Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Mois : septembre 2018

Hinano

Une chose est curieuse ici : la bière périme très vite. Je ne sais pas si cela est dû à des capsules de mauvaise qualité ou bien à du verre légèrement poreux mais le constat est là : il faut la boire très vite. Remarque bien que je n’ai pas fait d’études poussées sur le sujet et que je me contente d’une déduction, certes peu scientifique, mais basée sur une observation de multiple fois répétée : quand une glacière est pleine de bières, personne ne bougera tant qu’elle ne sera pas vide.

J’en déduis la capacité de péremption accélérée du produit.

D’ailleurs moi-même j’en achète peu et la bois vite pour éviter toute perte qui serait financièrement préjudiciable vu le prix des boissons alcoolisées sur l’île. Ce faisant, la mollesse qui m’habite (ne cherche pas, cet article est garanti sans contrepèterie) s’en trouve décuplée à chaque fois que je renouvelle l’expérience.

Ma capacité de raisonnement suit la même pente que la boisson houblonnée dans mon gosier et je me retrouve à me demander si la première gorgée de bière était meilleure que la dernière. Incapable de me concentrer sur les qualités gustatives comparées de la bouteille initiale et de la bouteille finale, je cours sans hâte (il fait chaud quand même) acheter un nouveau pack au commerçant du coin.

Considérant qu’il faut élargir l’échantillon pour affiner les résultats, j’appelle quelques amis pour m’aider dans ma dégustation. Conscients de l’importance de la tâche que je leur confie, ils se mettent à leur tour à descendre rapidement mais sans hâte excessive (il fait toujours assez chaud, même le soir) les bouteilles du précieux liquide.

Afin de maintenir une température corporelle constante, tout ce petit monde, se prêtant à l’expérience, se trempe jusqu’au cou, bouteille à la main au-dessus de l’eau, dans le lagon. Cette posture, typiquement locale, permet de prendre son bain tout en s’hydratant. Bref, joindre l’agréable à l’agréable.

Puis, le soleil se couchant, toute velléité de compréhension s’estompe doucement et le lumière rose-orangée que prend la voute céleste nous rappelle l’immensité de l’univers et repousse toutes les questions existentielles et scientifiques vers demain.

Bonne nuit.

Go west, boy, go west

« Nous nous affligeons des effets mais continuons à adorer les causes. » – Bossuet

Bande son

Avec des noms comme Twin Peaks et des images comme celle du Golden Gate Bridge on a envie, en déambulant dans les rues de San Francisco, d’une bande son cinématographique. Du jazz, probablement. Peut-être celui de la série « Twin Peaks » justement, envoutant et décalé. Ou bien quelque chose de plus européen, tant cette ville de la côte ouest géographiquement loin du vieux continent semble en avoir pris les bons côtés : quartiers résidentiels tranquilles, grands parcs verdoyants, magasins colorés et population affable.

On m’aurait menti ?

Que ce soit bien clair, je sais que tout s’achète et que tout se vend de ce côté-ci du monde, même l’image d’une ville et d’un état. Mais quand même ! San Francisco en été c’est du brouillard comme dans l’Ain au mois de novembre (ce qui n’est pas peu dire) et des températures qui s’écroulent la nuit sous les 15°C. Moi qui pensait que les californiennes se baladaient en bikini sur la plage pour sauver de la noyade les mauvais nageurs comme moi, je suis un peu déçu.

Géographie communautaire

Chinatown, le quartier français, le quartier italien, Mission – le quartier hispano, autant de quartiers qui découpent SF en morceaux comme autant de couleurs sur un kaléidoscope urbain. SF c’est une moitié de blancs, un tiers d’asiatiques et beaucoup d’hispanophones. J’ai acheté ma carte SIM en chinois, je l’ai faite dépanner en espagnol et je m’en sers pour trouver mon chemin dans les quartiers résidentiels des cadres supérieurs américains. Dans mon Uber qui me ramène à mon airbnb, je pense à ces entreprises qui ont donné un coup de vieux à nos taxis et à nos hôtels et qui sont toutes implantées à SF. A côté de moi, les chauffeurs parlent dans leurs oreillettes en chinois, en espagnol ou en arabe.

Niveau de vie

Avec un salaire moyen supérieur de 50% au reste des Etats-Unis, SF est la ville la plus chère du pays et dans laquelle il fait, paraît-il, le mieux vivre. D’ailleurs, les gens ont l’air heureux. Souriants, en bonne santé, bien habillés, ils déambulent en parlant dans leur iPhone, l’air sûrs d’eux. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Ils vivent au bord de l’océan pacifique dans une région où le climat est stable, jamais trop chaud ni trop froid, dans une ville qui a pléthore d’entertainment, dans un pays qui offre une multitude de destinations et des parcs naturels parmi les plus visités du monde. Une belle image d’une Amérique de rêve se dessine devant nos yeux.

Mais quand la nuit s’apprête à tomber, un tout autre monde fait son apparition, l’Amérique des laissés pour compte, faite d’alcool, de drogue et de violence qui ne cherche pas à se cacher. Nous sommes dans un pays de liberté après tout. Les trottoirs de Soma et de Mission deviennent des lieux où l’on titube, où l’on hurle, où l’on se frappe. Les derniers business men s’affairent à rentrer chez eux. Les derniers touristes, dont nous faisons partis, les imitent. Demain matin, ces rues redeviendront de sympathiques lieux de déambulation avec leurs maisons colorées et leurs magasins chatoyants.

L’espace public se partage en communautés et dans le temps imitant le flux et le reflux de la marée de l’océan qui le délimite.

On the road again

On se cale sur la FM avec une radio qui diffuse les classiques des 60s, 70s et 80s, on appuie sur la pédale de frein, on cale la boite auto sur D, et on part. De San Francisco à Yosemite, c’est un traversée de l’Amérique de l’immense banlieue sur des 2×6 voies ponctuées par des centres commerciaux gigantesques à des routes de montagnes tortueuses. C’est passer de la fraîcheur de SF à la chaleur écrasante du désert. C’est successivement l’urbain qui écrase la nature puis la nature qui prend sa revanche. Et en beauté. C’est sec, minéral et baigné dans une lumière de cinéma. D’ailleurs je me crois dans un décor de western en traversant le vieux village historique de Coulterville, prêt à pousser le portes à battants du Saloon pour me descendre quelque-chose de frais tellement j’ai le gosier qui me gratte avec cette chaleur déshydratante. Arrivés chez nos hôtes, c’est le même syndrome : je suis un cow-boy à l’écoute de la nature dans une vieille maison en bois. Je dégaine la guitare assis sur mon rocking-chair en descendant une Bud tiédasse sur le porche. La classe !

Yosemite, Oh, c’est mité !

Jim, notre hôte artiste peintre, peint sans relâche des tableaux montrant des arbres morts. Son inspiration c’est la parc national de Yosemite, presque aussi célèbre que celui de Grand Canyon. Dans ce parc que nous arpentons toute la journée, les pins, affaiblis par 4 années de sécheresse, meurent sous les assauts d’insectes qui les dévorent du pied à la cime. Cadavres en sursit, ils ressemblent à d’immenses cure-dents qui attendent la prochaine tempête pour s’écrouler. Et comme si cette calamité ne suffisait pas, des incendies ravagent régulièrement la canopée ou ce qu’il en reste. D’ailleurs notre première journée dans le parc se fait dans une fumée qui masque en partie la beauté des colossales formations granitiques et nous pique les yeux.

C’est donc Yosemite Fall et El Capitan recouverts d’une brume hors saison que nous fixons sur la pellicule.

Cette opacité rend encore plus mystérieuse la forêt des arbres mourants.

Histoires (de chutes) d’O

Curieusement, alors que l’incendie continue à faire rage, la vallée de Yosemite est plus claire ce matin. La fumée s’est dissipée en partie, révélant enfin ces géants de granit en toile de fond de la rivière merced. Le monde minéral surplombant la vallée et écrasant tout espoir d’horizon, nous remet à notre juste place : de vaniteuses fourmis tentant de trouver le meilleur angle pour la prise de vue idéale. Rapidement, nous quittons les lieux pour nous enfoncer au fond de la vallée où une ascension vers les chutes de Nevada est au programme du jour. Un randonnée difficile qui nous rappelle que nous ne sommes pas des être humains vivant une expérience spirituelle mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine.

A l’approche du sommet, ça grimpe en lacets serrés. Le ratio effort/fréquentation monte en flèche. On se sent de plus en plus seuls. Le bruit de l’eau nous entoure. Puis un grand vertige quand on se penche pour apercevoir les chutes d’en haut.

Cette eau qui manque cruellement dans les déserts californien coule ici à flot, comme pour narguer l’humanité, trop occupée à dérégler le climat et le cycle de l’eau.

Cette chaleur

Le désert c’est d’abord une expérience visuelle. Tout ce qui fait un paysage de nature bienveillante disparait au fur et à mesure de la route : les arbres, l’herbe et enfin l’eau. La seule tâche bleue de la carte c’est ce lac que l’on prend alors comme objectif. Mais en guise de lac, c’est une étendue d’eau retenue prisonnière par un monde minéral qui ne propose que sécheresse et poussière. Les hommes y vivent depuis toujours grâce à une vallée irriguée par la rivière Kern, maigre oasis cernée de massifs gigantesques.

Dans ce monde où tout est plus grand, les arbres n’échappent pas à la règle. Les Sequoias géants sont réellement géants. On peut rentrer à l’intérieur des tronc de ces vénérables anciens dont certains ont plus de 3000 ans. Espèce commune au temps des dinosaures, ils n’existent aujourd’hui plus qu’en Californie. Pour encore combien de temps ?

En guise d’héritage, les indiens ont laissé le nom aux plus beaux endroits, les chercheurs d’ors les villes fantômes et l’homme moderne la climatisation. Partout ça ronronne nuit et jours pour combattre la chaleur qui s’infiltre partout. Même la niche du chien est climatisée.

X-files

De Kernville à Death Valley, c’est le pari de s’enfoncer encore plus dans l’aridité. Des centaines de miles de lignes droites (pourquoi les Américains qui ont eu le bon goût de conduire à droite n’ont-ils pas adopté le système métrique ?). Des voitures et des trucks à gogo sur les freeway et plus personne sur les routes qui la quittent. Un mal-être va même jusqu’à s’installer. Que se passerait-il si la voiture tombait en panne? Et si on venait à manquer d’eau dans cet air desséché?

La nature est hostile, l’homme passe de sa voiture climatisée à la station service climatisée et marche vite en très les deux pour éviter de fondre ou de voir son ice-cream fondre.

Quand le désert s’impose comme toile de fond à notre petit auto, on se met à comprendre les mythes américain. Devant une base de l’armée perdue au milieu du rien californien, on se demande ce qui s’y trame. Une lumière dans le ciel et c’est l’idée d’un OVNI atterrissant sur le sol américain qui devient réaliste. Des formes au fond du vieux saloon d’un village abandonné et c’est la présence d’un fantôme qui s’impose. Gigantesque dans sa géographie et extrême dans ses températures, le désert met à l’épreuve notre rationalité. Alors probablement, la vérité est aileurs.

Vallée de la mort-vivante

Shoshone, camp de base pour l’exploration de la Death Valley. 31 habitants. 1 saloon, 1 general store, 1 trailer que l’on loue pour la nuit.

Traverser la vallée de la mort, point le plus bas de l’Amérique du nord, désert le plus chaud du monde à l’époque la plus chaude de l’année pendant la pire canicule que le pays ait vécue depuis des années devient rapidement une expérience sensorielle plus qu’une visite touristique.

L’air conditionné à fond luttant contre des vitres et un pare-brise bouillants, la brave automobile japonaise a connu des jours meilleures. D’ailleurs c’est sur cette route que les grandes marques viennent tester leurs nouveaux modèles pour vérifier leur endurance à la chaleur.

Chaque arrêt pour aller prendre une photo s’apparente à la visite d’un four réglé à 54°C, température idéale pour réchauffer une pizza. L’air sec pousse à boire des litres d’eau. Les panneaux disent « ne marcher pas après 10 heures du matin ». Il est 11h. Sur un parking quelqu’un vomit. D’autres visiteurs restent dans leur voiture. Ronflement de ventilateurs. Le peu de vent, au lieu de rafraîchir, vient brûler les yeux. Quant à la grosse flaque d’eau qui traîne au point le plus bas de la vallée, elle est salée et a donné à ce lieu le surnom de badwater.

Après les panneaux « vallée de la mort », « golf du diable » et « porte des enfers », on a compris le thème général de ce parc national.

Après 9 heures de traversée, on ressort de l’autre côté, l’eau est chaude dans les bouteilles mais le moral est bon. La vallée inhospitalière a la beauté d’un autre monde. Et la proximité de la mort encourage toujours la survie.

Las Vegas

Tout comme il existe des Disneylands pour enfants, il existe un grand parc d’attraction pour adultes : Las Vegas. Sur le modèle cher à Mickey, tout est faux ici également : fausse tour Eiffel, fausses pyramides, faux canaux de Venise. Tellement faux que ç’en est kitch. Tellement kitch que ça fait sourire. Une culture de carton-pâte sans intérêt si ce n’est d’en rire. Ou d’en pleurer. Désastre écologique, désastre culturel, désastre architectural, Las Vegas cumule tout ce que l’Amérique peut produire d’inutile. Mais en grand. Hyper-concentration de casinos et de centres commerciaux plus immenses les uns que les autres. Rapport maladif à l’argent. Débauche de lumière. Vomi sonore. Tout intrigue, énerve et excite dans cette ville dont le mythe dépasse la réalité. On en ressort fatigués, un peu déçus et contents de ne rester q’une nuit.

Priorité

En Amérique du nord, rouler sur les autoroutes est gratuit mais visiter les parcs naturels est payant. En France, c’est l’inverse. Chacun ses priorités ?

Plus dure sera la remontée

Californie, Nevada, Arizona, les Nords-américains ont peuplé le désert, dompté la chaleur, apprivoisé l’aridité et des petites villes ont poussé là où rien pourtant ne semblait favoriser l’installation humaine. Est-ce là la preuve d’une génie humain capable avec sa technicité et son acharnement de venir à bout des pires conditions climatiques ? Chacun aura son opinion sur la question. Reste que ce peuple semble mieux tirer profit du progrès technique que d’autres. Quand il n’est pas obnubilé par sa position dominante qui le pousse à élire un abruti persuadé que le réchauffement climatique est une invention des Chinois pour couler le commerce nord-américain.

Pendant que le mâle dominant de la maison blanche nous assomme avec son inculture, la température augmente partout sur la planète. L’année 2018 n’est pas encore achevée qu’elle s’annonce déjà comme la plus chaude de l’époque moderne. Les températures enregistrées en Europe et en Amérique dépassent toutes les prévisions les plus pessimistes des chercheurs. Les forêts brûlent à proximité du grand canyon sans que personne ne puisse rien y faire puisque l’eau manque partout. La rivière Colorado, architecte de ce monument naturel mondial, est aujourd’hui asséchée avant d’atteindre le golf de Californie au Mexique. Partout la catastrophe annoncée pointe son nez aves des évidences criantes mais rien n’est entrepris, ou bien si peu.

Le génie humain nous sauvera-t-il ? Quand les océans seront épuisés de jouer leur rôle de régulateur, difficile d’imaginer une solution.

Avant d’entreprendre à pied la descente dans le Grand Canyon, ce panneau : going down is optional, coming up is MANDATORY, descendre est optionnel, remonter est obligatoire. Définitivement, cela sonne comme un avertissement universel. Avant que toute la surface de la terre ne ressemble au Grand Canyon, il serait bon de faire un effort pour remonter.

Règles

Sur les autoroutes américaines qui traversent les déserts, 2 règles :

  • ne pas tomber en panne d’essence,
  • prendre une réserve d’eau en cas de panne d’essence.

Et si la panne arrive, attention, des serpents et autres bêtes au venin mortel sont enfouis dans le sable des bas-côtés. Mieux vaut donc rester dans la voiture.

Remarquez que l’on peut aussi mourir d’ennui sur ces highway interminables. Ou alors abattu par la fatigue d’avoir à supporter des centaines de miles de lignes désespérément droites. Il ne faut pas non plus espérer de grandes surprises sur les aires de repos qui proposent inlassablement les mêmes chaînes de fast-food. Burger ou tacos reste la seule question à se poser quand vient le moment de commander. Les inventeurs du Fordisme ont pousser la standardisation jusque dans leurs assiettes et la surprise est rarement au rendez-vous. A moins de trouver le petit restaurant enfoui dans un village improbable où un chef réinvente la recette du steak enfoui entre deux tranches de pain (Ah, ce burger black & white au steak fumé et au bleu).

La cités des anges

Poussés par un flux de voitures s’étendant sur 2×6 voies à plus de 100km/h, on rentre dans Los Angeles sans même réellement s’en apercevoir. Les échangeurs sont saturés et les trucks envahissent la route. Et puis soudain, une fois cette artère quittée, c’est le miracle des villes américaines qui se produit une fois de plus. On se retrouve dans un quartier-village aux grandes avenues désertes s’étendant du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest avec une régularité de métronome.

Pas tenus de vivre dans des villes conçues il y a des siècles et qui peinent à s’adapter au 21ème siècle, les Américains, aidés par un espace immense, ont eu toute liberté dans l’organisation du paysage urbain et des plans de circulation en découlant. L’organisation en damier, si elle manque de charme, relève d’un pragmatisme et d’une optimisation made in USA. En plein milieu d’une mégapole de 18 millions d’habitants, la ville s’écoule avec tranquillité, sans bruit et sans heurt. La majorité de la circulation étant canalisée sur les grands axes, les quartiers vivent libérés de l’étreinte automobile.

Alors que je récupère de ce long trajet, le soir nous faisons nos courses dans une petite boutique mexicaine où l’on ne parle qu’espagnol et on vous fait payer moins que prévu pour éviter de rendre la monnaie. C’est l’autre miracle de la Californie. La ville des anges porte peut-être bien son nom.

Muscle beach

Ça frime moins que prévu sur les plages de LA. Bien évidemment le skate park en bord de mer est plein de fous volants défiant les lois de la gravité. Et à Muscle Beach, ça soulève de la fonte en grognant (comme un certain Schwarzenegger il y a des années, devenu depuis gouverneur de ce coin du monde). Pour le reste, c’est une ambiance estivale et familiale.

Reste Venice Beach, autrefois haut lieu de la contre-culture américaine. Les maison colorées et l’odeur de weed sont toujours là mais le lieu est surtout l’occasion d’une bonne promenade dans un flux ininterrompu de touristes. Il reste que toute forme d’art se met en scène de façon plus ou mois réussie par des artistes plus ou moins sobres avec des succès plus ou moins mitigés.

Getty museum

Véritable ville dans la ville. Le milliardaire américain a acheté une colline puis y a fait construire des bâtiments à l’architecture véritablement ingénieuse juxtaposant des esplanades gigantesques, des espaces calmes, des jardins luxuriants et des salles d’exposition tout en hauteur. On y trouve un peu de tout et de rien dans un classement scrupuleusement chronologique. Et on s’en fout un peu. Le lieu suffit à générer l’enchantement des visiteurs.

Life is short. Shop.

Hollywood, Beverly Hills, Rodeo Drive, autant de noms qui évoquent le cinéma, l’usine à star et la fortune. Destinations touristiques, ces lieux n’en demeurent pas moins des repères pour la haute société américaine. On y croise plus de Porsche et de Ferrari que dans aucun autre endroit des USA et les curieux s’agglutinent autour d’automobiles dont j’ignore même le nom mais qui semblent prestigieuses. Acheter un tour en minibus des maisons des plus grandes vedettes ou espérer en croiser une dans un magasin de haute-couture, où le mauvais goût assumé atteint les mêmes sommets que les prix, reste le rêve de pas mal de visiteurs. De rues marchandes en centre commerciaux on analyse la vie terrifiante de ces ultra-riches qui ont des problèmes de budget inverse du bon peuple : comment dépenser tout l’argent de la semaine avant qu’il ne s’accumule. Comme le résume assez bien le fronton d’une boutique chic : « La vie est courte. Achetez ! »

La Highway 1

Oubliez la route 66. C’est surfait et ennuyeux. Préférez lui la route 1. Celle qui remonte de LA à SF en longeant la côte pacifique. Là aussi les noms prestigieux s’égrennent tranquillement : Malibu, Santa Barbara, Big Sur. Coincées entre l’eau et la montagne, les villes s’en tiennent à des tailles plus humaines. L’ambiance y est gentiment bobo, déclinaison côte ouest. Les décapotables se traînent ostensiblement sur la voie de gauche entre jolies maisons de couleur en bois et falaises colorées. Les kilomètres, pour un fois, s’écoulent avec plaisir. La fluidité de la circulation fait oublier la fumée, parfois épaisse, et les routes fermées pour causes d’incendie. On fait ses courses dans des magasins mexicains et on pique-nique devant des surfeurs attendant la vague. On se réadapte doucement à la vie au bord de l’eau. Le retour est pour bientôt.

The End

3 semaines et demi de road-trip et c’est le retour au point de départ. La fumée a tout envahi. Yosemite a fermé son célèbre parc, le brouillard de San Francisco se double d’un écran de fumée et la clarté qui devrait s’imposer partout à cette saison a mauvaise mine. Le proverbe africain « On entend l’arbre qui tombe mais pas la forêt qui pousse » n’est plus d’actualité. La Californie connaît le plus grand incendie de son histoire. Elle brûle comme pour nous alerter de l’imminence de la catastrophe. La nature en colère n’épargne pas les plus riches du pays le plus riche. Elle se moque d’eux et leur rappelle leur lourde responsabilité. Elle nous explique qu’au final, c’est elle qui l’emportera et qu’elle n’a pas besoin qu’on la défende. Ses forces sont immenses et le gigantisme du territoire américain nous rappelle que trop épris de liberté, nous avons mal jugé les limites de notre terrain de jeu. La patchamama continuera à édicter ses règles qu’on les respecte ou pas. La beauté de l’Ouest américain, la puissance des Etats-Unis, la fierté de ses habitants ne pèseront pas lourd face à la fin annoncée. Alors on pourra répéter en boucle « This is the end, my friend ».

En écoutant du jazz…

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