Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Auteur : Florian (Page 1 sur 12)

Hinano

Une chose est curieuse ici : la bière périme très vite. Je ne sais pas si cela est dû à des capsules de mauvaise qualité ou bien à du verre légèrement poreux mais le constat est là : il faut la boire très vite. Remarque bien que je n’ai pas fait d’études poussées sur le sujet et que je me contente d’une déduction, certes peu scientifique, mais basée sur une observation de multiple fois répétée : quand une glacière est pleine de bières, personne ne bougera tant qu’elle ne sera pas vide.

J’en déduis la capacité de péremption accélérée du produit.

D’ailleurs moi-même j’en achète peu et la bois vite pour éviter toute perte qui serait financièrement préjudiciable vu le prix des boissons alcoolisées sur l’île. Ce faisant, la mollesse qui m’habite (ne cherche pas, cet article est garanti sans contrepèterie) s’en trouve décuplée à chaque fois que je renouvelle l’expérience.

Ma capacité de raisonnement suit la même pente que la boisson houblonnée dans mon gosier et je me retrouve à me demander si la première gorgée de bière était meilleure que la dernière. Incapable de me concentrer sur les qualités gustatives comparées de la bouteille initiale et de la bouteille finale, je cours sans hâte (il fait chaud quand même) acheter un nouveau pack au commerçant du coin.

Considérant qu’il faut élargir l’échantillon pour affiner les résultats, j’appelle quelques amis pour m’aider dans ma dégustation. Conscients de l’importance de la tâche que je leur confie, ils se mettent à leur tour à descendre rapidement mais sans hâte excessive (il fait toujours assez chaud, même le soir) les bouteilles du précieux liquide.

Afin de maintenir une température corporelle constante, tout ce petit monde, se prêtant à l’expérience, se trempe jusqu’au cou, bouteille à la main au-dessus de l’eau, dans le lagon. Cette posture, typiquement locale, permet de prendre son bain tout en s’hydratant. Bref, joindre l’agréable à l’agréable.

Puis, le soleil se couchant, toute velléité de compréhension s’estompe doucement et le lumière rose-orangée que prend la voute céleste nous rappelle l’immensité de l’univers et repousse toutes les questions existentielles et scientifiques vers demain.

Bonne nuit.

Go west, boy, go west

« Nous nous affligeons des effets mais continuons à adorer les causes. » – Bossuet

Bande son

Avec des noms comme Twin Peaks et des images comme celle du Golden Gate Bridge on a envie, en déambulant dans les rues de San Francisco, d’une bande son cinématographique. Du jazz, probablement. Peut-être celui de la série « Twin Peaks » justement, envoutant et décalé. Ou bien quelque chose de plus européen, tant cette ville de la côte ouest géographiquement loin du vieux continent semble en avoir pris les bons côtés : quartiers résidentiels tranquilles, grands parcs verdoyants, magasins colorés et population affable.

On m’aurait menti ?

Que ce soit bien clair, je sais que tout s’achète et que tout se vend de ce côté-ci du monde, même l’image d’une ville et d’un état. Mais quand même ! San Francisco en été c’est du brouillard comme dans l’Ain au mois de novembre (ce qui n’est pas peu dire) et des températures qui s’écroulent la nuit sous les 15°C. Moi qui pensait que les californiennes se baladaient en bikini sur la plage pour sauver de la noyade les mauvais nageurs comme moi, je suis un peu déçu.

Géographie communautaire

Chinatown, le quartier français, le quartier italien, Mission – le quartier hispano, autant de quartiers qui découpent SF en morceaux comme autant de couleurs sur un kaléidoscope urbain. SF c’est une moitié de blancs, un tiers d’asiatiques et beaucoup d’hispanophones. J’ai acheté ma carte SIM en chinois, je l’ai faite dépanner en espagnol et je m’en sers pour trouver mon chemin dans les quartiers résidentiels des cadres supérieurs américains. Dans mon Uber qui me ramène à mon airbnb, je pense à ces entreprises qui ont donné un coup de vieux à nos taxis et à nos hôtels et qui sont toutes implantées à SF. A côté de moi, les chauffeurs parlent dans leurs oreillettes en chinois, en espagnol ou en arabe.

Niveau de vie

Avec un salaire moyen supérieur de 50% au reste des Etats-Unis, SF est la ville la plus chère du pays et dans laquelle il fait, paraît-il, le mieux vivre. D’ailleurs, les gens ont l’air heureux. Souriants, en bonne santé, bien habillés, ils déambulent en parlant dans leur iPhone, l’air sûrs d’eux. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Ils vivent au bord de l’océan pacifique dans une région où le climat est stable, jamais trop chaud ni trop froid, dans une ville qui a pléthore d’entertainment, dans un pays qui offre une multitude de destinations et des parcs naturels parmi les plus visités du monde. Une belle image d’une Amérique de rêve se dessine devant nos yeux.

Mais quand la nuit s’apprête à tomber, un tout autre monde fait son apparition, l’Amérique des laissés pour compte, faite d’alcool, de drogue et de violence qui ne cherche pas à se cacher. Nous sommes dans un pays de liberté après tout. Les trottoirs de Soma et de Mission deviennent des lieux où l’on titube, où l’on hurle, où l’on se frappe. Les derniers business men s’affairent à rentrer chez eux. Les derniers touristes, dont nous faisons partis, les imitent. Demain matin, ces rues redeviendront de sympathiques lieux de déambulation avec leurs maisons colorées et leurs magasins chatoyants.

L’espace public se partage en communautés et dans le temps imitant le flux et le reflux de la marée de l’océan qui le délimite.

On the road again

On se cale sur la FM avec une radio qui diffuse les classiques des 60s, 70s et 80s, on appuie sur la pédale de frein, on cale la boite auto sur D, et on part. De San Francisco à Yosemite, c’est un traversée de l’Amérique de l’immense banlieue sur des 2×6 voies ponctuées par des centres commerciaux gigantesques à des routes de montagnes tortueuses. C’est passer de la fraîcheur de SF à la chaleur écrasante du désert. C’est successivement l’urbain qui écrase la nature puis la nature qui prend sa revanche. Et en beauté. C’est sec, minéral et baigné dans une lumière de cinéma. D’ailleurs je me crois dans un décor de western en traversant le vieux village historique de Coulterville, prêt à pousser le portes à battants du Saloon pour me descendre quelque-chose de frais tellement j’ai le gosier qui me gratte avec cette chaleur déshydratante. Arrivés chez nos hôtes, c’est le même syndrome : je suis un cow-boy à l’écoute de la nature dans une vieille maison en bois. Je dégaine la guitare assis sur mon rocking-chair en descendant une Bud tiédasse sur le porche. La classe !

Yosemite, Oh, c’est mité !

Jim, notre hôte artiste peintre, peint sans relâche des tableaux montrant des arbres morts. Son inspiration c’est la parc national de Yosemite, presque aussi célèbre que celui de Grand Canyon. Dans ce parc que nous arpentons toute la journée, les pins, affaiblis par 4 années de sécheresse, meurent sous les assauts d’insectes qui les dévorent du pied à la cime. Cadavres en sursit, ils ressemblent à d’immenses cure-dents qui attendent la prochaine tempête pour s’écrouler. Et comme si cette calamité ne suffisait pas, des incendies ravagent régulièrement la canopée ou ce qu’il en reste. D’ailleurs notre première journée dans le parc se fait dans une fumée qui masque en partie la beauté des colossales formations granitiques et nous pique les yeux.

C’est donc Yosemite Fall et El Capitan recouverts d’une brume hors saison que nous fixons sur la pellicule.

Cette opacité rend encore plus mystérieuse la forêt des arbres mourants.

Histoires (de chutes) d’O

Curieusement, alors que l’incendie continue à faire rage, la vallée de Yosemite est plus claire ce matin. La fumée s’est dissipée en partie, révélant enfin ces géants de granit en toile de fond de la rivière merced. Le monde minéral surplombant la vallée et écrasant tout espoir d’horizon, nous remet à notre juste place : de vaniteuses fourmis tentant de trouver le meilleur angle pour la prise de vue idéale. Rapidement, nous quittons les lieux pour nous enfoncer au fond de la vallée où une ascension vers les chutes de Nevada est au programme du jour. Un randonnée difficile qui nous rappelle que nous ne sommes pas des être humains vivant une expérience spirituelle mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine.

A l’approche du sommet, ça grimpe en lacets serrés. Le ratio effort/fréquentation monte en flèche. On se sent de plus en plus seuls. Le bruit de l’eau nous entoure. Puis un grand vertige quand on se penche pour apercevoir les chutes d’en haut.

Cette eau qui manque cruellement dans les déserts californien coule ici à flot, comme pour narguer l’humanité, trop occupée à dérégler le climat et le cycle de l’eau.

Cette chaleur

Le désert c’est d’abord une expérience visuelle. Tout ce qui fait un paysage de nature bienveillante disparait au fur et à mesure de la route : les arbres, l’herbe et enfin l’eau. La seule tâche bleue de la carte c’est ce lac que l’on prend alors comme objectif. Mais en guise de lac, c’est une étendue d’eau retenue prisonnière par un monde minéral qui ne propose que sécheresse et poussière. Les hommes y vivent depuis toujours grâce à une vallée irriguée par la rivière Kern, maigre oasis cernée de massifs gigantesques.

Dans ce monde où tout est plus grand, les arbres n’échappent pas à la règle. Les Sequoias géants sont réellement géants. On peut rentrer à l’intérieur des tronc de ces vénérables anciens dont certains ont plus de 3000 ans. Espèce commune au temps des dinosaures, ils n’existent aujourd’hui plus qu’en Californie. Pour encore combien de temps ?

En guise d’héritage, les indiens ont laissé le nom aux plus beaux endroits, les chercheurs d’ors les villes fantômes et l’homme moderne la climatisation. Partout ça ronronne nuit et jours pour combattre la chaleur qui s’infiltre partout. Même la niche du chien est climatisée.

X-files

De Kernville à Death Valley, c’est le pari de s’enfoncer encore plus dans l’aridité. Des centaines de miles de lignes droites (pourquoi les Américains qui ont eu le bon goût de conduire à droite n’ont-ils pas adopté le système métrique ?). Des voitures et des trucks à gogo sur les freeway et plus personne sur les routes qui la quittent. Un mal-être va même jusqu’à s’installer. Que se passerait-il si la voiture tombait en panne? Et si on venait à manquer d’eau dans cet air desséché?

La nature est hostile, l’homme passe de sa voiture climatisée à la station service climatisée et marche vite en très les deux pour éviter de fondre ou de voir son ice-cream fondre.

Quand le désert s’impose comme toile de fond à notre petit auto, on se met à comprendre les mythes américain. Devant une base de l’armée perdue au milieu du rien californien, on se demande ce qui s’y trame. Une lumière dans le ciel et c’est l’idée d’un OVNI atterrissant sur le sol américain qui devient réaliste. Des formes au fond du vieux saloon d’un village abandonné et c’est la présence d’un fantôme qui s’impose. Gigantesque dans sa géographie et extrême dans ses températures, le désert met à l’épreuve notre rationalité. Alors probablement, la vérité est aileurs.

Vallée de la mort-vivante

Shoshone, camp de base pour l’exploration de la Death Valley. 31 habitants. 1 saloon, 1 general store, 1 trailer que l’on loue pour la nuit.

Traverser la vallée de la mort, point le plus bas de l’Amérique du nord, désert le plus chaud du monde à l’époque la plus chaude de l’année pendant la pire canicule que le pays ait vécue depuis des années devient rapidement une expérience sensorielle plus qu’une visite touristique.

L’air conditionné à fond luttant contre des vitres et un pare-brise bouillants, la brave automobile japonaise a connu des jours meilleures. D’ailleurs c’est sur cette route que les grandes marques viennent tester leurs nouveaux modèles pour vérifier leur endurance à la chaleur.

Chaque arrêt pour aller prendre une photo s’apparente à la visite d’un four réglé à 54°C, température idéale pour réchauffer une pizza. L’air sec pousse à boire des litres d’eau. Les panneaux disent « ne marcher pas après 10 heures du matin ». Il est 11h. Sur un parking quelqu’un vomit. D’autres visiteurs restent dans leur voiture. Ronflement de ventilateurs. Le peu de vent, au lieu de rafraîchir, vient brûler les yeux. Quant à la grosse flaque d’eau qui traîne au point le plus bas de la vallée, elle est salée et a donné à ce lieu le surnom de badwater.

Après les panneaux « vallée de la mort », « golf du diable » et « porte des enfers », on a compris le thème général de ce parc national.

Après 9 heures de traversée, on ressort de l’autre côté, l’eau est chaude dans les bouteilles mais le moral est bon. La vallée inhospitalière a la beauté d’un autre monde. Et la proximité de la mort encourage toujours la survie.

Las Vegas

Tout comme il existe des Disneylands pour enfants, il existe un grand parc d’attraction pour adultes : Las Vegas. Sur le modèle cher à Mickey, tout est faux ici également : fausse tour Eiffel, fausses pyramides, faux canaux de Venise. Tellement faux que ç’en est kitch. Tellement kitch que ça fait sourire. Une culture de carton-pâte sans intérêt si ce n’est d’en rire. Ou d’en pleurer. Désastre écologique, désastre culturel, désastre architectural, Las Vegas cumule tout ce que l’Amérique peut produire d’inutile. Mais en grand. Hyper-concentration de casinos et de centres commerciaux plus immenses les uns que les autres. Rapport maladif à l’argent. Débauche de lumière. Vomi sonore. Tout intrigue, énerve et excite dans cette ville dont le mythe dépasse la réalité. On en ressort fatigués, un peu déçus et contents de ne rester q’une nuit.

Priorité

En Amérique du nord, rouler sur les autoroutes est gratuit mais visiter les parcs naturels est payant. En France, c’est l’inverse. Chacun ses priorités ?

Plus dure sera la remontée

Californie, Nevada, Arizona, les Nords-américains ont peuplé le désert, dompté la chaleur, apprivoisé l’aridité et des petites villes ont poussé là où rien pourtant ne semblait favoriser l’installation humaine. Est-ce là la preuve d’une génie humain capable avec sa technicité et son acharnement de venir à bout des pires conditions climatiques ? Chacun aura son opinion sur la question. Reste que ce peuple semble mieux tirer profit du progrès technique que d’autres. Quand il n’est pas obnubilé par sa position dominante qui le pousse à élire un abruti persuadé que le réchauffement climatique est une invention des Chinois pour couler le commerce nord-américain.

Pendant que le mâle dominant de la maison blanche nous assomme avec son inculture, la température augmente partout sur la planète. L’année 2018 n’est pas encore achevée qu’elle s’annonce déjà comme la plus chaude de l’époque moderne. Les températures enregistrées en Europe et en Amérique dépassent toutes les prévisions les plus pessimistes des chercheurs. Les forêts brûlent à proximité du grand canyon sans que personne ne puisse rien y faire puisque l’eau manque partout. La rivière Colorado, architecte de ce monument naturel mondial, est aujourd’hui asséchée avant d’atteindre le golf de Californie au Mexique. Partout la catastrophe annoncée pointe son nez aves des évidences criantes mais rien n’est entrepris, ou bien si peu.

Le génie humain nous sauvera-t-il ? Quand les océans seront épuisés de jouer leur rôle de régulateur, difficile d’imaginer une solution.

Avant d’entreprendre à pied la descente dans le Grand Canyon, ce panneau : going down is optional, coming up is MANDATORY, descendre est optionnel, remonter est obligatoire. Définitivement, cela sonne comme un avertissement universel. Avant que toute la surface de la terre ne ressemble au Grand Canyon, il serait bon de faire un effort pour remonter.

Règles

Sur les autoroutes américaines qui traversent les déserts, 2 règles :

  • ne pas tomber en panne d’essence,
  • prendre une réserve d’eau en cas de panne d’essence.

Et si la panne arrive, attention, des serpents et autres bêtes au venin mortel sont enfouis dans le sable des bas-côtés. Mieux vaut donc rester dans la voiture.

Remarquez que l’on peut aussi mourir d’ennui sur ces highway interminables. Ou alors abattu par la fatigue d’avoir à supporter des centaines de miles de lignes désespérément droites. Il ne faut pas non plus espérer de grandes surprises sur les aires de repos qui proposent inlassablement les mêmes chaînes de fast-food. Burger ou tacos reste la seule question à se poser quand vient le moment de commander. Les inventeurs du Fordisme ont pousser la standardisation jusque dans leurs assiettes et la surprise est rarement au rendez-vous. A moins de trouver le petit restaurant enfoui dans un village improbable où un chef réinvente la recette du steak enfoui entre deux tranches de pain (Ah, ce burger black & white au steak fumé et au bleu).

La cités des anges

Poussés par un flux de voitures s’étendant sur 2×6 voies à plus de 100km/h, on rentre dans Los Angeles sans même réellement s’en apercevoir. Les échangeurs sont saturés et les trucks envahissent la route. Et puis soudain, une fois cette artère quittée, c’est le miracle des villes américaines qui se produit une fois de plus. On se retrouve dans un quartier-village aux grandes avenues désertes s’étendant du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest avec une régularité de métronome.

Pas tenus de vivre dans des villes conçues il y a des siècles et qui peinent à s’adapter au 21ème siècle, les Américains, aidés par un espace immense, ont eu toute liberté dans l’organisation du paysage urbain et des plans de circulation en découlant. L’organisation en damier, si elle manque de charme, relève d’un pragmatisme et d’une optimisation made in USA. En plein milieu d’une mégapole de 18 millions d’habitants, la ville s’écoule avec tranquillité, sans bruit et sans heurt. La majorité de la circulation étant canalisée sur les grands axes, les quartiers vivent libérés de l’étreinte automobile.

Alors que je récupère de ce long trajet, le soir nous faisons nos courses dans une petite boutique mexicaine où l’on ne parle qu’espagnol et on vous fait payer moins que prévu pour éviter de rendre la monnaie. C’est l’autre miracle de la Californie. La ville des anges porte peut-être bien son nom.

Muscle beach

Ça frime moins que prévu sur les plages de LA. Bien évidemment le skate park en bord de mer est plein de fous volants défiant les lois de la gravité. Et à Muscle Beach, ça soulève de la fonte en grognant (comme un certain Schwarzenegger il y a des années, devenu depuis gouverneur de ce coin du monde). Pour le reste, c’est une ambiance estivale et familiale.

Reste Venice Beach, autrefois haut lieu de la contre-culture américaine. Les maison colorées et l’odeur de weed sont toujours là mais le lieu est surtout l’occasion d’une bonne promenade dans un flux ininterrompu de touristes. Il reste que toute forme d’art se met en scène de façon plus ou mois réussie par des artistes plus ou moins sobres avec des succès plus ou moins mitigés.

Getty museum

Véritable ville dans la ville. Le milliardaire américain a acheté une colline puis y a fait construire des bâtiments à l’architecture véritablement ingénieuse juxtaposant des esplanades gigantesques, des espaces calmes, des jardins luxuriants et des salles d’exposition tout en hauteur. On y trouve un peu de tout et de rien dans un classement scrupuleusement chronologique. Et on s’en fout un peu. Le lieu suffit à générer l’enchantement des visiteurs.

Life is short. Shop.

Hollywood, Beverly Hills, Rodeo Drive, autant de noms qui évoquent le cinéma, l’usine à star et la fortune. Destinations touristiques, ces lieux n’en demeurent pas moins des repères pour la haute société américaine. On y croise plus de Porsche et de Ferrari que dans aucun autre endroit des USA et les curieux s’agglutinent autour d’automobiles dont j’ignore même le nom mais qui semblent prestigieuses. Acheter un tour en minibus des maisons des plus grandes vedettes ou espérer en croiser une dans un magasin de haute-couture, où le mauvais goût assumé atteint les mêmes sommets que les prix, reste le rêve de pas mal de visiteurs. De rues marchandes en centre commerciaux on analyse la vie terrifiante de ces ultra-riches qui ont des problèmes de budget inverse du bon peuple : comment dépenser tout l’argent de la semaine avant qu’il ne s’accumule. Comme le résume assez bien le fronton d’une boutique chic : « La vie est courte. Achetez ! »

La Highway 1

Oubliez la route 66. C’est surfait et ennuyeux. Préférez lui la route 1. Celle qui remonte de LA à SF en longeant la côte pacifique. Là aussi les noms prestigieux s’égrennent tranquillement : Malibu, Santa Barbara, Big Sur. Coincées entre l’eau et la montagne, les villes s’en tiennent à des tailles plus humaines. L’ambiance y est gentiment bobo, déclinaison côte ouest. Les décapotables se traînent ostensiblement sur la voie de gauche entre jolies maisons de couleur en bois et falaises colorées. Les kilomètres, pour un fois, s’écoulent avec plaisir. La fluidité de la circulation fait oublier la fumée, parfois épaisse, et les routes fermées pour causes d’incendie. On fait ses courses dans des magasins mexicains et on pique-nique devant des surfeurs attendant la vague. On se réadapte doucement à la vie au bord de l’eau. Le retour est pour bientôt.

The End

3 semaines et demi de road-trip et c’est le retour au point de départ. La fumée a tout envahi. Yosemite a fermé son célèbre parc, le brouillard de San Francisco se double d’un écran de fumée et la clarté qui devrait s’imposer partout à cette saison a mauvaise mine. Le proverbe africain « On entend l’arbre qui tombe mais pas la forêt qui pousse » n’est plus d’actualité. La Californie connaît le plus grand incendie de son histoire. Elle brûle comme pour nous alerter de l’imminence de la catastrophe. La nature en colère n’épargne pas les plus riches du pays le plus riche. Elle se moque d’eux et leur rappelle leur lourde responsabilité. Elle nous explique qu’au final, c’est elle qui l’emportera et qu’elle n’a pas besoin qu’on la défende. Ses forces sont immenses et le gigantisme du territoire américain nous rappelle que trop épris de liberté, nous avons mal jugé les limites de notre terrain de jeu. La patchamama continuera à édicter ses règles qu’on les respecte ou pas. La beauté de l’Ouest américain, la puissance des Etats-Unis, la fierté de ses habitants ne pèseront pas lourd face à la fin annoncée. Alors on pourra répéter en boucle « This is the end, my friend ».

En écoutant du jazz…

Où t’habites ?

Comme le Japon, lointaine île cousine du Pacifique, la Polynésie possède cette étrange particularité qui surprend les touristes mal informés : il n’existe pas d’adresses précises des lieux. Si une rue a un nom, il est certain que les bâtiments qu’ils la composent n’auront pas de numéro. Et comme la plupart du temps, les rues n’ont pas de nom…

Les plages, ce n’est pas ça qui manque, ni les manguiers, ni les dos d’âne.

Fini donc les 324 rue général Tartempion, 2ème étage gauche. Trop simple, pas poétique du tout, ce système d’adressage européen risquerait de te faire trouver trop vite le lieu que tu cherches. Ici on préfère, à gauche au gros manguier près de la plage, après le 7ème dos d’âne, la maison derrière la grosse pierre.Evidemment, la première fois ça surprend. Les plages, ce n’est pas ça qui manque, ni les manguiers, ni les dos d’âne. Mais avec un peu de pratique, on se repère à quelques éléments du paysage : un magasin d’alimentation, une maison abandonnée, un portail en bois et on devient expert pour trouver à peu près tout ce que l’on cherche : personnes, services, vendeurs.

Mais alors, te demandes-tu, comment il fait le facteur ? Héhé, tout simplement, y’en a pas ! Si tu veux recevoir du courrier et des colis, il faut louer une boîte postale. Ton adresse s’enrichit alors d’un BP 123456. Tu as une petite clé et tu peux aller régulièrement à l’OPT (La Poste) pour vérifier ta petite boite.

Deux personnes peuvent donc habiter au PK 30 et être diamétralement opposées sur l’île.

Pour le repérage sur l’île, on parle de PK : le Point Kilométrique. Le PK 0 étant situé devant la cathédrale de Papeete, il faut ensuite compter le kilomètres en s’éloignant. Mais attention, il y a des PK en partant sur la côte Est et également sur la côte Ouest. Deux personnes peuvent donc habiter au PK 30 et être diamétralement opposées sur l’île. Et puis les PK se comptent de Papeete au Nord vers Taravao au Sud mais également de Taravao vers Papeete. Une borne kilométrique affiche donc 2 numéros. Exemple : une personne qui habite au PK 40 (de Papeete) est voisine d’une personne qui habite au PK20 (de Taravao) !

Et si tout cela n’était pas assez compliqué, on recommence à compter les PK sur la presqu’île sur les deux côtes et dans les 2 sens.

Et enfin, on indique dans l’adresse géographique, le côté de la route. Ainsi on peut habiter côté montagne ou côté mer. Perpendiculairement à la route on va donc emprunter une servitude qui peut desservir un ou plusieurs quartiers.

Pour autant, on se perd rarement, il n’y qu’une route de ceinture et le tour de l’île fait à peine 120 kilomètres.

Petit exercice pour la prochaine fois : si j’habite au PK4 de Taravao côte Est, combien de temps je mettrai pour rejoindre la plage « PK 18 » en passant par la capitale sachant que la vitesse moyenne hors embouteillage est de 40km/h ?

Le Uke

Un des symboles de Tahiti, loin derrière les palmiers s’inclinant sur le lagon, les surfeurs dévalant des montagnes d’eau ou les couronnes de fleurs fraîches des vahinés, est un petit instrument de musique dont les particularités en disent plus sur le mode de vie tahitien que bien des ouvrages universitaires. Le ukulele est largement connu dans le monde sous sa forme Hawaïenne de guitare miniature à 4 cordes dont les images et le son sont fortement attachés à la saveur des îles de rêve dans leur écrin de sable blanc. Largement moins connu est le ukulele polynésien, voire tahitien dont la forme intrigue dès le premier regard.

En apprenant à le connaitre, c’est à dire en apprenant à en jouer, on réalise rapidement qu’il est pourtant à l’image des gens qui peuplent ce caillou fleuri au milieu du pacifique sud.

Comme eux, il a une construction robuste. Fait d’un seul morceau de bois, sans fioriture et sans accessoire tapageur, il s’autorise tout au plus quelques tatouages de motifs géométriques pour appuyer ses lignes épurées.

Quel autre instrument possède 4 cordes parfaitement identiques qui ne nécessitent pas un périlleux et long voyage jusqu’à la ville pour être achetées ?

Simple, il l’est dans son utilisation et dans son entretien : quel autre instrument possède 4 cordes parfaitement identiques qui ne nécessitent pas un périlleux et long voyage jusqu’à la ville pour être achetées ? Si une corde du ukulele casse, rendez-vous à la quincaillerie la plus proche où tout le monde sait quel fil de pêche permettra de corder son ukulele pour 3 fois rien et sans prise de tête.

Modeste et discret, il a cet impossible design avec l’ouverture de la caisse vers l’arrière quand tous les autres instruments à cordes projettent le son vers l’avant et un son sec et sans profondeur, croisement improbable d’un ukulele hawaïen et d’un banjo américain qui en fait autant un instrument à cordes qu’une percussion.

Entendre le son du ukulele tahitien, c’est savoir que l’on est au fenua

Joueur et très franc il se laisse transporter partout et aime se faire entendre dès que la fête pointe son nez ou pour meubler le bruit incessant des vagues heurtant la barrière corallienne.

Entendre le son du ukulele tahitien, c’est savoir que l’on est au fenua entouré de gens dont il est l’étrange et réjouissante incarnation en instrument de musique.

France ou pas ?

S’il y a bien une question par ici qui n’appelle pas de réponse simple c’est « Alors, Tahiti, c’est la France ou pas ? »

Et nous voilà repartis pour des heures de débat. Entre autonomie, indépendance, pays d’outre mer et autres grands mots, pas facile de s’y retrouver. Alors moi je vais vous dire, j’ai une réponse simple : Tahiti, c’est comme la France d’il y a 30 ans.

Évidemment les moins de 30 ans vont avoir du mal à comprendre les références de cet article mais tant pis. Ils se feront aider par plus vieux qu’eux.

30 ans plus tôt.

Fouille dans ta mémoire à une époque où les pompes à essence avaient leur pompiste. Quand tu étais petit, c’est le monsieur à qui ton papa tendait un billet en disant « le plein s’il vous plait ! » en début de mois et « 30 francs, ça suffira » en fin de mois. Il s’occupait de plein de voiture en même temps et ne se trompait jamais sur les montants. Trop fort. Le pompiste tahitien, il est pareil que celui de ton enfance sauf que tu le tutoies et que les montants c’est plutôt « 4000 francs s’il te plait ! ».

Tu te rappelles quand pour avoir internet on utilisait des modems qui faisaient plein de lumière et que même plus ça clignotait dans tous les sens, moins ça allait vite ? Bienvenue sur l’internet polynésien ! C’est cher, pas rapide et quand ça ne fonctionne plus il faut appeler le service client qui ferme à 16h.

Et te souviens-tu du prix d’un abonnement au réseau GSM (c’était comme ça que ça s’appelait avant la 4G) avant qu’une entreprise n’invente le forfait à deux euros ? Et même que t’avais des sms limités et qu’il fallait faire attention à ne pas dépasser et te prendre la tête avec le report des minutes d’un mois sur l’autre mais attention ça ne marchait plus le mois suivant à moins que t’aies collecté assez de points fidélité. Et bien ça marche encore comme ça ici.

Et puis : quand la carte bleue était encore un truc de geek que tes grands-parents refusaient d’utiliser parce que « c’est quoi cette monnaie en plastique et pis j’oublie tout le temps le code ». Tu sortais ton chéquier à tout bout de champ et au moment où t’en avais le plus besoin : Paf! Plus de chèques !

C’est toujours ainsi sur les belles îles de Tahiti.

Et quand il fallait attendre des plombes pour avoir la carte grise , précieux sésame délivré après avoir rempli en 3 exemplaires une feuille sur laquelle tu ne comprenais pas la moitié des items. Bon OK, c’est toujours comme ça en France.

Mais ici on lèche encore le timbre fiscal devant l’hygiaphone (cherche pas, il n’y a pas de contrepèterie).

Et avant les répondeurs automatiques, il fallait absolument joindre ton interlocuteur pour lui délivrer ton message. Rassure-toi, ici aussi les smartphones ont un répondeur (avec ce superbe accent tahitien) mais personne ne semble l’utiliser. On t’appelle et on ne te laisse pas de message. Il reste ce besoin de parler de vive voix. Pas toujours pratique.

Ça fait partie du charme polynésien. Et puis il y a quand même une différence. Ici tu t’en moques de tout ça. Tout le monde te sourit et personne ne râle. Pas très français pour le coup !

Nouvelle Calédonie

En Nouvelle-Calédonie, on peut hésiter entre équitation et plongée. La solution pour contenter tout le monde : chevaucher des hippocampes.

Choses vues – avril 2018

En lieu et place du traditionnel journal de voyage, voici, jetés en vrac des choses vues, des pensées, des grains de sable du voyage. On pourrait me reprocher de ne pas avoir mis d’ordre dans mes idées, mais j’ai craint qu’avec l’ordre disparaissent les idées, comme c’est parfois le cas…

Nouméa

  • Air Calin (la compagnie néo-calédonienne) serait-elle la compagnie aérienne de la douceur? Le petit déjeuner servi dans l’avion après 4h de sommeil tend à confirmer cette intuition : une crêpe remplie de riz au lait accompagnée d’une gaufre sur un lit de crème anglaise. Le bonheur d’un art culinaire entre ciel et terre. L’art de l’entre-deux.
  • Première expérience culturelle à Nouméa où nous arrivons pendant un très long week-end de Pâques. Tout est fermé et nous finissons dans une célèbre chaîne américaine de fast-food. Nous vérifions le principe économique du prix du hamburger comme indicateur du niveau de vie. Mêmes ingrédients, 33% plus cher.
  • Lu dans un dépliant touristique : « Les perles de Tahiti sont moins chères à Nouméa qu’à Tahiti ». Nous vérifions le principe économique qui dit que tout est plus cher à Tahiti.
  • Pour nous, polynésiens d’adoption, Nouméa c’est grand. Il y a dans cette ville autant d’habitants que sur l’île de Tahiti. Est-ce à cause de cette surpopulation relative que les baies ont perdues leur âme ? Béton, bagnoles et caniches sont-ils les marques au fer rouge que les hommes appliquent à la nature ?
  • Les windsurfers et kitesurfers, qui avec leurs planches et leurs voiles animent le lagon de Nouméa, agissent comme un révélateur : ils rendent apparente cette force invisible de la nature, le vent. Merci à eux.

  • Au loin, la barrière de corail se pare d’une frange d’écume. Plus près, les murs se parent de tags. Les tagers manquent d’imagination, l’écume est bien plus (re)belle.
  • Rues commerçantes de Nouméa. En regardant dans les vitrines les télévisions à vendre, je viens subitement de comprendre pourquoi les doter d’écrans toujours plus plats : pour être en adéquation avec le contenu qu’elles diffusent.
  • A Nouméa, comme à Papeete, absence de kiosque à journaux, absence de presse, absence de ce qui nous écrase.

La Foa

  • Aujourd’hui nous avons roulé plus de 120km sans revenir au point de départ. Aujourd’hui, nous nous sommes trompés de route. Aujourd’hui, nous avons eu du mal à sortir d’une zone commerciale. Toutes ces choses impossibles à Tahiti.
  • Dans la brousse de la chaîne montagneuse, je me sens comme une feuille de thé. Je prends le temps de m’immerger, de me laisser gonfler pour remonter lentement à la surface. C’est la cérémonie du thé adapté au voyage : repos, patience et dégustation.

  • Perçu dans le brouhaha lointain de l’actualité française : encore une réforme du lycée. J’espère qu’un jour les pays étrangers remercieront la France pour leur avoir montré tout ce qu’il ne fallait pas faire.
  • Assis sur l’herbe, entouré de la chaîne, la montagne calédonienne, baignée dans le soleil, je fais miens les mots de Churchill : I am a man of simple tastes, easily satisfied by the best !
  • Je lis la vie secrète des arbres1. On y redécouvre la communication par phéromones pour prévenir les voisins d’un danger. On y apprend la communication par influx nerveux via les racines. L’homme a beaucoup copié la nature pour ses propres inventions. Qu’internet existe sous terre depuis que les arbres sont là c’est très réjouissant. Ça relativise les propos de ceux qui nous bassinent avec la révolution internet. Historiquement d’abord, l’écriture, l’imprimerie, la radio ont été au moins aussi révolutionnaires dans l’histoire de l’humanité. Et maintenant la barrière des espèces vole en éclat. Les végétaux s’envoient des messages et partagent de l’information. Il faudra un jour regarder les arbres comme nos vénérables compagnons plutôt que comme un stock de planches.
  • Les arbres ne manquent pas à proximité de Pocquereux où, sous un ciel dans lequel nagent quelques nuages épais, nous promenons nos baskets. Imaginer ce lien invisible entre eux rend encore plus incongru et ridicule les kilomètres de clôture qui sectionnent, segmentent et découpent la brousse en propriétés privées. Et ces panneaux souriez vous êtes filmés à des kilomètres du premier village sont le mauvais goût incarné par de petites gens qui n’ont de grand que leur propriété. La brousse, nouvel eldorado de la vidéo-surveillance ?

  • Si les arbres ont inventé internet, les oiseaux sont les ingénieurs des données cryptées. La preuve : on ne comprend rien à ce qu’ils se chantent mais on aimerait tellement le savoir.

Pondimié

  • Lu sur le bord de la route : « Le droit à l’endroit ». Une revendication des tribus ? Vu sur une couverture de magazine : « Deux couleurs, un pays ». Un appel à l’indépendance ? Mystérieuse Calédonie.
  • « Un touriste rapporte environ 200 000 francs pour 6 000 francs investis ». Ami voyageur, tu es un investissement pour ce pays. Tache de garder ton rendement économique sinon … sinon quoi ?
  • A propos du référendum à venir sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, un dirigeant politique nous dit : « Si nous savons que le chemin n’est pas praticable, nous n’engagerons pas la population à le suivre ». Il va falloir reboucher tous les nids de poule sur les routes pour que la population suive ce genre d’argument.
  • En Nouvelle-Calédonie, on peut hésiter entre équitation et plongée. La solution pour contenter tout le monde : chevaucher des hippocampes.
  • J’ai toujours trouvé les sites industriels très photogéniques. Les immenses mines à ciel ouvert de Nouvelle-Calédonie n’échappent pas à la règle. Surtout un samedi, où l’activité a disparu et que la roche rouge fait passer les montagnes découpées pour des forteresses martiennes taillées par des géants.

  • Le nickel est le sang de la Nouvelle-Calédonie. Il a scarifié la montagne, rougi les rivières et irrigué toute l’histoire de l’archipel.

  • Ceux qui voyagent pour vérifier sur place que le pays correspond à l’idée qu’il s’en font vont être déçus par la Nouvelle-Calédonie : c’est un pays plein de rien au milieu d’un grand vide. Sorti de l’effervescence toute relative de Nouméa, c’est brousse et compagnie. L’île et grande mais peu peuplée. Le lagon est immense mais trop vaste pour en apercevoir les limites de la plage. Ici la grandeur rejoint une forme d’ennui qui pousse à la contemplation.
  • Pays des extrêmes géographiques il est également celui du grand écart social. Deux sociétés, l’une moderne, l’autre tribale se partagent le caillou. Mais se rencontrent-elles ?
  • « Attention, traversée de tribu ». Qui a eu l’idée de ce panneau routier ? Ne se sont-ils pas rendu compte de la proximité du message avec celui prévenant de la traversée d’animaux ?
  • Un jeune cerf a traversé la route devant nous avec toute la grandeur et le respect que dégagent ces animaux : sur le passage piéton. Puis il a marché sur le trottoir le long des groupes attablés pour le repas dominical amusés de cette présence inattendue. Je suis certain qu’il leur a souhaité un bon appétit. Politesse du roi de la forêt.
  • Ecouter John Zorn confortablement allongé dans le sable en contemplant le ciel imitant la mer. L’idée la plus proche que je me ferais du paradis si je n’étais pas athé.
  • Quand on voit les espèces endémiques extraordinaires de Nouvelle-Calédonie, on se dit que ce bout de terre, à l’instar de la Nouvelle-Zélande, a eu raison de se détacher du supercontinent Gondwana. Preuve géologique que pour préserver son intégrité, il faut dériver, s’éloigner de la masse. La tectonique des plaques ou la majorité a toujours tort.

Bourail

  • La plongée c’est l’art de disparaître. Une fois la tête complètement immergée, on change de monde. Fini l’ambiance terrestre avec sa pesanteur épuisante, son bruit incessant et ses odeurs omniprésentes. Bienvenue dans un univers aquatique où les couleurs, le bruit, les sensations changent et évoquent la douceur de flotter dans le monde. Retour dans le fluide originel (la composition de l’eau de mer est très proche de celle du liquide de nos cellules) peuplé d’être tous plus originaux les uns que les autres. Retour dans le silence du ventre maternel. Retour dans la source de la vie. Je maudis cet animal prétentieux qui a franchi la frontière de ces deux mondes il y a 500 millions d’année pour s’aventurer sur terre.

  • J’aime cette analogie tout droit venue d’un peuple de pêcheurs : les ethnies de ce pays sont comme les mailles d’un filet. Il faut régulièrement resserrer les liens.
  • Observation de la mangrove : si les moustiques aiment tant le sang, pourquoi ne se piquent-ils pas entre eux ?
  • Sur les murs, encore : « Rêvez Rêveurs Rêveil Rêvons Rêvolte »
  1. la vie secrète des arbres – Peter Wohlleben – Les arènes

Un été au pays du sourire (3/3)

Ko Tao

La vérité est que dans la vie, la plupart du temps, il n’y a rien à faire. L’homme sage est celui qui cultive l’art de ne rien faire.

6 août

Avez-vous déjà mis un pied au paradis ? Je veux dire avec la possibilité d’en revenir. C’est à peu près ce qui nous est arrivé en découvrant une petite baie au sud de l’île de Koh Tao.

Ici, tout semble s’être figé comme sur une carte postale. Enfin, pas tout à fait. Sur la colline d’en face, dans la végétation luxuriante qui caractérise les îles tropicales, se construit un nouveau resort. Encore en béton brut non recouvert de bois, il fait râler la famille française qui a eu la mauvaise idée de s’installer à quelques mètres de mon hamac. Évidemment, on peut verser dans un discours passéiste dans lequel cette île encore récemment dépeuplée était pour certains une sorte de paradis vierge version La Plage ou quelques Leonardo Di Caprio trentenaires vivaient en occidentaux repus persuadés d’être seuls au monde. On peut imaginer naïvement que les Thaïlandais auraient pu choisir un autre mode de développement économique basé sur le respect de la nature et la conservation de l’environnement. Qu’ils choisissent de ne pas exploiter la manne touristique que représentent ces plages de sable blanc et continuent de vivre de pêche et de jus de coco en s’abritant de la mousson sous des tôles. Bref, qu’ils soient notre Jekyll quand nous faisons nos Hide depuis des siècles. Je ne me fais pas d’illusions sur ce que deviendra cette île de la tortue. Il suffit de voir les clichés pris en 1995 du débarcadère. Un chemin de terre bordé de cocotiers. Aujourd’hui, quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé une station balnéaire du tiers-monde. Dans une atmosphère saturée de gaz d’échappement, des pickups transformés en taxi charrient des vivres, des matériaux de construction et des backpackers en mal d’exotisme.

Dans 20 ans, les petites huttes en bois auront toute disparu, la jungle sera balafrée par des cordons d’asphalte et la côte sera recouverte d’hôtels gigantesques avec piscine à débordement et cocktails alcoolisés. La Thaïlande sera passée du stade de tigre asiatique à celui de pays développé. Les riches Chinois auront envahi la place et les routards seront partis explorer d’autres lieux vierges et perdus.

En attendant, le petit coin de paradis que nous trouvons à la pointe que de cette minuscule île (21 km2) est le havre de paix que nous souhaitons trouver après 15 jours dans la jungle urbaine.

Elle est surtout peuplée de plongeurs dont la principale qualité est de passer leurs journées dans l’eau, nous laissant parfaitement tranquilles sur la plage.

Jeudi 7 août

Mon goût prononcé pour la position allongé dans un hamac et la forte présence de l’arbre à noix de coco me désigne comme une victime potentielle de la théorie de Newton

Alors que nous passions du temps parmi les éléphants, des panneaux rappelaient d’éviter de tenir l’appareil photo dans la même main que la canne à sucre. Conseil judicieux. La trompe de l’éléphant est précise et puissante.

Ici, l’autre conseil prodigué par la petite brochure de bienvenue sur l’île est d’éviter de faire la sieste à l’ombre des cocotiers. Ca paraît être plein de bon sens mais c’est assez difficile à respecter. Mon goût prononcé pour la position allongé dans un hamac et la forte présence de l’arbre à noix de coco me désigne comme une victime potentielle de la théorie de Newton. Il faut bien mourir un jour. Face à la bien nommée Sharks island, bercé par le bruit des vagues et la brise tropicale, ça a plus de classe qu’au fond d’un lit d’hôpital abattu lentement par un cancer.

L’enseignement de Bouddha a laissé quelques beaux principes. Par exemple, il nous apprend que la vérité n’est que dans la vie, la plupart du temps il n’y a rien à faire. L’homme sage est celui qui cultive l’art de ne rien faire.

Bouddha aurait-il séjourné sur Koh Tao ?

Je tente le coup d’appliquer au moins ce conseil pendant les jours qui vont suivre.

8 août

Le resort où nous logeons a évidemment occidentalisé ses pratiques : jardin impeccablement entretenu , plage nettoyée matin et soir et menu traduit en anglais. Mais contrairement aux autres pays d’Asie du sud-est, cette occidentalisation est à l’œuvre en Thaïlande depuis longtemps. C’est le roi Chulalongkorn qui avait exigé du peuple de copier les habitudes et les manières des occidentaux, prétextant qu’un pays occidentalisé et donc moderne aux yeux des étrangers protègerait de la colonisation, la justification de tous les colonisateurs étant de civiliser les pays qu’ils envahissaient. Et cela fonctionna à merveille puisque la Thaïlande, à l’opposé de ses voisins, ne connut jamais la colonisation. L’adjectif Thaï signifie par ailleurs homme libre.

9 août

Le guide du routard le disait. Koh Tao est l’île de la plongée, alors pourquoi ne pas essayer pour la première fois de respirer sous l’eau? Le fait d’observer de beaux fonds marins avec masque et tuba, de voir partir le matin le bateau chargé de plongeurs et peut-être tout simplement l’envie de comprendre ce qui pousse toutes ces drôles de tortues chargées de bouteilles à passer une bonne partie de la journée sous l’eau, ont suffi à nous décider. Il faut ajouter que le club de plongée est attenant à notre logement et que l’instructeur parle français, ce qui permet à Zoé de profiter pleinement de sa formation.

Après avoir rempli les papiers officiels où je reconnais pour moi et ma fille que la plongée est une activité comportant un certain nombre de dangers, je certifie que nous sommes tous les deux en bonne santé, que nous ne souffrons d’aucune allergie (hem), que nous ne souffrons ni du mal des transports ni de claustrophobie ni de vertige (un petit mensonge), nous descendons sur la plage pour apprendre les rudiments de la survie sous l’eau. Nous sommes 4 ce matin à tenter l’expérience. Évidemment, nous en restons aux exercices de base : enlever le détendeur sous l’eau et le remettre, vider son masque de l’eau qu’il contient et enfin respirer normalement. Puis, en suivant la pente de la plage, nous nous enfonçons doucement sous l’eau en restant à proximité de notre instructeur au cas où quelque chose se passerait mal. De mon côté, à part l’eau qui rentre continuellement dans mon masque, tout se passe bien. Après l’étrangeté de la situation – après tout nous ne sommes pas des poissons – vient le plaisir de flotter dans un monde tellement différent de celui d’au-dessus. Commence alors le jeu de l’observation de la faune et de la flore qui vit à 5 mètres sous l’eau. Et celui de la respiration qui permet d’assurer sa flottaison. Même si pendant ces 45 minutes, il n’est pas toujours possible de se détendre totalement (après tout cet appareillage qui fait de nous des hommes-poissons n’est pas là pour nous faciliter les choses), nous sommes tous d’accord pour tenter une deuxième plongée.

Du 10 août au 14 août

J’ai dit que j’appliquais les concepts du bouddhisme. Donc je prends quelques vacances bien méritées.

15 août

Après une ultime matinée à la plage, nous quittons Koh Tao à bord d’un Catamaran dont la vitesse impressionnante nous permet de rejoindre le continent en moins d’une heure et demi.

Suit une nuit dans le train où, dormant en haut c’est à dire à côté du plafonnier, je ne ferme pas l’oeil.

Retour à Bangkok.

16 août

Sky Train jusqu’au National Stadium.

Visite de la maison de Jim Thompson.

Balade au MBK, grand centre commercial pour touristes.

Retour à la maison puis massage des pieds et repas au bord de la Chao Praya.

La routine en quelques sorte.

17 août

Parc de la ville : balade en pédalo et jeu pour les enfants.

Centre commercial et quartier des grattes-ciel.

18 août

Vue panoramique de Bangkok du 32ème étage de notre immeuble. Vu d’ici, il mérite son nom marin de light house. Nous sommes dans un océan urbain dont on ne voit pas les limites et je commence à avoir le mal de mer.

Puis retour à Chinatown, ses ruelles serrées, ses odeurs étranges.

Et pour finir cette journée à chiner très asiatique, direction l’Asiatique River Front, le dernier-né des Mall de Bangkok.

Le soir, les filles retournent faire un massage intégral Thaï. Je m’abstiens.

19 août

Cette vision Thaï du volant transformé en roue de la fortune où seuls ceux qui méritent de mourir vont se tuer.

Dernière journée à Bangkok. On traverse à nouveau le quartier des méga Mall pour aller cette fois-ci dans un jardin où sont regroupées d’anciennes maisons Thaï. Encerclé par les buildings, surplombé par le métro aérien, l’endroit conserve tout de même une atmosphère paisible avec ses multiples terrasses donnant sur les bassins. Évidemment il pleut. Il pleut de plus en plus. Nous entrons dans la période de la mousson sous une chaleur étouffante apparemment conséquence d’El Nino.

Curieux anachronisme que ce mini village thaï au milieu des grattes-ciel qui résume bien le pays. Une Thaïlande pleine de traditions déjà entrée de plain-pied dans la modernité.

Un autre bel exemple de cet assemblage étonnant de croyances anciennes et d’adaptation contemporaine est donné par les moines et leur système de donation. Les moines ne devant rien posséder vivent grâce aux dons en nature effectués par leurs fidèles. Habituellement, ces offrandes sont données dans de grands seaux que les hommes à la tunique safran rapportent aux temples (on n’ouvre jamais un cadeau devant celui qui l’offre). Dans chaque seau, les moines trouvent nourriture, bougies, savons et d’autres articles de première nécessité. Mais au pays des centres commerciaux géants, de vénérables commerçants ont commencé à ouvrir des échoppes devant les temples pour faciliter la transaction. Et à l’heure d’Internet, les Thaïs les plus pressés et les plus aisés peuvent même commander en ligne des packs pré-assemblés qui seront livrés au temple de leur choix.

Ce soir, il faut reprendre une dernière fois le taxi pour rejoindre l’aéroport. Encore une fois, il va falloir se battre contre la vision occidentale de la façon de conduire des chauffeurs de taxi, irresponsabilité et négligence envers la vie humaine, et tenter pendant la durée du trajet d’adopter cette vision Thaï du volant transformé en roue de la fortune où seuls ceux qui méritent de mourir vont se tuer !

Au pays des Kiwis

Soyons honnêtes, le vrai point noir de la Nouvelle-Zélande c’est cette maudite mauvaise habitude de conduire à gauche. It’s not right !.

Le saigneur des agneaux

Ce tout petit pays enchante tous les voyageurs qui s’y rendent. Impossible de trouver quelqu’un qui soit rentré un peu déçu par son voyage au bout de l’Océanie.

Un tel engouement pour un pays très lointain de l’Europe s’explique en partie par la médiatisation qui a suivi la sortie de la trilogie du seigneur des anneaux (6% d’augmentation de la fréquentation touristique). Les films de Peter Jackson mettent en avant ces paysages étonnants et variés allant des douces montagnes ondulées aux hauts plateaux désertiques en passant par des grottes éclairées des feux des vers luisants.

Pour ma part, ayant rencontré plus de moutons dans les villages et dans les bacs des supermarchés que d’Elfes ou de Nains, je vois plutôt ces îles comme celles du saigneur des agneaux.

C’est d’ailleurs l’exportation de ces animaux (60 millions de moutons) pour leur laine et leur viande vers l’Angleterre qui assurera au pays son dynamisme économique avant que celle-ci décide de se tourner vers le commonwealth plus proche, abandonnant la Nouvelle Zélande à son encombrant voisin australien.

Mais ce n’est pas tellement l’histoire économique du pays qui intéresse les touristes qui explorent le pays dans des vans bariolés.

C’est plutôt son savoureux mélange de paysages authentiques, ses grands espaces vides (un peu plus de 4 millions d’habitants se disputent un territoire grand comme l’Italie et dont la forme est d’ailleurs curieusement symétrique), ses petites villes à l’américaine poussant au croisement inespéré de deux routes, sa nourriture variée et enfin ses habitants accueillants et très détendus.

Soyons honnêtes, le vrai point noir de la Nouvelle-Zélande c’est cette maudite mauvaise habitude de conduire à gauche. It’s not right !. À part ça, rien à reprocher au mode de vie Kiwi.

Florilège de photos :

Un été au pays du sourire (2/3)

Ayuttahya

28 juillet

Des quartiers résidentiels rupins cachés derrière d’immenses portails rivalisant de kitch. Et de la boue qui ruisselle partout.

Il pleut ce matin. Une pluie tropicale où les gouttes vous tombent dessus en rangs serrés avec l’objectif évident de vous détremper en un minimum de temps. Peu importe les caprices de la météo, nous prenons un taxi au tarif ridiculement bas pour nous emmener jusqu’à la gare centrale de Bangkok. De là, nous montons dans un train nonchalant qui doit nous emmener jusqu’à Ayuttahya, ancienne capitale du royaume de Siam. Nous avons choisi la troisième classe qui permet pour 1 euro par personne de parcourir les 150 km qui séparent les deux villes. Dans ce wagon rafraîchi par la seule brise générée par l’avancée léthargique du train se croisent une population bigarrée de farangs avec leur encombrant sac à dos, des Thaïlandaises en jupon revenant du marché les bras encombrés de paniers, des familles en promenade pour la journée dans les parcs historiques d’Ayuttahya. C’est pour ces anciens temples dont certains sont encore recouverts de végétation que nous choisissons de faire étape là-bas.

En attendant, c’est le traveling habituel des banlieues sans fin des mégapoles du tiers-monde qui défilent par les fenêtres du train. Bicoques au toit de tôle coincées entre les derniers murs  de propriété et les rails, travaux de modernisation des routes qui avancent au rythme de la mousson, quartiers résidentiels rupins cachés derrière d’immenses portails rivalisant de kitch. Et de la boue qui ruisselle partout.

A l’arrivée, nous prenons un bac pour rejoindre la vieille ville ceinturée d’eau. Nous posons les sacs dans une petite guesthouse sans charme où nous sommes accueillis avec les sourires désarmants que les Thaïlandais vous offrent sans retenue.

Même si la ville est étendue, l’ambiance y est bien différente de celle de Bangkok. La circulation reste infernale et la pollution continue de nous faire tousser. Pour autant, de l’ensemble se dégage un côté champêtre introuvable dans la trépidante Bangkok. Comme cette terrasse ombragée au bord du canal où nous nous régalons de jus de fruits, crevettes aigres-douces et pâtes de thon cuit dans une feuille de banane. L’ensemble est épicé et déborde de saveurs. La cuisine Thaï est réputée comme une des meilleures du monde. Elle est plus légère que la cuisine chinoise et moins complexe que la cuisine française. Les saveurs sont décuplées par l’utilisation d’épices, d’herbes et de sucre. Ce dernier est présent dans chaque plat.  D’ailleurs les Thaïlandais en sont les plus gros consommateurs au monde. Une habitude qui s’explique par l’énorme besoin qu’a le corps de retenir l’eau sous un climat si humide et si chaud.

Le festin terminé, il est trop tard pour partir explorer les environs à vélo. On négocie la location d’un bateau longue queue pour faire le tour de la ville et de ses temples à la tombée de la nuit. C’est à ce moment que les stupas d’influence khmer révèlent leurs charmes.

Notre pilote nous dépose au marché de nuit. Les fumets des échoppes sont un appel à la gourmandise. La cuisine Thaï à travers ses vendeurs de rue a trouvé le compromis idéal entre fraîcheur des produits (pas de frigo dans la rue donc pas de conservation du plusieurs jours des produits) et rapidité du service (pas ou peu de tables pour attendre ses plats). Le meilleur du Slow Flood et du Fast Food réunis. Pour nous, ce sera galettes de riz au miel et fruits très exotiques que nous dégustons sur la terrasse de la guesthouse accompagnés des moustiques et des geckos qui nous observent accrochés au plafond, défiant les lois de la gravité.

Une fois les filles couchées, nous sortons avec Carine dans le quartier des routards où nous attend une multitude de cocktails fabriqués à base de fruit frais. La sono diffuse des tubes interplanétaires. Tout autour de nous, les gens se détendent et discutent dans une atmosphère gentiment babylonienne. Pour peu, on se croirait dans un bar lounge d’une capitale européenne. Mais un hurlement réveille tout ce petit monde. À côté de nous, une jeune Américaine se lève brutalement, suivie par ses amies. Elles regardent le sol avec effroi puis finissent par quitter les lieux. Je comprends qu’elle viennent d’apercevoir un des nombreux rats que j’observe du coin de l’œil depuis quelques minutes et qui vont et viennent entre les tables à la recherche de quelque nourriture tombée au sol. Tout le décorum mis en place pour séduire les jeunes occidentaux n’empêche pas la réalité de refaire surface : le manque de ramassage des ordures entraîne une prolifération des rats qui continue de faire de la peste une réalité dans les villes thaïlandaises.

29 juillet

L’endroit est envahi de moustiques dévorant les pieds des touristes et de chauves-souris dévorant les moustiques. Un bel exemple de la chaîne alimentaire en action.

Le lendemain matin nous changeons de logement pour prendre une chambre plus grande et surtout plus ventilée dans une jolie maison en teck typique de la région. Les fenêtre sont sans vitres et on peut au choix les fermer à l’aide des moustiquaires ou bien avec des volets pour la nuit.

Derrière, deux petite terrasses en bois permettent de prendre le frais au-dessus d’un étang couvert de lotus. À la tombée de la nuit, l’endroit est envahi de moustiques dévorant les pieds des touristes et de chauves-souris dévorant les moustiques. Un bel exemple de la chaîne alimentaire en action.

Nous louons des vélos bien trop petits pour nous et faisons le tour du parc historique. Nous ne tardons pas à croiser des éléphants et à nous offrir une courte balade sur le dos de ces pachydermes extraordinairement maîtrisés par leur mahout. Du moins on l’espère.

Nous finissons par nous perdre dans les méandres de la ville et faisons bien plus de kilomètres que prévu. Mais rien ne semble pouvoir entamer notre moral remonté le soir par la dégustation d’une Chang bien fraîche, la bière locale qui a fait de son créateur une des personnes les plus riches de la planète.

Lop Buri

30 juillet

Nous poursuivons en train notre ascension vers le Nord. La prochaine étape est la petite ville de Lop Buri. Nous logeons dans un bungalow coincé dans l’arrière-cour d’un restaurant.

Le patron nous emmène en 4×4 pour aller visiter un temple envahi par les paons, un bouddha perdu dans la montagne, une plage à l’air abandonnée et pour finir l’envol des chauves-souris à la tombée de la nuit.

Au retour, le chauffeur prie les deux mains jointes à chaque fois que l’on croise une statue de bouddha, lâchant le volant pendant quelques instants. Frisson garanti.

La pluie et la fatigue ont raison de nos filles qui pour la première fois ont froid en Thaïlande.

Nous ressortons à la tombée de la nuit pour dîner. Longue discussion avec George et son pote espagnol Daniel qui traversent la Thaïlande à vélo.

Chang et riz.

Couchés tard.

31 juillet

Je sais où Pierre Boulle a trouvé son inspiration. Troublant.

Achat des billets de train pour Chang Mai. Plus de train de nuit. Ce sera 10h de train de jour demain.

Ça nous laisse la journée pour la visite au temple dédié aux singes. Ils ont rendu la ville célèbre. Cette colonie de macaques fait partie du quotidien des habitants qui s’en protègent à l’aide de pistolets à eau et de jets de pierres mais refusent de les exterminer, la croyance bouddhiste de la réincarnation et de la continuité de la vie les en empêchant. En les voyant s’accrocher aux fils électriques et grimper sur les voitures, je sais où Pierre Boulle a trouvé son inspiration. Troublant.

Plus loin, c’est les rues réservées au marché aux fruits.

Repos bien mérité sur la terrasse de la gesthouse.

Soirée entre singes et country music. Improbable.

Chiang Mai

1 août

Nous embarquons à nouveau dans un train hors d’âge dans lequel commence le curieux balai d’une hôtesse en veste rose loukoum qui nous sert un œuf bouilli dans une sauce sucrée et l’indémodable bol de riz en alternance avec une femme de ménage à l’uniforme bleu qui pousse lentement un large balai tout le long de l’étroit couloir du wagon. Puis, à chaque arrêt, l’intermède du contrôleur qui vient poinçonner les billets des nouveaux arrivants agitant sans relâche sa poinçonneuse d’où sort un cliquetis caractéristique annonçant son passage.

Par les fenêtres, l’enchevêtrement des rizières et des bananeraies dessine le paysage tropical de la Thaïlande.

Au plafond, les ventilateurs sur deux axes prêtent main-forte à l’air conditionné pour rafraîchir l’habitacle. Il doit faire 35 degrés dehors.

En approchant du nord, la voie de chemin de fer s’élève dans des montagnes couvertes de jungle verdoyante.

Tard dans la soirée, nous filons vers notre nouveau logement.

2 août

Longue nuit (mais pourquoi dort-on autant?)

On se renseigne sur les horaires d’avion en mangeant une tartine de beurre de cacahuète maison.

Puis grande balade dans le nouveau et l’ancien Chang Mai. Beaucoup tournée vers le tourisme, la ville paraît plus riche que celles que nous avons visitées précédemment.

Repas dans l’appartement avec les restes du repas distribué dans le train. Pas folichon mais tout le monde s’endort assez tôt.

3 août

Réservation des billets d’avion pour le voyage vers le sud (à peine plus cher que le train).

Fish Spa ou bien se faire nettoyer les pieds par un banc de poisson. Étrange et agréable.

Repas dans un restaurant où les employés sont des prisonniers qui peuvent également faire des massages. Rendez-vous est pris pour le lendemain.

Mais comme dans la matinée, nous avons croisé un chauffeur de tuk tuk qui était d’accord pour nous emmener en dehors de la ville à la rencontre des éléphants, nous commencerons par ça.

Après-midi et soirée dans l’immense marché du dimanche où l’animation est assurée par des militaires en uniforme!

Repas du soir autour d’œufs de caille et d’une salade.

4 août

Résultat improbable du mélange d’une moto et d’une charrette, il combine les inconvénients des deux

Levés très tôt. Nous récupérons notre chauffeur de tuk tuk comme prévu.

Le tuk tuk est le véhicule devenu un symbole de la Thaïlande (juste derrière l’éléphant). Résultat improbable du mélange d’une moto et d’une charrette, il combine les inconvénients des deux : peu ou pas de protection contre la pluie et les gaz d’échappement ou en cas d’accident (très fréquent en Thaïlande où un accident est considéré comme la conséquence d’un mauvais Karma plutôt que comme celle d’une erreur de conduite) et pas moyen de se faufiler dans les embouteillages dont il reste une des principales victimes. Les classes moyennes thaïlandaises lui préfèrent le taxi climatisé, les chauffeurs de tuk tuk ont jeté leur dévolu sur les touristes. Mais là non plus, il n’est  guère convaincant. Son toit recourbé sur les côtés ne permet pas de profiter du paysage. On n’aperçoit que les plaques d’égout et les pare-chocs trop proches des 4×4.

Une heure de tuk tuk et de gaz d’échappement avant d’arriver au camp des éléphants le plus proche de Chiang Mai.

Spectacle d’éléphants (baignade, foot et le plus impressionnant : peinture).

Repas sur place puis 30 min de balade dans la jungle à dos de pachyderme.

Retour au centre ville. Un jus de fruit pour se requinquer avant l’épreuve suivante : une heure de massage Thaï intégral.

Si “massage thai” est devenu une sorte de marque universelle prêtant d’ailleurs à confusion, le massage traditionnel se pratique habillé. Il s’agit à l’origine d’une science indienne vieille de plus de 2500 ans qui fut importée par les moines buddhistes il y a 18 siècles. A l’origine pratiqué exclusivement dans les temples dont le Wat Pho à Bangkok, il est l’art non pas de faire du yoga mais de se faire faire du yoga. Chaque geste travaille des lignes d’énergie parfois sous la forme un peu douloureuse de points de pression ou d’étirements des doigts et des orteils. Tout y passe : jambes, bras et dos. Les masseuses appuient de tout leur corps sur leur client à l’aide de leurs coudes, de leurs genoux ou de leur pieds.

On ressort étrangement  détendu de l’expérience.

Retour à l’hôtel et repas traditionnel Thaï. Salade épicée et boissons glacées aux fruits.

On se couche heureux.

L’art de la guerre

De Tahiti et des Tahitiens, j’aurais tout entendu. Mes quelques mois au contact de ce peuple du bout du monde auront suffi à avoir une première impression qui contredit ce que l’on croyait savoir : soit c’est faux, soit ce n’est pas assez vrai.

Avertissement : Le tutoiement étant de rigueur sur ce joli caillou fleuri, je l’utiliserai dans tous les articles, non pas comme un élément provocateur mais comme une évidence naturelle du langage.

L’art de la la guerre (contre les moustiques)

Que Tahiti soit un eden terrestre ou pas, 2 choses sont à prendre en compte avant de s’expatrier : la pluie et les moustiques. Ne pouvant pas faire grand chose contre la première, nous allons nous attarder au traitement des seconds. Ce petit manuel devrait être utile à tous ceux qui comme nous feront le choix de vivre au plus près de la nature, certes magnifique mais également impitoyable et envahie par ces petits êtres sournois.

Avant de rechercher les moyens à mettre en oeuvre dans ce combat de tous les jours, il faut s’intéresser à l’ennemi. Polymorphe, le moustique tahitien peut être bruyant et pataud, petit et agile, rayé (le moustique tigre) ou encore minuscule (comprenez presque invisible). Sa particularité : il attaque à toute heure. Certains vous expliqueront qu’ils sont présents plutôt au lever du soleil, dans le creux de la matinée, avant le repas, pendant le repas, à l’heure de la digestion, en début d’après-midi, en fin d’après-midi, au coucher du soleil, quand le soleil est couché, exclusivement en début de nuit, avec de nombreuses explications relatives au climat, à l’humidité, au sens du vent, à la végétation, aux fleurs ou d’autres paramètres non maîtrisables, etc… La VERITE est pourtant là, devant nous : ils sont là TOUT LE TEMPS !

Non seulement leur piqûre est désagréable (comme avec tous les moustiques) mais en plus ils sont porteurs d’un panel de maladies bien pénibles (dengue, zika, chikungunya) et toutes sortes de réactions allergènes peu avenantes.

Ceci étant dit, il existe de multiples moyens de se battre contre leur envahissante présence. Les armes à votre disposition sont dans l’ordre d’efficacité constatée :

  • des habits longs avec chaussettes.

Un brin pénible dans un pays où la température avoisine régulièrement les 30°C. C’est assez radical mais les horribles bébêtes vont se concentrer sur les surfaces de peau restées accessibles : oreilles, cou et doigts.

  • les fumigènes (dits aussi serpentins)

Tous ne fonctionnent pas. On préfère ceux dits « naturels ». Ça marche bien à condition d’accepter de vivre dans un nuage de fumée. Plus de piqûre mais il faut supporter l’odeur de ces fumées et ne pas trop se poser de questions sur l’inhalation des substances qu’elles contiennent.

  • la raquette (dite « taser à moustiques »)

Alors là on passe à l’arme de destruction massive. Sous ses dehors de jouet pour enfant, on tient là une véritable arme qui transforme n’importe quelle bestiole volante en éclair bleuté. Avec un peu d’entraînement, on peut se faire ses 100 moustiques dans la soirée. Evidemment, c’est difficile de faire autre chose en même temps. Tu peux essayer de lire ton bouquin d’une main et chasser les moustiques de l’autre mais tu finis toujours soit par perdre le fil de l’histoire, soit par donner un coup de raquette sur la tête qui va te cramer quelques cheveux. Il faut faire attention…

  • le monoï

Produit tahitien naturel par excellence, l’huile, issue de la coco, est aussi utilisée comme répulsif à moustique. Une version parfumée à la citronnelle démultiplie l’effet anti-insecte. Personnellement, je crois plutôt que le produit est tellement gras qu’il transforme ta peau de piste d’atterrissage en patinoire. Plus rien ne peut s’accrocher à toi. En plus, ça résiste relativement bien à la baignade et reste donc efficace après un petit tour dans le lagon. En conséquence, c’est bien évidemment assez difficile de s’en débarrasser sur les mains après application. Effet doigts gras garanti sur les écrans tactiles, les papiers et les touches de claviers.

  • Les insecticides (off et autres poisons)

De l’avis des médecins, c’est le plus efficace : se bombarder la peau de produits censés repousser les insectes piqueurs. Ça fonctionne un peu après application mais dans un pays où tu te baignes 3 fois par jour et où tu transpire comme deux, l’efficacité est vite réduite à pas grand chose. C’est surtout la solution de secours contre le pétage de plombs (quand les moustiques te piquent sur tes boutons de moustiques parce qu’il n’y a plus d’autres endroits à piquer).

  • l’eau de mer

Un endroit où tu ne trouveras pas de moustiques : dans l’eau ! En plus, ça soulage les brûlures des boutons. Mais attention quand tu sors, ils adorent ta peau humide et légèrement salée et ça repart de plus belle. A réserver également aux situations d’urgence.

  • hors catégorie : le ICON

Ce n’est plus un mode de protection individuel mais un traitement global du problème. Ce produit, vendu presque partout, est à appliquer autour des maisons à l’aide d’un pulvérisateur. Réputé très dangereux pour la santé, on prend soin de s’habiller en cosmonaute avant de jouer avec. Le résultat à l’aube du jour suivant, c’est une hécatombe d’insectes : blattes, cent-pieds et autres rampants sont foudroyés dans la nuit. L’effet sur l’ennemi numéro un est à évaluer sur le moyen terme. Normalement, les larves de moustiques sont détruites et la situation doit s’améliorer jusqu’au prochain épisode de pluie qui rincera la produit. Mais cela nous ramène à un autre élément de la vie polynésienne que l’on traitera plus tard : la pluie.

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