Déjà la moitié du parcours pour rentrer à la maison. Il fait chaud, les étapes sont trop longues mais la vie est belle.

Voici la fin du périple trans-océanien chez nos amis les Belges et nos voisins les Anglais.

04 août 2011 : Emden

Au petit matin, nous sommes à quai au port d’Emden. Avec la permission de midi, ça nous laisse suffisamment de temps pour descendre se balader dans la petite ville qui jouxte le port. Le choc est terrible. Tout est propre et calme. Un matin du mois d’août en Allemagne du Nord, rien de plus. Nous avions juste oublié cette étrange impression d’être parfaitement anonymes chez nous, en Europe. Certes, le taxi, que nous prenons faute de temps est dix fois plus cher qu’en Argentine mais nous ne le regrettons pas. Les rayons d’une célèbre chaîne de magasin de discount sont les plus fournis que l’on ait vus depuis bien longtemps. Et le bretzel est vraiment le seul pain capable de rivaliser avec la baguette. Nous sommes un peu étourdis et avons du mal à nous débarrasser de nos réflexes sud-américains. Où est ce … de réseau wifi gratuit que je consulte les mails ? Quoi !! 5 euros pour une heure d’internet, ce sont des bandits dans cette ville !! Viens, on s’en va.

05 août 2011 : Hambourg

Cette grande maison sur l’eau n’arrête pas de me surprendre. Ce matin, j’ouvre les rideaux et le décor a changé. Cette fois-ci, ce sont les sommets acérés des églises de Hambourg qui se dressent devant nous. Et le Queen Mary II. Oui, le plus grand bateau de passagers du monde nous fait de l’ombre.  Il est juste plus haut que nous et attirent tous les curieux. Quant au port, rappelez-vous vos cours de géographie : plus grand port d’Europe. Et c’est vrai. A perte de vue des containers et des files de cargos qui entrent et sortent par l’Elbe. Ca donne à Hambourg cette curieuse topologie : un immense port d’un côté du fleuve et une immense ville de l’autre. Nous traversons le pont car une visite du centre ville s’impose et nous avons quelques heures devant nous. J’assouvis mes fantasmes de technologie. Je rentre dans une grande surface pleine de matériel informatique et je contemple les ordinateurs et autres tablettes.

06 août 2011 : Hambourg – Tilbury

L’Europe est petite. En une journée, nous quittons le climat déjà assez moyen de l’Allemagne du Nord pour un temps carrément anglais, mélange de brouillard et de pluie.

07 août 2011 : Londres

C’est dimanche et ici, on ne travaille pas le dimanche. Toutes les activités de chargement et de déchargement du bateau sont donc remises à demain lundi. C’est une excellente nouvelle pour nous. Nous pouvons partir toute la journée sans horaire de retour. L’occasion est trop belle. Tilbury, où nous sommes à quai, est à 40km de Londres. Il nous suffit juste de prendre le train et à nous la capitale.

Zoé vient de finir un livre sur Londres et est très motivée pour cette visite. C’est donc tout sourire que l’on se fait bêtement arrêter par la police à la sortie du port. Sans le savoir, nous sommes en infraction. Les enfants sont interdits dans le port. Mais alors, formellement interdits. Va t-on nous jeter dans les geôles de la tour de Londres pour ça ? Non, mais presque. Ce soir, il faudra prendre un véhicule pour faire les 400m qui séparent l’entrée du port de la passerelle du bateau. Ok, sir ! On peut y aller maintenant ?

Je vous passe les détails de la journée. Londres est une ville fascinante.

De retour à 22h, un peu crevés, c’est le moment de repasser par nos «amis» des douanes. Sauf que le grouillot de ce soir semble avoir une réflexion encore plus limitée que celle de son collègue du matin. Cette fois-ci, c’en est fini de nous. C’est la deuxième fois que nous tentons d’enfreindre les règles du port. Nous sommes de dangereux criminels. Il appelle le poste de police. Mahaut veut faire pipi. A nouveau, le policier, un poil moins désagréable que le gardien, nous fait la morale mais accepte de nous conduire dans la voiture de police jusqu’au bateau. Pourvu que Mahaut se retienne. Inquiétude sur le visage de nos amis philippins puis sourire quand on les informe de la situation.

08 août 2011 : Tilbury

Après la grandeur de Londres, nous optons pour aller voir un peu où les vrais gens vivent dans cette bonne grosse ville industrielle de Tilbury. Il faut bien évidemment ressortir du port. D’après la police, il faut appeler un taxi. Finalement, après discussion avec le «watcher», un agent du port nous emmène jusqu’au centre ville. Mais ce soir, nous répète-t-il, pas de blague, il faudra prendre un taxi.

Un vieux fort anglais et un centre commercial plus tard, nous allons donc chercher le taxi qui doit nous faire rentrer dans le port. Et là, bien évidemment, il advint ce qui devait advenir. Le chauffeur de taxi se fait copieusement engueuler. Il n’a pas le droit de rentrer dans le port. Je perds mon flegme anglais et demande au «responsable» de la sécurité comment peut-on faire si on ne peut pas marcher ni prendre un véhicule pour rejoindre le bateau. Parce que je viens de me faire alléger de 10 euros pour faire 2 km. Compromis trouvé : le taxi s’arrête à une quinzaine de mètres de la passerelle et on finit à pied. Ils ont réponse à tout ces douaniers.

Au final, et pour la première fois depuis le début du voyage, aucun de ces imbéciles n’a contrôlé nos passeports lors de nos quatre passages par la douane.

Pour se détendre, on va faire quelques châteaux de sable sur la plage.

09 août 2011 : Londres – Anvers

Cap vers l’Est pour rejoindre le grand port belge. Quand on aperçoit enfin les côtes belges à la tombée de la nuit, il reste 75 km le long du fleuve pour atteindre le port d’Anvers. Il est tard. Nous partons dormir et manquons le passage par l’écluse géante.

10 août 2011 : Anvers

Le port d’Anvers, contrairement à ses homologues européens est posé au milieu des champs. Un petit tour dans la cité du diamant n’est donc possible que moyennant un taxi dont le prix est évidemment prohibitif. Du pont supérieur, j’aperçois le clocher d’une église. Pourquoi ne pas passer à travers champs pour rejoindre ce point de civilisation? Bienvenue dans la campagne flamande où l’on a l’impression que rien ne peut arriver.

11 août 2011 : Anvers

Je confirme ma théorie d’hier. Rien ne peut arriver ici. Tout est d’un calme olympien. Même l’activité du port semble tranquille. Des containers flottent dans les airs et volent du quai à l’arrière du cargo et vice-versa. Dans le navire, des techniciens italiens réparent une antenne par ici, un ordinateur par là. Nous sommes au port d’attache du cargo. Il se refait une santé avant de repartir pour deux mois de voyage.

12 août 2011 : Anvers – Le Havre

Nous devrions arriver au Havre dans la nuit et débarquer demain. Le cargo est à nouveau chargé de voiture, mais d’occasion cette fois-ci. Ainsi va le mouvement perpétuel des automobiles. Les voitures neuves sont majoritairement fabriquées à bas coût dans le sud avant d’être vendues trop chère dans le nord. Et nos vieilles voitures fatiguées font le chemin inverse où une nouvelle vie les attend entre les mains des mécaniciens géniaux d’Afrique ou d’Amérique du sud. Des milliers de voitures parcourent ainsi les océans chaque jour. La main invisible du marché semble bien s’amuser à déplacer ainsi des tonnes de ferraille entre Nord et Sud au nom de la logique mondialisée dans laquelle je n’arrive toujours pas à trouver la moindre trace de logique. L’Argentine et le Brésil veulent mettre un frein à ce jeu là en instaurant des règles de protectionnisme visant à développer une production locale pour le marché local. Moralité, notre cargo va effectuer son dernier voyage le mois prochain avant de rejoindre l’Italie. Trop axé sur le transport des véhicules, il risque de ne plus faire le plein.

13 août 2011 : Honfleur

Depuis que nous avons remis les pieds en France, c’est déveine sur toute la ligne. Faut-il y voir un signe du destin ? Peut-être qu’après tout, rentrer est une mauvaise idée…

D’abord, nous arrivons avec 24h de retard. Nous ne pouvons pas rencontrer le couple de cyclistes du Havre qui proposait de nous héberger. Dommage, ils ont l’air vraiment sympa. Puis après avoir déchargé nos montures du cargo, ma roue libre rend l’âme. Plus moyen de pédaler. Il est 11h. Il faut rejoindre la ville la plus proche en poussant les vélos. En plus de nos affaires habituelles, trois cartons remplis de livres que nous avions pour la traversée viennent alourdir la remorque. Nous comptions les envoyer par la poste. Vu l’heure, c’est raté. Honfleur, c’est joli, mais c’est loin à pied et on y trouve que des magasins de souvenirs. Impossible de faire réparer les vélos. Il faut prendre un bus pour le Havre. Mais il est trop tard. Il faut attendre mardi, week-end du 15 août oblige. Et puis les premiers échos que l’on a des vélocistes est mauvais. C’est le moi d’août. Au pire ils sont fermés, au mieux il y a 10 jours de délai pour obtenir la pièce. Sauf que dans 14 jours, il faut être rentré à la maison. C’est la poisse. En plus, il pleut sans interruption et le camping est inondé. Je veux retourner de l’autre côté de l’Atlantique !

14 août 2011 : Honfleur

La petite ville est saturée de touristes. Partout des restaurants archi-combles proposent des menus «Paradise» ou «Pleasure of Normandy». On se croit dans une colonie anglaise. De retour au camping, j’essaie de démonter une dernière fois le moyeu de ma roue. Il me manque des outils et un établi. Un jus couleur rouille coule de l’ensemble. Je suis un peu inquiet. Vais-je trouver un réparateur pour remettre tout ça d’aplomb ? La suite du voyage à vélo en dépend. Dans le cas contraire, il faudra rentrer en voiture. Une bien triste fin.

15 août 2011 : Honfleur

Erik Satie était originaire de Honfleur. Il y vécut dans une maison qu’il se plaisait à appeler le placard. D’ailleurs, on y entre par un placard. L’association des amis de Satie a créé en l’honneur du personnage un petit musée musical. Les gymnopédies me font oublier mes soucis de roue libre et de jour férié.

16 août 2011 : Le Havre

Journée marathon au Havre qui nous emmène chez un vieux réparateur de mobylettes qui démonte gracieusement la roue mais n’a pas la pièce de rechange. Laquelle pièce est  trouvée dans un magasin de vélo pour bobos où des gens qui ne font pas de vélo achètent des bicyclettes hors de prix que des mécaniciens en survêtement Lacoste blanc font semblant de réparer.  «Ils ne servent à rien mais tout le monde y va» lâche mon ami le réparateur de mobylettes quand j’y retourne pour qu’il remonte ma roue. Il vient tout juste de sauver notre voyage et quand je lui demande, un peu inquiet, combien il m’en coûte, il me répond : «Laisse une pièce au gamin». Je laisse un billet. C’est une enclave sud-américaine au Havre cette boutique.