Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Mois : décembre 2017

Un été au pays du sourire

Parce qu’elle offre une multitude d’approches, de paysages et finalement d’expériences et parce qu’elle est facile à découvrir, la Thaïlande reste une destination idéale pour une famille de routards à la recherche de dépaysement sans grosses galères.

Elle fut notre destination lors de l’été 2014.

Bangkok

La skyline de Bangkok : des gratte-ciels d’acier et de verre dominent  les espaces décatis des taudis et des bidonvilles. Bienvenue dans le tiers monde.

24 juillet

Porte d’entrée de la plupart des farangs (terme péjoratif dérivé du mot “français” qui désigne l’ensemble des occidentaux), Bangkok a une réputation sulfureuse héritée de son gigantisme (douze millions d’habitants) et de ses quartiers chauds.

Nous y arrivons au milieu de la nuit. Le décalage horaire agit pleinement sur nos deux filles dont les yeux reflètent la fatigue de nos 24 heures de voyage.

Je suis content d’avoir demandé à notre taxi de nous attendre à la sortie de l’aéroport. Il nous accueille comme le veut la tradition Thaï : mains jointes au niveau de la tête et légère inclinaison du buste. Et un sourire. Pas de serrage de main. Les présentations sont faites et elles n’iront pas plus loin : mon thaïlandais est aussi inexistant que son anglais.

Dans l’escalator, il nous prend en photo. Passion débordante des Asiatiques pour l’image.

L’avantage de Bangkok aux petites heures du matin, c’est qu’on y évite les embouteillages. En 30 minutes nous sommes au pied de notre immeuble, à peine à 400m de la Chao Praya, l’artère fluviale de la ville qui, avec ses nombreux canaux annexes, lui ont valu jadis le surnom de Venise Asiatique.

En bas du condominium, il faut passer la dernière épreuve avant d’accéder à notre appartement : l’agent de sécurité, après nous avoir abondamment salué et souri, a besoin de nos passeports pour nous remettre un badge magnétique qui limite l’accès de l’ascenseur à notre seul étage. Des mesures de sécurité démesurées dans ce quartier tranquille mais dont nous découvrirons dans les prochains jours qu’elles sont générales. Les Thaïlandais aiment mettre des agents de sécurité à l’entrée de chaque bâtiment dans le seul et unique but de  donner de la valeur au dit bâtiment. Et ces gardiens, souvent recouverts de médailles qu’ils arborent fièrement et même parfois armés, semblent passer plus de temps à remplir des registres qu’à assurer une quelconque sécurité. Ils sont avec les portails immenses et décorés les éléments qui permettent de sauver la face d’un bâtiment. Une notion très thaïlandaise.

Une fois installés, nous contemplons de notre balcon la skyline de Bangkok : des grattes ciels d’acier et de verre dominent les espaces décatis des taudis et des bidonvilles. Bienvenue dans le tiers monde.

25 juillet

Quand retentit l’hymne national tout le monde se lève et reste immobile

L’occident nous entraîne dans un labyrinthe de choix qui ne mène nulle part. Le bouddhisme Thaï ne proposerait qu’un nombre limité d’activités mais dont le strict respect aboutirait au nirvana. C’est ce mystère que l’on pourrait tenter de percer en visitant les principaux temples de la ville mais nous nous levons bien trop tard. Les moines ferment les portes vers 17 heures et nous émergeons vaguement conscients du décalage horaire vers 15 heures. Mauvais pour notre karma.

Le mieux reste de partir errer au hasard en espérant que les surprises seront au rendez-vous.

Mais avant tout, il convient de manger. L’immeuble où nous résidons propose quelques restaurants occidentalisés mais Carine insiste pour que nous prenions un vrai premier repas au goût local. Elle déniche quelques mètres plus loin une gargote ouverte sur la rue. On y cuisine dehors, comme toujours en Thaïlande. Quelques tables et chaises en plastique accueillent les clients dans un intérieur kitch où les couleurs criardes se disputent les faveurs de notre regard avec des effigies de bouddha et du couple royal.

Comme nous ne comprenons rien au menu à l’entrée nous montrons ce que nous voulons et finissons par avoir devant nous quatre soupes de nouilles où trempent des morceaux de viande et des boulettes de poisson. Par chance ce n’est pas trop épicé et parfaitement toléré par nos filles qui semblent se régaler.

Une fois réglée la maigre addition, nous rejoignons la Chao Praya pour prend le bateau bus qui va nous emmener près des grands temples du centre.

Nous descendons un peu au hasard et nos pas nous mènent au cœur d’une grande fête populaire.

L’alphabet thaïlandais étant totalement hermétique pour nous, difficile de dire ce qui se trame ici. De grands enfants jouent au cerf-volant. Un écran géant est déroulé d’un côté de l’esplanade. Un concert se tient de l’autre côté. Des robots tout droit sortis de mangas japonais se laissent prendre en photo avec les enfants. Mais quand retentit l’hymne national tout le monde se lève et reste immobile. D’autant plus que l’immense portrait en pied du roi qui trône derrière la scène semble nous surveiller.

À la nuit tombante nous regagnons l’embarcadère le plus proche pour rentrer chez nous. Tout le long du chemin la passion des Thaïlandais pour la lumière transparaît. Des néons suspendus dans les arbres, les façades des palais illuminés et les multitudes d’ampoules colorées sur les étales sont les lucioles qui guident nos pas dans cette grande ville à la géographie encore mystérieuse.

26 juillet

Il ne faut pas oublier qu’ici, la magie est partout. Elle est antérieure à la logique.

Difficile de prendre une photo de Bangkok sans avoir entre l’objectif et l’objet de la photo deux éléments constitutifs du paysage urbain thaïlandais : l’enchevêtrement de câbles pendant entre les poteaux et les tuyaux de PVC bleu. Les premiers sont pour les Thaïlandais le symbole de l’électrification et donc de la modernité. La Thaïlande a été le premier pays d’Asie à électrifier ses grandes villes, avant le Japon. Les tuyaux bleus acheminent l’eau courante alors que leurs cousins jaunes et gris contiennent le gaz et les fils de communication.

Ce qui étonne les étrangers est qu’à aucun endroit, ces fils et tuyaux n’aient été enterrés afin de dégager le paysage et d’améliorer l’esthétique des rues. Surtout quand les typhons et autres tornades viennent mettre à terre cet ensemble qui défie la logique.

Des tentatives ont pourtant eu lieu mais elles se sont soldées par des échecs dus à l’extrême humidité des sols et plus probablement au manque d’intérêt de la population. Car comme pour les déchets qui par endroits ruinent le paysage, les Thaïlandais semblent éprouver peu de sensibilité quant à la préservation de leur environnement.

L’explication est culturelle. Marcher est considéré comme une activité réservée aux plus pauvres et les classes moyennes préfèrent se déplacer dans leur automobile-bulle de leur logement à leur travail. L’espace publique en vient à être perçu comme un lieu étrange peuplé par des esprits dont personne n’a la responsabilité. Il ne faut pas oublier qu’ici, la magie est partout. Elle est antérieure à la logique. Alors si ces pollutions visuelles et environnementales sont vues par nous comme un laisser-aller, elles sont pour les Thaïlandais la preuve de leurs modernité dont ils ne se sentent pas individuellement responsables. Ou bien pensent-ils comme le proverbe qu’il est inutile de cacher un éléphant derrière une feuille de lotus ?

Nous démarrons notre exploration aujourd’hui dans une jungle urbaine où la température ressentie est montée d’un cran. Le vent bienveillant de la veille a disparu et la pollution se fait sentir dès les premiers pas.

Heureusement que le ferry boat, en empruntant la voie fluviale plutôt que les autoroutes surélevées nous permet un temps de ressentir des bribes de fraîcheur et d’air marin.

Arrivés au premier temple de notre visite, la forte affluence s’ajoute à la chaleur. Pourtant, il est encore possible de trouver à l’intérieur des zones ombragées et calmes où se ressent l’esprit zen voulu par ses concepteurs.

Bouddha est partout, souriant, parfois allongé et proche du nirvana, d’autres fois assis en tailleur. Une vision presque idyllique de cette religion qui a su séduire un nombre important d’occidentaux qui y voyait un dieu accueillant et sympathique. C’est un peu vite oublier que derrière ce décorum se cache, comme dans toutes les religions, un sexisme intransigeant (les femmes ne peuvent  pas devenir moines et restent en dehors des lieux de prière).

Le palais qui jouxte le temple et dont la visite est inclus dans notre billet est d’un style néoclassique tendance pièce-montée. Le style néon-classique disent les spécialistes tant l’éclairage la nuit tombée fait ressortir les moulures des colonnades et les dorures des toits.

Tout ça nous a donné faim et pour rester dans les traditions locales, nous prenons notre repas de midi dans un resto où l’accueil est un peu froid mais la cuisine chaleureuse.

Le retour se fait par le quartier des ferrailleurs et nous finissons la journée en épaves devant quelques pains fourrés cuits à la vapeur.

27 juillet

Traditionnel ferry boat jusqu’au temple du bouddha couché. Ambiance zen et parc magnifique.

Repas dans le quartier indien.

Crocodiles dans le canal!

Déambulation dans un Chinatown vraiment dépaysant.

Une journée en Asie comme je les aime.

Tahiti loin des clichés

Premières impressions

Tout d’abord, il me faut rappeler nos premières impressions. Des cocotiers, partout. L’omniprésence de la mer : des lagons magnifiques, un océan plus sauvage au-delà de la barrière de corail. Des couleurs. Prédominance du bleu. Le bruit aussi, peut-être. Nous louons une maison à quelques mètres de l’océan.

Un côté déglingue également. Loin des clichés du Tahiti touristique. Quelque chose de pas net dans les habitations, même chose à l’hôtel « classe » où nous passons notre première nuit. Mais peut-être est-ce dû seulement à la proximité de la mer, qui vieillit et rouille tous les objets prématurément, maisons et voitures compris. Un côté péruvien en somme. Ceux qui me connaissent (très bien) comprendront parfaitement à quoi je fais allusion.

On accède à la maison par un chemin. Plus de goudron mais une suite d’ornières. De grandes flaques. A la première pluie, on est sous l’eau ! Il nous faudra changer de voiture très rapidement. Moi qui aimais tant marcher, on me refuse le droit de le faire sur ce chemin : les flaques d’eau permanentes seraient le foyer de la leptospirose, la fameuse maladie des rats.

La maison est une vieille maison en bois, de famille. Les meubles sont de (très grande) qualité. Le parquet, massif, est en bois exotique. La propriétaire travaille au Ministère de la Culture. Elle a été plusieurs années directrice du « Musée des Îles », le seul musée publique de Tahiti. C’est la maison de sa mère. Elle l’a laissée telle quelle. La décoration, traditionnelle mais de bon goût, est composée de nombreux tableaux et objets rares (on a failli faire les journées du patrimoine chez nous !) et d’une belle collection de coquillages. Nous jouissons aussi d’une bibliothèque hors du commun, surtout que sur l’île, les livres sont plutôt absents.

C’est une maison traditionnelle. La cuisine est séparée du reste de l’habitation. La ventilation naturelle est assurée par un espace laissé ouvert entre le haut des murs et la toiture. Une façon écologique de lutter contre la chaleur. Pour éviter les rats, une série de petites pointes a été installée. Cela n’empêche pas une famille geckos de vivre derrière le buffet. D’ailleurs, je crois même qu’ils ont eu des petits ce mois de septembre. Nous nous sommes offerts un petit luxe : une fontaine d’eau, comme dans les films (ou les entreprises, dixit mon frère. Moins poétique.) Eau fraîche à volonté, eau chaude sur demande. Sur Tahiti, l’eau du robinet n’est pas toujours potable.

Notre chambre est immense et haute de plafond. Du bois de qualité recouvre en partie les murs. Nous dormons à côté d’une reproduction de Gauguin et sous le portrait d’une jolie jeune femme (la grand-mère jeune). Nous disposons de deux salles de bain. A Tahiti, c’est la norme.

L’endroit de la maison que nous utilisons le plus est la terrasse. Elle est lumineuse et abritée de la pluie. Elle est entourée de verdure et on aperçoit l’océan. Là encore, nous disposons d’un mobilier de qualité, dont un superbe bureau d’extérieur. Le tout en bambou. C’est là que nous mangeons, travaillons, discutons. Que nous vivons en fait.

La maison est située sur un terrain de 3500 m2 entièrement arboré. Nous vivons au coeur d’un jardin botanique. Magnifique. Une journée par semaine, un jardinier vient l’entretenir. Ramasser, brûler… Et toutes ces cocos qui tombent quotidiennement ! Nous avons aussi un manguier. A force de rouler sur des mangues, nous avons levé les yeux et découvert tous ces fruits à disposition. C’est une caractéristique de Tahiti, relevée par ses premiers colons. Ici, il suffit de tendre la main pour se nourrir. Pas besoin de cultiver, la nature est généreuse. C’est originellement ce qui qualifiera Tahiti de paradis.

Nature sauvage

Ici, la nature est différente. Plus sauvage. Elle échappe plus facilement au contrôle de l’homme. Les premières semaines, nous avons profité du jardin de façon essentiellement visuelle. Nous avions peur de nous aventurer plus près : le sol est relativement humide, il paraît qu’il s’y cache des « 100 pieds » (nous n’en avons pas encore vu un seul !). Il y a plein de petites bêtes « inconnues », disons que nous n’avons pas l’habitude de fréquenter. Quand il pleut par exemple, notre traditionnel escargot est remplacé par le bernard-lhermitte. Il y en a plein le jardin ! Il faut faire attention aux noix de coco qui tombent aussi. Réellement dangereux. Et puis, notre jardin est ouvert sur le monde; pas de barrière ni de portail. C’est une particularité (rare à Tahiti !) que nous apprécions à sa juste valeur. Par contre ici, les chiens divaguent. Le Tahitien des années 2000 a très peur des cambriolages. De hauts murs et de grands portails entourent désormais la plupart des maisons (ce n’était pas le cas 30 ans plus tôt, dixit une personne qui a vécu à Tahiti à cette époque). Il se dit que le Tahitien possède en moyenne 4 chiens : un évolue à l’intérieur de la maison, les 3 autres sont dehors. Ils sont propres et éduqués mais en liberté totale plusieurs heures par jour. Nous les rencontrons sur la plage mais aussi dans notre jardin ! Les premiers jours, « P’tit Paul » , un énorme chien qui a l’habitude de surveiller notre maison, nous faisait un peu peur. Aujourd’hui, il fait partie de notre quotidien. S’ajoute également « Billie », ou plutôt « Lily » (« coconet » pour notre propriétaire tahitienne, « minuscule » en français). Cette petite chienne vraiment adorable fait le bonheur de Zoé et Mahaut. Elle, elle vit presque ici. Nous avons aussi en permanence les 2 chats de la propriétaire. Une aubaine pour les filles, qui ont laissé les leurs en France.

Nous avons donc investi depuis peu le jardin : nous passons une grande partie du temps sur la terrasse extérieure, couverte. Nous avons installé depuis peu une table, des chaises confortables et 2 transats dans le jardin (loin des cocotiers) où nous profitons du soleil et de la nature luxuriante. Nous avons pendu notre hamac dans le «fare pote», construction traditionnelle présente dans de nombreux jardins tahitiens du bord de mer. Les maisons sont plus éloignées de la plage, tandis que le «fare pote» en est très proche et permet de profiter un maximum de l’océan : c’est une petite construction ouverte sur les 4 côtés, dotée d’un toit, à laquelle on accède par quelques marches. Un plancher en bois ajouré permet de profiter du jardin sans être à même le sol.

Il y a bien entendu le lagon, à quelques pas de la maison. L’endroit est juste magnifique. C’est un petit paradis. L’eau est chaude et toujours claire. Les poissons sont omniprésents. Bien sûr, et c’est une caractéristique de tout lagon, il y a du corail un peu partout. Mais pas de concombres de mer ! Et ça, c’est chouette. Le sable est noir et se mélange à la poudre de corail blanche. De petits morceaux de corail sont échoués un peu partout sur la plage. Nous passons beaucoup de temps à profiter tout simplement de l’endroit, assis face à l’océan. La douceur du lagon se combine à la force de l’océan sauvage au-delà de la barrière de corail. De notre plage, nous avons vu sur le spot de surf très réputé de la Taharuu. Nous aimons particulièrement boire notre café le matin sur la plage (à l’ombre des arbres, assis sur un des deux troncs d’arbre disponibles ou à même le sable), partager une bière au coucher du soleil, ou tout simplement nous rendre dans cet endroit merveilleux plusieurs fois dans la journée pour le seul plaisir de voir l’océan évoluer (il y a la configuration marée haute, marée basse, mer d’huile, mer agitée…). Par delà la barrière, il est possible, à cette époque de l’année, de voir les baleines et leurs baleineaux. Magique. Enfin, grâce à la gentillesse de notre voisine, nous disposons d’un kayak de mer. Florian en profite beaucoup et emmène Mahaut marcher sur la barrière quand les conditions le permettent.

Je n’ai pas encore parlé des moustiques. Omniprésents. Une véritable nuisance. Parfois, leur présence ne nous permet pas de profiter d’un lieu (par exemple le jardin ou notre chambre). Il y a des heures dans la journée où nous nous faisons dévorer, sans qu’aucune protection (électrique, fumigènes, monoï à la citronnelle, répulsif type « Off »…) ne fonctionne réellement. A d’autres moments, ils sont tout simplement (presque) absents. C’est pour cela que la nature est certes omniprésente à Tahiti, mais qu’on s’y sent parfois rejeté. (Autre exemple : la présence (sporadique) de nuées de fourmis ailées, qui nous oblige alors à un repli à l’intérieur de la maison).

Quotidien

Je parlerai maintenant de notre vie quotidienne. Elle est rythmée par l’école pour les filles. Mahaut se rend à l’école primaire tous les jours. Il y a école les lundis, mardis et vendredis de 7h20 à 15h, les mercredis de 7h20 à 11h30 et les vendredis de 7h20 à 11h. Avant de rentrer en classe, tous les élèves sont réunis sous le préau pour commencer la journée en chantant. Il y a 2 récréations pendant lesquelles les élèves ont la possibilité d’acheter de véritables sandwichs pour se restaurer. Zoé va au lycée tous les matins pour 7h. Elle finit la plupart du temps à 15h, le mercredi à 11h.

Nous habitons à Papara, un village situé à 40 km de la capitale, Papeete. C’est assez rural et plutôt modeste. Mais depuis peu, Papara dispose d’un centre culturel dynamique que nous fréquentons 4 jours par semaine : danse tahitienne, initiation au ukulélé… L’activité « danse tahitienne » comprend forcément une découverte de la culture dont elle est issue : étude de la langue vernaculaire, découverte des contes et légendes polynésiens, pratique de l’artisanat local et/ou traditionnel (tapa, tressage, couronnes de fleurs…).

Je parlerai encore de l’école de voile de la Baie Phaeton, où Florian et Zoé s’initient chaque fin de semaine à la voile : catamaran, planche à voile et bientôt laser ? Mahaut profite de stages pendant les vacances (toutes les 5 semaines…) puisque le samedi, nous nous rendons toutes les 2 au ranch du Plateau de Taravao pour garder le contact avec cet animal qui nous fascine tant, le cheval.

La Baie Phaeton se situe à l’extrémité de l’île principale (Tahiti Nui), juste avant la petite ville de Taravao qui fait la jonction avec la presqu’île, Tahiti Iti (sur laquelle se trouvent le plateau de Taravao, quelques vaches mais aussi la mythique vague de Teahopoo pour les surfeurs).

L’île de Tahiti ne souffre aucunement du tourisme, pour ne pas dire qu’elle ne profite guère (voire pas) de la manne touristique drainée par les autres îles. La ville de Papeete ne présente pas ou peu d’intérêt, si ce n’est sa maison de la culture, unique bibliothèque publique de l’île (au parfum de nos bibliothèques d’enfance, bancs en bois et collections surannées). La ville est grise et dans l’ensemble peu animée. Il est possible de longer la mer en empruntant les jardins du parc Paofai, joliment aménagés avec vue sur le port industriel et ses cargos pleins de promesses de voyages (qui ne manquent pas de nous rappeler notre traversée de l’océan Atlantique en 2011 pour rejoindre l’Europe). On longe également une belle marina (bateaux de plaisance). Des Va’a évoluent sur l’océan et au bout du parc, c’est le départ des ferries pour l’île toute proche de Moorea. Papeete est ouverte sur le monde. C’est aussi le centre culturel de l’île. Tahiti offre de nombreuses possibilités de sorties, concerts en tout genre, mais aussi théâtre. La maison de la culture dispose de 2 salles de spectacle. Une compagnie de théâtre a investi les lieux: un programme dynamique et engagé (une des pièces proposées par exemple traite des essais nucléaires en Polynésie). De belles représentations de danse contemporaine également (un clin d’oeil au travail de la compagnie Tschan), avec accueil de chorégraphes du monde entier (Nouvelle-Zélande, France…). Le patrimoine culturel polynésien se mêle à la création contemporaine : le festival de ukulele, le Heiva (danse tahitienne) sont autant d’occasions de sorties que d’espaces d’innovation artistique. La culture polynésienne est ancrée dans le quotidien de ses habitants et ne se cantonne pas à être l’objet d’une exposition dans un musée. La Polynésie est un pays vivant.

Par contre, il y a assez peu de possibilités de randonnée sur Tahiti même. On profite chaque semaine de l’itinéraire proposé par les Jardins d’Eau de Vaipahi (2 boucles pédestres, en plus d’un endroit magnifique). Les autres randonnées sont plus difficiles à trouver, et à suivre. Souvent, il faut faire appel à un guide local et traverser des terrains privés. Dommage. Mais la situation ne peut qu’évoluer positivement, comme c’est le cas sur l’île voisine de Moorea.

Je n’ai pas encore parlé de la nourriture. Saine, délicieuse. Traditionnellement à base de poissons et de fruits (et légumes) variés. Le poisson, sous toutes ses formes: cuit, cru, mariné… Dans tous les cas fondant et goûtu. On alterne entre thon rouge, thon blanc, saumon des dieux, mahi-mahi, meka… Il est possible de l’acheter en bord de route, directement au pêcheur. Les fruits sont délicieux. Colorés. Et pour la plupart, nouveaux. Mangues du jardin, coco, papaye, goyave, corossol, ananas, citrons verts et bien sûr bananes, dont la variété «fe’i» se cuisine comme un légume.

Les légumes sont plutôt traditionnellement des fruits ou des racines : il y a le «uru», le fruit de l’arbre à pain, le taro, mais aussi les mape ou encore l’avocat. En dessert, nous mangeons du «poe» ou encore du « retia » et divers gâteaux à la banane ou à la farine de uru. Ou encore du «ipo» et des «firi firi». Hélas, depuis quelques années, Tahiti subit la déferlante de la malbouffe, qui provoque des cas d’obésité préoccupants (selon des chiffres avancés par la Direction de la santé, 70% de la population adulte serait en surpoids dont 40% obèses et pour les enfants, plus de 35% seraient en surpoids, dont plus de 16% seraient obèses). Le sandwich ici (appelé «casse-croûte») ne coûte que 2 ou 3 euros. Avec Florian, nous avons eu du mal à finir sa version combo (avec 3 ou 4 éléments protéinés différents, associés à des frites et leur sauce) que nous nous sommes partagé une fois, format de sandwich avalé par d’autres comme simple en-cas à 10h. L’équilibre alimentaire n’est guère au rendez-vous. La cantine scolaire ne fait pas exception à cette règle. Quel dommage !

A Tahiti, on peut manger partout, tout le temps (enfin, pas après 20h quand même !). Une particularité : les «roulottes», ces restos qui ne s’installent que le soir venu et qui servent une nourriture roborative bien que tout à fait correcte, à des prix très abordables au vu des quantités servies (un seul plat suffit amplement pour 2 adultes européens, pas encore trop tropicalisés !).

Mais le plus important, c’est peut-être la douceur de vivre qui se dégage de cette île et de son peuple, l’absence de tout stress et/ou prises de tête inutiles. Les températures sont clémentes toute l’année (26° environ) et malgré une saison humide qui peut être pénible, le climat est dans l ‘ensemble plutôt très agréable. La gentillesse du peuple tahitien est désarmante, son sens de l’accueil légendaire. Entourés d’eau, si loin du rythme de l’Europe, une véritable impression de bout du monde ici. Voire de paradis. Même si, même si…

En conclusion, je me permettrais juste de rappeler que l’ailleurs pour les uns est l’ici pour les autres. Qu’en aucun cas, on ne peut comparer 2 vies. Vivre à Tahiti n’est pas mieux ou moins bien que vivre en France métropolitaine. C’est juste très différent et c’est pour tenter de rendre compte de ces différences que j’ai rédigé ce texte. Nous avons la chance de ne pas aborder Tahiti en tant que touristes. C’est désormais notre lieu de vie, de résidence et ce pour 4 ans. Nous profitons chaque minute de la chance qui nous est offerte de partager le quotidien de cette île, de vivre toute l’année au bord de l’océan. On sait déjà qu’une partie de notre coeur restera ici, comme on sait aussi que nos proches, nos amis, les membres de notre famille, mais aussi nos animaux de métropole nous manquent quelquefois cruellement. (Mais Mahaut veut rester toute la vie à Tahiti «quand même», tout comme son père. Et peut-être aussi Zoé ? Bref, le retour sera dur. On le sait déjà.)

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