Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Mois : juillet 2011

La Babel des mers

05 juillet 2010 : Buenos Aires

Après la désastreuse journée d’hier, nous repartons vers le port après s’être assurés que le cargo était bien arrivé. Reçus assez froidement par celui qui doit nous faire entrer dans le port industriel (une vague de froid s’est abattue sur le nord de l’Argentine, ceci peut expliquer cela…), nous chargeons les vélos dans une camionnette pour aller jusqu’au pied de notre nouvelle maison. Changement d’ambiance : nous sommes chaudement accueillis par les marins qui prennent immédiatement en charge nos bagages.

Nous rangeons notre espagnol encore tout chaud pour sortir notre anglais un peu rouillé sur ce bateau italien où nous rencontrons les 4 autres passagers allemands au milieu d’un équipage philippin. C’est la Babel des mers ce navire.

Je passe les détails techniques du cargo. Pour faire simple, il s’agit d’un monstre de plus de 200 mètres de long sur 50 mètres de haut dont les entrailles sont remplies de voitures neuves et le pont arrière de containers.

Nous sommes sur le point de partir et le repas est déjà servi. Il est à la hauteur de l’accueil. Ca fait bien longtemps que je n’avais pas vu autant de plats se succéder. Il va falloir se restreindre sinon gare à l’obésité à l’arrivée.

Tiré par deux remorqueurs, le cargo sort lentement du port et nous profitons de superbes vues sur la skyline de Buenos Aires.

Nous sommes émus de quitter ce petit monde argentin et de commencer un rêve. Zoé et Mahaut semblent heureuses de ce nouveau départ et un peu impressionnées par le gigantisme du port et de ses machines.

06 juillet 2011 : Buenos Aires

Alors que je discute avec le second officier du retard pris par le cargo, un bruit sourd retentit dans la pièce. Il me regarde amusé : «Ce n’est rien. Nous venons de jeter l’ancre.

– Ah bon, on s’arrête ?

– Oui, pour 2 jours.

– Mais on vient juste de sortir du port !

– Oui mais comme nous sommes en retard, il nous faut attendre un autre cargo.»

Ainsi à quelques kilomètres seulement de Buenos Aires, nous sommes déjà immobilisés. Le fier bateau filant sur l’océan avec ses valeureux passagers, c’est pour un peu plus tard. Ce n’est pas bien grave, nous sommes plutôt bien logés. Deux cabines simples mais spacieuses, trois repas hyper complets et un équipage souriant qui nous fiche une paix royale. Pas d’activité programmée, pas de soirée à thème, pas de planning. Des journées entièrement à nous.

Un seul truc m’inquiète : toutes ces rampes dans les couloirs et sur le pont pour s’accrocher. Ca va bouger tant que ça sur ce bateau ?

07 juillet 2011 : Buenos Aires

Petit à petit, nous organisons nos journées à bord. Réveillés à 7h pour prendre le petit déjeuner, il faut jongler ensuite avec les activités disponibles. Un peu de marche d’abord. Environ 150 mètres sont disponibles en longueur sur le pont supérieur. Avec 25 mètres de large, ça nous fait 350 mètres de balade entre les containers. En 3 tours, voilà notre kilomètre de marche. Les deux ponts inférieurs, protégés du vent sont parfaits pour profiter de la vue en lisant un bon livre. Pour les acharnées du vélo comme Carine, la salle de sport propose quelques engins de torture. Pour ma part, avec les filles, on  préfère le baby-foot et la table de ping-pong.

08 juillet 2011 : Zarate

Les cargos, contrairement aux paquebots de croisière, ne sont pas équipés de stabilisateur. Et même par mer calme, ils effectuent leur doux mouvement de balancier. Cette nuit, nous avons remonté le rio de la plata jusqu’à Zarate. Et bien même sur le fleuve, ça tangue. Au petit matin, le décor a changé quand j’ouvre les rideaux de la cabine : des voitures neuves à perte de vue. Et c’est pour charger (ou décharger) des véhicules que nous faisons cette étape initialement non prévue.

Zarate n’est sur aucun guide et presque sur aucune carte. C’est bien normal. Rien de bien folichon excepté un de ces cafés notables où l’on remonte le temps et de vieux taxis à bout de souffle avec chauffeurs bavards. Nous pouvons dépenser nos dernier pesos dont aucune banque ne voudra en France.

09 juillet 2011 : Zarate

Aujourd’hui, c’est la fête. Le fête nationale. La célébration de l’indépendance de l’Argentine. Nous avons vu tellement de rues, d’avenues et de boulevards qui portent le nom de «9 de julio» qu’il est impossible pour nos cerveaux de ne pas faire un petit sursaut en voyant le calendrier ce matin. Mais sur le bateau, point de jour férié. On charge et on décharge dès qu’on est à quai. C’est le cas encore aujourd’hui. Deux options s’offrent à nous : rester à bord à regarder passer les bateaux ou retourner au centre-ville. Nous ne résistons pas à l’idée d’aller encore une fois nous régaler de l’ambiance argentine,de  la décontraction de ses habitants et de profiter du calme des rues pendant l’heure de la sieste.

Il ne doit pas y avoir souvent d’enfants à bord des cargos. C’est la seule explication que je trouve au déluge de cadeaux qu’elles reçoivent des membres d’équipage. Aujourd’hui, c’est le capitaine qui leur offre des poupées, le chef ingénieur un film et le responsable du chargement des bonbons. Allez vous battre pour les éduquer après ça !

Plouf !

La malédiction des transports a encore frappé !

La vie des marins est paraît-il assez difficile. Mais celle des cyclo-voyageurs n’est pas simple non plus. Arpenter les avenues de la mégapole de 13 millions d’habitants avec nos lourds vélos un lundi matin aux heures de pointe n’est pas forcément une partie de plaisir. Mais refaire le même parcours en sens inverse 6 heures plus tard donne des envies de meurtre. Carine a beau me dire «tu ne peux pas vanter la tranquillité des Argentins et en même temps t’énerver comme ça» mais là, franchement, je vous jure qu’il y a de quoi. «Les cons, c’est comme les feuilles au milieu des roses, ça repose» chantait Serge Reggiani. Peut-être. Mais les cons au milieu des ports ça énerve. Celui qui devait s’occuper de nous aujourd’hui et qui nous a laissés presque 6 heures poireauter devant le terminal sans même venir nous serrer la pince, je crois que je ne l’aime pas. Surtout quand, levés depuis tôt ce matin, nous apprenons en début d’après-midi que le bateau n’est toujours pas arrivé mais qu’on a juste oublié de nous le dire et qu’il faut revenir demain. Les aléas, je les comprend et dans une certaine mesure, je les apprécie. Etre pris pour un client qui doit juste la fermer, je n’apprécie pas.

Voilà, c’est tout. Je regretterai peut-être ce coup de gueule dans quelques semaines mais la spontanéité a toujours été le moteur de ce modeste blog alors ne changeons rien.

A bientôt les amis.

PS : allez, du bonheur quand même. Voici Dina et Tian qui non contents de faire une interview radiophonique avec nous sur l’année de voyage (en espagnol, por favor !) offrent au moment du départ des livres et des t-shirts pour les filles et quelques DVD pour les parents. Ajoutons à cela qu’ils sont passionnés de musique et de voyage. Des gens biens en somme. Nous reparlerons de leur beau projet de radio voyageuse et de leur musique à notre retour à France.

PS2 : et puis allez, pour le plaisir, un autre vrai passionné et vrai sympathique personnage, porteur de la clé du bonheur, celle de la bibliothèque de l’Alliance Française, qui nous a ouvert la porte aux livres (en français s’il vous plait !). Et Christophe est lyonnais, alors…

Un anniversaire

Il y a à Buenos Aires, comme dans toutes les villes du monde, de jeunes cadres dynamiques qui affichent leur réussite sociale dans les rues chics de Puerto Madero, de pauvres gens qui survivent sous des tôles à proximité du port, des magasins chics à l’entrée par vraiment libre, des vendeurs ambulants proposant des gadgets inutiles, des restaurants où l’on s’ennuie devant un plat trop bien présenté pour être honnête, des fast-food (fat-food ?) pas vraiment fast ni vraiment food, des rames de métro où l’on se fait broyer les côtes aux heures de pointe, des rues si calmes qu’on se croirait à la campagne, de magnifiques édifices, d’ignobles tours en verre, des 4×4, des vélos, des portenios, des touristes et des manifestants. Rien qui ne mérite vraiment une photo.

Mais, il y a aussi de beaux ragondins, des lapins géants (à moins que ce ne soit des kangourous nains), un théâtre de 4000 personnes aux tarifs prohibitifs, un autre bien plus populaire, une réserve écologique au pied des grattes-ciels, un théâtre reconverti en librairie, une tour de Babel de livres, une Venise champêtre, des sous-terrains secrets, des cyclistes sympas et des horaires d’ouverture toujours aussi aléatoires.

Et un anniversaire : il y a très exactement un an nous montions sur nos vélos pour descendre vers l’Espagne. Un an plus tard, nous remontons sur nos vélos mais cette fois-ci dans les rues de Buenos Aires et pour rejoindre le cargo qui partira lundi 4 juillet au matin direction le Brésil puis le Sénégal. Il nous faudra entre trois et cinq semaines avant de rejoindre la mère patrie. Durant ce temps, nous ne serons guère en mesure de vous donner des nouvelles, les communications sur les cargo étant réduites au minimum et réservées aux cas d’urgence. Nous essaierons de nous connecter à Internet dans les ports quand ce sera possible. Alors d’ici là, profitez de l’été, des vacances, du soleil en abondance et comme dit le philosophe, n’oubliez pas de vivre et de réaliser une bonne fois pour toute que demain ne vous apportera rien qu’aujourd’hui ne vous ait déjà offert…

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