Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Catégorie : Argentine (Page 1 sur 3)

La Babel des mers

05 juillet 2010 : Buenos Aires

Après la désastreuse journée d’hier, nous repartons vers le port après s’être assurés que le cargo était bien arrivé. Reçus assez froidement par celui qui doit nous faire entrer dans le port industriel (une vague de froid s’est abattue sur le nord de l’Argentine, ceci peut expliquer cela…), nous chargeons les vélos dans une camionnette pour aller jusqu’au pied de notre nouvelle maison. Changement d’ambiance : nous sommes chaudement accueillis par les marins qui prennent immédiatement en charge nos bagages.

Nous rangeons notre espagnol encore tout chaud pour sortir notre anglais un peu rouillé sur ce bateau italien où nous rencontrons les 4 autres passagers allemands au milieu d’un équipage philippin. C’est la Babel des mers ce navire.

Je passe les détails techniques du cargo. Pour faire simple, il s’agit d’un monstre de plus de 200 mètres de long sur 50 mètres de haut dont les entrailles sont remplies de voitures neuves et le pont arrière de containers.

Nous sommes sur le point de partir et le repas est déjà servi. Il est à la hauteur de l’accueil. Ca fait bien longtemps que je n’avais pas vu autant de plats se succéder. Il va falloir se restreindre sinon gare à l’obésité à l’arrivée.

Tiré par deux remorqueurs, le cargo sort lentement du port et nous profitons de superbes vues sur la skyline de Buenos Aires.

Nous sommes émus de quitter ce petit monde argentin et de commencer un rêve. Zoé et Mahaut semblent heureuses de ce nouveau départ et un peu impressionnées par le gigantisme du port et de ses machines.

06 juillet 2011 : Buenos Aires

Alors que je discute avec le second officier du retard pris par le cargo, un bruit sourd retentit dans la pièce. Il me regarde amusé : «Ce n’est rien. Nous venons de jeter l’ancre.

– Ah bon, on s’arrête ?

– Oui, pour 2 jours.

– Mais on vient juste de sortir du port !

– Oui mais comme nous sommes en retard, il nous faut attendre un autre cargo.»

Ainsi à quelques kilomètres seulement de Buenos Aires, nous sommes déjà immobilisés. Le fier bateau filant sur l’océan avec ses valeureux passagers, c’est pour un peu plus tard. Ce n’est pas bien grave, nous sommes plutôt bien logés. Deux cabines simples mais spacieuses, trois repas hyper complets et un équipage souriant qui nous fiche une paix royale. Pas d’activité programmée, pas de soirée à thème, pas de planning. Des journées entièrement à nous.

Un seul truc m’inquiète : toutes ces rampes dans les couloirs et sur le pont pour s’accrocher. Ca va bouger tant que ça sur ce bateau ?

07 juillet 2011 : Buenos Aires

Petit à petit, nous organisons nos journées à bord. Réveillés à 7h pour prendre le petit déjeuner, il faut jongler ensuite avec les activités disponibles. Un peu de marche d’abord. Environ 150 mètres sont disponibles en longueur sur le pont supérieur. Avec 25 mètres de large, ça nous fait 350 mètres de balade entre les containers. En 3 tours, voilà notre kilomètre de marche. Les deux ponts inférieurs, protégés du vent sont parfaits pour profiter de la vue en lisant un bon livre. Pour les acharnées du vélo comme Carine, la salle de sport propose quelques engins de torture. Pour ma part, avec les filles, on  préfère le baby-foot et la table de ping-pong.

08 juillet 2011 : Zarate

Les cargos, contrairement aux paquebots de croisière, ne sont pas équipés de stabilisateur. Et même par mer calme, ils effectuent leur doux mouvement de balancier. Cette nuit, nous avons remonté le rio de la plata jusqu’à Zarate. Et bien même sur le fleuve, ça tangue. Au petit matin, le décor a changé quand j’ouvre les rideaux de la cabine : des voitures neuves à perte de vue. Et c’est pour charger (ou décharger) des véhicules que nous faisons cette étape initialement non prévue.

Zarate n’est sur aucun guide et presque sur aucune carte. C’est bien normal. Rien de bien folichon excepté un de ces cafés notables où l’on remonte le temps et de vieux taxis à bout de souffle avec chauffeurs bavards. Nous pouvons dépenser nos dernier pesos dont aucune banque ne voudra en France.

09 juillet 2011 : Zarate

Aujourd’hui, c’est la fête. Le fête nationale. La célébration de l’indépendance de l’Argentine. Nous avons vu tellement de rues, d’avenues et de boulevards qui portent le nom de «9 de julio» qu’il est impossible pour nos cerveaux de ne pas faire un petit sursaut en voyant le calendrier ce matin. Mais sur le bateau, point de jour férié. On charge et on décharge dès qu’on est à quai. C’est le cas encore aujourd’hui. Deux options s’offrent à nous : rester à bord à regarder passer les bateaux ou retourner au centre-ville. Nous ne résistons pas à l’idée d’aller encore une fois nous régaler de l’ambiance argentine,de  la décontraction de ses habitants et de profiter du calme des rues pendant l’heure de la sieste.

Il ne doit pas y avoir souvent d’enfants à bord des cargos. C’est la seule explication que je trouve au déluge de cadeaux qu’elles reçoivent des membres d’équipage. Aujourd’hui, c’est le capitaine qui leur offre des poupées, le chef ingénieur un film et le responsable du chargement des bonbons. Allez vous battre pour les éduquer après ça !

Plouf !

La malédiction des transports a encore frappé !

La vie des marins est paraît-il assez difficile. Mais celle des cyclo-voyageurs n’est pas simple non plus. Arpenter les avenues de la mégapole de 13 millions d’habitants avec nos lourds vélos un lundi matin aux heures de pointe n’est pas forcément une partie de plaisir. Mais refaire le même parcours en sens inverse 6 heures plus tard donne des envies de meurtre. Carine a beau me dire «tu ne peux pas vanter la tranquillité des Argentins et en même temps t’énerver comme ça» mais là, franchement, je vous jure qu’il y a de quoi. «Les cons, c’est comme les feuilles au milieu des roses, ça repose» chantait Serge Reggiani. Peut-être. Mais les cons au milieu des ports ça énerve. Celui qui devait s’occuper de nous aujourd’hui et qui nous a laissés presque 6 heures poireauter devant le terminal sans même venir nous serrer la pince, je crois que je ne l’aime pas. Surtout quand, levés depuis tôt ce matin, nous apprenons en début d’après-midi que le bateau n’est toujours pas arrivé mais qu’on a juste oublié de nous le dire et qu’il faut revenir demain. Les aléas, je les comprend et dans une certaine mesure, je les apprécie. Etre pris pour un client qui doit juste la fermer, je n’apprécie pas.

Voilà, c’est tout. Je regretterai peut-être ce coup de gueule dans quelques semaines mais la spontanéité a toujours été le moteur de ce modeste blog alors ne changeons rien.

A bientôt les amis.

PS : allez, du bonheur quand même. Voici Dina et Tian qui non contents de faire une interview radiophonique avec nous sur l’année de voyage (en espagnol, por favor !) offrent au moment du départ des livres et des t-shirts pour les filles et quelques DVD pour les parents. Ajoutons à cela qu’ils sont passionnés de musique et de voyage. Des gens biens en somme. Nous reparlerons de leur beau projet de radio voyageuse et de leur musique à notre retour à France.

PS2 : et puis allez, pour le plaisir, un autre vrai passionné et vrai sympathique personnage, porteur de la clé du bonheur, celle de la bibliothèque de l’Alliance Française, qui nous a ouvert la porte aux livres (en français s’il vous plait !). Et Christophe est lyonnais, alors…

Un anniversaire

Il y a à Buenos Aires, comme dans toutes les villes du monde, de jeunes cadres dynamiques qui affichent leur réussite sociale dans les rues chics de Puerto Madero, de pauvres gens qui survivent sous des tôles à proximité du port, des magasins chics à l’entrée par vraiment libre, des vendeurs ambulants proposant des gadgets inutiles, des restaurants où l’on s’ennuie devant un plat trop bien présenté pour être honnête, des fast-food (fat-food ?) pas vraiment fast ni vraiment food, des rames de métro où l’on se fait broyer les côtes aux heures de pointe, des rues si calmes qu’on se croirait à la campagne, de magnifiques édifices, d’ignobles tours en verre, des 4×4, des vélos, des portenios, des touristes et des manifestants. Rien qui ne mérite vraiment une photo.

Mais, il y a aussi de beaux ragondins, des lapins géants (à moins que ce ne soit des kangourous nains), un théâtre de 4000 personnes aux tarifs prohibitifs, un autre bien plus populaire, une réserve écologique au pied des grattes-ciels, un théâtre reconverti en librairie, une tour de Babel de livres, une Venise champêtre, des sous-terrains secrets, des cyclistes sympas et des horaires d’ouverture toujours aussi aléatoires.

Et un anniversaire : il y a très exactement un an nous montions sur nos vélos pour descendre vers l’Espagne. Un an plus tard, nous remontons sur nos vélos mais cette fois-ci dans les rues de Buenos Aires et pour rejoindre le cargo qui partira lundi 4 juillet au matin direction le Brésil puis le Sénégal. Il nous faudra entre trois et cinq semaines avant de rejoindre la mère patrie. Durant ce temps, nous ne serons guère en mesure de vous donner des nouvelles, les communications sur les cargo étant réduites au minimum et réservées aux cas d’urgence. Nous essaierons de nous connecter à Internet dans les ports quand ce sera possible. Alors d’ici là, profitez de l’été, des vacances, du soleil en abondance et comme dit le philosophe, n’oubliez pas de vivre et de réaliser une bonne fois pour toute que demain ne vous apportera rien qu’aujourd’hui ne vous ait déjà offert…

Un bon gros village

Tout le monde n’aime pas Buenos Aires. Ses détracteurs la disent trop bétonnée, trop grande, trop agitée, trop dangereuse. Nous avons la chance de la découvrir avec Maria et Juan, passionnés par cette ville qu’ils connaissent comme leur poche. Résultat : nous tombons en une (longue) journée sous le charme de cette mégapole dont Maria nous narre les passionnantes histoires. Celle du quartier de La Boca, ce port, aujourd’hui fermé, où tout a commencé quand les premiers colons venus d’Espagne et d’Italie viennent pêcher. Quartier populaire (terme politiquement correct pour dire pauvre) où les familles de marins prenaient la peinture destinée aux bateaux pour repeindre leurs masures qui donnent au quartier ce côté coloré faisant oublier pour un temps que les maisons sont en tôle et que plusieurs familles s’y entassent.

C’est ici que fût inventé le Tango, de la rencontre d’une culture européenne et d’une culture locale et surtout de celle des prostituées avec leurs clients. Les Argentins attendront prudemment que cette danse soit à la mode en Europe pour l’adopter dans les milieux bien-pensants.

Plus loin nous atteignons la réserve naturelle, bande de terre gagnée sur le fleuve rio de la plata en entassant les restes des bâtiments rasés en centre-ville pour créer l’avenue 9 de Julio, la plus large du monde. Amusant de voir l’ancienne promenade en bord de mer devenue promenade en bord de champs.

Vient ensuite la place de Mayo, centre historique de la ville sur laquelle marchent encore tous les jeudis les mères des disparus de la dictature. Ces mères venaient ici demander au pouvoir militaire des explications sur la disparition de leurs enfants. Rassemblées devant la casa del gobierno, les gardes leur intimaient l’ordre de bouger, les attroupements de personnes étant interdits. Elles bougèrent et se mirent à marcher autour de la place. Elles n’ont cessé de le faire jusqu’à aujourd’hui pour maintenir le souvenir des ces terribles années.

Le parque de la memoria a été créé il y a quelques années dans le même but. Sur un immense mur sont fixées les plaques des disparus. C’est en 1976, début de la dictature la plus dure que connaîtra l’Argentine, que commence la longue liste. Plusieurs centaines de mètres plus loin, nous arrivons en 1983, fin du régime militaire. Le parc est situé en bordure du fleuve dans lequel des centaines de corps d’opposants au régime ont été jetés. «Les touristes ne viennent pas jusqu’ici» déplore Maria qui a tenu à nous montrer ce lieu relatant une partie de l’histoire que beaucoup d’Argentins ont encore du mal à accepter.

Toute visite de Buenos Aires ne serait pas complète sans aller faire un tour avenida corrientes, le broadway sud-américain, ni sans admirer la grandeur du teatro colon ou bien encore l’ambassade de ce petit pays qui a fait construire ici un véritable palais qui a dû coûter cher à ses contribuables : la France .

Allez, un petit jeu : saurez-vous reconnaître les trois idoles argentines de la photo suivante ?

Indice : un footballeur, une femme politique et un chanteur.

Dans les jours qui suivent, nous apprenons que Buenos Aires est capitale du livre cette année et que Paris est à l’honneur dans plusieurs manifestations. Résultat, on se voit offrir tout un panel d’activités culturelles francophiles inattendues : courir avec Zoé voir monsieur Hulot, le vrai, celui qui nous fait rire depuis 60 ans avec ses vacances, pas le présentateur de télé qui veut être président (le premier qui dit qu’il nous fait bien rire aussi le garde pour lui).  A l’occasion des 100 ans des éditions Gallimard, aller manger quelques petits fours avec un ancien ministre de l’éducation, dont je ne connaissais que les portraits garnis d’insultes brandis pendant les manifestations. Robert Doisneau aussi est à Buenos Aires avec ses clichés parisiens. Plus loin, c’est Louise Bourgeois qui est à l’honneur. Bref, on ne sait plus trop où donner de la tête tant nous avons été privé de cette culture européenne pendant un an. Evidemment, arpenter une grande ville n’a plus grand chose à voir avec les hauts plateaux andins même si on se sent parfois aussi seul dans le métro bondé que sous la tente poussée par le vent en Bolivie. Et ce séjour nous apporte finalement le meilleur des deux mondes : une richesse culturelle étonnante avec une ambiance décontractée toute sud-américaine.

Vous l’aurez compris, nous repartirons nostalgiques de ce continent. Ce sera le 2 juillet à bord d’un gros cargo rouillé. Une autre façon encore de traîner encore un peu et de prolonger le séjour. Une suite finalement assez logique du vélo. Lent, passé de mode, le voyage en bateau est un peu le cousin maritime du voyage à vélo. L’occasion pendant 4 à 5 semaines de trier nos photos, nos vidéos, nos idées et d’arriver au Havre en paix pour rejoindre en pédalant notre Ain adoptif. Pour finir, le trajet final de notre voyage devrait ressembler à ça :

Il est plus que jamais temps de vous dire à bientôt.

De tout sur tout surtout

Les cendres

Celles du volcan Puyehue bien évidemment. Elles sont le sujet de conversation des Argentins en ce moment. Le télé passe en boucle les images de Villa la Angostura et de Bariloche sous les cendres. Les gens s’inquiètent pour leur voiture. Sur la santé, je n’ai encore rien lu. En allant en bus vers Buenos Aires, c’est sur presque 300km que la route et tout le paysage sont recouverts de gris (vert-de-gris ?). D’ailleurs les bus sont vides. Les avions sont arrêtés et le tourisme au point mort. Aux dernières nouvelles, ce volcan là devrait cracher ses cendres pendant encore quelques jours alors qu’un autre, un peu plus loin, s’apprête peut-être à rentrer en éruption.

Buenos Aires

C’est dans la quartier de San Telmo, coincé entre le centre et le quartier populaire de La Boca que nous avons atterri dans une somptueuse demeure. Nous prenons nos marques et nous ne manquerons pas de vous donner nos impressions de la cité des «bons vents».

Et comme nous sommes en Argentine, nous avons été accompagnés au départ du bus à Bariloche par Philippe, et reçus au terminal de bus à Buenos Aires par Maria. Nous l’avions rencontrée il y a quelques mois à la frontière bolivienne. Elle nous avait tendu sa carte en nous disant «appelez-moi quand vous venez à Buenos Aires». Nous l’avons appelée, elle était là avec un ami pour nous aider à transporter notre maison ambulante jusqu’à notre appartement. Ai-je déjà dit ici à quel point les Sud-Américains sont disponibles ?

L’ Alliance française

L’esprit et la culture des alliances françaises soufflent à Buenos Aires. C’est très gentiment que nous avons été accueillis par Tatiana, Patrick, Carlos, Christophe et toute l’équipe de l’alliance dans leur bel édifice rue Cordoba. Ils nous ont laissé présenter pendant un peu plus d’une heure notre voyage à travers un projet de film que nous nous efforçons de réaliser et les questions de la centaine d’étudiants venus pour l’occasion. Un bon moment d’échange.

Rectificatif : soyons précis

Les zoologistes en herbe que nous sommes se doivent de corriger les quelques erreurs qui se sont glissées dans les articles concernant la Patagonie. Ainsi quand nous parlons de vigognes, il faut lire guanacos. Les deux espèces de lama se ressemblent mais les vigognes vivent en altitude – nous les avons rencontrées au Pérou et en Bolivie – alors que le guanaco vit plus bas et plus au sud en Patagonie. De même quand nous parlons d’une vulgaire autruche, vous avez bien évidemment tous reconnu le Nandou d’Amérique que l’on appelle ici Choique. Quant au véritable nom du «pic-rouge» c’est carpintero gigante.

Du chaos

«Le monde est, pour l’Européen, un cosmos, à l’intérieur duquel chacun est en accord intime avec la fonction qu’il exerce; pour l’Argentin, le monde est un chaos.»

Ingrid, lectrice fidèle de ce blog, nous demande de réagir à cette petite phrase de Jorge Luis Borges. La tâche est rude et simples passants du bout du monde, nous ne contredirons pas le grand écrivain. Pour ajouter de l’eau au moulin, je dirais tout de même que je ne me sens pas toujours en accord intime avec la fonction que j’exerce et que les Argentins que j’ai pu rencontrer ne m’ont pas vraiment parlé de chaos ! Pour moi la différence essentielle entre la façon d’être européenne et la façon d’être argentine ou plutôt je devrais dire sud-américaine tient plus d’un rapport différent avec le temps. Loin de moi l’idée de généraliser mais après presqu’ un an passé à voyager sur ce continent et à y observer comment se déroule la vie, je donnerais cette modeste conclusion : nous autres Français vivons à regarder notre passé que nous imaginons glorieux et à organiser notre avenir que nous pensons dangereux, alors qu’en Amérique latine, les populations sont beaucoup plus dans le temps présent, à profiter du moment sans crainte excessive de l’avenir ni nostalgie envahissante. Il n’y a qu’à regarder les réactions des Argentins face à l’éruption volcanique. Pas de panique et beaucoup de philosophie. Je les admire.

Insondables

Les sondages disent n’importe quoi. Le nôtre n’échappe pas à la règle. Devant la difficulté à trouver la bonne réponse, nous vous donnons un indice :

Cadeau !

Quand le tango de Buenos Aires ne me quitte pas :

Le sud de la Patagonie vu par les enfants

Après presque un an à écrire son journal tous les jours, Zoé se lance dans l’écriture du blog en compagnie de sa soeur et très légèrement aidée par Carine. Je leur laisse la parole :

Voyage en Patagonie Sud

(28 mai – 12  juin)

Nous sommes partis de Bariloche en Patagonie Nord. Nous avons mis 4 jours à descendre jusqu’à El Calafate, en Patagonie Sud. Nous avons loué une voiture, dit Mahaut.

Pourquoi en voiture ?

Ce n’était pas possible d’y aller à vélo parce qu’il y avait trop de vent, que les routes étaient trop dures et qu’il n’y avait pas assez de villages. Mahaut ajoute : il y avait aussi trop de neige.

Qu’est-ce qu’on a vu ?

On a vu des villages. On a vu la mer aussi, dit Zoé. La mer, ou l’océan, demande maman ? L’océan ! C’est le même que sur l’île de Chiloé !, dit Mahaut. Non, c’est l’Atlantique, précise Zoé. Autour de l’île de Chiloé, c’est le Pacifique. Et, à perte de vue, la pampa : c’est quand c’est tout plat et qu’il y a des herbes sèches.

Sur la route, on a vu des guanacos et des nandous (choique, en espagnol).

Dans les haciendas, ils élèvent des moutons. On a vu plusieurs personnes à cheval. Il y en a qui revenaient d’un endroit, dit Zoé, et il y a un autre monsieur qui conduisait ses moutons, sur un cheval avec des chiens. Les chiens, ils courent après les moutons pour les ramener.

Pourquoi être descendus à El Calafate ?

Il n’y a pas d’autres grandes villes. Et nous sommes allés à El Calafate pour aller voir le glacier Perito Moreno. Un glacier ressemble à ça : c’est là où il y a beaucoup de glace et aussi de la glace qui tombe. Le Perito Moreno est très connu parce qu’il est grand. On est assez près pour bien le voir et prendre de belles photos.

Quand un bloc de glace tombe, ça fait beaucoup de bruit. Ca libère une partie et après, souvent, le bout de glace du haut tombe aussi.

Mon acrostiche de GLACIER (Zoé) :

Glace grande et

Lourde,

Avec

Chutes

Impressionnantes

Et

Rigolotes.

Puis nous sommes allés à El Chalten.

Je suis allée faire une balade dans la montagne avec papa, dit Zoé. On a vu le Fitz Roy, ajoute encore Zoé. On a pris des photos. La nature était verte avec quelques montagnes d’herbes mortes : ça dépendait des coins. On a vu un grand lac gelé. On a vu des oiseaux à la tête rouge qui piquaient dans l’écorce des arbres. En France on les appelle les pics-verts. Mais ici ce sont des pics-rouges ! (carpinteros gigantes, en espagnol)

Mahaut n’est pas venue toute la journée avec nous : juste au début. Par contre le lendemain nous sommes allées nous balader avec elle et maman, pendant que papa faisait une balade qui montait plus loin. Nous sommes allées voir des chutes, rajoute Zoé. La moitié de la rivière était gelée, dit encore Zoé. On a joué à casser la glace.

Puis maman est allée se balader toute seule et nous, nous sommes restés à l’hôtel, dit Mahaut. Un petit garçon est venu. Comment s’appelle-t-il, Mahaut ? C’est un garçon alors il ne s’appelle pas «fille», dit Mahaut. Il s’appelle, il s’appelle … Anthoni ! Sa maman s’appelle Rose, dit Zoé et son papa … «Bleu», suggère Mahaut ! Non, Fitz Roy, dit Zoé parce que son papa était l’un des premiers à escalader cette montagne. Rose nous a invitées à venir jouer à sa maison. J’ai joué avec Anthoni, dit Mahaut. J’ai lu des livres, dit Zoé. Moi je ne sais plus, dit Mahaut. Anthoni parlait 2 langues : espagnol et français. Pourquoi ? Parce qu’il a envie, répond Mahaut. Parce que sa maman est d’origine française, précise Zoé, et son papa de Patagonie. Au début, il nous parlait espagnol : il n’avait pas beaucoup compris.

De retour à El Calafate, nous avons vu Ken. On a vu Ken !, crie Mahaut. Mais je ne sais pas comment il s’appelle …  Comment il s’appelle, Ken ? C’est un cycliste japonais, dit Zoé. Il voyage à vélo. On l’avait rencontré au Pérou. Avec Ken, on parle en espagnol.

Il est à El Calafate parce qu’il a envie, affirme Mahaut. Comme Anthoni ! Parce qu’il s’est cassé le poignet en faisant du skate-board, précise Zoé.

Nous avons repris exactement la même route pour rentrer. Nous n’avons pas changé parce qu’autrement, c’est de la piste, dit Zoé. Ce n’est pas agréable, surtout que nous n’avions pas une voiture faite pour la piste.

C’est quoi la Patagonie sud, alors ?

C’est surtout de la pampa, répond Zoé. Entre la Patagonie Nord et la Patagonie Sud, il y a une différence de paysage. La Patagonie Nord, ce n’est pas de la pampa. On l’a faite à vélo. Il y a des lacs, ajoute Mahaut. Et des volcans, dit Zoé.

Mon acrostiche de PATAGONIE :

Plaine plate et
Aride,
Terre à
Autruches et vigognes,
Grande région
Ouverte,
Nature
Isolée et
Ensemble vide,
Telle est notre Patagonie.
(Zoé)

 

 

Mahaut, préfères-tu être dans la chariotte ou voyager en voiture ?

Etre dans la … voiture, répond Mahaut. Parce qu’il fait tout chaud ! Et puis quand il pleut, on n’est pas mouillées, rajoute Zoé.

Et tu aurais préféré faire un an de voiture, Mahaut ?

Euh, nan : un an de voiture et 2 voitures et 5 voitures !

Et toi, Zoé ?

Moi je n’aurais pas préféré faire un an de voiture parce que je suis malade dans la voiture et que Mahaut a vomi presque tous les 1ers jours

J’ai vomi 2, j’ai vomi 5, précise Mahaut. Hier, j’ai vomi 1 et 2 ! J’avais un petit peu mal au ventre.J’étais un petit peu malade. J’ai vomi dans le sac (un petit et un gros!).

En voiture, tu vas plus vite et s’il y a du vent, s’il pleut, tu es à l’abri, ajoute Zoé. Mais le vélo, tu en profites plus : tu vas plus doucement, tu t’arrêtes pour manger dans la nature.

Nous avons rencontré des familles en voiture (4×4). Qu’en pensaient les enfants ?

Ils m’ont dit que des fois c’était bien mais que, au bout d’un moment, la voiture c’était un petit peu énervant parce que ça vibre, tu ne peux rien faire dedans, tu es assis et tu attends.

(Ce texte a été réalisé par Zoé et Mahaut.)

Fin de voyage, fin du monde ?

Pour la troisième fois ces derniers mois, nous sommes revenus à Bariloche après la deuxième partie de notre périple sud-patagonien. Et c’est pour retrouver la ville sous une couche de cendres et dans un nuage de poussière. Nous avions suivi les nouvelles de l’éruption du volcan chilien tout proche au pied duquel nous étions il y a tout juste deux mois, mais nous n’avions pas imaginé un tel spectacle. Enveloppée dans son manteau gris, la ville semble en plein hiver post-apocalyptique. Les rues sont désertes, beaucoup d’habitants préférant rester calfeutrés pour éviter de respirer la poussière. Chaque rafale de vent soulève des nuages de cendres et le ciel est obscurci par la densité de poussière encore présente une semaine après le réveil du volcan. Nous comprenons mieux l’inquiétude des habitants, dont beaucoup vivent du tourisme, à quelques semaines du début de la saison de ski.

Comme quoi, nous avons bien fait de descendre un peu plus bas ces derniers temps.

2 juin 2011 : El Calafate – El Chalten

Le plein de patates pour nous et le plein d’essence pour la voiture étant faits, nous voilà sur la route qui mène au «plus bel endroit» de Patagonie dixit le guide.

Ce qui n’était, il y a encore 10 ans, qu’un petit village de colons est aujourd’hui un gros bourg touristique et va se transformer demain en une grande cité hôtelière. La raison de ce succès ? Des paysages andins de bout du monde et deux des sommets les plus célèbres de Patagonie qui attirent les alpinistes du monde entier. Pour nous, c’est l’occasion de s’offrir une petite semaine de trekking.

3 juin 2011 : El Chalten – Le «Fitz Roy»

J’insiste un peu pour emmener Zoé avec moi sur le sentier qui mène au «Fitz Roy», le grand classique de la région. Je suis persuadé qu’avec son entraînement à vélo, tout devrait bien se passer. Je ne me suis pas trompé, nous sommes largement en dessous des temps indiqués sur la carte. La diversité des paysages est étonnante : forêts d’arbres morts, pampas, rivières et lacs gelés et pour finir le clou du spectacle : la silhouette découpée du «Fitz Roy».

Nous sommes accompagnés pendant presque toute la montée des pic verts locaux qui sont par ailleurs rouges.

Ils sont sans pitié avec les écorces de ces pauvres arbres. Quand je vois les dégâts qu’ils font, je suis content qu’ils restent à bonne distance 😉

4 juin 2011 : El Chalten – Lago Torre

Aujourd’hui les filles iront avec Carine visiter des cascades. J’en profite pour partir seul au lever du soleil (9h, n’est-ce pas merveilleux ?) rejoindre « l’autre sommet ».

A peine 2h30 de marche dans un paysage de glace et de givre et me voilà face au lac «Torre» surplombé à droite par 3 pics acérés, un glacier dévalant la montagne à gauche et des cascades gelées tout autour. Pour profiter d’une tel spectacle en Europe, il faudrait monter à 3000 ou 4000m. Ici, nous sommes à peine à 800m !

Je monte encore pendant une heure afin de profiter d’une vue plongeante sur le glacier. Je crois entendre l’orage mais réalise qu’il s’agit en fait d’éboulements permanents dont le bruit résonne dans toute la montagne. Je ne vais pas trop m’attarder sur mon rocher.

5 juin 2011 : El Chalten

Au nom de l’égalité des sexes, c’est Carine qui part en expédition toute seule et moi qui reste avec les filles. L’après-midi, elles vont jouer avec Antony dans la maison de Rose et Roy, couple franco-argentin rencontré la veille. Le soir, nous avons droit aux délicieuses pizzas de Rose et au son du saxophone de Roy. Merci pour cette bonne soirée les futurs mariés !

6 juin 2011 : El Chalten – El Calafate

Un épais brouillard a recouvert toute la région. Nous partons tous les quatre en randonnée mais à part nos pieds, nous ne voyons pas grand chose. Autant partir pour El Calafate où nous attend une autre rencontre. Vous vous souvenez de Ken, notre ami cycliste japonais rencontré dans le Nord du Pérou ? Il vient d’avoir un assez grave accident de skate et a encore son bras immobilisé. Mais il a gardé son sourire et sa gentillesse habituelle. Comme il ne parle ni anglais, ni français et que notre japonais laisse encore à désirer, nous passons une bonne partie de la nuit à discuter dans un espagnol franco-japonnais stupéfiant.

7 juin 2011 : El Calafate

Journée glaciale. La seule activité possible est de faire le tour d’un parc municipal auto-proclamé réserve naturelle de flamands roses. Alors que je rentre au chaud avec Zoé et Mahaut bleues de froid, Carine part explorer l’endroit dans lequel il n’y a ni flamand rose, ni même un véritable parc mais pour lequel il faut tout de même payer une entrée. C’est l’aspect le plus pénible du tourisme patagonien où il faut payer pour tout même quand il n’y a rien à voir.

8 juin 2011 : El Calafate – Puerto San Juan

Nous repartons pour le Nord en évitant de descendre jusqu’à Ushuaïa où de l’avis de tous ceux qui s’y sont fait plumer, il n’y a rien à voir, rien à faire et où tout est encore plus cher. Le verglas et la neige ont recouvert en partie la route. C’est beaucoup moins amusant de rouler qu’il y a une semaine.

9, 10 et 11 juin 2011 : Puerto San Juan – Bariloche

Même route, autre sens. Mêmes hébergements sauf à proximité de Bariloche où nous optons pour le «refugio» de Sophie, une Française venue s’installer ici il y a 30 ans. Ici, vues magnifiques sur les lacs et la Patagonie à peine recouverte de neige.

150 km plus loin, c’est l’arrivée sur Bariloche, recouverte de cendres. Ambiance fin du monde dans la ville. Ambiance fin de voyage dans la voiture. Quinze jours que nous parcourons l’immensité du sud argentin sans même transpirer une goutte. Mais vous savez quoi ? Je suis content d’arriver et de rendre la voiture. A plusieurs reprises cette année, nous avons rencontré des couples ou des familles avec enfants voyageant en 4×4 ou en camping-car. Tous nous ont dit combien ils admiraient notre courage à vélo, semblant préférer leur situation à la nôtre. Et bien c’est à notre tour de les féliciter. Après quinze jours de voiture, nous pouvons affirmer que nous ne partirons jamais pour un voyage au long cours dans un de ces véhicules. Bien évidemment, la voiture va plus vite, transporte plus d’affaires et sur plus de kilomètres. Mais dans notre cas, il faut ajouter que les enfants s’ennuient, que de temps à autre ils vomissent, que je chope mal au dos à être toujours assis, que je n’ai plus envie de m’arrêter pour faire des photos, qu’on se fait prendre pour des (nord-)américains à chaque arrêt, qu’il faut toujours sortir des billets pour payer l’essence, qu’on a plus l’impression de regarder la télé que d’admirer des paysages, que les odeurs de pot d’échappement et le bruit du moteur sont moins agréables que les odeurs et les bruits de la nature. Si nous ne regrettons pas ces deux semaines, j’ai un peu l’impression d’être dans un système de «pay per view». Nous voulions voir, nous avons payé pour voir. Mais à l’inverse du vélo, il manque la fierté d’être arrivés à la force de ses mollets et il manque les rencontres quasi-quotidiennes qui transforment le tourisme en voyage.

12 juin 2011 : Bariloche – Llao-Llao

Après avoir épousseté la voiture, nous partons faire le «circuito chico» qui fait le tour de la péninsule proche de Bariloche.

Comme dans la ville, la nature est recouverte de cendres mais le vent qui a soufflé toute la nuit a dégagé le ciel. Le golf qui accueille les stars locales s’est transformé en cendrier géant.

Ca ne décourage pas les plus téméraires qui, à mon avis, doivent profiter d’un tarif réduit exceptionnel.

Les lacs qui parsèment le secteur sont de toute beauté…

…même si par endroit les cendres se sont accumulées dans les coins.

Pour finir, on se perd un peu dans les sous-bois pour découvrir la preuve que les Romains ont découvert l’Amérique bien avant les Espagnols !

Allez, assez rêvassé, il faut préparer le grand départ vers la plus européenne des villes sud-américaines : Buenos Aires.

Des nouvelles quand nous serons là-bas.

Mea Culpa

Par décision du tribunal de El Clafate – Argentine, le site unefamilleunmonde.com ainsi que son principal rédacteur ont été reconnus coupables de diffamation à l’encontre de Florent Pagny pour avoir insinué que la Patagonie est une terre d’accueil pour les « mauvais chanteurs français ». Ils ont été condamnés à verser chacun un peso symbolique à la famille dudit chanteur.

Le jugement nous attendait à notre retour à l’auberge de jeunesse de El Calafate. Evidemment, ça fait mal mais il faut bien reconnaître que j’ai été un peu trop sarcastique sur ce coup-là. Mais c’était juste pour essayer de vous arracher un sourire en cette sombre période de concombres tueurs. Et je jure que quand je disais que « tout est grand et vide », je ne pensais pas à Mr Pagny mais bien à l’immensité de la Patagonie. Je m’excuse donc platement (c’es le cas de le dire) auprès de sa famille et de tous ses fans qui ont injustement vu en moi un provocateur trop occupé à admirer le paysage pour juger convenablement de la qualité de la variété francophone. D’ailleurs, en guise de prolongation de peine, j’infligerai à ma personne ainsi qu’à toute ma famille l’écoute des oeuvres complètes de Mr Pagny durant les 2000km que dureront notre lente remontée vers Bariloche. Soyez convaincus qu’après ça, je pèserai mieux mes mots dans les prochains articles.

La vie à 120 km/h

Fin de l’aventure chilienne et retour en Argentine. Ce ne fut pas simple. Ici, à l’inverse de l’Europe, les frontières existent et elles sont faites pour être traversées. Situation Kafkaïenne avec les vélos et les bus. Puis départ pour rejoindre l’extrême sud du continent.

22 mai : Cucao – Castro

Refaire une route en sens inverse est comme toujours un peu démoralisant. Deux bonnes averses lavent les vélos et nous-aussi par la même occasion. Nous nous arrêtons un peu avant Castro dans un camping avec cabana.

23, 24 mai : Castro

A nouveau bloqués par de fortes pluies.

25 mai : Castro

Voyageurs prudents et échaudés par notre expérience désastreuse avec une compagnie de bus argentine, nous étions allés nous renseigner il y a 15 jours sur la faisabilité de rejoindre Bariloche en Argentine depuis l’île de Chiloé. D’après les compagnies interrogées, il n’y avait aucun problème. Confiants, nous arrivons à la fin de notre petit tour de Chiloé pour prendre un bus. Accueillis un peu froidement, le «chef» refuse catégoriquement que nous prenions un bus de sa compagnie étant donné que nous sommes trop chargés. Il faut préciser ici que l’on parle de bus à deux étages où le premier est entièrement réservé aux bagages et dans la soute duquel on peut faire rentrer 4 tandems, 4 vélos et encore une cinquantaine de valises plus quelques passagers clandestins. Mais rien à faire pour le convaincre, les arguments allant du «vous n’êtes pas tout seuls» (on s’en doutait un peu) à «c’est dangereux» (?!!!). Il nous conseille d’aller voir la deuxième compagnie présente sur l’île. Plus sympas ceux-là nous disent qu’ils vont essayer. Même bus énorme, même bus vide (ce n’est pas vraiment la saison touristique) et un chauffeur oscillant entre le «p’t-être ben qu’oui», «p’t-être ben que non» pour finir par un «non» en nous montrant comment 3 valises ont tendance à remplir les dizaines de m3 de la soute. «Attendez le suivant, ça passera sûrement». On s’en va.

Retour à la première entreprise qui possède une annexe permettant d’envoyer des «encomiendas» c’est à dire des «colis encombrants». Il faut payer pour l’expédition, mais nous sommes devenus très disciplinés et allons tranquillement au dépôt pour expédier nos vélos. Arrivés là, nous apprenons qu’ils peuvent être transférés jusqu’à Osorno (au Chili) mais ne peuvent pas passer la frontière. Il faut qu’ils voyagent avec nous dans le bus. Nous expliquons calmement au gentil monsieur que ses collègues avec beaucoup de mauvaise volonté et un brin de mauvaise foi refusent d’embarquer nos vélos dans leurs grands bus vides. Il est bien désolé pour nous et nous conseille d’insister. Ce que nous faisons sans résultat. Nous cherchons alors à voir si une entreprise comme «western union» ne pourrait pas les envoyer. D’abord c’est oui, puis c’est non. Puis c’est possible mais attention les objets non accompagnés à la frontière sont souvent retenus par les douaniers et il faut payer cher en taxes pour les revoir. Pour éviter ça, il faut les faire passer en avion depuis Santiago jusqu’à Buenos Aires. Du délire ! «Le mieux serait de les mettre dans le bus» nous dit la gentille madame. Nous restons (presque) calmes. Je vous passe un certain nombre d’épisodes de cette saga qui nous occupe plus de 12h, je sens que vous décrochez un peu.

Nous n’en pouvons plus de ces réglementations stupides et de la mauvaise volonté des entreprise de service («une entreprise à votre service» est écrit en gros sur les bus) qui n’ont vraiment pas envie de rendre service. Un peu à bout, nous embarquons les vélos dans le camion qui doit acheminer les colis demain à Osorno (mais arriveront-ils ?)  où nous les rejoindrons en bus.

26 mai : Castro – Osorno

Nous nous rendons à Osorno en bus, sans nos vélos. Cerise sur le gâteau : un autre passager embarque dans ce même bus, un vélo en soute … A Osorno, les vélos sont là avec 3 (petites) heures de retard. Nous essayons de trouver un bus pour Bariloche. Non catégorique des deux premières compagnies. Il est tard, nous sommes fatigués, nous verrons demain la troisième.

27 mai : Osorno – Bariloche

Finalement, c’est la troisième compagnie qui se montre la plus compréhensive. Le bus est presque vide et à condition que l’on démonte les vélos, ils veulent bien nous les prendre en soute.

Nous n’avons jamais été aussi contents de passer une frontière ! Ce fut long, avec fouille en règle des sacs, mais nous sommes enfin à Bariloche. Nous y retrouvons Philippe, notre consul-ange gardien, qui va stocker nos vélos pour les deux semaines à venir. Demain, nous partons direction les glaciers !

28 mai 2011 : Bariloche – Esquel

Des lacs, des forêts, des plaines d’altitude entre ciel et terre où seuls survivent des moutons mangeant des buissons jaunes et des renards mangeant des moutons : voici le décors de ces 300 premiers kilomètres vers le sud patagonien. C’est presque 6 jours de vélos que nous faisons en une demi-journée. C’est presque le budget de 6 jours de vélos que nous engloutissons en une journée. Nous avions oublié qu’une voiture coûte cher et que l’essence est plus coûteuse que l’eau. Et encore, dans cette région pétrolifère, le prix du carburant est plus bas que dans le reste du pays. C’est bien l’unique chose qui soit bon marché dans le coin…

29 mai 2011 : Esquel – Sarmiento

Pourquoi les touristes se précipitent-ils en été en Patagonie ? Pourquoi en tel mythe autour de cette région ? Pourquoi les vieux acteurs américains et les mauvais chanteurs français viennent s’y payer une maison ? Je vais vous le dire : parce qu’on peut y contempler le RIEN. Ici, tout est grand et vide.

Aujourd’hui les paysages ont un petit air d’Altiplano bolivien mais sans la vie de l’Atliplano. Pas de village, pas de villageois à vélo qui vous saluent, pas de taureaux qui labourent les champs, pas de champs. RIEN. Nous faisons 300 km entre deux villages en seulement deux ou trois lignes droites. Je ne crois pas que j’aurais pris plaisir à les faire à vélo. Trop long, pas assez de ravitaillement, trop lassant. «Pesado» comme on dit pas ici. A 120km/h ça ressemble à un road movie, à 12km/h ça doit ressembler à l’ennui. Le froid qui se lève vers 11h pour retomber à 14h transforme notre petite voiture en l’endroit le plus luxueux sur terre.

Je cherche une radio sur la bande FM. Nada. Il n’y en a pas. Le RIEN a même réussi à envahir les ondes.

30 mai 2011 : Sarmiento – Puerto San Julian

Au milieu du RIEN, du pétrole. Adieu nid de poule, le revêtement de la route est flambant neuf comme toutes les installations pétrolières alentours et le café est au tarif parisien. Nous regardons le lent mouvement des machines puisant le précieux liquide sous la plaine désertique. Un jour (proche ?), y’aura plus de pétrole, tout ceci s’arrêtera et le RIEN reprendra ses droits.

Un qui ne risque pas de s’arrêter, c’est l’océan atlantique que nous rejoignons en début d’après-midi. Les plages sont à l’image du reste du paysage : immenses. Il nous faut nous ravitailler en essence. Mais des mouvements de grève paralysent l’acheminement du carburant : la première station est vide (c’est faux, les cuves sont pleines de RIEN, j’en suis certain) et dans la deuxième, il faut attendre plusieurs heures. Nous prenons le risque de continuer. A la station suivante, nous pouvons faire le plein. Ca aurait été bête de tomber en panne sèche au milieu des champs de pétrole.

1 juin 2011 : Puerto San Julian – El Calafate

Des autruches, des vigognes, des renards, des putois et quelques rapaces sont les seuls signes de vie dans des paysages de plus en plus tristes.

Ce sont surtout les vigognes qui m’inquiètent. Elles ne regardent pas avant de traverser et la chaussée est parsemée de cadavres. Il y a bien quelques milliers de kilomètres de grillage de part et d’autre de la route mais ce n’est pas ça qui les arrête.

Les Argentins (moins d’un par kilomètre carré en Patagonie) sont assez discrets. Les quelques villages le long du parcours se résument  à une station service et à un hôtel à un croisement de route. Pas vraiment des endroits de rêve. Nous poussons jusqu’à El Calafate où nous arrivons à la nuit.

Arrêt au contrôle de police où l’on nous souhaite un excellent séjour. Et moi qui croyais qu’ils nous arrêtaient pour trafic de linge qui sèche.

1 juin 2011 : El Calafate – Glaciar Perito Moreno

80 km de plus dans des paysages somptueux et nous sommes au pied du glacier le plus célèbre des Andes. Nous avons fait 2000 km pour lui et dès le premier regard, nous ne le regrettons pas.

Il fait partie des lieux qui marquent comme le Machu Picchu ou le Salar d’Uyuni. Mais en plus d’être fantastiquement beau, ce paysage là bouge ! C’est la magie du Perito Moreno. C’est un des rares glaciers, en cette période de réchauffement climatique, qui ne cesse de grandir. Installés sur la péninsule, il vient vers nous d’un à trois mètres par jour flottant sur l’eau et poussé du haut de la montagne par son propre poids.

Il craque et ses craquements résonnent dans la vallée. D’énormes blocs de glace se détachent et tombent régulièrement dans l’eau du lac provoquant de mini-tsunami sur la plage en contrebas.

Nous restons à regarder la beauté de sa glace bleue en attendant la prochaine chute. Nous sommes presque seuls dans le parc et restons 6 heures dans le froid, mais sous un beau soleil bas, à nous régaler du spectacle.

Un petit bilan sur l’Argentine

En arrivant à la douane de la Quiaca, nous avions rencontré des Français qui passaient en Bolivie après plusieurs semaines en Argentine et  qui nous avaient dit sur le ton de la confidence : « Attention, en Argentine, nous ne sommes pas les bienvenus ».  2 mois plus tard, je m’étonne toujours du ressenti très différent que des voyageurs peuvent avoir sur un même pays. Est-ce le vélo ou  les enfants qui nous donnent la chance d’être presque toujours bien reçus par les populations que nous rencontrons ?

Toujours est-il que les  3000km parcourus ne donnent qu’un petit aperçu de ce grand pays dont la superficie est 5 fois supérieure à celle de la France pour seulement 40 millions d’habitants. De la région andine située à la frontière Bolivienne à la région des lacs, nous aurons eu le temps de nous apercevoir que :

– les Argentins sont extraordinairement sympathiques et accueillants;

– l’Argentine aime les cyclovoyageurs, ce qui est en adéquation avec le point précédent;

– les paysages changent lentement et rendent le trajet à vélo parfois un peu ennuyeux;

– les cyclotouristes adorent l’Argentine, ce qui est en contradiction avec le point précédent;

– les grands espaces vides sont un terrain de camping idéal;

– mais où sont les Argentins ? (réponses possibles : ils font la sieste, ils sont au prochain village à 200km, ils boivent le maté en profitant de la vie…)

– les glaces argentines sont meilleures que les glaces italiennes (mais le café y est moins bon)

– les vins argentins sont moins bons que les vins français (mais la viande y est meilleure);

– à l’occasion de la perte de nos vélos par une grande entreprise de transport, nous retrouvons quelques travers bien européens et nous passons du « y’a pas de problème » chers aux Boliviens, aux Péruviens et aux Equatoriens au « c’est pas si simple » bien de chez nous.

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