nous rejouent pour la troisième fois le film «passons d’un univers entièrement minéral à un monde totalement végétal» et nous ne nous en lassons pas. Les deux premières fois c’était en Equateur et dans le nord du Pérou. Cette fois-ci nous avons droit à la version couleur : de la «vallée des peintres» à la «montagne des sept couleurs» jusqu’à la jungle sub-tropicale ce sont encore et toujours des paysages à couper le souffle. Et puis, globalement, ça descend. Je dis «globalement» parce que pour descendre dans les Andes, il faut parfois franchir des cols !

13 et 14 février 2011 : Humahuaca

Nous passons deux journées allongés dans l’herbe à écouter les oiseaux et à lire. Le ciel est dégagé et tous les après-midi, un vent violent venant du sud tente d’arracher les tentes.

Lundi, nous comprenons que changer la jante du tandem ne va pas être simple. Nous cherchons une jante de 40 trous alors que le standard est de 36 trous. Peu d’espoir d’en trouver dans cette région. Il faudra voir à Salta.

15 février : Humahauca – Tilcara

Nous voilà enfin dans la célèbre quebrada ajoutée par l’Unesco à la liste du patrimoine de l’humanité. Il s’agit d’une vallée enserrée entre deux chaînes de montagnes colorées. Ici, les maraîchers font pousser salades, carottes et maïs. Les chevaux sont omniprésents. Et puis comme toujours en début d’après-midi, le vent du sud se lève et ça devient moins amusant de pédaler.

Nous entrons dans Tilcara juste avant la pluie du soir, non sans avoir passé le tropique du capricorne.

16 février 2011 : Tilcara

Toujours pas de pièce de rechange pour notre roue fatiguée. Nous en achetons une d’occasion pour pouvoir atteindre Salta. L’après-midi est consacré à la visite d’une pukara, l’une des nombreuses forteresses pré-inca qui jalonnent la vallée. Certains bâtiments ont été entièrement reconstruits avec pierres, bois de cactus, tiges de canne à sucre et toit en terre.

Un petit musée hétéroclite (comment souvent ici) complète la visite. Mais les momies ont été supprimées des vitrines par «respect de la personne humaine» (décision de 2004). Tant pis pour le témoignage historique.

17 février : Tilcara – Purmamarca

Seulement 27km séparent Tilcara de Purmamarca. Mais le terrible vent ralentit notre progression. A quelques kilomètres de l’arrivée, nous croisons à nouveau la famille française en 4×4, toujours avec ses 5 enfants. Nous discutons, mais cette fois-ci autour d’une bière fraîche directement sortie du frigo de leur véhicule. Ah, le confort moderne !

Revigorés par cette nouvelle rencontre, nous finissons la montée vers la «montagne aux sept couleurs». Comme dans le reste de la vallée des peintres, cette montagne est composée de roches aux couleurs variées et étranges.

Au centre du village, une agréable place ombragée, des hôtels- restaurants hors de prix et des souvenirs «locaux» (les mêmes que nous rencontrons depuis 4000km). Pour nous ce sera camping et repas maison.

18 février : Purmamarca – Yala

C’est après le village de Volcan, connu pour ses éboulements qui bloquent la route pendant des journées, que le paysage change brutalement. Les montagnes sont alors recouvertes de végétation et la vallée se transforme en grande prairie plantée d’arbres.

Nous rentrons dans la région subtropicale qui mène à San Salvador de Jujuy. C’est beau, c’est vert et nous comprenons vite pourquoi : il pleut tout le temps ! Une pluie fine détrempe le sol et les pauvres cyclistes que nous sommes.

Ce temps peu engageant fait fuir les touristes et nous nous retrouvons seuls dans un «complexe touristique» un peu abandonné qui est en fait un grand camping dans la forêt. Quelques chevaux apparemment embauchés pour tondre la pelouse et de beaux oiseaux multicolores payés pour diffuser la musique sont nos seuls compagnons.

19 février : Yala – Jujuy

Un autre changement a lieu aujourd’hui. Pas dans le paysage cette fois-ci mais dans les villages que nous traversons. Finies les petites maisons en adobe regroupées autour de maigres jardins. Place aux grandes propriétés, aux villas immenses et aux jardins anglais. Nous quittons définitivement cette Argentine aux airs de Bolivie pour entrer dans la partie riche du pays. A Jujuy, nous sommes comme à la maison. Carine erre dans un supermarché «Carrefour» à la recherche désespérément de fromages français. «C’est français Carrefour ?» me dit-elle. «Bah, regarde, nous faisons la queue aux caisses comme en France» lui dis-je pour la rassurer. Remarquez que ça en vaut la peine : roquefort, jambon cru, saucisson, raisins secs et vin rouge dans notre petite chambre d’hôtel ce soir.

20 et 21 février 2011 : Jujuy

Retour à la modernité à Jujuy, première ville d’importance que nous traversons. Nous profitons d’un vélociste bien achalandé pour changer la roue arrière du tandem par un roue équivalente (en 36 rayons pour les spécialistes), acheter une nouvelle selle et un casque pour Mahaut qui passe de plus en plus de temps sur le cadre de mon vélo et de nouvelles pédales pour Zoé dont une était cassée. Après cette remise à neuf de nos vélos, nous partons soigner nos estomacs affamés tout en vérifiant que les Argentins sont bien les plus gros mangeurs de viande du monde. Une «parillada» (ensemble de viandes et abats grillés) prévue pour deux suffira à toute la famille pour…deux repas.

22 février 2011 : Jujuy – El Carmen

Après avoir difficilement trouvé la route secondaire qui va à Salta et nous permet d’éviter l’autoroute, nous roulons enfin paisiblement à travers les champs de tabac (qui logique mondialisée oblige, sera fumé en Chine).

Régulièrement, la pluie nous accompagne sans que cela soit vraiment gênant : il fait tellement chaud que l’on sèche immédiatement. A El Carmen, nous rejoignons la route «de la corniche» qui passe à proximité des «diques», lacs artificiels utilisés pour fournir l’eau aux villes alentours.

Un parc municipal avec barbecue, chevaux (peut-on les mettre sur le grill ?) et piscine nous permet de planter la tente. Sauf que la pluie est plus forte que jamais. Carine me montre du doigt un endroit qui devrait rester sec toute la nuit et qu’il faut ajouter au top 5 des lieux de camping les plus improbables que nous ayons fait :

23 février : El Carmen – La Caldera

Après El Carmen, la route 9 devient étroite, vallonnée et presque sans circulation. Le rêve des cyclistes. Elle traverse une flore de plus en plus exubérante où tout est plus grand, même les insectes (voir le film de Zoé, seule assez courageuse pour les approcher) : tarentules géantes et sauterelles de belle taille (on peut les mettre sur le grill aussi ?). Il faut que l’on pense à bien fermer la tente le soir…

Arrivés dans un camping au prix dérisoire et à la douche chaude, nous discutons avec un couple d’Argentins qui nous parle de l’évolution de leur pays : selon eux, la télévision est en train de crétiniser les gens, la peur de l’immigré devient prépondérante dans les relations avec les pays voisins et l’école nivelle par le bas. C’est pas moi qui l’ai dit.

24 février 2011 : La Caldera – Salta

Notre petite angoisse quand nous arrivons aux abords d’une grande ville, c’est souvent comment atteindre le centre-ville sans finir écrasés. Nos diverses expériences sud-américaines en la matière ont laissé des traces. C’est oublier que nous sommes en Argentine, pays où beaucoup de gens se déplacent à vélo. Une piste cyclable nous emmène de l’entrée de l’autoroute au centre ville sans heurts. Voilà une bonne première impression de la ville. La suite, nous vous la raconterons quand elle sera arrivée ! Car n’oubliez pas : prisamata !

Foro de cicloturismo y viajes en bicicleta

Pau, que nous avions rencontré à Girona (Espagne), a eu la gentillesse de parler de nous sur le forum de cyclorourisme et du voyage à vélo en Espagne. Une belle surprise de lire les commentaires des cyclo-voyageurs espagnols : http://www.rodadas.net/foro/topic/papa-mama-y-dos-ninas-encantadoras-en-ruta

L’occasion aussi de saluer Pau, Carme, Arnau et Julia et de se remémorer la soirée passé chez eux.

A bientôt.

L’heure des bilans

Sept mois. 7 mois que nous voyageons. Un article un peu spécial s’imposait pour rendre compte de cette moitié de chemin effectuée. L’occasion aussi de faire évoluer ce blog qui n’avait pour but au départ que de rassurer famille et amis et de conserver un lien avec l’école de Zoé. Aujourd’hui, vous êtes nombreux à nous écrire et à lire régulièrement notre prose hésitante rédigée à la hâte et à regarder nos photos d’amateur. Ca nous fait très plaisir et nous oblige à continuer ce petit exercice quotidien. L’occasion pour moi de remercier mes deux correctrices : Carine qui juge du bon goût de ce journal, censure avec efficacité mes débordements et supprime un bon nombre de fautes d’orthographe et de grammaire et ma maman qui s’occupe d’éliminer les dernières coquilles avec sa connaissance approfondie des pièges de la langue française. Sans elles, ce blog serait certainement encore plus difficile  à lire.

Voici donc une mise à jour du site que j’espère réussie (comprenez que tout fonctionne mieux qu’avant) avec normalement, un site plus rapide et plus clair, une traduction complète en français et une multitude de petites améliorations que seuls les plus « geek » d’entre vous percevront et c’est très bien ainsi.

Les journaux des enfants ont évolué. Mahaut a bien travaillé 😉

Le résumé en espagnol est presque à jour grâce au travail acharné de Carine. La version anglaise est restée bloquée au point mort à cause de mon manque d’acharnement. En guise d’excuse, il faut dire qu’après l’équatorien, le péruvien et le bolivien, je dois apprendre l’argentin et ces « che » qui viennent remplacer bon nombre de voyelles (et d’où Ernesto Guevara tire son surnom) me donnent du fil à retordre alors la langue de Branle Poire (Shakespeare en anglais) n’est pas ma priorité.

Mais entrons dans le vif du sujet. Des bilans, en voici un premier, sur le pays que nous venons de quitter : la Bolivie.

La Bolivie : pays des superlatifs. Pays le plus haut du monde et pays le plus pauvre d’Amérique du Sud entre autres. Pour la hauteur, ça ne nous fait plus grand chose de vivre à plus de 4000m mais nous sourions en voyant les touristes arrivés de La Paz complètement essoufflés et victimes de maux de tête. Mâchez un peu de coca, ça vous changera du coca-cola !

Quant à la pauvreté, elle est moins perceptible qu’au Pérou mais elle existe et la traversée de certains villages continue de nous secouer moralement. Difficile également d’accepter que des enfants de l’âge des nôtres mendient dans les centres villes. Des personnes bien intentionnées nous ont bien expliqué que tout cela est organisé et que quand les enfants remontent dans leur village, ils s’habillent proprement et mènent une vie paisible avec l’argent gagné. J’ai toujours du mal à adhérer à cette théorie. Nous n’avons encore croisé aucun de ces villages de mendiants riches et pourtant avec nos vélos, nous voyons beaucoup de choses.

Côté souvenir, comme dans les autres pays que nous avons visités, les paysages bien évidemment mais surtout les Boliviens: Sourire, disponibilité, curiosité, honnêteté, ils remonteraient le moral à tous les déprimés du monde. Comment font-ils pour être toujours aussi souriants ? C’est quoi le truc que j’en ramène un peu en Europe ? Pourquoi les habitants des pays «en voie de développement» ont-ils toujours l’air plus heureux que ceux des pays «riches» ? Pourquoi ont-ils la «nonchalance» quand nous avons le «stress» ? J’avoue que cette dichotomie me fascine de plus en plus. Peut-être sont-ils ainsi parce qu’ils cherchent moins que nous à régenter l’avenir. Ils attendent également moins de la vie que nous qui nous pensons promis à un bonheur éternel.

Plus loin de tout (des Etats-Unis, de l’Europe) que le Pérou ou l’Equateur, les Boliviens ont développé leur propre culture, curieux mélange de tradition et de modernité. Ca nous a plu et ce n’est pas un hasard si nous y sommes restés plus de deux mois.

Et maintenant il faut que nous nous décidions pour la suite du voyage. Si l’on suit l’itinéraire prévu, nous devrions vite nous envoler pour l’Océanie. Mais comme le dit la sagesse du voyageur : « on croit faire un voyage mais c’est le voyage qui vous fait ou vous défait ». Dans notre cas, le voyage a défait un certain nombre de certitudes. Dont celle qui nous faisait croire qu’il fallait « faire » beaucoup de pays et de continents et revenir avec un tableau de chasse impressionnant pour que le voyage mérite l’appellation « tour du monde ». Aujourd’hui nous avons changé d’optique. Seul compte le voyage et le luxe extraordinaire de pouvoir prendre son temps. Pourquoi repartir de ce continent alors que nous n’en avons exploré qu’une infime partie ? Nous découvrons à peine l’Argentine et il nous reste encore le Chili sur notre route vers le sud. Pourquoi allez mettre une petite fortune dans un voyage en avion alors que nous pouvons pédaler encore pendant les 5000 km qui nous séparent d’Ushuaïa ? Le budget du voyage en Océanie puis retour en Europe via l’Asie représente plus que ce que nous avons dépensé aujourd’hui pour vivre 6 mois en Amérique du sud. Pourquoi changer de langue alors que nous commençons enfin à nous débrouiller en « Castellano » ? Quel plaisir de pouvoir communiquer avec les Sud- Américians dont on ne louera jamais assez la gentillesse. En bref, tourner en avion autour de notre planète nous apportera-t-il plus que de continuer à découvrir ce continent ? Nous n’en sommes plus persuadés. A relire ce que nous avions écrit sur la page « projet » il y a plus de sept mois, je crois que l’Amérique du sud va nous retenir un peu plus longtemps que prévu et que tout projet d’itinéraire est définitivement une erreur dans un voyage au long cours. Donc pour l’instant nous continuons vers le pôle sud. Les autres continents peuvent attendre.

Tranquilo

La transition de la Bolivie à l’Argentine s’est faite en douceur, le Nord de l’Argentine étant encore très bolivien et très ancré dans les traditions andines. Mais nous descendons petit à petit de ces hauts plateaux pour rejoindre des vallées plus basses. C’est la fin de notre séjour au-dessus de 3500m. Nous traçons maintenant en direction d’Ushuaia et de la mythique Patagonie pour un séjour en Amérique du sud qui va durer plus longtemps que prévu, vous vous en doutez (nous vous en dirons plus un peu plus tard).

7 février 2011 : Tupiza – ?

C’est sous un beau soleil que nous quittons Tupiza, non sans avoir discuté avec Nicolas, Benoît et Cyril, Grenoblois de passage en Bolivie. La première partie de la route est agréable, plutôt asphaltée, suivant le cours d’une rivière. Ensuite, ça se corse un peu. Il faut monter. Heureusement, de nombreux tronçons sont asphaltés mais encore fermés à la circulation faute de pont. A vélo ça ne pose pas de problème de les emprunter. Pour palier à l’absence de pont, nous passons par le lit des rivières qui par manque de pluie sont totalement asséchées.

En fin d’après-midi, alors qu’on emprunte un de ces tronçons interdits à la circulation, la route s’arrête brutalement. En face de nous, un mur de roche avec, 5 mètres au-dessus, la voie ferrée. Un bon endroit pour camper et réfléchir à comment franchir cet obstacle demain. Nous montons le campement, mangeons la traditionnelle casserole d’avoine et au moment de nous coucher, des phares nous éclairent. Nous qui pensions être tranquilles, c’est raté. Le véhicule repart, un autre arrive et ainsi de suite une bonne partie de la nuit. Nous ne sommes pas vraiment rassurés. Il est de toute façon trop tard pour décamper. Finalement la nuit se passe bien. Il ne s’agit que de voitures qui tentent, comme nous, de rester sur l’asphalte afin d’éviter de prendre les déviations qui ne sont que des chemins de sable à flanc de colline.

8 février 2011 : ? – ?

Le secret de la forme, c’est un peu d’exercice chaque matin. Comme par exemple gravir une voie de chemin de fer haut perchée avec 2 vélos, une remorque et une bonne douzaine de sacoches. Après ça, pédaler paraît si simple. Nous atteignons une zone de pampa plate et désertique à 3400m.

La pluie fine qui nous accompagne depuis ce matin finit par ne plus pouvoir nous suivre. Difficile tout de même d’atteindre la frontière avant la nuit et puis ces villes frontières sont tellement lugubres. Nous préférons camper ici pour la nuit. Un peu de sable au milieu des cactus, c’est l’endroit idéal. Le secteur nous semble désert. Un petit repas sur le pouce, un peu d’école pour Zoé et à la tombée de la nuit nous sommes prêts à monter la tente. C’est à ce moment-là qu’un camion surgit de nulle part passe près de nous. Nous nous cachons mais trop tard. 200 mètres plus loin, il s’arrête et une dizaine de personnes à la mine patibulaire (mais presque) s’approchent rapidement de nous. Décidément, pas moyen d’être tranquille. A 30 m de nous, ils s’arrêtent et nous observent. Nous faisons semblant de partir. Ils viennent jusqu’à nous et nous expliquent qu’ils cherchent le fou du village disparu depuis 10 jours. Ailleurs qu’en Bolivie, je n’aurais pas cru à leur histoire mais ici c’est plus que plausible. Ils sont équipés de lampes et semblent déçus de n’avoir trouvé que nous. Quoiqu’il en soit, ils ne nous conseillent pas de camper là. Plutôt aller jusqu’à la prochaine maison. A contrecoeur, nous remballons nos affaires et partons en pleine nuit pour trouver un autre refuge. Et c’est bien à la première ferme que nous sommes accueillis avec gentillesse pour planter notre tente et être surveillés toute la nuit par deux molosses de la gente canine.

9 février 2011 : ? – La Quiaca

Réveillés tôt (nous sommes dans une ferme), je prépare un café brûlant dans un froid glacial. Je discute un peu avec les hommes de la ferme occupés à couper du bois. Ils me confirment une nouvelle fois qu’il pleut très peu et que cette sécheresse rend difficile l’alimentation des bêtes et la culture. Nous leur achetons un peu de fromage de brebis, ils nous offrent des galettes.Nous laissons le peu que nous ayons avec nous, c’est à dire un sachet de chocolat en poudre. Ce sera notre dernière rencontre avec les Boliviens et elle résume assez bien notre ressenti : un peuple aux conditions de vie difficile et à la gentillesse extraordinaire.

Arrivés à la frontière, nous changeons nos devises boliviennes contre des pesos argentins puis commence la longue attente pour obtenir le précieux coup de tampon. 5 heures au soleil.

Une fois les passeports à jour, les douaniers décident de passer les vélos aux rayons X. Enfin quelques mallettes seulement, le reste ne passe pas. Le scanner est installé dans un camion, ce qui donne lieu à une scène assez cocasse : il faut charger les sacs un par un d’un côté du camion puis courir de l’autre côté pour les récupérer avant qu’ils ne tombent et ainsi de suite.

Enfin, nous pouvons entrer en Argentine. Des chiens en laisse, des éclairages publiques, des gens dans la rue après 21h, des trottoirs propres et des poubelles, des boulangeries, des charcuteries, des voitures de moins de 20 ans, voilà notre première impression du pays. Nous sortons du tiers monde pour arriver en Europe. Nous voyons même du jamais vu en France : des jeux pour enfants handicapés.

10 février 2011 : La Quiaca – Abra Pampa

Nous passons des 20km/jour des pistes boliviennes à 20km/heure ! Le miracle est dû à l’asphalte, au retour de l’altiplano, appelé ici «Puna» et à un sympathique vent dans le dos. L’autre bonne surprise est que la circulation est très légère sur cet axe pourtant principal. Etonnant quand on sait qu’ici c’est l’équivalent du 15 août et que tout le monde est en vacances. L’explication nous l’avons un peu plus tard : dans les deux sens, des kilomètres de véhicules à l’arrêt. Au milieu, une trentaine de manifestants allongés au milieu de la route réclament la réouverture des services sociaux du village. Tout cela sous l’oeil bienveillant des forces de l’ordre qui nous offrent de l’eau et nous autorisent à passer. De temps à autre, le vélo est vraiment le moyen de transport le plus rapide !

75 km plus tard, sous un ciel de plus en plus menaçant, nous arrivons à Abra Pampa. Nous rentrons dans le seul hôtel de la ville. Juste à temps pour éviter un orage-tempête qui produira à quelques kilomètres 30 cm de grêlons. Un journée sous le signe de la chance. Suerte !

11 février 2011 : Abra Pampa – ?

Une journée bien chargée : après les orages de cette nuit, nous préparons les vélos devant l’hôtel filmés par une famille argentine curieuse. Une de mes sacoches en profite pour lâcher. Réorganisation rapide pour mettre à l’abri de la pluie les affaires les plus fragiles. Petit passage par le marché pour faire des provisions de produits frais pour la journée et nous nous élançons. 50 mètre plus loin, nous croisons une famille française avec 5 enfants dans un 4×4. Nous discutons un moment avant de repartir pour quelques kilomètres avant de  croiser un couple de français qui passe un mois en Argentine. De nouveau, plaisir de la discussion en V.O.

Plus loin, un fléau en remplace un autre : finie la course poursuite avec les chiens, la race canine argentine semblant plus tournée vers la sieste, c’est une attaque de lama qu’il nous faut déjouer ! Comme dans Tintin, la méchante bête crache et tente de nous mordre. C’est Zoé qui nous sauve d’un coup de cravache bien placé.

Puis arrive notre dernier col (3780m) avant longtemps. Derrière commence la route toute en couleur qui mène à Salta. Une pente douce à travers des montagnes multicolores. Nos yeux et nos jambes apprécient.

Nous pensons alors arriver à une école pour trouver refuge et éviter les orages. Mais Carine se plaint que son tandem freine en permanence. D’habitude elle me dit ça quand ça monte, hors là, ça descend. Une rapide inspection du tandem nous permet de constater que la jante arrière est en train de se déchirer comme du papier. Nous poussons les vélos jusqu’à une ferme que nous venons de passer où sans surprise, on nous permet de camper.

12 février 2011 : ? – Humahuaca

Je dispose quelques bandes de scotch solide transversalement à la jante en espérant que la chambre à air sous pression, en appuyant dessus, maintiendra les deux bords l’un contre l’autre. A vrai dire, je n’y crois pas trop mais je n’ai pas d’autres solutions à part sauter dans un camion, ce qui, vu la route qui nous attend, est un peu dommage.

Sous un ciel bleu sans rapport avec la saison, nous continuons notre grande descente. A mi-distance, nous faisons une pause au paradis, salués par les chauffeurs de bus et de camion:

La jante recommence à gondoler sérieusement.  Nous n’avons pas d’autre choix que de déclencher le frein arrière. Nous descendons alors prudemment les parties les plus raides et arrivons sans encombre à notre destination : une petite bourgade touristiques où le tarif des hébergements en haute saison est carrément exagéré. Nous optons pour un camping nature un peu excentré mais agréable. Demain c’est dimanche, il faudra attendre lundi pour faire réparer le tandem.

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