Une famille Un monde

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

Mois : février 2011

Prisamata

Prisamata : «qui est pressé sera tué». Voilà une expression typiquement argentine qui résume bien l’ambiance qui règne ici. Côté route, les Andes nous rejouent pour la troisième fois le film «passons d’un univers entièrement minéral à un monde totalement végétal» et nous ne nous en lassons pas. Les deux premières fois c’était en Equateur et dans le nord du Pérou. Cette fois-ci nous avons droit à la version couleur : de la «vallée des peintres» à la «montagne des sept couleurs» jusqu’à la jungle sub-tropicale ce sont encore et toujours des paysages à couper le souffle. Et puis, globalement, ça descend. Je dis «globalement» parce que pour descendre dans les Andes, il faut parfois franchir des cols !

13 et 14 février 2011 : Humahuaca

Nous passons deux journées allongés dans l’herbe à écouter les oiseaux et à lire. Le ciel est dégagé et tous les après-midi, un vent violent venant du sud tente d’arracher les tentes.

Lundi, nous comprenons que changer la jante du tandem ne va pas être simple. Nous cherchons une jante de 40 trous alors que le standard est de 36 trous. Peu d’espoir d’en trouver dans cette région. Il faudra voir à Salta.

15 février : Humahauca – Tilcara

Nous voilà enfin dans la célèbre quebrada ajoutée par l’Unesco à la liste du patrimoine de l’humanité. Il s’agit d’une vallée enserrée entre deux chaînes de montagnes colorées. Ici, les maraîchers font pousser salades, carottes et maïs. Les chevaux sont omniprésents. Et puis comme toujours en début d’après-midi, le vent du sud se lève et ça devient moins amusant de pédaler.

Nous entrons dans Tilcara juste avant la pluie du soir, non sans avoir passé le tropique du capricorne.

16 février 2011 : Tilcara

Toujours pas de pièce de rechange pour notre roue fatiguée. Nous en achetons une d’occasion pour pouvoir atteindre Salta. L’après-midi est consacré à la visite d’une pukara, l’une des nombreuses forteresses pré-inca qui jalonnent la vallée. Certains bâtiments ont été entièrement reconstruits avec pierres, bois de cactus, tiges de canne à sucre et toit en terre.

Un petit musée hétéroclite (comment souvent ici) complète la visite. Mais les momies ont été supprimées des vitrines par «respect de la personne humaine» (décision de 2004). Tant pis pour le témoignage historique.

17 février : Tilcara – Purmamarca

Seulement 27km séparent Tilcara de Purmamarca. Mais le terrible vent ralentit notre progression. A quelques kilomètres de l’arrivée, nous croisons à nouveau la famille française en 4×4, toujours avec ses 5 enfants. Nous discutons, mais cette fois-ci autour d’une bière fraîche directement sortie du frigo de leur véhicule. Ah, le confort moderne !

Revigorés par cette nouvelle rencontre, nous finissons la montée vers la «montagne aux sept couleurs». Comme dans le reste de la vallée des peintres, cette montagne est composée de roches aux couleurs variées et étranges.

Au centre du village, une agréable place ombragée, des hôtels- restaurants hors de prix et des souvenirs «locaux» (les mêmes que nous rencontrons depuis 4000km). Pour nous ce sera camping et repas maison.

18 février : Purmamarca – Yala

C’est après le village de Volcan, connu pour ses éboulements qui bloquent la route pendant des journées, que le paysage change brutalement. Les montagnes sont alors recouvertes de végétation et la vallée se transforme en grande prairie plantée d’arbres.

Nous rentrons dans la région subtropicale qui mène à San Salvador de Jujuy. C’est beau, c’est vert et nous comprenons vite pourquoi : il pleut tout le temps ! Une pluie fine détrempe le sol et les pauvres cyclistes que nous sommes.

Ce temps peu engageant fait fuir les touristes et nous nous retrouvons seuls dans un «complexe touristique» un peu abandonné qui est en fait un grand camping dans la forêt. Quelques chevaux apparemment embauchés pour tondre la pelouse et de beaux oiseaux multicolores payés pour diffuser la musique sont nos seuls compagnons.

19 février : Yala – Jujuy

Un autre changement a lieu aujourd’hui. Pas dans le paysage cette fois-ci mais dans les villages que nous traversons. Finies les petites maisons en adobe regroupées autour de maigres jardins. Place aux grandes propriétés, aux villas immenses et aux jardins anglais. Nous quittons définitivement cette Argentine aux airs de Bolivie pour entrer dans la partie riche du pays. A Jujuy, nous sommes comme à la maison. Carine erre dans un supermarché «Carrefour» à la recherche désespérément de fromages français. «C’est français Carrefour ?» me dit-elle. «Bah, regarde, nous faisons la queue aux caisses comme en France» lui dis-je pour la rassurer. Remarquez que ça en vaut la peine : roquefort, jambon cru, saucisson, raisins secs et vin rouge dans notre petite chambre d’hôtel ce soir.

20 et 21 février 2011 : Jujuy

Retour à la modernité à Jujuy, première ville d’importance que nous traversons. Nous profitons d’un vélociste bien achalandé pour changer la roue arrière du tandem par un roue équivalente (en 36 rayons pour les spécialistes), acheter une nouvelle selle et un casque pour Mahaut qui passe de plus en plus de temps sur le cadre de mon vélo et de nouvelles pédales pour Zoé dont une était cassée. Après cette remise à neuf de nos vélos, nous partons soigner nos estomacs affamés tout en vérifiant que les Argentins sont bien les plus gros mangeurs de viande du monde. Une «parillada» (ensemble de viandes et abats grillés) prévue pour deux suffira à toute la famille pour…deux repas.

22 février 2011 : Jujuy – El Carmen

Après avoir difficilement trouvé la route secondaire qui va à Salta et nous permet d’éviter l’autoroute, nous roulons enfin paisiblement à travers les champs de tabac (qui logique mondialisée oblige, sera fumé en Chine).

Régulièrement, la pluie nous accompagne sans que cela soit vraiment gênant : il fait tellement chaud que l’on sèche immédiatement. A El Carmen, nous rejoignons la route «de la corniche» qui passe à proximité des «diques», lacs artificiels utilisés pour fournir l’eau aux villes alentours.

Un parc municipal avec barbecue, chevaux (peut-on les mettre sur le grill ?) et piscine nous permet de planter la tente. Sauf que la pluie est plus forte que jamais. Carine me montre du doigt un endroit qui devrait rester sec toute la nuit et qu’il faut ajouter au top 5 des lieux de camping les plus improbables que nous ayons fait :

23 février : El Carmen – La Caldera

Après El Carmen, la route 9 devient étroite, vallonnée et presque sans circulation. Le rêve des cyclistes. Elle traverse une flore de plus en plus exubérante où tout est plus grand, même les insectes (voir le film de Zoé, seule assez courageuse pour les approcher) : tarentules géantes et sauterelles de belle taille (on peut les mettre sur le grill aussi ?). Il faut que l’on pense à bien fermer la tente le soir…

Arrivés dans un camping au prix dérisoire et à la douche chaude, nous discutons avec un couple d’Argentins qui nous parle de l’évolution de leur pays : selon eux, la télévision est en train de crétiniser les gens, la peur de l’immigré devient prépondérante dans les relations avec les pays voisins et l’école nivelle par le bas. C’est pas moi qui l’ai dit.

24 février 2011 : La Caldera – Salta

Notre petite angoisse quand nous arrivons aux abords d’une grande ville, c’est souvent comment atteindre le centre-ville sans finir écrasés. Nos diverses expériences sud-américaines en la matière ont laissé des traces. C’est oublier que nous sommes en Argentine, pays où beaucoup de gens se déplacent à vélo. Une piste cyclable nous emmène de l’entrée de l’autoroute au centre ville sans heurts. Voilà une bonne première impression de la ville. La suite, nous vous la raconterons quand elle sera arrivée ! Car n’oubliez pas : prisamata !

Foro de cicloturismo y viajes en bicicleta

Pau, que nous avions rencontré à Girona (Espagne), a eu la gentillesse de parler de nous sur le forum de cyclorourisme et du voyage à vélo en Espagne. Une belle surprise de lire les commentaires des cyclo-voyageurs espagnols : http://www.rodadas.net/foro/topic/papa-mama-y-dos-ninas-encantadoras-en-ruta

L’occasion aussi de saluer Pau, Carme, Arnau et Julia et de se remémorer la soirée passé chez eux.

A bientôt.

L’heure des bilans

Sept mois. 7 mois que nous voyageons. Un article un peu spécial s’imposait pour rendre compte de cette moitié de chemin effectuée. L’occasion aussi de faire évoluer ce blog qui n’avait pour but au départ que de rassurer famille et amis et de conserver un lien avec l’école de Zoé. Aujourd’hui, vous êtes nombreux à nous écrire et à lire régulièrement notre prose hésitante rédigée à la hâte et à regarder nos photos d’amateur. Ca nous fait très plaisir et nous oblige à continuer ce petit exercice quotidien. L’occasion pour moi de remercier mes deux correctrices : Carine qui juge du bon goût de ce journal, censure avec efficacité mes débordements et supprime un bon nombre de fautes d’orthographe et de grammaire et ma maman qui s’occupe d’éliminer les dernières coquilles avec sa connaissance approfondie des pièges de la langue française. Sans elles, ce blog serait certainement encore plus difficile  à lire.

Voici donc une mise à jour du site que j’espère réussie (comprenez que tout fonctionne mieux qu’avant) avec normalement, un site plus rapide et plus clair, une traduction complète en français et une multitude de petites améliorations que seuls les plus « geek » d’entre vous percevront et c’est très bien ainsi.

Les journaux des enfants ont évolué. Mahaut a bien travaillé 😉

Le résumé en espagnol est presque à jour grâce au travail acharné de Carine. La version anglaise est restée bloquée au point mort à cause de mon manque d’acharnement. En guise d’excuse, il faut dire qu’après l’équatorien, le péruvien et le bolivien, je dois apprendre l’argentin et ces « che » qui viennent remplacer bon nombre de voyelles (et d’où Ernesto Guevara tire son surnom) me donnent du fil à retordre alors la langue de Branle Poire (Shakespeare en anglais) n’est pas ma priorité.

Mais entrons dans le vif du sujet. Des bilans, en voici un premier, sur le pays que nous venons de quitter : la Bolivie.

La Bolivie : pays des superlatifs. Pays le plus haut du monde et pays le plus pauvre d’Amérique du Sud entre autres. Pour la hauteur, ça ne nous fait plus grand chose de vivre à plus de 4000m mais nous sourions en voyant les touristes arrivés de La Paz complètement essoufflés et victimes de maux de tête. Mâchez un peu de coca, ça vous changera du coca-cola !

Quant à la pauvreté, elle est moins perceptible qu’au Pérou mais elle existe et la traversée de certains villages continue de nous secouer moralement. Difficile également d’accepter que des enfants de l’âge des nôtres mendient dans les centres villes. Des personnes bien intentionnées nous ont bien expliqué que tout cela est organisé et que quand les enfants remontent dans leur village, ils s’habillent proprement et mènent une vie paisible avec l’argent gagné. J’ai toujours du mal à adhérer à cette théorie. Nous n’avons encore croisé aucun de ces villages de mendiants riches et pourtant avec nos vélos, nous voyons beaucoup de choses.

Côté souvenir, comme dans les autres pays que nous avons visités, les paysages bien évidemment mais surtout les Boliviens: Sourire, disponibilité, curiosité, honnêteté, ils remonteraient le moral à tous les déprimés du monde. Comment font-ils pour être toujours aussi souriants ? C’est quoi le truc que j’en ramène un peu en Europe ? Pourquoi les habitants des pays «en voie de développement» ont-ils toujours l’air plus heureux que ceux des pays «riches» ? Pourquoi ont-ils la «nonchalance» quand nous avons le «stress» ? J’avoue que cette dichotomie me fascine de plus en plus. Peut-être sont-ils ainsi parce qu’ils cherchent moins que nous à régenter l’avenir. Ils attendent également moins de la vie que nous qui nous pensons promis à un bonheur éternel.

Plus loin de tout (des Etats-Unis, de l’Europe) que le Pérou ou l’Equateur, les Boliviens ont développé leur propre culture, curieux mélange de tradition et de modernité. Ca nous a plu et ce n’est pas un hasard si nous y sommes restés plus de deux mois.

Et maintenant il faut que nous nous décidions pour la suite du voyage. Si l’on suit l’itinéraire prévu, nous devrions vite nous envoler pour l’Océanie. Mais comme le dit la sagesse du voyageur : « on croit faire un voyage mais c’est le voyage qui vous fait ou vous défait ». Dans notre cas, le voyage a défait un certain nombre de certitudes. Dont celle qui nous faisait croire qu’il fallait « faire » beaucoup de pays et de continents et revenir avec un tableau de chasse impressionnant pour que le voyage mérite l’appellation « tour du monde ». Aujourd’hui nous avons changé d’optique. Seul compte le voyage et le luxe extraordinaire de pouvoir prendre son temps. Pourquoi repartir de ce continent alors que nous n’en avons exploré qu’une infime partie ? Nous découvrons à peine l’Argentine et il nous reste encore le Chili sur notre route vers le sud. Pourquoi allez mettre une petite fortune dans un voyage en avion alors que nous pouvons pédaler encore pendant les 5000 km qui nous séparent d’Ushuaïa ? Le budget du voyage en Océanie puis retour en Europe via l’Asie représente plus que ce que nous avons dépensé aujourd’hui pour vivre 6 mois en Amérique du sud. Pourquoi changer de langue alors que nous commençons enfin à nous débrouiller en « Castellano » ? Quel plaisir de pouvoir communiquer avec les Sud- Américians dont on ne louera jamais assez la gentillesse. En bref, tourner en avion autour de notre planète nous apportera-t-il plus que de continuer à découvrir ce continent ? Nous n’en sommes plus persuadés. A relire ce que nous avions écrit sur la page « projet » il y a plus de sept mois, je crois que l’Amérique du sud va nous retenir un peu plus longtemps que prévu et que tout projet d’itinéraire est définitivement une erreur dans un voyage au long cours. Donc pour l’instant nous continuons vers le pôle sud. Les autres continents peuvent attendre.

Tranquilo

La transition de la Bolivie à l’Argentine s’est faite en douceur, le Nord de l’Argentine étant encore très bolivien et très ancré dans les traditions andines. Mais nous descendons petit à petit de ces hauts plateaux pour rejoindre des vallées plus basses. C’est la fin de notre séjour au-dessus de 3500m. Nous traçons maintenant en direction d’Ushuaia et de la mythique Patagonie pour un séjour en Amérique du sud qui va durer plus longtemps que prévu, vous vous en doutez (nous vous en dirons plus un peu plus tard).

7 février 2011 : Tupiza – ?

C’est sous un beau soleil que nous quittons Tupiza, non sans avoir discuté avec Nicolas, Benoît et Cyril, Grenoblois de passage en Bolivie. La première partie de la route est agréable, plutôt asphaltée, suivant le cours d’une rivière. Ensuite, ça se corse un peu. Il faut monter. Heureusement, de nombreux tronçons sont asphaltés mais encore fermés à la circulation faute de pont. A vélo ça ne pose pas de problème de les emprunter. Pour palier à l’absence de pont, nous passons par le lit des rivières qui par manque de pluie sont totalement asséchées.

En fin d’après-midi, alors qu’on emprunte un de ces tronçons interdits à la circulation, la route s’arrête brutalement. En face de nous, un mur de roche avec, 5 mètres au-dessus, la voie ferrée. Un bon endroit pour camper et réfléchir à comment franchir cet obstacle demain. Nous montons le campement, mangeons la traditionnelle casserole d’avoine et au moment de nous coucher, des phares nous éclairent. Nous qui pensions être tranquilles, c’est raté. Le véhicule repart, un autre arrive et ainsi de suite une bonne partie de la nuit. Nous ne sommes pas vraiment rassurés. Il est de toute façon trop tard pour décamper. Finalement la nuit se passe bien. Il ne s’agit que de voitures qui tentent, comme nous, de rester sur l’asphalte afin d’éviter de prendre les déviations qui ne sont que des chemins de sable à flanc de colline.

8 février 2011 : ? – ?

Le secret de la forme, c’est un peu d’exercice chaque matin. Comme par exemple gravir une voie de chemin de fer haut perchée avec 2 vélos, une remorque et une bonne douzaine de sacoches. Après ça, pédaler paraît si simple. Nous atteignons une zone de pampa plate et désertique à 3400m.

La pluie fine qui nous accompagne depuis ce matin finit par ne plus pouvoir nous suivre. Difficile tout de même d’atteindre la frontière avant la nuit et puis ces villes frontières sont tellement lugubres. Nous préférons camper ici pour la nuit. Un peu de sable au milieu des cactus, c’est l’endroit idéal. Le secteur nous semble désert. Un petit repas sur le pouce, un peu d’école pour Zoé et à la tombée de la nuit nous sommes prêts à monter la tente. C’est à ce moment-là qu’un camion surgit de nulle part passe près de nous. Nous nous cachons mais trop tard. 200 mètres plus loin, il s’arrête et une dizaine de personnes à la mine patibulaire (mais presque) s’approchent rapidement de nous. Décidément, pas moyen d’être tranquille. A 30 m de nous, ils s’arrêtent et nous observent. Nous faisons semblant de partir. Ils viennent jusqu’à nous et nous expliquent qu’ils cherchent le fou du village disparu depuis 10 jours. Ailleurs qu’en Bolivie, je n’aurais pas cru à leur histoire mais ici c’est plus que plausible. Ils sont équipés de lampes et semblent déçus de n’avoir trouvé que nous. Quoiqu’il en soit, ils ne nous conseillent pas de camper là. Plutôt aller jusqu’à la prochaine maison. A contrecoeur, nous remballons nos affaires et partons en pleine nuit pour trouver un autre refuge. Et c’est bien à la première ferme que nous sommes accueillis avec gentillesse pour planter notre tente et être surveillés toute la nuit par deux molosses de la gente canine.

9 février 2011 : ? – La Quiaca

Réveillés tôt (nous sommes dans une ferme), je prépare un café brûlant dans un froid glacial. Je discute un peu avec les hommes de la ferme occupés à couper du bois. Ils me confirment une nouvelle fois qu’il pleut très peu et que cette sécheresse rend difficile l’alimentation des bêtes et la culture. Nous leur achetons un peu de fromage de brebis, ils nous offrent des galettes.Nous laissons le peu que nous ayons avec nous, c’est à dire un sachet de chocolat en poudre. Ce sera notre dernière rencontre avec les Boliviens et elle résume assez bien notre ressenti : un peuple aux conditions de vie difficile et à la gentillesse extraordinaire.

Arrivés à la frontière, nous changeons nos devises boliviennes contre des pesos argentins puis commence la longue attente pour obtenir le précieux coup de tampon. 5 heures au soleil.

Une fois les passeports à jour, les douaniers décident de passer les vélos aux rayons X. Enfin quelques mallettes seulement, le reste ne passe pas. Le scanner est installé dans un camion, ce qui donne lieu à une scène assez cocasse : il faut charger les sacs un par un d’un côté du camion puis courir de l’autre côté pour les récupérer avant qu’ils ne tombent et ainsi de suite.

Enfin, nous pouvons entrer en Argentine. Des chiens en laisse, des éclairages publiques, des gens dans la rue après 21h, des trottoirs propres et des poubelles, des boulangeries, des charcuteries, des voitures de moins de 20 ans, voilà notre première impression du pays. Nous sortons du tiers monde pour arriver en Europe. Nous voyons même du jamais vu en France : des jeux pour enfants handicapés.

10 février 2011 : La Quiaca – Abra Pampa

Nous passons des 20km/jour des pistes boliviennes à 20km/heure ! Le miracle est dû à l’asphalte, au retour de l’altiplano, appelé ici «Puna» et à un sympathique vent dans le dos. L’autre bonne surprise est que la circulation est très légère sur cet axe pourtant principal. Etonnant quand on sait qu’ici c’est l’équivalent du 15 août et que tout le monde est en vacances. L’explication nous l’avons un peu plus tard : dans les deux sens, des kilomètres de véhicules à l’arrêt. Au milieu, une trentaine de manifestants allongés au milieu de la route réclament la réouverture des services sociaux du village. Tout cela sous l’oeil bienveillant des forces de l’ordre qui nous offrent de l’eau et nous autorisent à passer. De temps à autre, le vélo est vraiment le moyen de transport le plus rapide !

75 km plus tard, sous un ciel de plus en plus menaçant, nous arrivons à Abra Pampa. Nous rentrons dans le seul hôtel de la ville. Juste à temps pour éviter un orage-tempête qui produira à quelques kilomètres 30 cm de grêlons. Un journée sous le signe de la chance. Suerte !

11 février 2011 : Abra Pampa – ?

Une journée bien chargée : après les orages de cette nuit, nous préparons les vélos devant l’hôtel filmés par une famille argentine curieuse. Une de mes sacoches en profite pour lâcher. Réorganisation rapide pour mettre à l’abri de la pluie les affaires les plus fragiles. Petit passage par le marché pour faire des provisions de produits frais pour la journée et nous nous élançons. 50 mètre plus loin, nous croisons une famille française avec 5 enfants dans un 4×4. Nous discutons un moment avant de repartir pour quelques kilomètres avant de  croiser un couple de français qui passe un mois en Argentine. De nouveau, plaisir de la discussion en V.O.

Plus loin, un fléau en remplace un autre : finie la course poursuite avec les chiens, la race canine argentine semblant plus tournée vers la sieste, c’est une attaque de lama qu’il nous faut déjouer ! Comme dans Tintin, la méchante bête crache et tente de nous mordre. C’est Zoé qui nous sauve d’un coup de cravache bien placé.

Puis arrive notre dernier col (3780m) avant longtemps. Derrière commence la route toute en couleur qui mène à Salta. Une pente douce à travers des montagnes multicolores. Nos yeux et nos jambes apprécient.

Nous pensons alors arriver à une école pour trouver refuge et éviter les orages. Mais Carine se plaint que son tandem freine en permanence. D’habitude elle me dit ça quand ça monte, hors là, ça descend. Une rapide inspection du tandem nous permet de constater que la jante arrière est en train de se déchirer comme du papier. Nous poussons les vélos jusqu’à une ferme que nous venons de passer où sans surprise, on nous permet de camper.

12 février 2011 : ? – Humahuaca

Je dispose quelques bandes de scotch solide transversalement à la jante en espérant que la chambre à air sous pression, en appuyant dessus, maintiendra les deux bords l’un contre l’autre. A vrai dire, je n’y crois pas trop mais je n’ai pas d’autres solutions à part sauter dans un camion, ce qui, vu la route qui nous attend, est un peu dommage.

Sous un ciel bleu sans rapport avec la saison, nous continuons notre grande descente. A mi-distance, nous faisons une pause au paradis, salués par les chauffeurs de bus et de camion:

La jante recommence à gondoler sérieusement.  Nous n’avons pas d’autre choix que de déclencher le frein arrière. Nous descendons alors prudemment les parties les plus raides et arrivons sans encombre à notre destination : une petite bourgade touristiques où le tarif des hébergements en haute saison est carrément exagéré. Nous optons pour un camping nature un peu excentré mais agréable. Demain c’est dimanche, il faudra attendre lundi pour faire réparer le tandem.

A bicyclette en Argentine

On court, on vole !!

Après avoir souffert sur les pistes Boliviennes, nous (re)découvrons les belles routes asphaltées. Le climat est estival et seuls quelques problèmes mécaniques nous obligent à nous arrêter quelques jours à la plus grande joie des filles.

Le temps pour nous de rédiger notre journal de bord et de vous raconter de façon plus détaillée nos dernières péripéties.

A très bientôt.

Florian Cassidy, Sundance Carine et les Kids !!

Certains pensent que l’on est en train de transpirer sur les mauvaises pistes de Bolivie entre poussière et pluie. Mais le destin (qui a toujours bon dos) en a décidé autrement. En réalité, nous sommes en train de profiter de nos derniers jours en Bolivie entre piscine et promenades de santé. Un rythme assez éloigné de nos habitudes. Des vacances dans un far-west de rêve. Ailleurs, dans le far-east de Lyon, on pense à nous et grâce à la magie d’internet on fait un petit tour à la maison : http://www.rignieux-le-franc.fr/. Merci Jean-Marie et bonne année à tous les francs-rigniens !

29 janvier 2011 : Potosi

C’est aujourd’hui que l’on décide de partir de Potosi. Il a plu toute la nuit et c’est bien connu, quand il pleut la nuit, il ne pleut pas le jour et vice-versa (vieux dicton bolivien). Nous avions bien le sentiment d’être dans une cuvette encerclée de montagnes et toutes les indications recueillies pour sortir de la ville le confirme : « il faut monter ! ». Alors nous montons et vu l’inclinaison des rues, nous poussons nos vélos. Et le Cerro Rico qui domine la ville et nous paraissait si haut, nous l’atteignons au bout de 2h. Presque au sommet, au milieu d’installations minières d’un autre âge, nous avons froid et toutes les personnes rencontrées nous découragent de poursuivre la route à vélos. Ca fait 6 mois qu’on nous dit ça, pas la peine de se formaliser pour ces quelques avertissements.  Mais il faut bien reconnaitre que la route paraît trop longue, trop haute, trop vallonée et pas assez asphaltée. Ce dernier argument finit par nous convaincre. Arrivés à la bifurcation qui mène en Argentine, nous nous arrêtons pour attendre un camion ou un pick-up qui voudrait bien nous emmener plus loin et nous tirer de ce mauvais pas. Mais la providence semble nous avoir lâchés et il fait de plus en plus froid. Nous prenons la seule décision qui nous paraît fondée : ne pas s’engager sur plus de 200km de piste bolivienne. Nous redescendons toute la ville en direction du terminal de bus. J’avoue que c’est idiot de monter pour redescendre par  la même route mais le concept de route en Bolivie est si particulier que l’on n’a pas envie de vérifier l’avancement des travaux d’asphaltage. Et puis, même les bus évitent cette route que nous nous apprêtions à prendre. Au final, le bus (qui ne ressemble absolument pas à la photo que l’on nous montre au moment de payer) mettra 7h à faire les 160km qui nous séparent de Tupiza. On ne vous dit rien de plus sur l’état du véhicule et la conduite sportive du chauffeur, vous pourriez prendre peur. Ah si, quand même, à la pause pipi, je suis trop près du bus et notre impatient chauffeur (c’est bien le premier Bolivien impatient que je rencontre) referme la soute à bagages sur ma…hanche. Je lâche quelques jurons à son endroit, mais il est déjà remonté dans la cabine et démarre.

30 janvier 2011 : Tupiza

Pour beaucoup de voyageurs, Tupiza c’est le far-west bolivien. Pour nous, c’est la continuité de ce grand désert qu’est la montagne bolivienne avec ces pistes de sable si peu adaptées au vélo. Malgré tout, ces grandes montagnes rouges et l’atmosphère toute tranquille de cette bourgade expliquent le « pleasant town » de la carte. Pas encore envahie par les touristes qui préfèrent souvent filer jusqu’à la frontière, elle possède un charme tout particulier et une population encore plus accueillante qu’ailleurs.

31 janvier 2011 : Tupiza – La Torre

« Kid, la prochaine fois que je dis ‘allons dans un endroit comme la Bolivie’, allons dans un endroit comme la Bolivie ! » – Paul Newman – Butch Cassidy et le Kid (1969)

C’est à proximité de Tupiza que les deux plus célèbres bandits du farwest auraient trouvé la mort suite à leur dernier forfait. En fait, leurs corps n’ont jamais été retrouvés, ce qui n’empêchent pas les agences de proposer une route « Butch et Sundance » comme elles proposent une route du « Che » un peu plus loin. Nous traînons nonchalamment dans ces lieux hantés par des fantômes célèbres l’appareil photo en bandoulière.

Nous décidons également de redécouvrir que la bicyclette peut aussi être un plaisir. C’est sans nos lourdes sacoches et le long d’une voie de chemin de fer que nous explorons la région à la recherche des formations rocheuses qui l’ont rendue célèbre : canyon, tunnel, ravine, tout y passe. La plus connue est appelée pudiquement « La Torre » :

Une balade paisible où nous ne pouvons pas nous empêcher de porter nos vélos (plus exactement : où je ne peux pas m’empêcher d’entraîner tout le monde) pour franchir un passage bien entendu infranchissable. Comment dit-on trop simple déjà ? Ah oui, trop simple.

1 février 2011 : Tupiza – Quabrada Palala

Suite de l’exploration. Des photos…sous la pluie.

2 février 2011 : Tupiza – El canon

Le soleil revient. Nous partons pour le lieu dit « El Canon ». An fond de cet étonnant passage, nous mangeons des Saltenas (chaussons fourrés à la pomme de terre) et des papas rellenas (pomme de terre fourrées à la viande). Ca fait un peu Patateland comme menu mais si vous saviez comme c’est bon. J’en profite pour raconter à Zoé des histoires de brigands qui se cachaient dans ces canyons pour détrousser les riches marchands. Elle s’inquiète de savoir si l’on peut encore se faire attaquer dans ce genre d’endroits. A part par des chiens, je ne crois pas. Heureusement, les seuls chiens qui nous coursent appartiennent à un gentil monsieur qui nous confirme qu’ils n’attaquent jamais les femmes et les enfants. Sympa, je sais pourquoi j’ai toujours quelques cailloux dans les poches.

3 février 2011 : Tupiza – El Duende

Encore des photos :

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