C’est une petite histoire bien connue. Disons qu’elle se passe au Pérou :

Un pêcheur péruvien va pêcher trois heures chaque matin dans le lac près de chez lui pour nourrir sa famille. L’après-midi il se repose en regardant les nuages et le soir il va jouer de la guitare et chanter avec ses amis. Un jour, un homme d’affaires américain vient le voir et lui dit :

«- Pourquoi ne pêches-tu pas plus longtemps ?

– Pour quoi faire ?

– Pour pêcher plus de poissons !

– Et qu’est-ce que j’en ferai ?

– Tu pourras les vendre au marché de ton village et gagner un peu d’argent.

– Et qu’est ce que je ferai de cet argent ?

– Tu pourras t’acheter un plus gros bateau et aller pêcher plus loin sur le lac d’autres poissons et faire les marchés dans la région.

– Et après ?

– Avec tout l’argent gagné, tu achèteras des bateaux pour aller pêcher sur l’océan.

– Mais je ne pourrai pas m’occuper de tous ces bateaux.

– Tu prendras des employés que tu payeras peu en leur faisant croire qu’ils ont de la chance d’avoir du travail.

– Et après ?

– Tu construiras des usines pour mettre en boîte les poissons et tu exporteras ta production dans tout le continent.

– Et alors ?

– Tu deviendras millionnaire, tu te feras construire une immense maison et tu auras plusieurs voitures.

– Et après ?

– Après ? Tu prendras ta retraite et tu profiteras des dernières années de ta vie.

– Pour faire quoi ?

– Et bien … tu pourras aller pêcher tranquillement le matin pendant trois heures, te reposer l’après midi en regardant les nuages et le soir aller jouer de la guitare et chanter avec tes amis…»

C’est à cette histoire à laquelle je pense quand, du haut de mon vélo, j’observe le mode de vie nonchalant et tranquille de ces villages agricoles où passe à peine une route et où tout le monde sourit.

20 octobre 2010 : Cajamarca
 

 

 

On dit de Cajamarca qu’elle est la ville la plus espagnole du Pérou. C’est vrai que la place centrale est jolie avec une richesse architecturale inhabituelle. Mais son véritable atout à nos yeux est qu’on y trouve plein de fromages ! Pas de quoi rivaliser avec un plateau bien de chez nous, tous ces fromages étant plus ou moins des dérivés de gouda. Mais nous ne boudons pas notre plaisir tout de même.

Et comme pour chaque retour dans la civilisation, on en profite pour assouvir nos envies de cuisine européenne. Ce sera dans un excellent restaurant italien avec des lasagnes savoureuses !

21 octobre 2010 : Cajamarca – San Marcos
 

 

 

La journée de repos nous a donné des ailes (à moins que ce soit la Pina Colada d’hier soir…) : deux cols et 70 km de route asphaltée. Du bonheur. On arrive un peu tard à San Marcos mais nous dormons pour trois fois rien dans un hôtel en construction.

22 octobre 2010 : San Marcos – Aguas Calientes
 

 

 

Réveil difficile. J’ai un peu de fièvre et des courbatures. Carine n’a guère plus d’énergie que moi et Zoé en a marre également. Nous gravissons un col. On s’arrête pour souffler au sommet.

Je discute avec un groupe de profs au bord de la route. Ils m’indiquent des eaux thermales un peu plus loin. Nous suivons les indications et découvrons un paradis (non fléché). Je demande à camper à la première hospedaje. Une vieille dame nous ouvre gratuitement son jardin avec bain d’eau thermale à disposition. Le rêve ! On retrouve tous le sourire et la forme.

23 octobre 2010 : Aguas Calientes – Cajabamba
 

 

 

Une dernière trempette à 50°C et c’est l’heure du départ. Aujourd’hui, c’est jour de marché. Embouteillage sur la route surchargée de taureaux, de moutons, d’ânes et de chevaux. Nous nous frayons un chemin à contre-courant. Un peu plus loin, nous sommes arrêtés par la police deux fois de suite. La première, c’est pour nous donner des oranges, la deuxième pour nous indiquer où dormir. A Cajabamba, nous trouvons une petite maison coloniale avec patio pour garer nos vélos. Nous prenons une chambre et nous nous offrons le traditionnel poulet-frites de la victoire. Et nous dormons comme des bébés pendant 12h.

24 octobre 2010 : Cajabamba – Chuipan
 

 

 

Bien décidés à prendre notre temps comme de vrais péruviens, nous déambulons dans le gigantesque marché du dimanche. Ici, c’est le bruit et l’odeur (comme dirait l’autre) et c’est un vrai régal (preuve qu’il n’avait rien compris). On vend de tout, les bonimenteurs se donnent en spectacle et il faut slalomer entre la foule, les mototaxis et les ânes. Dépasser tout le monde d’une tête se révèle être un bon avantage…

Il nous faut ensuite remonter sur les vélos et l’état de la route n’est pas au beau fixe. Mais les villages traversés sont agréables.

Les costumes des femmes deviennent de plus en plus colorés et les sourires toujours aussi nombreux. Nous traversons un village spécialisé dans la fabrication des tuiles (en terre cuite évidemment). Nous projetons de faire une grande étape mais à l’entrée d’un village, un couple nous propose de dormir là. On accepte d’autant plus qu’ils nous ouvrent la maison de leurs parents absents pour l’instant. Nous sommes également invités à partager la soupe du soir et le petit déjeuner. Moments uniques où l’on partage le quotidien de ces montagnards. Notre hôte nous révèle ainsi le vrai secret du Machu Pichu. Mais je vous le dirai plus tard…

Cela nous donne l’occasion de montrer à quoi ressemble l’intérieur d’une maison de paysan (soit l’écrasante majorité de la population dans la région) :

25 octobre 2010 : Chuipan – Sausacocha
 

 

 

Nous avions un objectif modeste pour cette journée : aller déguster une truite fraîche près d’un lac. Que voulez-vous, le moral est dans l’assiette ! C’était sans compter avec les travaux. Remarquez, maintenant nous savons tout de la construction d’une route. D’abord, prenez une route défoncée abandonnée depuis 20 ans (5km à éviter les trous),

ajoutez un lit de pierre et de gravier (5km à tomber et à remonter),

recouvrez de sable fin (5km à pousser les vélos dans la poussière),

et enfin déroulez de l’asphalte bien collant (5km à reboucher les pneus et les semelles).

Plusieurs heures plus tard, on pense être enfin sorti de cet enfer quand la pluie et le vent glacial nous signalent que nous sommes bien arrivés au col. Et le sable plus de l’eau ça colle. Descente périlleuse. On s’abrite un peu puis on repart. Mais rassurez-vous, on dégustera bien notre truite accompagnée de café brûlant. Campement à côté du restaurant avec nos amis les chiens.

26 octobre 2010 : Sausacocha – Huamanchuco
 

 

 

L’état de la route ne s’améliore pas. Après les graviers, nous voici en train d’essayer de pédaler sur une route en … sable !

Et ça monte. Jusqu’à une montagne dont on exploite les gisements d’or.

Vu l’état du village de mineurs, je pense qu’ils ne doivent pas en garder beaucoup pour eux de l’or…

Nous, on ne trouve que des noix de pécan.