Plus de deux mois ont passé depuis notre retour. Pris dans le tourbillon des retrouvailles et du retour à la vie occidentale, nous n’avions pas vraiment eu le temps de nous retourner sur ces 14 mois hors du temps. Bien évidemment, la curiosité de ceux que nous rencontrons et qui sont au courant de notre périple les amène à nous poser des questions. On s’inquiète de notre retour à la « vraie vie ». On se soucie de notre réadaptation. On nous promet (comme toujours) bien des difficultés pour réintégrer la routine. « Ca ne va pas être facile après toutes ces vacances de retourner au travail ! ». Et bien désolé, mais c’est facile, très facile. Ne plus avoir à chercher un endroit où dormir tous les soirs, ne plus s’inquiéter du niveau des provisions, ne plus avoir trop chaud ou trop froid toute la journée, ne plus respirer la poussière des pistes infernales de Bolivie, ne plus lutter contre le vent de Patagonie, ne plus rester une semaine sans se laver, ne plus avoir honte de la misère autour de nous, ne plus manger du riz et du poulet des semaines entières, c’est maintenant que commencent les vacances…avant le prochain voyage ?!

Bien évidemment, nous souffrons déjà du matérialisme ambiant, après avoir vécu avec 8 sacoches et dormi dans 2m2 pendant tout ce temps. L’agression publicitaire, la surmédiatisation, la suffisance de ceux qui savent tout, l’ambiance politique délétère, des banquiers à la tête de pays ruinés par les banques, rien de tout ça ne nous a manqués. Mais dormir dans un lit et puiser dans un frigo à portée de main sont des plaisirs qui nous reviennent facilement.

Et puis ce blog. Je l’avais un peu oubliée la saine habitude d’écrire tous les jours coûte que coûte, le soir sous la tente ou le matin en buvant un café lorsque la fatigue nous avait abattue la veille. Plus le temps, trop de travail, trop de choses laissées en plan qu’il me tardait de reprendre. Et puis ce matin, dans le courrier, des photos envoyées gentiment par un voyageur français rencontré à Tupiza, à quelques kilomètres de la frontière Argentino-Bolivienne :

« La Tienda de… » et les souvenirs me sautent dessus sans prévenir. Nous avons passé plus d’un an de notre vie comme ça, sur des vélos à  parcourir un continent trop grand sur des montagnes trop hautes. Ce voyage nous aura permis de sortir de la trajectoire toute droite qui nous était destiné. Rien que pour ça, il fallait le faire.