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Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Mois : avril 2011

Le vidéo-blog

Nos premiers jours en Patagonie, version vidéo. Des images dures, des commentaires osés : éloignez les enfants du poste comme on dit à la télé 😉

Accueil chaleureux dans une région froide

Avant de vous parler du froid, de la neige et des tempêtes de la Patagonie, quelques souvenirs de Mendoza, où nous nous plaignions d’avoir trop chaud;-)

Merci Luis et Patricia !

Et puis plus de 1000km plus bas, commence la Patagonie synonyme pour nous du retour des vélos, du changement de temps, du difficile passage de la frontière, de nos amis de la Conaf, de Jorge et Sandra ou l’hospitalité version chilienne, des volcans et des lacs. Des moments difficiles et des moments exceptionnels. La vie, en somme.

 

Du 07 au 11 avril 2011 : Bariloche

En attendant nos vélos…

12 avril 2011 : Bariloche – Santa Maria

Alors que l’on retrouve enfin nos chères bicyclettes, nous avons la mauvaise surprise de devoir payer quatre fois le prix de leur transport. Heureusement, Philippe, consul efficace, réussit avec brio et fermeté à ramener tout au tarif prévu. Après toutes ces discussions, nous partons tard, trop tard pour rallier la prochaine ville. Tant pis, nous profitons du paysage vallonné au bord du lac et même la pluie et le vent n’arrivent pas à entamer notre moral. Nous sommes tellement contents d’être à nouveau sur la route ! Trempés et transis de froid, nous campons au bord du lac.

13 avril 2011 : Santa Maria

Il a plu toute la nuit et au petit matin, la pluie s’est transformée en neige. Nous sommes bloqués par une mini tempête et préférons rester sous la tente. En début d’après-midi la pluie se calme mais pas le vent. Je pars à vélo pour essayer de trouver un peu de nourriture mais je reviens bredouille. Il n’y a rien ni personne dans les environs. J’essaie de faire un peu de feu pour sécher nos affaires mais avec du bois détrempé, ce n’est pas vraiment possible.  Nous passons donc toute la journée dans notre 4m2 en espérant que le temps s’améliore. Les filles sont ravies !

Le soir, Selma, la voisine de la maison d’en face (que nous pensions abandonnée), nous offre de quoi démarrer notre feu, de l’eau chaude, du pain et quelques beignets. La gentillesse incarnée.

14 avril 2011 : Santa Maria – Villa la Angostura

La Patagonie est comme on nous l’avait dit : belle, froide et terriblement ventée. Emmitouflés dans nos cagoules et tous nos habits sur nous, nous devons affronter le vent. Serait-ce la seule région du monde où il faut pédaler dans les descentes ? Nous arrivons à Villa la Angostura. Ce gros village a tout d’une station de ski : tout y est propret et plus cher qu’ailleurs. Mais la neige fondue qui ne cesse de tomber nous incite à passer la nuit ici et à remettre notre lente progression vers le Chili à demain.

15 avril 2011 : Villa la Angostura – Tres Hermanas

Le ciel s’est dégagé et pour la première fois depuis bien longtemps, le vent s’est arrêté. Nous en prenons plein les yeux : route enserrée entre les lacs, sommets enneigés et forêts immenses. Tout ici nous rappelle le Canada. Nous nous arrêtons au pied du col où nous demandons aux dernières maisons un endroit pour dormir. Nous louons finalement une petite maison en bois planquée dans la forêt.

Ce soir, je continue à lire «Sisters in the Wilderness», la biographie de Susanna Moodie et Catharine Parr Trial, deux soeurs venues d’Angleterre et qui s’installent au nord du Canada avec leurs maris au début du 19ème dans l’espoir d’un avenir meilleur. On y découvre les conditions de vie incroyablement difficiles de ces colons. Je me sens un peu dans leur peau, essayant de réchauffer la pièce avec une petite cuisinière à bois.

16 avril 2011 : Tres Hermanas – Anticura

Comment raconter cette journée ? Elle avait bien commencé. Nous quittons notre cabana sous un ciel relativement clément. A la douane argentine, nous faisons bien rire les douaniers avec nos vélos. Puis commence la longue montée dans la cordillère vers la frontière avec le Chili. Les paysages sont époustouflants et nous avançons bien. A une dizaine de kilomètres du col, la pluie commence à tomber. Rien de bien grave, c’est souvent comme ça dans les cols andins. Puis c’est la neige. Au début c’est amusant sauf que rapidement il fait terriblement froid et la route devient trop glissante pour pédaler.

Nous grelotons en poussant les vélos. A 300 mètres du sommet, avancer devient impossible. Mahaut est prise de sanglots et Zoé a du mal à retenir ses larmes également. Nous faisons signe et deux pick-up s’arrêtent et nous aident à charger les bicyclettes pour nous emmener jusqu’à la douane chilienne une quinzaine de kilomètres plus bas. Encore une fois, comment remercier ? Par ailleurs, ils nous informent que la météo avait bien prévu des chutes de neige alors que tout le monde depuis hier (douaniers compris) nous assure que la route est parfaitement dégagée et ne présente aucune difficulté. Nous sommes transis de froid et il faut effectuer les formalités de douane. Il faut jeter toute nourriture d’origine animale ou végétale non emballée. Nous disons adieu à notre réserve de fromage. Et ça ne rigole pas : un chien est chargé de flairer tous les sacs et s’il trouve quelque chose de frais, gare à l’amende. Finalement nous repartons sous la pluie pour rejoindre l’entrée du parc national. Quand nous demandons au gardien où dormir, il nous invite chez lui !

Dans la soirée, Carine s’aperçoit qu’elle a oublié deux beaux saucissons dans un de ses sacs. Merci le chien !

17 avril 2011 : Anticura – Aguas Calientes

Notre hôte nous indique la route à suivre pour atteindre les sources d’eau chaude du parc, à peine 20 kilomètres. Au son du mot «Caliente», nous enfourchons nos vélos. D’après lui, nous pouvons dormir chez ses collègues de la Confédération Nationale Forestière (Conaf). Nous suivons la route qui part vers l’Ouest encadrée d’une végétation luxuriante qui prouve que nous sommes dans une zone très humide. D’ailleurs la pluie est omniprésente. Les gens disent que c’est comme en Irlande. Mais c’est faux, en Irlande, entre deux averses il y a un peu de soleil. Ici, entre deux averses, il pleut. Mais il fait moins froid que du côté argentin. Après quatre derniers kilomètres de montée très difficile, nous arrivons au complexe touristique des eaux thermales. Jorge et Sandra nous abordent. Ils nous ont vus hier à la douane. Ils nous proposent tout naturellement de dormir dans leur cabana au bord du lac à 30 km d’ici. Une nouvelle fois complètement désarmés devant tant d’attention, nous prenons les clés de leur maison de campagne que nous rejoindrons demain. En attendant, pour cette nuit, si nous voulons profiter des sources thermales, il faut trouver un hébergement. Les cabanas sont hors de prix et le camping est fermé. Alors direction nos amis de la Conaf. C’est Pablo, un étudiant travaillant ici le week-end qui nous propose de dormir dans son «logement de fonction» pour éviter la pluie et le froid. Il fait des études pour être prof d’histoire-géographie grâce à une bourse et à un prêt à la banque. Nous discutons des conditions de travail ici au Chili mais il serait un peu long de tout détailler maintenant. Une autre fois.

18 avril 2011 : Aguas Calientes – Entre Lagos

Les quatre kilomètres de difficile montée d’hier se transforment en quatre kilomètres de pure descente à 60km/h. Les paysages sont radicalement différents de ceux que nous avons connus en Argentine. La terre desséchée a laissé place à une végétation gorgée d’eau. Les immenses plaines sont remplacées par des lacs surveillés par d’imposants volcans. Et parce qu’il ne peut pas toujours pleuvoir, le soleil vient enfin nous réchauffer. Nous arrivons à la petite maison au bord du lac de Jorge et Sandra. L’endroit est tout simplement paradisiaque et nous pouvons y rester quelques jours. Tant de gentillesse, c’est tout simplement encore et toujours désarmant.

19 au 21 avril 2011 : Entre Lagos

Confortablement installés dans la casita de Sandra et Jorge, nous regardons tomber la pluie…

22 avril 2011 : Entre Lagos – ?

Après la tempête d’hier, les quelques rayons de soleil de ce matin nous laissent espérer que la journée va être belle. A peine avons-nous fini d’acheter notre ravitaillement pour les jours à venir que nous sommes rincés par une averse. Nous décidons de continuer quand même (merci Carine !). Comme prévu la route n’est pas asphaltée et peu de voitures passent par ici. Une tranquillité qui sied bien à ces paysages d’eau et de volcan où paissent le vaches. Le froid et la nuit tombent tôt et dès 17h nous cherchons où dormir. Dans les bois, bof, c’est trempé. Chez les carabineros, nous faisons chou blanc. C’est finalement dans l’exploitation agricole de Sylvia et Antonio que nous trouvons refuge. Ils ont quelques lits pour les ouvriers qui viennent ici à la semaine. Mais durant ce long week-end de Pâques, il n’y a personne. Ils nous offrent le gîte avec une gentillesse et une discrétion toute chilienne.

23 avril 2011 : ? – Las Cascadas

La région des lacs est aussi la région des volcans endormis ou presque. Quand le ciel est découvert, on peut apercevoir leur forme presque parfaite. Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui où il faut se contenter de points de vue magnifiques sur le lac.

La région, plutôt touristique, offre quelques hébergements originaux. Ainsi cette grande maison coloniale où notre flair nous dit de nous arrêter. Nous y sommes chaleureusement reçus et le soir nous composons nous-mêmes le menu en allant chercher les légumes directement dans le potager.

24 avril 2011 : Las Cascadas

Après un petit déjeuner gargantuesque, il est temps de partir … à pied. C’est plus adapté à l’exploration des plages de sable noir du lac. A midi, repas à nouveau gargantuesque à base d’empanadas de mariscos (chaussons fourrés aux fruits de mer, faudrait suivre un peu !) . Si nous avions su que chacun pesait près de 250g, nous n’en n’aurions pas pris deux douzaines. C’est ça de changer de pays, il faut s’habituer. Et pour faire passer tout ça, une bière pression, la première depuis des mois. L’explication : ici 80% de la population est d’origine allemande.

25 avril 2011 : Las Cascadas – Ensenada

Nouveau petit déjeuner chez Marcelo et c’est le départ pour une étape courte au pied du volcan Osorno. Il n’y a ni vent ni pluie et en fin d’après-midi les nuages se retirent pour nous laisser devant un spectacle magnifique : deux volcans encadrent une baie superbe. Allongés sur la plage, nous savourons ces instants de repos en pensant à la nuit que l’on va passer au chaud dans un chalet à quelques pas du lac à un tarif basse saison bien négocié. Life’s good !

Du Chili

Nous sommes bien arrivés au Chili avec nos vélos après maintes aventures. Plus de précisions quand Internet fonctionnera. Tout le monde va bien. Merci pour vos messages. Nous y repondrons plus tard.

Pas ta gonie, pas tes vélos !

Par quoi commencer ? La bonne ou la mauvaise nouvelle ? Allez, voici la bonne :

nous sommes enfin arrivés en Patagonie. Afin d’éviter encore 1000km de ligne droite dans le désert, nous avons opté pour le bus. L’arrivée dans la région des lacs nous a fait l’impression de changer de pays. En voici un petit aperçu :

Les Suisses disent que ça ressemble à la Suisse. Les Argentins disent que c’est la Suisse qui ressemble à la région des lacs. Peu importe, à Bariloche, on mange de la fondue, du chocolat et on élève des saint-bernards.

On en oublierait presque la mauvaise nouvelle : nous n’avons plus nos vélos ! La compagnie de bus qui nous a transportés les a tout simplement laissés au départ à Mendoza. A peine arrivée, Carine manque de s’étrangler quand le bureau de la compagnie lui répond que ce n’est pas son problème (!?). Heureusement, l’office du tourisme nous aiguille sur la police de la répression des fraudes qui prend en charge l’affaire. Efficace, elle obtient de la compagnie que les vélos soient expédiés en camion mais pas avant 5 jours ! Nous contactons également le consul honoraire de France qui se propose de nous aider lundi à les récupérer à la gare routière en transportant toutes nos affaires.

C’est la deuxième fois qu’une compagnie de transport nous perd nos vélos (la première fois, c’était à Quito) et se comporte de façon complètement malhonnête. Etonnant quand même qu’en Amérique du Sud, nous soyons toujours si chaleureusement reçus par les individus et si mal traités par les entreprises qui malgré leur relation clientèle estampillée « ISO machin-chose » sont les véritables délinquants de ce continent.

2 et 3 avril 2011 : San Juan

Promenade dans la petite ville de San Juan qui fut entièrement détruite en 1943 par un tremblement de terre et reconstruite totalement en bâtiments anti-sismiques avec de larges avenues bordées d’arbres. D’ailleurs, 34 ans plus tard, en 1977, elle résistera bien à un nouveau tremblement de terre .

Petite devinette : 1977 + 34 = ?

4 avril 2011 : San Juan – Mendoza

Trajet en bus que nous ne regrettons pas : c’est plus plat, plus rectiligne et plus désertique que jamais.

5 et 6 avril 2011 : Mendoza


Comme convenu, nous sommes reçu pas Luis qui a déjà parcouru les deux Amériques, l’Afrique et l’Europe à vélo. Il en a tiré une véritable philosophie de la vie dont il nous parle dans un français presque parfait. Au chapitre des anecdotes, il nous raconte la réaction de son père découvrant à son retour qu’il ne mangeait presque plus de viande : « Tu es végétarien mon fils ? Je préfèrerais que tu m’annonces que tu es gay ! ».

7 au 9 avril 2011 : Bariloche


Après 20h de bus, nous sommes juste 1200km plus bas à Bariloche, porte d’entrée de la Patagonie. Sans vélo mais toujours avec le soleil. Un peu coincés au centre ville (pas moyen de transporter facilement toutes nos sacoches sans nos vélos), nous essayons de profiter de notre séjour forcé.

Informations importantes !

Plus rien de nous empêche de nous installer en Argentine depuis que l’on a découvert ça :

Rien à voir avec le camembert en boîte de conserve, mais nous sommes au rayon sandales du catalogue 2011 du Vieux Campeur. Avec le nouveau look de Carine, je nous aurais plutôt imaginés au rayon lunettes 😉

Notez le judicieux commentaire au dessus de la photo : « fabrication dans de beaux matériaux pour gagner en confort ». Je n’aurais pas dit mieux de nous 😉

Plus que 4000km !

Petit résumé en images de la semaine :

Bonne nouvelle, nous sommes sur la bonne route :

Le principal problème ici, c’est le vent. Les Argentins ont même un panneau pour ça :

L’autre problème, c’est Carine qui a cassé ses lunettes. Il a fallu en racheter mais franchement, le choix n’est pas terrible par ici :

Plus en détails et plus sérieusement :

22 mars 2011 : Chilecito – Sanogasta

Ce matin, nous abandonnons Seb et Mona à leur épopée auto-stoppique pour rejoindre la Cuesta Miranda qui, comme son nom l’indique, est une côte. Nous nous arrêtons en début d’après-midi au village précédent afin d’éviter de finir desséchés par le soleil et se reposer un peu avant la piste grimpante de demain.

Ici, on a une vision assez rock’n roll du petit Jésus;-)

23 mars 2011 : Sanogasta – Los Tambillos

Ca grimpe et nous avons le vent de face (il faut que je retrouve celui qui m’a dit que le vent souffle TOUJOURS du Nord au Sud en Argentine) mais la montée est plus courte que prévue et nous y faisons quelques rencontres (salut Cavanna !) qui sont toujours un bon prétexte pour souffler un peu.

Et puis, regardez, c’est beau :

Nous faisons encore une pause devant un monument dédié à la Difunta Correa. Ici, elle fait l’objet d’un véritable culte. Il y a 200 ans, cette jeune femme partait, avec son bébé dans les bras, retrouver son amoureux parti à la guerre. Mais la route est longue à travers ces montagnes et la pampa – nous en savons quelque chose – et les vivres vinrent à manquer et la pauvre mourut de soif. Quant on la retrouva, elle tenait encore sur son sein son bébé vivant. Aujourd’hui, elle fait l’objet d’une adoration incroyable dans tout le pays bien que l’église ne l’ait jamais sanctifiée. Le plus symbolique  est ces bouteilles d’eau que ses admirateurs continuent à déposer devant chaque chapelle comme pour essayer d’étancher la soif éternelle de la difunta.

Cette belle histoire nous fait doublement sourire : d’abord, elle nous rappelle que dans un pays où les distances entre villages sont énormes, il faut gérer notre stock d’eau. Ensuite, si un jour nous manquons du précieux liquide, nous pourrons toujours prendre discrètement une bouteille devant une des chapelles, il y en a le long de toutes les routes…

24 mars 2011 : Los Tambillos – Valle Union

Après avoir serré la main de l’hôtelier qui nous a donné une chambre quadruple pour le prix d’une place de camping (combien de fois sert-on la main d’un hôtelier en France ?) et grâce à qui nous évitâmes la pluie (un peu de passé simple, c’est si castillano), nous descendons de la montagne pour rejoindre une vallée immense (combien de jours nous faudra-t-il pour ressortir d’ici ?). Nous aurions pu éviter le gros bourg de Valle Union et filer directement vers la valle de la luna ou suivre la ruta 40 mais nous avions besoin d’internet pour gérer notre «carrière professionnelle». Ca ne manque pas de piquant.

25 mars 2011 : Valle Union


Chaude journée. Je consulte internet sur la place centrale du village. Le soir, nous récoltons un peu de bois pour faire le traditionnel asado (barbecue). Nous nous gardons un peu de bonnes choses grillées pour le sandwich du lendemain. Un chien (un renard ?) s’en régalera pendant la nuit nous laissant fort démunis quand le matin fût venu.

26 mars 2011 : Valle Union – Guandacol


Un fort vent du sud (mais ça devrait se calmer demain me dit-on) continue à souffler. L’étape est belle, le passage d’une vallée à l’autre se faisant au travers de montagnes multicolores.

Et au travers de grandes flaques d’eau :

Arrivés à Guandacol, nous demandons à camper derrière la station service, pratique courante des routiers. Le bar-restaurant qui jouxte la station vient tout juste d’ouvrir. Nous y sommes reçus mieux qu’à l’hôtel : café, eau chauffée à la hâte dans la cuisine pour se baigner, dessins animés pour les filles et tout ça avec le sourire et gracieusement.

L’Argentine devient, au fur et à mesure de notre descente, le pays idéal : un accueil extraordinaire comme seuls les Sud-Américains en ont le secret et un niveau de développement plus proche de nos habitudes occidentales. De quoi vous coller le sourire aux lèvres pour toute la soirée.

27 mars 2011 : Guandacol – ?

Des fourmis de toutes les couleurs, des moustiques de toutes les tailles, des machins volants et vrombissants, des serpents, des araignées : la pampa ou le paradis des insectes. Nous sommes dévorés jour et nuit par ces petites bêtes. Carine en fait même une allergie avec des pustules qui lui poussent sur les bras et dans le dos (non, pas de photo !). Pour paraphraser Renaud, je dirais « la nature c’est dégueulasse, les insectes vivent dedans ». Malgré tout cela, après notre ration journalière de lignes droites, dormir sur le sable, entourés de cactus et les yeux rivés sur les sommets à plus de 6000 mètres reste un moment unique. Nous y faisons l’école nomade, les jeux nomades et la cuisine nomade loin de la Libye et du Japon. Et pendant que vous allez vers des jours meilleurs, nous sentons ici que le fond de l’air devient frais. Si seulement ça pouvait éliminer quelques insectes.

28 mars 2011 : ? – Huaco


Levés comme nous nous sommes couchés, seuls au monde, nous buvons notre café amélioré ce matin d’une brioche perdue au fond du sac à provisions. La route nous offre peu de surprises et nous arrivons au premier village pour se ravitailler en début d’après-midi. Il fait chaud, les environs sont magnifiques et comme il faut attendre la fin de la sieste pour fouiner dans les échoppes, nous nous posons. Et comme nous nous posons, nous restons pour la nuit.

29 mars 0211 ; Huaco – Niquivil


Des trois obligations du cyclovoyageur (trouver de l’eau, trouver à manger et trouver où dormir), la troisième est de loin celle qui offre le plus de variété. Si nous avions déjà eu recours aux services publics sud-américains pour trouver un toit en forme d’école ou de caserne des pompiers, c’est la première fois que nous nous adressons directement à la police pour nous loger. Certainement qu’une « peur du gendarme » légèrement atavique nous tenait éloignés de ceux qui portent une arme à la ceinture. C’est dommage car l’hospitalité derrière la petite cabane en bois de la police de Niquivil est la même que dans le reste du pays : un coin d’herbe pour dormir, une douche et un banc pour s’asseoir . Quand on a les trois en même temps, c’est le luxe. En prime un peu d’eau chaude pour le mate et le droit pour Zoé d’utiliser la machine à écrire du chef !

A part ça, Carine continue à faire des siennes : après avoir sérieusement déjanté il y a quelques mois, aujourd’hui, elle perd carrément les pédales. La faute au piètre mécanicien qu’elle a emmené avec elle et qui n’a pas du suffisamment serré la vis…

30 mars 2011 : Niquivil – … Sanchez


Cette journée aura été celle de la VN, la Vialidad National, les bonshommes chargés de l’entretien des routes. Déjà hier, ils avaient rompu la monotonie de la route avec leurs travaux. L’occasion de nous donner de l’eau et de nous indiquer le kilométrage restant. Aujourd’hui, c’est nous qui allons demander de l’eau à l’un de leurs campements. Car, des trois villages indiqués sur la carte et que nous venons de traverser, ils ne restent rien. Peut-être sont-ils tous morts d’ennui en regardant la route.

Le soir, c’est dans un campement plus grand que nous allons à nouveau demander de l’eau et un endroit où planter notre tente. Là, au milieu du désert, le son du groupe électrogène est presque rassurant.

31 mars 2011 : …. Sanchez – ?

De nouveau, le fort vent de face réduit à néant notre espoir de rejoindre la civilisation ce soir. Quant au seul endroit habité de la route, c’est un restaurant – kiosko qui n’a plus rien à manger. Il faut se contenter de chips bien grasses arrosées de coca bien frais. Le soir, niché dans un recoin de la route, nous finissons cette journée « gastronomiquement » lamentable par une bonne casserole « d’aliment à base de céréales ». A la première bouchée, je vérifie sur le paquet qu’il s’agit bien d’alimentation à destination des êtres humains. Ouf, c’est bien fait pour être mangé et c’est en plus renforcé en vitamines et sels minéraux. De quoi se plaint-on ? Après un tel festin, nous partons nous coucher dans le lit de la rivière, un lit de cailloux en somme…

01 avril 2011 : ? – San Juan


Le vent a redoublé de violence. Nous hésitons même à prendre la route. Mais rester ici sans rien à manger n’est pas vraiment une solution. Et évidemment, en roulant parmi les cactus pour rejoindre la route, les roues de la carriole se retrouvent à plat. Je répare sur le bord de la route et au moment de raccrocher le timon, j’oublie de raccorder la sécurité. A peine avons-nous fait 500 mètres que la carriole se décroche et, emportée par les rafales de vent, dévale toute la côte que je viens de gravir. Mahaut se met à hurler. Je jette le vélo sur le bord de la route et cours pour rattraper ma fille enfermée dans la carriole. Mais c’est peine perdue, chargée comme elle est, elle prend rapidement de la vitesse. Carine réagit mieux que moi. Elle a fait demi-tour et sur son tandem-paquebot, elle me dépasse. S’engage alors une course poursuite entre la fille et la mère. De part et d’autre de la route, les véhicules s’arrêtent et leurs passagers sortent précipitamment pour applaudir. Je m’arrête à bout de souffle. Un Argentin me tend son mate. « Bois amigo, je paris 5 pesos que c’est la carriole qui va gagner ». C’est alors qu’un poisson sorti d’on ne sait où (tout semble sortir d’on ne sait où sur ce continent) bondit sur la route et stoppe nette la course folle de la carriole. Je peux enfin boire mon mate tranquillement.

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